Homélie pour le 5e Dimanche du Carême (B)

Si le grain de blé ne meurt

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 12,20-33.
En ce temps-là, il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque.
Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. »
Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus.
Alors Jésus leur déclare : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié.
Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle.
Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. »
Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci !
Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. »
En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlé. »
Mais Jésus leur répondit : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous.
Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ;
et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. »
Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir.

COMMENTAIRE

Dans l’évangile aujourd’hui, Jésus entre à Jérusalem pour une dernière fois. Il contemple déjà sa passion à venir, et l’évangéliste Jean nous donne d’entendre un rappel de la prière de Jésus à Gethsémani :

« Maintenant mon âme est bouleversée, dit Jésus.
Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ?
– Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! »

Jésus nous livre alors ce qu’il faut bien appeler son testament spirituel. À la lumière de sa vie donnée, Jésus nous dévoile ce que cela signifie que d’être pleinement humain. Il nous livre en quelque sorte sa dernière béatitude, celle dont lui-même va témoigner jusqu’à la fin. Sa formulation peut nous paraître énigmatique à première vue : « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »

Comme on le voit, l’image est des plus simple, et facile à comprendre. Si les semences ne sont pas mises en terre au printemps, et bien au terme de l’été, vous n’aurez rien à récolter. Mais si le grain est enfoui dans la terre, et s’il meurt, il se passe alors ce mystérieux échange, telle une promesse de vie, qui porte des fruits et rassasie la faim du monde. Ainsi, en est-il de nos vies affirme Jésus : « Bienheureux êtes-vous si vous donnez vos vies comme le grain de blé jeté en terre. »

Jésus nous lègue ici la grande béatitude de l’amour, cet amour qui ne peut grandir qu’en se donnant totalement. Ainsi, qui aime sa vie, nous dit Jésus, la donne librement, il la sème aux quatre vents, et cette vie fructifie parce que c’est le propre de l’amour que de vouloir se donner. Et Jésus va réaliser parfaitement cette victoire de l’amour, au point où la mort même sera vaincue.

Oui, l’amour est plus fort que la mort, c’est là la grande victoire de Jésus sur la croix. Jésus consent à mourir. Il sait que de sa mort surgira la vie. C’est pour cette Heure qu’il est venu parmi nous. Jésus se prépare donc à tomber en terre comme le grain de blé, et à travers ce don ultime de lui-même, Jésus nous entraîne avec lui avec ces paroles inoubliables : « Et là où je suis, là sera mon serviteur. »

Voilà longtemps que la plupart d’entre nous marchons avec le Christ, que nous avons mis notre foi en lui, et il peut nous arriver d’oublier à quel point cette foi a transformé nos vies au fil des années. Ce serait là un bel exercice à faire à l’approche de la grande fête de Pâques, que de nous poser la question suivante : « À quel point ma foi au Christ a-t-elle transformé ma vie ? »  Les réponses pourraient nous étonner, j’en suis certain. Car nous ne pouvons plus être les mêmes quand nous mettons nos pas dans ceux de Jésus, quand ses paroles marquent profondément notre existence, et nous donnent de pousser encore plus loin ce que l’amour peut parfois exiger de nous. N’en doutons pas, notre foi au Christ a transformé profondément nos vies, et peu à peu, elle nous rend semblables à lui dans notre désir d’aimer et de nous donner.

Pensons à toutes ces situations où nous avons trouvé la force de marcher et de recommencer quand tout semblait s’écrouler. Chacun et chacune de nous porte une histoire marquée par des rêves et des amours, mais aussi par des échecs et des épreuves, qui ont parfois exigé de nous beaucoup plus d’amour et de courage que nous ne l’aurions jamais imaginé. Mais parce que nous avons mis notre foi en Jésus-Christ, sa lumière a brillé même dans les nuits les plus obscures de nos vies, et je sais que beaucoup parmi nous pourraient en témoigner. C’est à Jésus-Christ aussi que nous devons cette force d’aimer et de pardonner qui parfois nous surprend nous-mêmes, mais où d’instinct nous savons que le vrai bonheur ne peut être ailleurs et que cette force intérieur nous vient de lui.

C’est dans ce don de nous-mêmes que Jésus nous entraîne quand nous mettons notre foi en lui. Nos vies sont alors marquées par le rayonnement de sa présence et, peu à peu, nous nous surprenons à vouloir aimer comme lui, comme s’il n’y avait pas d’autre direction possible à nos vies! « Qui aime sa vie la perd, dit Jésus ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. »

Frères et soeurs, Jésus nous invite aujourd’hui à le suivre en mourant à nous-mêmes, c’est-à-dire en renonçant à tout ce qui s’oppose à l’amour en nous, afin que le meilleur de nous-mêmes puisse fructifier et se donner. C’est là l’œuvre que Jésus accomplit en nous par sa passion et sa résurrection, et c’est cette victoire que nous faisons nôtre chaque fois que nous nous rassemblons pour célébrer l’eucharistie. Que ce soit là notre joie dans le Christ!

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour le 4e Dimanche du Carême (B)

OUVRIR NOS YEUX À SA LUMIÈRE !

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 3,14-21.
En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé,
afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.
Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »
Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ;
mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »

COMMENTAIRE

La première lecture nous présente le drame d’Israël, près de six siècles avant Jésus-Christ, alors que le roi Nabuchodonosor envahit la Judée et la ville de Jérusalem. La ville et son temple sont détruits, sa population est déportée à Babylone. Près de 80 ans plus tard, un nouveau roi, le roi Cyrus, permettra aux descendants de ces exilés de retourner dans leur pays et de reconstruire leur Temple. Voilà pour le contexte historique.

Mais cette histoire tragique nous parle aussi d’un peuple pécheur, captif de ses fautes et de sa méchanceté, qui lui font perdre la terre promise. Le psaume nous décrit sa peine pendant son exil. Il est à perte d’espérance, il pleure et soupire au souvenir de Jérusalem. La joie s’est éteinte dans ses maisons, le peuple est devenu muet, incapable de répondre à l’invitation de ses vainqueurs, qui lui demandent des chansons : « Chantez-nous disaient-ils un cantique de Sion. »

Mais Dieu est fidèle, et il va agir en faisant du roi Cyrus le libérateur de son peuple. Cette première lecture pourrait s’intituler « de l’exil à la joie du retour », alors qu’Israël retrouve la terre promise. Et nous avons là une belle clef de lecture pour notre évangile.

Car c’est un nouvel exode que le Christ nous propose quand il affirme dans l’évangile : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. »

Cette évocation du serpent de bronze rappelle le séjour d’Israël au désert, alors que le peuple était aux prises avec une invasion de serpents venimeux. Plusieurs souffraient des morsures brûlantes infligées par ces serpents, et devant la plainte de son peuple, Dieu va proposer à Moïse d’utiliser une pratique païenne, soit un serpent de bronze monté sur une perche, comme signe de salut. Tous ceux qui regardaient vers lui étaient guéris. Toutefois, ce n’était plus le serpent qui guérissait, mais la foi de celui qui levait les yeux vers le Père céleste.

Cette pratique visait une guérison physique, et ce, uniquement pour le peuple hébreu, alors que Jésus, qui nous invite à regarder vers lui, annonce une guérison spirituelle pour toute l’humanité : « afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle ». Si Jésus évoque cet épisode du serpent de bronze, c’est afin de faire comprendre à ses disciples que tous pourront trouver la guérison dans son élévation, à la fois son élévation sur la croix, et son élévation auprès du Père.

Par ailleurs, Jésus affirme qu’il n’est pas venu dans le monde pour le juger, mais pour le sauver. Il déclare que la personne qui se perd à cause de son péché se condamne elle-même, et devient ainsi son propre juge. Jésus compare cette personne à quelqu’un qui refuserait la lumière, refermant ainsi un à un les volets de sa maison intérieure, pour se plonger dans la nuit. C’est de cette nuit que Jésus vient nous tirer. Il se présente à nous comme la lumière véritable. Il veut nous ramener de l’exil où nous tient le péché, afin de nous faire entrer dans la pleine lumière de l’amour de Dieu.

Par analogie, il me revient le souvenir de ma rencontre avec une jeune étudiante de 21 ans. Elle m’avait raconté qu’elle était aveugle de naissance et que suite à une intervention chirurgicale, subie à l’âge de 14 ans, elle avait recouvré la vue. Elle m’a décrit sa joie devant ce monde qu’elle découvrait pour la première fois. Et je lui ai dit : « Mais ce devait être merveilleux! » Et elle de me répondre : « Mais ce l’est toujours! » En écoutant son récit, je sentais monter en elle cette joie de la découverte de notre monde, les yeux grands ouverts, dans la pleine lumière. Je voyais qu’il y avait en elle un bonheur indescriptible que rien ne pouvait lui ravir, puisqu’elle voyait maintenant.

Si cette découverte de notre monde peut susciter une telle joie, que dire du Christ révélé par son Père! Il est le sommet de la révélation que Dieu fait de lui-même. C’est pourquoi ce dimanche de la joie nous invite à le contempler dans son élévation et dans son offrande. Il prend sur lui nos péchés, nos détresses, et il s’associe pour toujours à notre pauvre humanité blessée, nous entraînant avec lui vers la Terre promise.

C’est saint Augustin qui écrit au sujet de Dieu : « Tu nous as fait pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi ». Nous sommes faits pour trouver Dieu, et le refus de Dieu dans une vie est un drame. C’est l’exil à Babylone qu’évoquait notre première lecture. Mais Dieu a tellement aimé le monde, qu’il nous a donné son Fils unique. En Jésus Christ, Dieu est venu élargir à l’infini l’horizon de nos attentes et de nos joies, car il aime chacun et chacune de nous, comme s’il n’y avait que nous seul au monde, et sans cesse il nous appelle à lui, aussi loin que nous soyons de lui.

Comme l’écrit le théologien Karl Rahner, Dieu confie « au monde sa dernière parole, la plus belle et la plus profonde en son Fils fait chair. Cette parole nous dit : je t’aime ô monde, homme et femme. Je suis là. Je pleure vos larmes. Je suis votre joie. N’ayez pas peur. Quand vous ne savez pas comment allez plus loin, je suis avec vous. Je suis dans vos angoisses, parce que je les aie souffertes moi aussi. Je suis dans vos besoins et dans votre mort, parce qu’aujourd’hui j’ai commencé à vivre et à mourir avec vous. Je suis votre vie. Et je vous le promets : la vie vous attend vous aussi. Pour vous aussi, les portes vont s’ouvrir. »

Frères soeurs préparons nous maintenant à accueillir celui qui se fait notre joie dans le don de l’Eucharistie.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

 

Nouvelle parution aux éditions Médiaspaul

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Etty Hillesum est une jeune Juive disparue dans la nuit de la Shoah, Christian de Chergé un moine cistercien exécuté avec six confrères en Algérie en 1996. Ils ont laissé des écrits qui comptent aujourd’hui parmi les plus grands textes spirituels du XXe siècle.

Par-delà la similitude de leurs destins, une véritable parenté intérieure les rapproche. Tous deux sont morts par solidarité et par amour, s’étant refusés à échapper seuls au danger qui menaçait tout un peuple. Tous deux ont persisté à croire en l’être humain malgré ses plus terribles méfaits. Tous deux, enfin, ont franchi les frontières religieuses et politiques pour jeter les bases d’une fraternité universelle.

La fresque de leurs vies pose des enjeux très actuels et offre une profonde inspiration au cœur des situations apparemment inextricables dont regorge notre monde. Ce livre, courtepointe de deux vies passionnées, a tôt fait de nous rendre chers ces témoins des fondements de notre humanité.

– Un essai d’une grande actualité à l’heure du terrorisme qui sévit dans le monde
– Une approche nouvelle et profondément apaisante de la différence religieuse et politique
– Des maîtres spirituels à la vision large et rassembleuse

Yves Bériault est dominicain. Il est engagé dans le ministère paroissial ainsi que dans l’accueil des réfugiés. Il a été aumônier universitaire au Centre étudiant Benoît-Lacroix  et professeur à l’Institut de pastorale des dominicains de Montréal.

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Homélie pour le 3e Dimanche du Carême (B)

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Le Temple nouveau du crucifié

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 2,13-25.
Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem.
Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.
Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,
et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. »
Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : ‘L’amour de ta maison fera mon tourment.’
Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? »
Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »
Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.
Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait.
Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous
et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.

COMMENTAIRE

Alors que chez les évangélistes Marc, Mathieu et Luc l’épisode des vendeurs du Temple précède de peu la condamnation de Jésus, Jean lui le place au tout début de son évangile, affirmant ainsi d’entrée de jeu que Jésus est le Temple nouveau où sera rendu à Dieu le culte véritable. Cette affirmation va marquer tout son évangile.

Ce récit chez Jean fait suite au miracle de Cana où Jésus, après avoir transformé l’eau en vin, annonce un miracle encore plus prodigieux lorsqu’il va à Jérusalem pour la fête de Pâque. Il annonce un Temple nouveau. L’état lamentable du Temple indigne Jésus au plus haut point et c’est ainsi qu’il en chasse les marchands et leurs animaux, et renverse les tables des changeurs. « Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce, s’écrit-il. » Quand on lui demande pourquoi il agit ainsi, ses auditeurs comprennent qu’il affirme pouvoir reconstruire le Temple en trois jours, alors que Jésus veut parler du sanctuaire de son corps.

L’attitude de Jésus est certes surprenante, mais elle n’est pas en contradiction avec son Évangile. Il s’agit bien sûr d’un geste de colère, mais une sainte colère, colère qui parfois nous habite devant les injustices et les iniquités, situations qui devraient toujours soulever notre indignation. L’indignation de Jésus elle vise surtout les autorités religieuses d’Israël qui ont laissé le Temple se transformer en caverne de voleurs.

Et voilà que le Messie se tient sur l’esplanade du Temple, et par son geste prophétique il prend possession de la maison de son Père, annonçant en quelque sorte un nouvel Exode pour le peuple d’Israël et toute l’humanité tout entière. Jésus promet un Temple nouveau qui ne sera plus fait de main d’homme, mais qui sera l’œuvre du Fils de Dieu. Ces paroles de Jésus évoquent déjà le Corps du Christ d’où couleront l’eau vive du baptême et le vin nouveau de l’Eucharistie et qui donneront aux disciples du Christ d’offrir au Père un culte en esprit et en vérité, comme l’annoncera Jésus à la Samaritaine.

Cette grâce qui est annoncée ne doit toutefois pas nous faire illusion. Elle exige beaucoup des disciples puisque Jésus a donné sa vie pour nous. Saint Paul l’affirme de manière provocante et sans détour dans sa première lettre aux Corinthiens : « Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié. » Et c’est ainsi que les disciples du crucifié seront appelés à faire leur, son destin, sa vie offerte. Voilà le culte qui sera désormais célébré dans le Temple nouveau.

« Nous prêchons un Messie crucifié! » nous dit saint Paul. Pourquoi est-ce si important de l’affirmer, sinon que le combat de Jésus-Christ nous entraîne dans le sien. Alors que les religions du monde, se représentent toujours la divinité comme une toute-puissance invincible, la révélation chrétienne ouvre une brèche dans notre conception de Dieu. Sans nier sa toute-puissance, voilà qu’en Jésus-Christ Dieu se tient devant nous dans tout ce que peut comporter notre fragilité humaine.

Jésus va naître dans une étable comme un pauvre, il va connaître la faim et la soif, la souffrance et l’abandon, le rejet et le mépris. Il mourra assassiner, exclu de la cité, crucifié avec des bandits. C’est avec toute cette réalité humaine, portant toujours les plaies vives de sa passion, que le Seigneur Jésus-Christ se tiendra debout et victorieux au matin de Pâques.

Comment comprendre ce que Paul appelle aussi la « folie de la croix », si ce n’est qu’en Jésus nous contemplons le visage d’un Dieu fou d’amour, qui déjoue toutes nos représentations les plus enfantines de la divinité pour nous dévoiler un Dieu qui est Amour, et qui n’est que cela. En Jésus-Christ nous faisons l’expérience que l’amour est véritablement accompli que lorsqu’il va jusqu’au bout de lui-même. C’est cet amour qui s’est manifesté à nos yeux d’hommes afin d’assumer une vie humaine sans compter, et ainsi ouvrir en nous des sources secrètes que seul Jésus pouvait libérer et ainsi nous donner accès à notre pleine stature d’hommes et de femmes créés à l’image de Dieu.

« Nous prêchons un Messie crucifié ! » Un Messie qui est Dieu et qui se fait homme pour nous sauver, pour nous redonner notre dignité perdue. Qui étend les bras vers tous ceux et celles qui ont soif de bonheur, et qui vient à nous revêtant les habits du mendiant quémandant notre amour. Il se fait pauvre avec les pauvres que nous sommes, afin que nous devenions riches avec lui. Mais pour cela, il nous faut nous tenir tout près de sa croix.

En voici un exemple des plus actuel. Le mois dernier le pape François a déclaré martyrs de la charité dix-neuf religieux et religieuses d’Algérie, dont les sept moines de Tibhirine, ainsi que le dominicain Pierre Claverie, qui était devenu évêque du diocèse d’Oran. Ce dernier expliquait, deux mois avant son assassinat, le pourquoi de son refus obstiné de quitter une Algérie où sa vie était sans cesse menacée dans un contexte de guerre qui a fait plus de deux-cent-mille morts. Comme les moines de Tibhirine, Mgr Claverie ne voulait pas abandonner ses amis algériens en cette terre d’Islam.

« Nous sommes là-bas, disait-il, à cause de ce Messie crucifié. À cause de rien d’autre et de personne d’autre ! Nous n’avons aucun intérêt à sauver, aucune influence à maintenir. Nous ne sommes pas poussés par quelque perversion masochiste. Nous n’avons aucun pouvoir, mais nous sommes là comme au chevet d’un ami, d’un frère malade en silence, en lui serrant la main, en lui tenant le front. À cause de Jésus, parce que c’est lui qui souffre là, dans cette violence qui n’épargne personne, crucifié à nouveau dans la chair de milliers d’innocents.

Comme Marie, sa mère et saint Jean, nous sommes là au pied de la Croix où Jésus meurt abandonné des siens et raillé par la foule. N’est-il pas essentiel pour le chrétien d’être présent dans les lieux de souffrance, dans les lieux de déréliction, d’abandon ? » […] « Où serait l’Église de Jésus-Christ, elle-même Corps du Christ, si elle n’était pas là d’abord? Je crois qu’elle meurt, conclut Pierre Claverie, de n’être pas assez proche de la Croix de son Seigneur. »

Frères et sœurs, la leçon qui se dégage pour nous de la Parole de Dieu en ce dimanche pourrait s’exprimer ainsi : À Temple nouveau, pierres vivantes, cuites au feu de l’Esprit Saint, faisant leur la passion de leur Maître et Seigneur, puisque nous prêchons un Messie crucifié.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Dieu aux portes du monde

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Parce que tu as aimé cette terre Seigneur, voilà qui me donne d’espérer quand je sens ma foi vacillante. À voir vivre tes enfants rieurs, comment ne pas sentir la tendresse de ton regard posé tout doucement sur chacun d’eux. Tu es là ! Je le crois. Et je devine ta joie, car c’est ma joie. Et je connais ta peine lorsqu’ils souffrent, car c’est la mienne, et elle ne peut venir que de Toi.

Et du plus profond de mon impuissance, monte en moi cet appel à les consoler avec toi ! À prendre avec toi ce poids de douleur qui accable notre terre jusqu’à plus soif. Mais je te découvre plus pauvre que moi. Plus pauvre que moi dans ta toute-puissance. Et ton amour n’en finit plus d’attendre les deux mains clouées sur le bois. Qui donc prendra sur lui le poids de ta croix? Faut-il être entré dans ta gloire pour mesurer le poids infini de ta souffrance et trouver la force de l’assumer avec toi?

Pourquoi te cacher derrière ce silence qui enveloppe l’univers, comme si, sur le point de parler, tu retenais ton souffle, l’espace d’un instant. Un instant d’éternité où l’Homme attend les yeux tournés vers le ciel…

Pourtant, tout dans l’univers ne s’écrie-t-il pas :  » Gloire! Des astres créés, aux rires des enfants, contemplez Celui qui vient! Celui qui Est! Contemplez! Il est là, aux portes du monde, et vous êtes chez Lui. L’univers est son jardin et l’Homme, un promeneur solitaire qui cherche son chemin. N’entendez-vous pas sa voix?  »

Et l’Homme, reste-là, hébété au cœur du jardin, soûlé par le poids de sa vie, ne sachant plus où regarder quand tout, autour de lui, l’appel vers Toi. Nous aurais-tu donc créés aveugles ?

Pourtant, un jour, mes yeux ont vu. C’était de nuit. C’est bien connu, tous les saints le disent, tu ne viens que de nuit. Tu es venu vers moi parce que je t’avais appelé, je t’avais supplié… Il y a de çà longtemps, et c’est maintenant, tellement le souvenir en est vivace. Ton Nom alors s’est gravé en ma mémoire, en moi qui ne suis rien, une passion inutile d’après certains. Tu es venu au cœur de ma faiblesse et de ma peur. Tu as dit les mots qui seuls pouvaient me relever : j’étais aimé de Toi !

Yves Bériault, o.p.

Homélie pour le 2e Dimanche du Carême (B)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 9,2-10. 
En ce temps-là, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux.
Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.
Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s’entretenaient avec Jésus.
Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande.
Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! »
Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.
Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.
Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts ».

 

COMMENTAIRE

Abraham est l’un des personnages majeurs de la Bible, et son histoire nous est bien connue, tout particulièrement le récit du sacrifice d’Isaac, qui a le don de nous provoquer à cause de l’image terrifiante de Dieu qui s’en dégage. Pourtant, ce n’est pas là le visage de ce Dieu Père que Jésus vient nous révéler. En rester à cette image insoutenable de Dieu, qui prend plaisir à nous mettre à l’épreuve, serait faire non seulement une lecture fondamentaliste du sacrifice d’Isaac, mais ce serait en faire une lecture païenne.

Les récits bibliques, avant d’être l’exposé d’un événement historique, sont avant tout des enseignements porteurs de grandes vérités sur Dieu et sur nous-mêmes. Et si ces récits s’écartent souvent de l’exactitude journalistique d’un reportage, ils sont néanmoins théologiquement vrais en ce qu’ils nous révèlent de Dieu et de nous-mêmes. La Bible, c’est à la fois l’histoire du dévoilement progressif de Dieu qui veut se faire connaître de nous, et c’est aussi l’histoire de notre propre recherche de Dieu. C’est ce qu’évoque un passage du psaume 26 qui nous est proposé comme chant d’entrée pour ce dimanche. Le psalmiste s’écrie : « Je cherche ton visage Seigneur, je le recherche; ne détourne pas de moi ta face. »

Cette prière ne pouvait qu’habiter le coeur d’Abraham, celui qu’on appelle le père des croyants, et qui, le premier, met sa foi dans le Dieu unique. Mais Abraham ne connaît pas vraiment le Dieu qui l’appelle. Le récit du sacrifice d’Isaac constitue une étape déterminante dans cette rencontre de ce Dieu en qui Abraham a mis sa foi, et ce, dans une culture où l’on offrait en sacrifice son premier-né aux divinités.

Le Dieu d’Abraham, s’il demande la remise totale de nos vies entre ses mains, représentée ici par Isaac, n’est pas un Dieu qui demande des sacrifices humains. À Abraham, il est proposé de reconnaître qu’Isaac, le fils de la promesse, est un don de Dieu. Et Abraham fait l’expérience que l’on ne peut véritablement entrer dans la dynamique du don, qu’en le remettant à Dieu, qu’en reconnaissant que tout vient de Lui, que le fruit de nos travaux et de nos luttes reste toujours fondamentalement un don de Dieu.

Par analogie, je pense à l’exemple du baptême d’un enfant. Chaque fois qu’un enfant est baptisé, il y a ce moment fort émouvant à la fin de la liturgie, où j’entoure l’autel avec la famille pour prier le Notre Père. L’enfant est alors déposé sur cet autel, comme une offrande, comme un don fait à Dieu, comme on le fait pour le pain et le vin. Par ce geste, nous reconnaissons que Dieu est non seulement l’auteur de la vie, mais que toute vie lui appartient, et qu’elle ne peut véritablement se réaliser et s’accomplir que si elle est confiée à Dieu. Voilà l’offrande que Dieu demande à Abraham. Le reste de l’histoire, avec son style propre aux contes orientaux, n’est là que pour évoquer le passage, la conversion que Dieu demande à Abraham. Il doit quitter le monde des idoles et des sacrifices humains afin d’entrer dans la dynamique du sacrifice spirituel. C’est la remise à Dieu de toute sa vie qui est demandée à Abraham.

Par ailleurs, quand Dieu lui apparaît la première fois et lui demande de quitter son pays, Abraham fait confiance et il part vers l’inconnu. C’est là une illustration très évocatrice de chacune de nos vies. Nul d’entre nous n’aurait pu tracer le parcours de la vie qui l’attendait quand nous étions enfants ou adolescents ou même jeunes adultes. Nous portions des rêves, des projets, le monde nous souriait, et sans nécessairement chercher à accomplir de grandes choses, nous voulions tous être heureux. Peu à peu notre vie d’adulte a pris son envole avec ses joies et ses peines, ses réalisations et ses déceptions. Aucune vie n’est à l’abri de l’épreuve, mais le secret d’une vie réussie, c’est de pouvoir la recevoir comme un don de Dieu, sans cesse offert à Dieu. L’offrir à Dieu avec ses grandeurs et ses misères, afin de réaliser en nous le répons du psaume de ce dimanche qui évoque la foi d’Abraham : « Je marcherai en présence de Dieu sur la terre des vivants. » Quoi qu’il m’arrive.

Le récit d’Abraham et de son fils Isaac évoque aussi pour nous chrétiens et chrétiennes, le don que nous fait le Père en son Fils, où c’est Dieu lui-même qui se remet entre nos mains. Le récit de la Transfiguration est d’une portée extraordinaire afin de nous aider à entrer dans ce mystère.

Jésus est en marche vers Jérusalem. Sa passion se profile à l’horizon et déjà les disciples semblent incapables d’accepter le destin tragique qui attend leur maître. L’événement de la Transfiguration servira de rappel aux disciples, après la mort de Jésus, afin qu’ils comprennent que sa passion le conduisait à la gloire de la résurrection; afin qu’ils se souviennent de cette voix du Père proclamant dans la nuée: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le. »

De la vie d’humilité et de renoncement de Jésus, de son obéissance à la volonté du Père, jaillit une lumière nouvelle pour le monde. C’est Dieu qui se manifeste à nous et qui réalise la promesse faite à Abraham de rendre sa descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et le sable de la mer. Cette lumière du Christ, qui illumine les trois apôtres, est déjà une anticipation de la gloire de Jésus qui se révélera le matin de Pâques. C’est cette lumière qui est donnée lors du baptême et qui est évoquée lorsque l’on remet un cierge au nouveau baptisé, en lui disant: « Sois illuminé! Reçois la lumière du Christ. »

Le récit de la Transfiguration proclame que Jésus est la lumière du monde et qu’elle brille au plus profond de nos ténèbres et de nos souffrances. Cette lumière est déjà porteuse de la promesse de Pâques, où le mal et la mort seront vaincus par la croix du Christ. Cette lumière, qui enveloppe Pierre, Jacques et Jean, vient nous rappeler que de toute éternité nous sommes appelés à participer à la vie du Christ, et à ressusciter avec lui. Par sa victoire sur la croix et le témoignage de sa vie donnée, nous savons désormais que le bien est plus fort que le mal, que l’amour est plus fort que la haine, et que la vie est plus forte que la mort.

À la fin du récit de la Transfiguration, Jésus nous invite à redescendre dans la plaine avec lui. Tout comme l’a fait notre père Abraham, nous sommes invités à quitter nos pays de solitude et à marcher avec le Christ dans la foi.

C’est ainsi qu’au terme de cette eucharistie, où la grâce nous est faite de nous tenir debout avec le Christ sur ce sommet de notre foi, nous pourrons retourner dans la plaine de nos occupations et de nos engagements, sûrs de la présence de Dieu et de sa force au coeur de nos vies. Comme l’affirme saint Paul dans sa lettre aux Romains : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il avec lui ne pas nous donner tout? »

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

Homélie pour le 1er Dimanche du Carême

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La victoire du désert

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 1,12-15.
Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert
et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.
Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ;
il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

 

COMMENTAIRE

J’aimerais insister tout d’abord sur le sens de l’expérience du désert, ce désert qui évoque dans la Bible une terre de malédiction où vivent les démons et les bêtes sauvages. Ce désert, qui va devenir pour le peuple hébreu le lieu de l’épreuve et de la tentation, se révèlera surtout comme étant le lieu de la présence de Dieu.

Le désert devient donc un temps de passage où Dieu accompagne, nourrit, désaltère et conduit. Le désert se transforme en lieu où l’on vit l’expérience de se situer devant Dieu comme seul guide ; c’est le temps de la confiance et de la fidélité, c’est un retour à l’essentiel. Et c’est là le grand voyage que nous propose le temps du carême.

Entrer au désert, c’est se rappeler chaque année que l’essence même de la vie de foi se vit dans un total abandon entre les mains de Dieu, dans cette attitude du Fils qu’est Jésus, qui se laisse conduire par l’Esprit Saint. Ce désert évoque aussi la tentation, la présence de forces adverses en nous, qui cherchent à nous faire renoncer à notre vie d’enfant de Dieu. Et parfois, nous tombons, nous cédons… C’est pourquoi le désert évoque aussi une expérience de conversion, un appel à renoncer à nos façons de faire, qui sont souvent un refus de l’amour de Dieu et un refus de l’autre. C’est pourquoi le temps du carême est donc un appel à la conversion.

Mais avons-nous besoin de conversion ? Nous convertir à quoi ? Tant que nous n’aurons pas saisi l’enjeu de cette question, nos prières, nos célébrations, nos eucharisties demeureront stériles. Si la grâce de Dieu nous est donnée, il faut coopérer à la grâce afin d’en être des signes lumineux dans le monde. Un incroyant disait à l’abbé Pierre : « Monsieur le curé, je ne sais pas si le Bon Dieu existe, mais je suis sûr que s’il existe, il est ce que vous faites ».

Mais l’on se sent tellement démuni devant ce monde qui constamment nous glisse entre les mains comme un enfant turbulent que l’on voudrait retenir, mais qui nous échappe constamment, et qui est capable du meilleur et du pire. Non pas que l’homme soit mauvais, mais il y a la contagion du mal, comme il y a la contagion de l’amour.

S’il nous est difficile de nous situer dans notre vie comme ayant besoin de conversion, c’est que l’on oublie trop souvent le lien qui existe entre les drames humains à l’échelle de la planète, et notre petit quotidien, avec ses façons de faire. L’on s’imagine, lorsque l’on entend les récits de violences qui se commettent un peu partout dans le monde que nous avons affaire à des barbares de la pire espèce, des choses qu’on ne verrait jamais chez nous, pensons-nous. Pourtant, la guerre et ses violences, ce n’est pas bien loin de nous. Il suffit de regarder en nous-mêmes pour nous en convaincre.

Non pas que nous soyons méchants, mais nous aussi, nous laissons parfois dominer le mal sur nos vies. À petite échelle, ça semble avoir bien peu de conséquences. Petite parole désobligeante, envie et jalousie, un malin plaisir à s’en prendre à des personnes parce qu’elles ne nous plaisent pas ; un petit geste malhonnête, surtout quand c’est le gouvernement ; des refus de pardonner, chercher à alimenter consciemment la haine… Une foule de petites guerres en puissance que l’on sème sur notre passage, comme des bombes à retardement, et que les enfants apprennent sur les genoux de leurs parents. Et l’on n’aurait pas besoin de conversion…

En ce début du carême, nous sommes invités à tourner nos regards et notre cœur vers le Christ. En fait, il est lui notre véritable désert, puisqu’en lui nous avons surmonté l’épreuve. Sa victoire, c’est la nôtre! Il s’est fait pour nous l’eau vive du désert, le pain de vie, la lumière dans la nuit sur le chemin. Il est le guide sûr qui nous mène vers le Père.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

Homélie pour le 6e Dimanche T.O. (B)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 1,40-45.
En ce temps-là, un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »
Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »
À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié.
Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt
en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. »
Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.

COMMENTAIRE

De dimanche en dimanche, la Parole de Dieu est la première table qui nous rassemble. Tout comme l’Eucharistie, elle vient nous nourrir et nous ressourcer. Il est bon de savoir que certains Pères de l’Église avaient proposé, de faire de la proclamation de la Parole de Dieu un sacrement, au même titre que les autres sacrements. Si cette idée n’a pas été retenue par l’Église, le Concile Vatican II n’a toutefois pas hésité à affirmer que c’est le Christ lui-même qui s’adresse à nous chaque fois que la Parole de Dieu est proclamée.

Entrer dans l’intelligence de la Parole de Dieu, de dimanche en dimanche, lui être attentif, demande un certain effort, il faut bien l’avouer. L’un de mes frères qui venaient de raconter l’histoire de l’enfant prodigue à un groupe d’enfants leur avait demandé ce qu’ils pensaient de cette histoire et le plus jeune avait répondu : « On l’a déjà entendu cette histoire! »

Ces textes sacrés qui sont proclamés de dimanche en dimanche nous sont tous familiers, trop peut-être, d’où le risque de les écouter sans beaucoup d’intérêt, oubliant ainsi que Dieu parle à chacun et chacune de nous à travers sa Parole. C’est un acte de foi que nous posons chaque fois que nous accueillons avec attention la Parole de Dieu. Revenons maintenant aux textes de ce dimanche.

Tout d’abord, quel contraste entre la première lecture du livre des Lévites et l’attitude de Jésus dans l’évangile, alors que selon la loi juive le lépreux devait être exclu de la société! Non seulement Jésus accueille un lépreux, mais il le touche et il le guérit. La gravité de cette maladie et l’exclusion qu’elle entraînait mettent certainement en relief l’impressionnant miracle de Jésus, mais il nous faut regarder au-delà du miracle lui-même, afin d’en dégager sa signification profonde, et ce en quoi l’action de Jésus nous interpelle dans notre vie de foi. Pour les besoins de notre méditation, je vous propose trois pistes de réflexion.

Premièrement, le récit évangélique oriente tout d’abord notre regard vers le lépreux. On ne peut qu’admirer son attitude. Non seulement il fait preuve de beaucoup de courage en s’approchant de Jésus, car il devait se tenir à l’écart des villes et des foules, mais il manifeste surtout une grande foi. Il se prosterne devant Jésus, alors que l’on ne tombe à genoux que devant Dieu, et il affirme sans hésitation que Jésus a le pouvoir de le guérir : « Si tu le veux, dit-il, tu peux me purifier. »

Cette requête nous entraîne au coeur de la prière de demande, telle que voulue par Dieu. C’est une prière qui fait tout d’abord confiance à Dieu, malgré la lourdeur de l’épreuve, malgré la nuit où nous enferme parfois le malheur, la maladie ou le désespoir. C’est une prière qui attend tout de Dieu, et qui sait tout remettre entre ses mains, comme Jésus à Gethsémani : « Non pas ma volonté, mais la tienne ». C’est une prière exigeante que la prière de demande à l’école de Jésus. Elle demande beaucoup de foi, beaucoup d’amour, beaucoup d’abandon, et seul le Christ peut nous introduire dans cette prière, quand nous crions vers Dieu comme le lépreux ou le psalmiste :

Seigneur, entends ma prière :que mon cri parvienne jusqu’à toi!

Deuxièmement, l’évangile d’aujourd’hui oriente aussi notre regard vers l’attitude de Jésus. Devant la demande du lépreux, il répond sans hésiter : « Je le veux, sois purifié. » Nous touchons ici au plus profond désir de Dieu sur nous, ainsi qu’à notre besoin le plus fondamental. Car nous sommes souvent mis à l’épreuve dans nos vies, humiliés et blessés par nos faiblesses et nos manquements. Nous avons besoin de guérisons afin de vivre le plus fidèlement possible comme les enfants de Dieu que nous sommes, car nul ne peut échapper au mal qui nous assaille, au péché qui prend trop souvent le dessus sur nous. Jésus vient nous libérer de cette emprise du mal sur nos vies, il vient nous purifier.

Remarquez dans l’évangile, il est dit de Jésus qu’il est pris de pitié devant cet homme. Cet homme c’est nous, et Jésus est le reflet de l’amour du Père pour nous. Il s’émeut de compassion devant nos souffrances et sans cesse il se fait proche de nous, d’où l’importance de lui confier nos vies dans la foi, en ne doutant pas qu’il va agir en notre faveur dans sa grande miséricorde, quelle que soit notre nuit.

Troisièmement, le récit évangélique, comme tout l’évangile d’ailleurs, invite les disciples du Christ à porter le regard de Jésus sur notre monde. À son époque, l’on croyait que la lèpre était causée par le péché. Nous ne voyons plus la maladie comme une malédiction de Dieu, pourtant notre humanité est toujours aux prises avec cette lèpre qu’est le péché et qui la défigure sans cesse. C’est le mal qui est à l’oeuvre en nous et dans notre monde, notre pauvre monde, comme me le confiait un vieux moine trappiste, où le cri des malheureux peut devenir assourdissant si l’on sait prêter l’oreille.

Je repense à ces paroles émouvantes du Pape François, lors de sa bénédiction de Noël il y a quelques années, quand il disait, la voix étranglée par l’émotion : « Il y a tant de larmes en ce Noël. » Il avait mentionné l’Irak et la Syrie, où sévit encore une « persécution brutale » des minorités religieuses. Il avait fait mention de l’Ukraine, du Nigeria, de la Libye… Mais ce qui restera dans les mémoires, c’est lorsqu’il a évoqué toutes les violences faites aux enfants.

Il a mentionné des événements précis comme l’horrible attaque contre une école de Peshawar au Pakistan, où une centaine d’enfants avaient été assassinés. Il avait ensuite évoqué les enfants « tués et maltraités, ceux qui le sont avant de voir la lumière du jour (…), enterrés dans l’égoïsme d’une culture qui n’aime pas la vie », ceux qui sont « abusés et exploités sous nos yeux et notre silence complice », ceux qui sont « massacrés sous les bombardements, même là où le fils de Dieu est né ». Le coeur du message du pape François se résumait à ceci : « Combien le monde a besoin de tendresse aujourd’hui! »

Et où allons-nous la trouver cette tendresse? Cette tendresse, c’est le don que Dieu nous fait en son Fils, afin que nous devenions des témoins de sa compassion. Dans le répons du psaume de notre liturgie en ce dimanche, nous chantons  : « Seigneur, entends monter vers toi le cri des malheureux ». Mais cette supplication elle nous est aussi adressée par tous les malheureux. Lors de la multiplication des pains, Jésus ne dit-il pas à ses disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger! »

L’on me répondra que le défi est énorme à vue humaine, utopique même, mais nous croyons qu’avec le Christ tout est possible. N’est-ce pas lui qui devant le spectacle de notre misère humaine s’écrie dans l’évangile d’aujourd’hui : « Je le veux, sois purifié. » Car rien n’est impossible à Dieu, et c’est avec cette foi qu’il nous invite à vivre en ce monde qui est le nôtre. Amen.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

Fernand Ouellette et le regret de ses fautes

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«Je pense qu’il faut déjà aimer Dieu pour être sensible à la gravité de la faute morale. Seul l’amour de Dieu, en mon être, peut éclairer mes défaillances, mes fêlures, mes rébellions. C’est pourquoi celui qui s’éloigne peu à peu de Lui a tellement de difficulté à se voir, à saisir les enchaînements de ses actes et de ses conséquences. Il est entré dans une obscurité où les pistes et les bornes se perdent. Ce n’est qu’en Dieu que le dévoilement est possible. Lui seul a la vraie Lumière pour fouiller l’être. »


Fernand Ouellette. Le danger du divin. Fides, 2002. pp. 197

 

Homélie pour le 5e Dimanche T.O. (B)

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ANNONCER L’ÉVANGILE

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 9,16-19.22-23.
Frères, annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !
Certes, si je le fais de moi-même, je mérite une récompense. Mais je ne le fais pas de moi-même, c’est une mission qui m’est confiée.
Alors quel est mon mérite ? C’est d’annoncer l’Évangile sans rechercher aucun avantage matériel, et sans faire valoir mes droits de prédicateur de l’Évangile.
Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible.
Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns.
Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, pour y avoir part, moi aussi.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 1,29-39.
En ce temps-là, aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm, Jésus et ses disciples allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André.
Or, la belle-mère de Simon était au lit, elle avait de la fièvre. Aussitôt, on parla à Jésus de la malade.
Jésus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait.
Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons.
La ville entière se pressait à la porte.
Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ; il empêchait les démons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était.
Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait.
Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche.
Ils le trouvent et lui disent : « Tout le monde te cherche. »
Jésus leur dit : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. »
Et il parcourut toute la Galilée, proclamant l’Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les démons.

COMMENTAIRE

L’évangéliste Marc nous présente une journée type dans la vie publique de Jésus. On le voit guérir les malades et chasser les démons; il se retire bien avant l’aube pour aller prier à l’écart; dès le matin, il reprend la route afin d’annoncer la bonne nouvelle du Royaume : « Allons ailleurs, dans les villages voisins, dit-il à ses disciples, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. » Jésus est un homme POUR les autres. Sa mission est d’inaugurer la venue du Royaume. Il en est la pierre angulaire. Il nous dévoile le vrai visage de Dieu et il vient non seulement pour nous le faire connaître, mais aussi pour nous donner le goût de Dieu.

Un de mes professeurs de théologie avait cette expression pour parler du Royaume de Dieu : « le déjà-là et le pas-encore ! » Le « pas-encore », c’est cette réalité du ciel qui nous sera dévoilée un jour, quand de nos yeux nous verrons Dieu. C’est là une promesse inouïe, vous en conviendrez. Mais est-ce suffisant pour soutenir notre espérance, pour justifier notre foi et nous dire chrétiens ? Même si cette réalité du ciel je l’anticipe plus que jamais depuis le décès de mes parents ou de personnes qui me sont très chères, je dois avouer que je ne crois pas avant tout parce que je veux aller au ciel.

Bien sûr que je veux y aller, mais je crois surtout parce qu’il y a ce « déjà là » que Jésus est venu instaurer, ce Royaume qui est au milieu de nous et qui est cette présence et cette action de l’Esprit du ressuscité en nous. Ce « déjà-là », c’est cette vie intérieure de l’Esprit qui nous anime, c’est la joie de croire qui nous fait vivre dès maintenant! Parce que la foi ouvre sur Quelqu’un qui nous aime, une présence à nos vies qui nous donne de voir le monde avec des yeux neufs, avec ce regard que Jésus portait sur notre réalité humaine.

C’est ainsi que je comprends ce feu qui anime le cœur de l’apôtre Paul quand il affirme qu’annoncer l’Évangile, c’est une nécessité qui s’impose à lui.  Comme le disait le saint Pape Jean-Paul II : « Comment taire la joie qui nous habite ! » Saint Paul, lui qui persécutait les chrétiens, est maintenant habité par un amour qui non seulement le dépasse, mais qui l’entraîne sur les routes du monde afin de poursuivre la mission du Christ.

« Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » dit-il. Cette exclamation est à entendre non pas comme une menace qui pèserait sur Paul, mais plutôt que ce serait la plus grande des tragédies si Paul, après avoir été saisi par le Christ, n’en témoignait pas à la face du monde. Il serait vraiment comme le plus malheureux des hommes s’il ne se montrait pas à la hauteur d’un tel amour. Ce serait en quelque sorte renier le Christ à nouveau. D’où le constat qui s’impose pour Paul : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! »

Quant à nous, nous ne pouvons entendre cette phrase de Paul comme de simples spectateurs, comme si nous étions au théâtre et que c’était là la tirade d’un personnage vite oublié après la messe. Il nous faut faire nôtre aussi cette affirmation de Paul et voir comment. À notre tour, nous pouvons annoncer l’évangile. Car nous ne sommes pas dans la situation de Paul qui sillonnait les routes du bassin de la Méditerranée. Après tout, nous ne sommes pas des apôtres. Mais nous sommes quand même des disciples, des amis de Jésus, et, quand on aime, on trouve les mots et les gestes pour exprimer cet amour.

Une épouse reprochait un jour à son époux de ne pas lui dire assez souvent qu’il l’aimait. Elle lui répétait souvent : « Dis-moi-le que tu m’aimes. Dis-moi-le ! Dis-moi-le! » Ce dernier avait compris le message, et parfois, en partant le matin pour le travail, il lui laissait un billet sur la table de cuisine sur lequel était écrit en majuscule : LE. Nous n’avons peut-être pas toujours les mots justes pour dire je t’aime, mais nous ne sommes pas à court de moyens pour exprimer cet amour que Dieu a déposé en nous et qu’il nous appelle à partager. Annoncer l’évangile, c’est cela tout d’abord. C’est faire comme Paul qui se fait faible avec les plus faibles, qui pleure avec ceux qui pleurent, qui se réjouit avec ceux qui sont dans la joie. Voilà notre mission à nous aussi.

Je suis toujours émerveillé par ce qui se vit dans nos communautés chrétiennes où tous les jours l’Évangile est annoncé. À chaque fois que vous venez à cette eucharistie, l’Évangile est annoncé. Quand je vous vois braver la pluie, la neige et le verglas pour venir à la messe ou à une rencontre, je n’en doute pas, l’Évangile est annoncé. Quand je vous vois pleurer parce que vous vous souciez de vos enfants et de vos petits enfants, l’Évangile est annoncé. Quand nous avons voulu accueillir une famille syrienne et que votre générosité a tellement dépassé les attentes, que nous avons pu en accueillir deux, l’Évangile a été annoncé. Quand vous accompagnez des personnes qui ne pourraient venir seule à la messe, quand vous visitez les malades, quand vous leur apportez la communion, l’Évangile est annoncé. Quand vous vous engagez auprès de personnes dans le besoin, des personnes seules, l’Évangile est annoncé. Quand vous portez le souci quotidien de vos enfants, au point de faire vôtres leurs joies et leurs peines, l’Évangile est annoncé.

Nous le savons, les charismes, les talents sont divers dans une communauté. Et chacun de nous, sans exception, a une mission unique et toute particulière qui lui est confiée, qui est appelée à se vivre au jour le jour, comme nous voyons Jésus le faire dans l’évangile. Il visite les malades, il a le souci de chacun; il prend le temps de manger avec ses amis, il prend aussi le temps pour se reposer, pour prier, mais toujours sous le soleil de Dieu, dans cette grande intimité avec son Père, et notre Père. Chaque jour suffit sa peine, chaque journée apporte son lot de défis, et c’est ainsi que l’Évangile est annoncé aujourd’hui, tant par notre rassemblement pour l’eucharistie que par notre attention à ceux et celles qui ont besoin de notre présence, ou encore parce que nous aurons eu l’occasion ou l’audace de parler de ce qui nous fait vivre, et peut-être même parler de notre foi. Comme le disait saint François à ses frères : « Prêchez toujours l’évangile et, si c’est nécessaire, aussi par les paroles. »

Frères et sœurs, puissions-nous toujours trouver les mots et les gestes qui sauront parler de notre foi, surtout de l’amour que nous sommes appelés à avoir pour tous, tout comme Jésus en donne l’exemple aujourd’hui dans l’évangile.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

Homélie pour le 4e Dimanche. T.O. (B)

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 1,21-28.
Jésus et ses disciples entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, Jésus se rendit à la synagogue, et là, il enseignait.
On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes.
Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier :
« Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. »
Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. »
L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui.
Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. »
Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de la Galilée.

COMMENTAIRE

D’entrée de jeu, Jésus nous est présenté dans l’évangile de Marc comme un homme qui parle et agit avec autorité. On est frappé par son enseignement que ses auditeurs qualifient de « nouveau », car cet enseignement se distingue de celui des scribes. Jésus ne fait pas que répéter les préceptes de la loi juive, mais il en élargit l’application au point où sa parole a le pouvoir de libérer, de transformer ceux et celles qui l’écoutent. Elle a le pouvoir de donner le goût de Dieu !

Un peu plus loin dans ce même évangile, Jésus va appeler les Douze et les inviter à participer à sa mission. Cet appel nous concerne tous. Nous sommes à la fois les premiers bénéficiaires de cette action de Jésus en nos vies, et nous sommes invités, nous aussi, à prêcher l’évangile et à chasser les démons avec lui. Mais pour bien comprendre ce que cela signifie, il nous faut regarder comment ces deux réalités s’expriment dans le ministère de Jésus.

Revenons à l’évangile d’aujourd’hui. Alors que Jésus vient d’appeler ses premiers disciples, saint Marc nous présente le premier acte public de Jésus alors qu’il enseigne dans la synagogue de Capharnaüm. L’évangéliste ne nous dit pas en quoi consiste cet enseignement. Ce qui lui importe, ce sont ses conséquences. La prédication de Jésus est existentielle, c’est une parole agissante qui change les cœurs, et c’est ainsi qu’un homme qui se trouve dans l’assemblée est rejoint au plus profond de son être. C’est un possédé. C’est-à-dire un homme divisé, partagé et qui est membre de la synagogue.

L’évangéliste nous dit qu’il est possédé par un esprit impur. Il est important de savoir que « dans la tradition juive, l’impureté se caractérise par le mélange. Par exemple, la loi juive interdisait, dans le travail des champs, d’accoupler deux espèces différentes de bétail, ou de porter un vêtement dont l’étoffe était tissée de deux fibres différentes. » (Bernard Mourou)

Ce possédé porte en lui-même un tel mélange, il est impur car c’est un homme divisé, un homme habité par une grande détresse, par des conflits intérieurs que personne dans la synagogue n’a encore perçus. Mais la parole de Jésus va ouvrir une brèche dans le cœur de cet homme possédé, et c’est alors que surgissent au grand jour les sentiments contradictoires qui l’habitent, où il reconnaît à la fois que Jésus vient de Dieu, tout en refusant de se laisser toucher par lui. Mais Jésus va mettre à nue cette division, et il libère l’homme par la toute-puissance de sa parole, cette parole qui a le pouvoir de transformer le monde, un cœur à la fois, et que Jésus confie à son Église.

L’Évangile de Marc est un Évangile de l’action. Il nous montre un Jésus agissant. Et au cœur de son action, il y a sa prédication. Mais cette prédication est rarement développée dans les évangiles. De quoi était-elle faite au juste ? Les évangélistes nous racontent que Jésus parlait surtout en paraboles. Sa prédication s’enracinait dans la vie quotidienne de ses auditeurs à travers des images familières évoquant la pêche, la vigne, l’agriculture, la fête et le prochain.

Jésus s’adressait à ses auditeurs à partir de leur réalité, de ce qui meublait leurs journées et leurs rapports les uns aux autres, les tirant en quelque sorte vers le haut, afin qu’ils découvrent toute la profondeur, la largeur et la hauteur de leurs vies d’enfants de Dieu. Jésus, par ses récits et ses actions, nous dévoile le mystère de nos vies et sa parole est une parole qui libère, qui guérit, qui pardonne, et qui investit celui ou celle qui l’accueille d’un souffle nouveau, car la parole de Jésus témoigne qu’il est véritable lDieu. Après l’avoir écoutée, on n’est plus le même!

Ce ministère de la parole et de la guérison, Jésus le confie à son Église. Et ce ministère va bien au-delà d’une prédication stéréotypée, bien au-delà de l’annonce de préceptes ou de lois, du permis et de l’interdit, car ce serait alors retomber dans les mêmes pièges, la même stérilité que Jésus reprochait aux scribes et aux pharisiens.

Comme Jésus, nous sommes appelés à être présents à tous ceux et celles que nous rencontrons, appelés à marcher avec eux, en n’ayant par peur de ce que ces personnes peuvent portent en elles-mêmes de blessures et de divisions, de douleurs, de révoltes ou de peines.

 

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Je crois que le pape François nous en donne un bel exemple à travers son ministère de pasteur et de frère dans la foi. Comme lui, nous avons pour mission non seulement d’annoncer Jésus-Christ à notre monde, mais nous sommes appelés aussi à élargir sans cesse notre compréhension de l’évangile du Christ, car c’est une Parole vivante qu’on ne peut ni enfermer, ni aseptiser, car l’Esprit Saint nous précède toujours dans la Galilée des nations, et nous ne sommes pas au bout de nos surprises, car la Parole de Dieu fait toujours du neuf. C’est ce que l’on voit dans l’évangile de ce jour, et c’est ce dont l’Église doit témoigner sans cesse dans son ouverture au monde. Le pape François nous en donne un témoignage des plus interpellant, il me semble.

Ainsi, alors que l’Église a connu bien des conflits avec l’islam, n’a-t-on pas vu le pape François revenir d’un voyage dans les camps de réfugiés en Grèce accompagné de quelques familles musulmanes, afin de leur offrir un refuge au Vatican? N’a-t-il pas tendu la main à nos frères et sœurs protestants à l’occasion du 500e anniversaire de la Réforme de Luther, leur rendant même visite en Suède à l’occasion de cette commémoration ? N’a-t-il pas porté un regard neuf sur le drame des divorcés remariés, choisissant la miséricorde avant la loi ? N’est-il pas celui qui a dit : « Qui suis-je pour juger ? » nous rappelant, comme l’exprimait un théologien dominicain, que «  la doctrine ne verrouille pas la miséricorde. » (fr. Garrigues).

Dès l’annonce officielle de son programme, le 23 novembre 2013 dans l’exhortation sur « la joie de l’Évangile », le pape François faisait cet acte de foi : « Je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort qui consiste à s’accrocher à ses propres sécurités… L’Église, écrivait-il, est comme un hôpital de campagne qui a pour caractéristique de naître là où on se bat ». Voilà un pape qui, en ses propres mots, nous invite à « l’intranquillité ». Les contemporains de Jésus diraient certainement en l’écoutant : « Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! »

Quant à nous, tout ce que nous pouvons demander, c’est d’être là où le Christ nous appelle, afin que, par nos actions, nos paroles et nos prières, ce soit véritablement sa puissance à lui ainsi que sa miséricorde qui se déploient à travers le rayonnement de nos vies.

Ce langage nouveau de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm, c’est la nouveauté de l’évangile, c’est la Parole de Dieu qui fera toujours du neuf, qui nous surprendra toujours et qui nous est maintenant confiée. À nous de voir maintenant jusqu’où elle nous entraînera avec la grâce de Dieu.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

Homélie pour le 2e Dimanche T.O. (B)

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OÙ DEMEURES-TU ?

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 1,35-42.
En ce temps-là, Jean le Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples.
Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. »
Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus.
Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ? »
Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers la dixième heure (environ quatre heures de l’après-midi).
André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus.
Il trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » – ce qui veut dire : Christ.
André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Kèphas » – ce qui veut dire : Pierre.

COMMENTAIRE

Alors que nous reprenons le cycle du temps ordinaire de la liturgie, l’évangéliste Jean nous raconte l’appel des premiers disciples. Mais au-delà de cet appel, l’évangéliste nous aide aussi à comprendre que nos vies se construisent essentiellement sur une quête de sens où nous interrogeons à la fois le présent et l’avenir. Pour l’évangéliste, Jésus est la réponse à cette quête, lui en qui Dieu se manifeste et dont la rencontre ne peut que transformer nos vies. « Venez et voyez ! » Et c’est ainsi que les disciples laisseront tout pour suivre Jésus et ainsi découvrir ce lieu secret où il habite.

En accord avec la grande tradition spirituelle de l’Église, nous croyons que c’est Dieu qui a mis en nous le désir de le chercher et de l’aimer. Saint Basile de Césarée, l’un des grands fondateurs de la vie monastique, écrit déjà dans sa règle de vie au IVe siècle que : « L’amour envers Dieu n’est pas matière d’enseignement. Car personne ne nous a enseigné à jouir de la lumière, à aimer la vie, à chérir ceux qui nous ont mis au monde ou qui nous ont élevés. De même, ou plutôt à plus forte raison, écrit-il, le désir de Dieu ne s’apprend pas par un enseignement venu de l’extérieur; dès que cet être vivant que nous sommes commence à exister, une sorte de germe est déposé en nous qui possède en lui-même le principe interne de l’amour. » Principe qui fait de nous des chercheurs de Dieu, qui dépose au plus profond de nous cette question lancinante des disciples : « Où demeures-tu? » « Où es-tu ? »

Sans cesse, cette question nous monte au cœur au cours de notre existence. N’est-ce pas là l’interrogation de ceux et celles qui cherchent dans la nuit un sens à leur vie? Mais à son tour, et c’est là la perspective que nous présente l’évangéliste aujourd’hui, Dieu est en droit de nous questionner. « Que cherchez-vous », nous demande-t-il?

L’être humain a besoin de se situer face à son existence, il a besoin de bien cerner son univers et de se l’expliquer. Des premières migrations humaines aux longues caravanes parcourant les continents; des caravelles qui traversèrent les océans aux satellites de toutes sortes qu’on lance dans l’espace, nous voulons découvrir et comprendre, nous voulons fonder notre existence sur des vérités et des valeurs durables.

La Parole de Dieu aujourd’hui nous révèle en quelque sorte notre condition d’Homme. L’être humain est quelqu’un qui cherche et dont la quête, sans qu’il le sache toujours, est guidée vers ce lieu où Dieu habite. Le jeune Samuel qui sert le prophète Élie, et qui sera lui-même prophète de Dieu auprès du roi David, il fait l’expérience d’un appel dans sa vie. Dans un premier temps, il n’en mesure pas toute la profondeur. Il a besoin d’être guidé afin d’apprendre à reconnaître la voix de Dieu. Il lui faut apprendre à écouter.

Les disciples de Jean qui sont envoyés auprès de Jésus seront eux invités à venir voir, car il faut aussi apprendre à regarder autour de nous et à nous interroger. Et c’est ainsi que les disciples sont invités à entrer dans la demeure du Christ.  Et quelle est cette demeure ? N’est-il pas dit dans l’évangile que le Fils de l’homme n’avait pas de pierre où reposer la tête. Il faut donc chercher la véritable demeure de Jésus ailleurs que dans un lieu physique.

Rappelons ici que le verbe « DEMEURER » chez l’évangéliste Jean est très évocateur et qu’il revient souvent dans les paroles de Jésus. En voici quelques exemples :

  • Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là produira du fruit en abondance.
  • Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.
  • Demeurez dans mon amour.

On pourrait faire un rapprochement ici avec l’expérience qui est évoquée dans le livre Le Petit Prince où le renard dit au Petit Prince « qu’on ne voit bien qu’avec les yeux du cœur ». Découvrir la demeure de Jésus, c’est tout d’abord faire l’expérience de sa demeure spirituelle, de sa profonde communion avec le Père. C’est découvrir en lui que Dieu est amour et qu’il nous aime d’un amour infini. C’est faire l’expérience de Jésus comme Fils de Dieu qui nous appelle à une communion de destin avec lui, qui nous appelle à partager son amour pour le Père et pour le monde.

En ces temps parfois difficiles et angoissants où nous vivons, avec les bruits de guerres et de violences autour de nous, la question des disciples à Jésus revêt une grande acuité : « Où demeures-tu? » Car s’il vient faire sa demeure en nous,  les disciples doivent aussi chercher la demeure du Christ parmi les hommes et les femmes de ce monde. Cette demeure ne sera jamais un lieu physique, on le comprend bien maintenant. La demeure du Christ est au cœur des humains, des villes et des métros, des champs de bataille et des lits d’hôpitaux, auprès des réfugiés et des enfants abandonnés, auprès de tous ceux et celles qui souffrent et sont persécutés.

Et c’est ainsi que ceux et celles qui vivent de la résurrection du Christ sont appelés à transformer la question naïve des disciples en une prière! Où demeures-tu Seigneur au cœur de mon existence et au cœur de ce monde? En quel lieu m’appelles-tu à te suivre, à faire l’expérience du pardon et de la réconciliation. Où m’appelles-tu à soigner, à visiter, à consoler, à engager toute mon existence au risque même d’y laisser ma vie? Où m’appelles-tu à aimer et à donner comme toi aujourd’hui?

Quand Jésus répond à ses disciples : « Venez et voyez ! » Il nous invite à entrer dans le mystère de sa mort et de sa résurrection, mystère d’amour qui nous invite à jeter un regard neuf sur notre monde, là où le mal et la mort n’auront jamais le dernier mot, puisque le Christ est ressuscité.

Venez et voyez ! C’est ce mystère de mort et de vie que nous célébrons en chacune de nos eucharisties.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour l’Épiphanie du Seigneur

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 2,1-12.
Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem
et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui.
Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ.
Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète :
‘Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël.’ »
Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;
puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant.
Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie.
Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

COMMENTAIRE

Je me souviens, alors que j’étais enfant, que la fête de l’Épiphanie était le moment tant attendu où l’on pouvait enfin placer dans la crèche, sous le sapin, les trois Rois mages tout près du berceau de l’Enfant Jésus. Nous trouvions toujours que c’était un peu tard, nous les enfants, pour placer ces personnages. Après tout, le sapin avait donné le meilleur de lui-même et il ne lui restait plus que quelques jours à orner le salon familial.

La préparation de la crèche de Noël ressemblait à s’y méprendre à une pièce de théâtre, où nous placions les différents acteurs de la naissance de Jésus, les Rois mages étant sans doute les personnages les plus fascinants avec leurs vêtements somptueux, leurs chameaux, et leurs présents d’or, d’encens et de myrrhe. À travers ces figurants, c’est la merveilleuse histoire de Noël qui se déroulait sous nos yeux, et notre foi d’enfants prenait peu à peu son envol avec cette mise en scène annuelle de notre crèche familiale.

Toutefois, nous étions loin de nous douter de l’intrigue qui se jouait autour de nos mages et de l’Enfant Jésus. « Le roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui », nous dit l’évangéliste Matthieu. Que savions-nous en effet de la peur qui s’était emparée de Jérusalem, quand les mages annoncèrent à Hérode la naissance du Messie ? Que savions-nous de l’inquiétude des élites religieuses, ou des sombres intentions du roi Hérode, faisant croire aux mages qu’il souhaitait lui-même aller adorer l’enfant, alors qu’il ferait tout pour le tuer ?

Derrière la joie qui se manifeste dans la nuit de Noël, une terrible tragédie se met déjà en branle, mais qui n’est jamais représentée lorsque nous montons nos crèches. Car dès sa naissance, la vie de Jésus est menacée. Comme le chante la Vierge Marie dans son Magnificat, Jésus ne vient-il pas disperser les superbes et renverser les puissants de leurs trônes? Pas étonnant qu’Hérode et tous les pouvoirs cruels et malveillants de ce monde s’opposent à lui et à son message de paix que nous proclamons en cette fête de l’Épiphanie.

L’Épiphanie ! Ce mot signifie pour nous la révélation de la gloire de Dieu sous une forme humaine. « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous », nous dit l’évangéliste Jean. La nouvelle de son Incarnation est manifestée au monde lors de la Visitation des mages qui viennent des confins de l’Orient. Avec eux, nous contemplons le mystère dévoilé à Bethléem, l’Emmanuel, Dieu avec nous. Les mages représentent toutes les nations de la terre qui cherchent dans la nuit une lumière pour les guider et que l’on trouve chez cet enfant couché dans une mangeoire. La venue des mages à la crèche est l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe qui proclamait : « Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. »

L’Épiphanie ! Une histoire qui fascine jeunes et vieux, mais qui n’est pas sans conséquence pour ceux et celles qui mettent leur foi dans l’enfant de Bethléem. Le récit évangélique se termine ainsi : « Tombant à genoux, les mages se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. »

« Par un autre chemin », nous dit l’évangéliste. Suivre le Christ implique d’engager nos vies dans une nouvelle direction, sur des chemins contraires aux Hérode de ce monde. Il s’agit d’une suite marquée par l’Esprit de Jésus, où l’on marche sur ses traces, dans ses pas à lui, et où peu à peu l’on devient comme lui. Cet enfant, c’est l’envoyé du Père qui vient convertir nos mentalités, nos façons de faire en guérissant nos cœurs blessés. Il vient nous aider à vaincre l’égoïsme par l’amour, à surmonter le péché par la grâce et ainsi participer à sa victoire sur le mal.

Mais qu’ont fait les mages avant de partir par un autre chemin ? Ils ont ouvert leurs trésors et les ont offerts à Jésus en hommage. Si nous tentons d’interpréter ce passage de manière spirituelle et symbolique, il pourrait signifier que si nous acceptons de nous laisser conduire sur des chemins nouveaux par l’Esprit du Seigneur, il nous faut tout d’abord présenter à Dieu notre trésor, lui offrir ce que nous possédons de plus précieux.

Et quel est donc ce trésor ? Et bien, c’est notre désir ! Notre désir de faire le bien, de goûter le vrai bonheur, notre désir de nous faire proches de Dieu et du prochain, notre désir d’être bon. C’est là le plus beau trésor que nous puissions offrir à Dieu, en lui disant : « Et fais Seigneur que je ne sois jamais séparé de toi ! »

Quant à Dieu, il est prêt à tout nous donner, à tout pardonner. Rappelez-vous les paroles du Père au fils aîné, dans la parabole de l’enfant prodigue : « Mon enfant, tout ce qui est à moi est à toi. » Ces paroles sont pour chacun et chacune de nous, et c’est cette promesse incroyable qui trouve son accomplissement avec la naissance du Messie, promesse qui est proclamée au monde entier lors de la Visitation des mages. C’est cela l’Épiphanie ! La promesse de Dieu qui se fait chair, qui se fait l’un de nous et qui se donne à nous comme le plus incroyable des cadeaux.

Alors, comme les Rois mages, adorons nous aussi l’enfant de la crèche. Nous pouvons le contempler en particulier dans l’eucharistie, ce lieu privilégié de la manifestation du Fils de Dieu au monde. Offrons-nous à lui en cette fête, présentons-lui le meilleur de nous-mêmes, afin qu’il puisse faire de nous, comme il est dit dans notre prière eucharistique, une éternelle offrande à la gloire du Père.

Ainsi, nous pourrons nous engager sans crainte sur les chemins imprévus de la vie, guidés par l’étoile des Mages, avec cette assurance que l’Emmanuel marche avec nous et qu’avec lui nous serons vainqueurs, malgré tous les Hérode de ce monde. Amen.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour la fête de la Sainte-Famille

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 2,22-40.
Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur,
selon ce qui est écrit dans la Loi : ‘Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur.’
Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : ‘un couple de tourterelles ou deux petites colombes.’
Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui.
Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur.
Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait,
Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant :
« Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole.
Car mes yeux ont vu le salut
que tu préparais à la face des peuples :
lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »
Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui.
Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction
– et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »
Il y avait aussi une femme prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge ; après sept ans de mariage,
demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.
Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.
Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.
L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.

COMMENTAIRE

Les parents de Jésus, en conformité avec la loi juive, viennent consacrer leur premier-né en l’offrant à Dieu au Temple de Jérusalem. Nous sommes toujours dans la mouvance des récits entourant la naissance de Jésus. Après la venue des bergers et des mages à la crèche, la fête de la Présentation revêt elle aussi le caractère d’une épiphanie. En fait, il s’agit de la première sortie publique de Jésus avec ses parents. Jésus est présenté au Temple.

Deux nouveaux personnages interviennent dans ces récits entourant l’enfance de Jésus. Il s’agit de deux vieillards : Syméon et Anne la prophétesse. Ce sont des justes et ils agissent comme les révélateurs de l’identité de cet enfant. Syméon et Anne, par leur âge vénérable, représentent à la fois la sagesse et la longue attente chargée d’espérance de l’Ancien Testament. Ils voient enfin arriver à son terme le dévoilement de tout ce qui a été porté par les prophètes et par le peuple de Dieu, depuis plus d’un millénaire, soit la venue du Messie.

Syméon et Anne, tout comme Joseph et Marie, Élisabeth et Zacharie, représentent la grande tradition spirituelle d’Israël qu’on appelait les pauvres de Yahvé. Ce sont les doux, les humbles, les miséricordieux qui attendaient le salut promis par Dieu. Et voilà qu’il est porté au Temple par ses parents, « lumière pour éclairer les nations païennes et gloire de son peuple Israël », comme le chantera Zacharie le père du Baptiste.

L’on a toujours proposé la Sainte Famille comme un modèle pour les familles chrétiennes. Toutefois, à notre époque, la notion même de famille traverse une crise sans précédent, ou à tout le moins elle connaît des bouleversements qui en inquiètent plusieurs. Nous connaissons les bébés éprouvettes, les mères porteuses, demain l’on nous promet le clonage, les bébés sur mesures, à notre image et ressemblance, tandis que nous connaissons tous des familles où les parents sont divorcés, des familles reconstituées, des familles monoparentales, où des pères et des mères seules font preuve d’un courage extraordinaire pour éduquer leurs enfants, et nous connaissons aussi des familles où les parents sont du même sexe.

Par ailleurs, plusieurs couples ne pouvant avoir d’enfants ou encore par souci d’aider les enfants les plus démunis de ce monde, se tournent vers l’adoption internationale, et ainsi des grands-parents se retrouvent avec un petit-fils coréen ou une petite fille haïtienne. Ces changements font que le visage traditionnel de la famille s’est complètement transformé. Ces changements sont parfois porteurs de soucis et de souffrances, mais ils demandent surtout beaucoup d’amour. Est-ce que la traditionnelle Sainte Famille est encore en mesure de nous inspirer dans un ce nouveau contexte de société ?

Une chose est certaine, cette famille n’est pas conventionnelle. Tout d’abord, Joseph a dû cacher la grossesse de Marie avant le mariage en la prenant chez lui comme épouse. Ensuite, même si l’on a souvent évoqué la Sainte Famille pour encourager la natalité, il faut se rappeler qu’il s’agit d’une famille avec un enfant unique, ce qui est très proche de notre moyenne nationale au Québec. De plus, Joseph, le père de Jésus, n’est pas le géniteur de l’enfant, il est son père adoptif, tandis que Marie, la mère biologique, est encore vierge, puisque l’enfant est né d’une action miraculeuse de Dieu. Voilà la Sainte Famille !

L’on peut à la fois retrouver en elle les valeurs familiales les plus traditionnelles, à cause de la sainteté même de Jésus et de ses parents, et en même temps l’originalité de cette famille a de quoi étonner les familles les plus diversifiées que nous connaissions. C’est pourquoi le point de convergence le plus significatif entre ces parents inquiets, que sont Joseph et Marie, et nous-mêmes en tant que parents ou membres d’une famille, est que notre histoire personnelle et familiale est aussi une histoire sainte. Chacun des membres de nos familles, qu’ils soient croyants ou non, est engagé dans une recherche de bonheur et d’absolu.

Parfois ces recherches nous inquiètent et nous blessent. Elles sont parfois même destructrices, mais dans chacune de nos histoires, quelle qu’elle soit, Dieu y est présent, et sans cesse il nous invite à nous approcher du mystère de la crèche, afin qu’il devienne notre propre mystère, c.-à-d. que nous acceptions nous aussi, comme Marie et Joseph, d’accueillir le Messie dans nos vies, afin qu’il trouve un accueil chez nous, et ainsi qu’il puisse nous transformer et nous enrichir, nous aidant à devenir ce que nous sommes, des enfants de Dieu ! C’est tout cela le mystère de Noël.

Marie et Joseph ont dû cheminer péniblement afin de se rapprocher du mystère de leur fils Jésus. Ils n’ont pas toujours compris ni toujours cherché au bon endroit. Ils n’ont pas saisi tout de suite ce que Jésus voulait leur dire quand il disait qu’il devait être dans la maison de son Père.

On connaît peu de choses de Joseph, mais sans doute, comme Marie, gardait-il dans son cœur tout ce qui pouvait lui échapper quant à la destinée de son fils Jésus. Et en ce sens, Marie et Joseph sont des modèles de foi confiante, des cœurs dociles, s’en remettant entièrement à Dieu, même devant l’inexplicable, même devant les menaces d’un Hérode sanguinaire, ou encore l’exil forcé en Égypte, souffrant parfois de ne pas comprendre où les entraînait cet enfant qui leur avait été miraculeusement confié. Ne devait-il pas se dire parfois, tout comme nous : « Mon Dieu, qu’attends-tu de nous ? »

Frères et sœurs, c’est à nous maintenant de prendre chez nous cet enfant et de le laisser grandir « en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. »

C’est pourquoi, en ce temps de Noël, la Sainte Famille se présente à nous et nous invite à franchir le seuil de sa maison, à nous laisser saisir par son mystère qui nous renvoie à notre propre mystère, et qui est d’accueillir Jésus dans nos vies et dans nos familles, au cœur même de nos pauvretés, de nos doutes et de nos épreuves, car n’en doutons pas, notre histoire personnelle est aussi une histoire sacrée que l’Emmanuel vient habiter de sa présence. Et c’est ainsi que cette histoire d’amour de la Sainte Famille, l’histoire la plus extraordinaire que la terre ait jamais connue, se poursuit tout au long du temps de l’Église. Amen.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour le jour de Noël

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 1,1-18.
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement auprès de Dieu.
C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui.
En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ;
la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.
Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean.
Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui.
Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde.
Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu.
Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.
Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom.
Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.
Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.
Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant : « C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. »
Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ;
car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.

 

COMMMENTAIRE

L’évangile de Jean commence avec ces paroles denses et profondes : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » Cette proclamation de qui est le Christ vient nous rappeler que la fête de Noël est bien loin du conte pour enfants que l’on en fait parfois. C’est vrai que c’est beau Noël, c’est magique, trop beau pour être vrai selon certains, alors que d’autres regardent cette fête avec une lueur secrète au fond des yeux, se posant la même question que chantait Jacques Brel : « Et si c’était vrai ! » À ces bergers curieux qui se sont approchés de la crèche, voici ce que j’aimerais partager avec eux.

À Noël, nous célébrons un événement prodigieux et unique, qui a marqué à jamais l’histoire de l’humanité, et qui est la naissance de Jésus de Nazareth. Depuis l’aube des temps, l’homme s’interroge quant au mystère de son existence, et voilà que Jésus vient parmi nous en réponse à cette foi au Dieu unique qu’avait toujours professé un petit peuple de Palestine, qui se disait choisi par Dieu pour le faire connaître au monde.

À Noël, le fait divers de la naissance d’un enfant pauvre, devient un événement spectaculaire, car c’est Dieu lui-même qui dresse sa tente parmi nous, et qui vient nous accompagner dans cet enfantement sans cesse renouvelé de nos vies ici-bas, où nous sommes appelés à nous bonifier comme le vin, appelés à être bons, vraiment bons, à l’image de celui qui, aujourd’hui est couché dans une mangeoire et qui demain sera couché sur une croix. On ne peut jamais séparer Noël de la fête de Pâques !

Les textes bibliques en cette fête de Noël sont là pour nous aider à mieux comprendre ce mystère de la présence de Dieu en nos vies. Voici ce qu’ils nous disent : Dieu nous a parlé par son Fils, ce Fils qui est le reflet resplendissant de la gloire du Père, expression parfaite de son être. Oui, aujourd’hui la lumière a brillé sur la terre, car un Sauveur nous est né, le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. Il nous a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.

Ainsi, Dieu vient ouvrir au plus profond de nous ce lieu où il vient faire sa demeure, s’y logeant comme l’Enfant de Bethléem dans l’étable. Car Dieu ne méprise aucun de ses enfants, bien au contraire, car il vient habiter nos pauvretés et nos faiblesses, afin de se faire encore plus proche de nous et ainsi nous sauver, nous relever, nous faire vivre de la vie qu’il rêve pour nous. L’amour de Dieu pour nous dépasse tellement l’entendement, qu’il s’incarne au coeur de notre histoire humaine, il revêt notre humanité, se faisant pauvre parmi les pauvres, et par une nuit obscure, il naît dans un petit village perdu de la Palestine. Il vient « sur la terre pour provoquer un attachement à sa personne, pour attirer à lui l’humanité et l’univers. Mais avant de réclamer cette adhésion et pour l’obtenir, il s’attache lui-même aux hommes. » (Jean Galot)

Son nom est Jésus, l’Emmanuel, Dieu parmi nous. Il vient vivre notre réalité humaine à l’école de Joseph et de Marie. D’ailleurs, on l’appelait le fils du charpentier, celui qui œuvrait avec son père Joseph. À travers ses paraboles et ses enseignements, l’on voit combien il avait appris à fouler la terre, à se salir les mains. Il savait qu’une maison ne pouvait se construire que sur une base solide, qu’une vigne avait besoin d’être émondée et avait besoin de fumier pour porter du fruit, qu’une semence devait être jetée sur une bonne terre, que le bon vin était fait pour la fête, que le pain rassasiait la faim des hommes, que l’on pouvait prévoir le temps qu’il ferait demain en regardant l’horizon. Jésus savait jeter le filet pour la pêche, il savait aussi jeter son regard dans les coeurs, il savait combien la peine pouvait nous peser, combien le pardon et l’amitié pouvaient être bienfaisants dans nos vies. Il savait surtout combien nous avions besoin de nous ouvrir à l’amour. Et c’est ce qu’il est venu accomplir chez ceux et celles qui veulent bien lui ouvrir leur coeur. C’est cela le sens profond de la fête de Noël ! Dieu avec nous !

Alors, pourquoi ne pas faire de ce Noël 2017 un vrai Noël, en aimant ceux qui en ont le plus besoin, en accueillant dans nos maisons ceux qui sont seuls, partageant avec ceux qui ont froid et faim, ouvrant nos cœurs à la réconciliation et au partage, et ce, tout au long de la nouvelle année !

Car n’est-ce pas là une conséquence inévitable du sens de cette fête. Ceux et celles qui se mettent à la suite de l’Enfant-Dieu se laissent alors entraîner par sa générosité à Lui, car Noël n’est-ce pas la fête de la générosité surabondante de Dieu. C’est Dieu qui se donne à nous parce que nous en avons tellement besoin !  À chacun et à chacune de vous, un très joyeux Noël !

À chacun et à chacune de vous, un très joyeux Noël !

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

Homélie pour le 4e Dimanche de l’Avent (B)

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 1,26-38.
En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,
à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.
L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »
À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus.
Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ;
il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »
Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? »
L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu.
Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile.
Car rien n’est impossible à Dieu. »
Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

COMMENTAIRE

Marie, la mère de Jésus, occupe une place centrale dans la foi de l’Église. Elle est celle qui a cru. Mais quand on dit de Marie qu’elle est celle qui a cru, l’on ne veut pas seulement dire qu’elle fait partie d’une longue lignée de témoins de la foi. L’on veut surtout affirmer que le fondement même de la foi chrétienne, qui consiste à croire que le Fils de Dieu s’est incarné, a comme point de départ la foi de Marie. Elle est celle qui a cru non seulement à la réalisation des promesses de Dieu, à sa venue en notre monde, mais elle a cru à son incarnation dans sa chair même. Marie accomplit ainsi la première et la plus grande des béatitudes, celle qui requiert une confiance absolue en Dieu, celle de la foi : « Heureuse celle qui a cru! »

C’est par la foi de Marie, par son oui, que l’on entre dans l’Alliance nouvelle que Dieu vient sceller avec l’humanité. Par son oui à Dieu, Marie devient la Mère de l’Église, c.-à-d. la mère des croyants et des croyantes, le modèle du disciple. Il y a donc là, en Marie, dans ce personnage effacé du Nouveau Testament, la présence d’un mystère extraordinaire que l’on n’aura jamais fini de contempler.

Tout d’abord, en elle on peut déjà entendre Dieu dire à son peuple, et ce, jusqu’à ce jour : « Je suis présent dans votre attente ! Vous tous qui peinez et souffrez, qui cherchez un sens à cette vie; je suis là au cœur de vos vies, avec vous. » Cette présence de Dieu en Marie devient physique. C’est le Fils de Dieu qui prend chair de notre chair, qui assume tout de notre humanité, afin d’affirmer de manière irrévocable que Dieu est engagé dans notre histoire, qu’il est avec nous dans notre lutte contre le mal, le péché et la mort.

Mais le mystère qui se joue en Marie est bien plus que le signe d’une présence de Dieu à nos vies, à nos côtés. Regardez les récits de l’enfance dans les Évangiles. Dès que l’action de Dieu se fait sentir, les personnages se mettent en mouvement. Visitation de l’Ange à Marie, à Joseph, à Zacharie, le père de Jean-Baptiste. Visitation de Marie à Élisabeth. Visitation des bergers, des anges et des Mages à la crèche. Même les étoiles semblent se déplacer. Car plus qu’une présence à nos vies, le mystère qui se joue en Marie demande non seulement d’être reçu, mais aussi annoncé et donné au monde.

Heureuse celle qui a cru à la Bonne Nouvelle, lui dit l’ange, car non seulement elle l’accueille en son sein, mais elle court l’annoncer avec empressement à sa cousine Élisabeth, et ainsi elle la donne au monde sans rien garder pour elle-même, s’exclamant dans son Magnificat que toutes les générations la diront bienheureuse.

À nous aussi il revient de donner le Christ au monde aujourd’hui ! Comment cela va-t-il se faire ? Ce sera tout d’abord de croire comme Marie a cru. De poser cet acte de foi qui fait confiance en Dieu et qui croit qu’il est au cœur de toutes nos attentes. Qu’il est au cœur de tout ce que nous pouvons porter comme projets, comme épreuves, comme engagements, comme relations aux autres. De croire que Dieu est capable, non pas de nous donner tout ce que nous désirons, comme des enfants qui attendraient tout du père Noël, mais qu’il est capable de réaliser en nous toutes ses promesses de salut; qu’il est capable de nous donner de vivre de sa vie à lui dans la foi et la confiance; qu’il est capable de nous faire suivre le Christ, courageusement, sur toutes les routes de nos vies personnelles où qu’elles nous conduisent !

Donner le Christ au monde ce sera marcher avec tous les compagnons et compagnes de route que la vie nous donne; de partager leurs recherches, leurs luttes, et leurs peines, mais aussi leur bonheur de construire un monde meilleur. Car même s’ils ne partagent pas tous notre foi, beaucoup permis eux croient en l’amour, au don de soi et au partage. Et, surtout, Dieu croit en eux car il aime tous ses enfants, et sa bonne nouvelle est pour tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté. Il nous faut donc, nous aussi comme Marie, nous faire porteurs de cette bonne nouvelle.

Frères et sœurs, à quelques heures de la fête de Noël, la liturgie nous invite à contempler la mère de Jésus, l’Emmanuel, et l’accueil inconditionnel qu’elle fait du don précieux que Dieu nous offre en Jésus, son Fils, son Unique. Que cette eucharistie nous ouvre le cœur et l’esprit à l’intelligence d’un aussi grand mystère, et qu’elle nous aide à grandir dans la foi, à l’exemple de Marie notre mère.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Homélie pour le 3e Dimanche de l’Avent (B)

LA JOIE CHRÉTIENNE

De la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens (1 Th 5, 16-24
Frères et soeurs,
soyez toujours dans la joie,
priez sans relâche,
rendez grâce en toute circonstance :
c’est la volonté de Dieu à votre égard
dans le Christ Jésus.
N’éteignez pas l’Esprit,
ne méprisez pas les prophéties,
mais discernez la valeur de toute chose :
ce qui est bien, gardez-le ;
éloignez-vous de toute espèce de mal.
Que le Dieu de la paix lui-même
vous sanctifie tout entiers ;
que votre esprit, votre âme et votre corps,
soient tout entiers gardés sans reproche
pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ.
Il est fidèle, Celui qui vous appelle :
tout cela, il le fera.

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COMMENTAIRE

« Soyez toujours dans la joie », nous dit saint Paul en ce troisième dimanche de l’Avent. Et c’est le dominicain Pierre Claverie, qui disait que la joie c’est la béatitude de ceux et celles qui se savent aimés. C’est dans cet amour que prend sa source la joie chrétienne.

Et comment le savons-nous que nous sommes aimés de Dieu? Il y a là quelque chose du mystère de la foi propre à chacun et à chacune de nous. Nos cheminements dans la foi sont uniques et précieux, mais l’on peut toutefois affirmer que c’est l’Esprit Saint qui nous donne de ressentir cet amour pour Dieu, et cette joie qui en découle. C’est Lui qui nous fait appeler Dieu notre Père, qui nous donne de le reconnaître dans sa visitation en son Fils Jésus. Voilà la source de notre joie.

Mais il ne faut pas s’y méprendre. Celui ou celle qui fait l’expérience de cette joie sait qu’elle peut exiger beaucoup de nous. Elle n’est ni béate ni facile, car elle nous demande que l’on puisse regarder la réalité dans le blanc des yeux, sans se détourner, sans fuir. Elle nous rend responsables du bonheur des autres, au point où elle nous invite à pleurer avec ceux qui pleurent, à nous réjouir avec ceux qui se réjouissent, à souffrir avec ceux qui souffrent, comme Jésus…

Par ailleurs, cette joie se fait parfois discrète en nos vies, au point où elle semble nous échapper. Elle nous demande alors de patienter, d’attendre sans consolation au coeur des pires épreuves, mais avec cette assurance que Dieu est là. Cette joie profonde nous donne force et courage, elle nous fait tenir bon, dans la confiance, au coeur des tempêtes de la vie.

La joie chrétienne a sa source et son enracinement dans la réalisation de cette nouvelle incroyable que le Créateur du monde nous aime d’un amour infini. La Parole de Dieu nous l’affirme : notre vie est sacrée et elle est porteuse de sens.

Un évêque allemand, que j’ai eu la chance d’entendre prêcher un jour à Rome proclamait bien fort dans une homélie : « Je suis fils de Dieu! Avant même que le monde soit créé, Dieu pensait à moi. Il m’aimait déjà et il voulait me créer. Et ce monde avec ses galaxies a été créé pour MOI, car JE suis fils de Dieu. Et il me demande de m’y engager avec tout cet amour qu’il a mis en moi, car JE suis fils de Dieu! »

Notre vocation, personnelle et mystérieuse, s’inscrit déjà dans le coeur de Dieu, avant même que nous ne soyons nés. Dieu, nous voyait déjà chacun et chacune, avant même la création du monde. Il se penchait déjà, avec amour, sur le rêve en devenir que nous étions; posant son regard bienveillant sur chacun de ses enfants en devenir, encore à l’état de rêve; et mettant en chacun et chacune un dynamisme de vie capable de se tourner vers l’infini, capable de le reconnaître pour qui Il est : Dieu, notre Père. Car nous sommes fils et filles de Dieu.

Dans son livre, « L’enfance de Jésus », Joseph Ratzinger, le pape émérite Benoît XVI, écrit ceci : «  Jésus assume en lui toute l’humanité, toute l’histoire de l’humanité, et lui fait prendre un nouveau tournant, décisif, vers une nouvelle façon d’être une personne humaine. » Être « Chrétien », c’est être « Du Christ », c’est appartenir au Christ, et donc être rempli de la joie même du Christ, qui est capable de transfigurer une existence humaine. Cette joie du Christ a très certainement impressionné les apôtres, puisque l’évangéliste Jean a retenu cette phrase de Jésus : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15, 11) . C’est à cette joie que nous sommes appelés.

Il y a quelques années, une correspondante m’écrivait en me questionnant au sujet du Christ souriant. Il s’agit d’un Jésus en croix qui sourit. On peut voir cette croix à l’Abbaye de Lérins, en France. Cette femme me demandait comment comprendre une telle œuvre, une telle représentation du Christ?

Je lui ai répondu ceci : « Je comprends que ce Christ souriant puisse nous interroger lorsque nous-mêmes nous souffrons. Le sourire du Christ n’est pourtant pas le sourire béat des ”Roger-bon-temps”. Ce sourire, que les artisans du Moyen âge ont donné au Christ en croix, renvoie à une certitude intérieure chez Jésus qui se fonde sur cet amour du Père qui le soutient.

C’est Jean-Paul II, lors de son Angelus du 14 décembre 2003, disait ceci:

Une caractéristique incomparable de la joie chrétienne est que celle-ci peut coexister avec la souffrance, car elle est entièrement basée sur l’amour. En effet, le Seigneur qui ”est proche” de nous, au point de devenir un homme, vient nous communiquer sa joie, la joie d’aimer. Ce n’est qu’ainsi que l’on comprend la joie sereine des martyrs même dans l’épreuve, ou le sourire des saints de la charité face à celui qui est dans la peine : un sourire qui ne blesse pas, mais qui console.

Bien sûr, il est difficile de parler de joie à ceux et celles qui souffrent dans leur corps et dans leur âme. Pourtant, la joie est au rendez-vous dans l’Évangile. Elle frappe à la porte de nos souffrances physiques, morales et spirituelles, et elle nous invite au rendez-vous de Dieu. Cette joie transforme toute vie qui l’accueille.

Alors, comment cacher cette joie qui nous habite? Il faut nous la redire, la chanter, la célébrer, la proclamer, la faire nôtre. C’est tout le sens de nos liturgies, quand nous chantons nos alléluias, quand nos chants de louange montent vers le ciel, quand nous proclamons ensemble au coeur de l’eucharistie « comme il est grand le mystère de la foi », quand l’orgue nous accompagne triomphalement à la sortie de l’église.

Car la joie pascale est la marque de la spiritualité chrétienne, comme le disait Paul VI. Ce n’est pas de l’insouciance, mais une sagesse qui vient de Dieu, et qui s’enracine dans un bonheur profond et durable qui n’a pas peur des combats, qui n’a pas peur de se salir les mains, ni de se compromettre ou de lutter comme Jésus l’a fait. Car tout bonheur n’a de sens que lorsqu’il est partagé, et c’est vraiment ce qui fait la joie du disciple du Christ. Amen.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

« La beauté sauvera le monde »

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Écrivant en 1952, Pie XII, dans sa Lettre aux artistes, souligne à quel point le travail de l’artiste est essentiel à la vie de l’Église et de notre monde. S’inspirant de l’affirmation inoubliable de l’écrivain russe Dostoïevski, « la beauté sauvera le monde », il écrit : « Le beau doit nous élever. La fonction de tout art, et donc de tout artiste, consiste à briser l’espace étroit et angoissant dans lequel l’homme, tant qu’il vit ici-bas, est plongé pour ouvrir une fenêtre vers l’infini! »

Dans sa quête du beau et de l’inexprimable, l’artiste est à sa manière un chercheur de vérité, interrogeant sans cesse cette passion qui le consume et le fait vivre. Qu’il soit comédien, musicien, peintre, écrivain, sculpteur ou artisan, et j’en passe, il y a en lui un espace secret où se livre un combat qui ressemble à celui de Jacob avec l’ange. L’inspiration n’est jamais un dû, elle ne se livre qu’après une lutte ardue : « Bénis-moi! »Voilà souvent le cri de l’artiste au cœur de son combat.

L’artiste évoque aussi la figure d’un Moïse, le contemplatif devant le Buisson Ardent. Il me semble qu’il est toujours hanté par cette question fondamentale : « Quel est ton nom? » L’artiste a besoin de saisir ce qui lui échappe. Comme le scientifique, il cherche à comprendre, à saisir l’indicible. Il est fasciné par ce qui le dépasse et il entraîne le monde dans sa soif d’absolu. Cette recherche du beau et du vrai, comme l’affirment Dostoïevski et Pie XII, est capable de sauver le monde. Je le crois. Mystérieusement, elle le rend plus humain, elle lui permet de s’ouvrir à lui-même et de se dire.

 

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Hommage donc à tous ces artistes qui peuplent notre imaginaire de formes et de couleurs inédites, de sons, d’images et de chansons, qui nous transportent à mille lieux, pour mieux nous dire qui nous sommes. Hommage à tous ces artistes célèbres et méconnus qui ont tellement enrichi le patrimoine humain. Hommage surtout à cet artiste qui sommeille en chacun de nous et qui, de mille et une manières, au fil des jours, recrée le quotidien et enfante le monde de demain. Prêtons-lui attention, prenons-le au sérieux, même si ses efforts paraissent parfois malhabiles. A sa façon, il poursuit l’œuvre de création que Dieu a commencée de bon matin.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

Homélie pour le 1er Dimanche de l’Avent (B)

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 13,33-37. 
Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment.
C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et demandé au portier de veiller.
Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ;
s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis.
Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »

COMMENTAIRE

Le poète Charles Péguy dans un poème sur la fête de Noël met en scène trois personnages qu’il appelle les filles de Dieu, et qui sont la foi, l’espérance et la charité. Il compare la charité à une mère ou à une sœur aînée; la foi à une épouse fidèle; et l’espérance, à une toute petite fille. Péguy a là une intuition des plus intéressante, car les saints et les saintes sont surtout reconnus à cause de leur foi à déplacer les montagnes, de leur charité à toute épreuve, mais l’espérance… Qui a déjà été canonisé parce qu’il ou elle avait espéré? Et pourtant, nous dit Péguy, c’est la petite fille espérance qui entraîne par la main ses deux sœurs aînées, la foi et la charité. Cette vision du poète nous introduit, il me semble, dans une belle compréhension de l’année liturgique que nous inaugurons aujourd’hui.

Faut-il le rappeler, l’année liturgique qui commence avec le premier dimanche de l’Avent, et qui se termine avec la fête du Christ-Roi, est marquée par trois grands mouvements, comme une vaste symphonie, qui correspondent au temps de Noël, de Pâques, et du temps appelé « ordinaire », à défaut d’un qualificatif plus poétique. Quand on y regarde de plus près, chacun de ces trois temps de l’année liturgique semble davantage orienté vers l’une des trois vertus théologales de foi, d’espérance et de charité. Non pas que toutes ces vertus ne soient pas évoquées tout au long de l’année liturgique à travers les lectures bibliques qui nous sont proposées, mais c’est comme s’il y avait une insistance plus soutenue à l’endroit de l’une ou l’autre de ces vertus, selon les grands moments de l’année.

Tout d’abord, le temps ordinaire, celui qui occupe la plus large part de l’année liturgique, est loin d’être « ordinaire ». Je le dirais surtout consacré à la vertu de charité, à la mise en œuvre quotidienne de l’amour, manifesté par les paroles, les gestes et la personne même de Jésus. Le temps ordinaire de la liturgie est une invitation à faire nôtre sa mission, afin que par nos gestes et nos paroles, l’amour et la tendresse du Père soient à nouveau manifestés à notre monde par nos œuvres de justice et de miséricorde. Le temps ordinaire, c’est l’aujourd’hui de Dieu, l’aujourd’hui de l’Évangile et de l’Église. On pourrait l’appeler le temps de la charité de l’Église.

Le Carême et le temps pascal me semblent davantage consacrés à la vertu de foi. C’est un temps qui invite à croire, à croire sans réserve. Une invitation nous y est faite à suivre le Christ dans sa mort-résurrection et à proclamer avec les Apôtres que ce Jésus qui a été crucifié, Dieu l’a ressuscité des morts. Carême et temps pascal sont ces temps de l’année où nous retournons aux sources de notre foi et où, à la fête de Pâques, sommet de l’année liturgique, nous proclamons que ce Jésus, Dieu l’a fait Christ et Seigneur. Et nous faisons nôtre cette béatitude promise par Jésus à ses disciples : « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu! » C’est à cette foi audacieuse que nous invitent le Carême et le temps pascal.

Vous l’aurez deviné, le temps de l’Avent lui me semble tout orienté vers l’espérance. L’Avent, première halte dans l’année liturgique, vient dresser sur l’horizon de nos attentes humaines une toute petite lueur. Elle a les dimensions d’un berceau, mais elle est capable d’embraser tout l’univers. Pourtant, elle est toute contenue dans le mystère de cette étable de Bethléem. Mystère de l’humilité et de la petitesse de Dieu, qui se donne sans s’imposer à nous.

Noël, c’est Dieu qui déjà se livre une première fois entre nos mains. En attendant d’être couché sur la croix, il est couché dans une mangeoire, emmailloté, offert à notre contemplation. Et là, dans cette vie humaine naissante, gît, impuissant, donnée à nous, l’espérance du monde, le Christ, le Fils de Dieu. C’est Dieu lui-même qui vient allumer au cœur de notre nuit une soif d’infini et qui nous ouvre le chemin qui y conduit.

Pas étonnant qu’en ce temps de l’année, plus qu’à n’importe quel autre, les gens aient le goût de décorer, de revêtir les villes et les villages de lumières et de couleurs flamboyantes. Ils ont envie de donner d’eux-mêmes sans compter, d’être une fois pour toutes bonté et générosité, comme si leur cœur saisissait à l’approche de Noël, comme l’espace d’un instant, sa véritable vocation, même dans les sociétés les plus sécularisées. Non, les indices ne trompent pas. C’est la petite vertu espérance qui se fraie son chemin depuis cette étable de Bethléem et qui illumine la nuit des temps.

Nous le savons, la Parole de Dieu ne nous propose pas une espérance à la petite semaine, une espérance facile et béate. Non, elle est de tous les combats, de toutes les luttes, et c’est elle qui nous rend capables de nous engager, de nous aimer les uns les autres, de changer nos cœurs, de recommencer quand tout s’écroule. C’est cette espérance, têtue et obstinée, que nous demandons au Prince de la paix de renouveler en nous alors que nous nous préparons à célébrer la fête de Noël, afin qu’il nous trouve fidèles et en tenues de service quand il viendra, de telle sorte que cette espérance qui nous habite puisse soulever le monde avec lui, chacun et chacune à notre mesure, dans le quotidien qui est le nôtre.

En terminant, écoutons Charles Péguy :

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance.
Et je n’en reviens pas.
Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.
Car mes trois vertus, dit Dieu.
Les trois vertus mes créatures.
Mes filles, mes enfants.
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une Épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de cœur.
Ou une sœur aînée qui est comme une mère.
L’Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.
Avec ses petits sapins en bois d’Allemagne couverts de givre peint.
Et avec son bœuf et son âne en bois d’Allemagne. Peints.
Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.
Puisqu’elles sont en bois.

C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.
Comme l’étoile a conduit les trois rois du fin fond de l’Orient.
Vers le berceau de mon fils.
Ainsi une flamme tremblante.
Elle seule conduira les Vertus et les mondes.
Une flamme percera des ténèbres éternelles.


CHARLES PÉGUY, tiré de «Le porche du mystère de la deuxième vertu. pp. 26-27

fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

Homélie pour le Dimanche du Christ-Roi (A)

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 25,31-46.
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire.
Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs :
il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche.
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde.
Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ;
j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !”
Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ?
tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ?
tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?”
Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”
Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges.
Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ;
j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.”
Alors ils répondront, eux aussi : “Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?”
Il leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.”
Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

COMMENTAIRE

La liturgie de la Parole en ce dimanche du Christ-Roi de l’univers s’ouvre sur une prophétie d’Ézéchiel qui, au-delà de son contexte historique où le peuple hébreu est en exil, nous parle plus largement du drame de notre humanité aux prises avec le péché et le mal, et de la promesse que Dieu nous fait de nous venir en aide. C’est ainsi que Dieu prend la parole dans cette prophétie et raconte que par un jour de nuages et de sombres nuées les brebis ont été dispersées, mais que lui-même s’engage à les chercher et à les rassembler : « La brebis perdue, dit-il, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. »

Et c’est ainsi que le psalmiste, fort de cette promesse de Dieu, peut chanter : « Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer. » Ces promesses vont trouver leur achèvement en Jésus-Christ, celui qui se présente à nous comme le bon pasteur, à qui tout a été soumis, et dont saint Paul affirme dans notre deuxième lecture, que c’est par lui le vainqueur de la mort que tous recevront la vie. Ces textes sacrés nous préparent à entendre l’évangile choisi pour cette fête du Christ-Roi.

Cette fête, faut-il le dire, est assez récente dans l’histoire de l’Église puisqu’elle a été instituée il y a moins d’un siècle, soit en 1925, avec une visée assez polémique, quoi qu’on en dise. Les gouvernements de l’époque en Europe, que l’on pense à l’Allemagne, à l’Italie, sans oublier bien sûr l’Union soviétique communiste, se montraient de plus en plus anticléricaux et l’Église voulait affirmer avec cette fête du Christ-Roi que les puissants de ce monde ne sont en fait que des roitelets en comparaison du Seigneur Jésus-Christ et du règne qu’il vient instaurer, lui le véritable roi de l’univers.

Bien sûr, existe toujours le danger pour l’Église de vouloir s’imposer comme un contre-pouvoir politique dans nos sociétés. D’ailleurs, elle n’a pas toujours échappé à ce piège à travers les siècles, et c’est ainsi qu’un auteur critique de l’Église et de ses prétentions au début du XXe siècle (Loisy) écrivait : « On attendait le Royaume de Dieu et c’est l’Église qui est venue. » Bien sûr, cette tentation demeurera toujours présente jusqu’à la fin des temps, car l’Église, tout en étant d’origine divine, est aussi humaine, mais quand nous célébrons la fête du Christ-Roi, nous les chrétiens et les chrétiennes nous affirmons ce qui suit : « On attendait le Royaume de Dieu et c’est Jésus qui est venu! »

En cette fin d’année liturgique, cette fête survient comme un point d’orgue, comme l’aboutissement de tout ce que nous avons célébré ensemble depuis un an, alors que nous affirmons à la face du monde, que Jésus-Christ est le Seigneur de l’univers, notre roi, qui vient vers nous drapé du vêtement du bon pasteur, portant sur lui la bonne odeur de ses brebis qu’il porte sur ses épaules, qu’il soigne et qu’il accompagne vers ces verts pâturages que chante le psalmiste aujourd’hui.

Maintenant, l’évangile de ce jour nous ouvre des perspectives incroyables et insoupçonnées quant aux conditions d’appartenance au troupeau de ce roi berger, et nous permet de jeter un regard neuf sur le rôle de l’Église que nous formons en ce monde. Un théologien peut nous aider ici à mieux comprendre ce rôle.

Il y a un mois décédait un éminent théologien à Montréal du nom de Gregory Baum, un Juif converti au catholicisme qui, pendant plusieurs années, a enseigné à l’Université McGill. Dans son dernier livre, publié il y a un an à peine à l’âge de 95 ans, il écrivait un texte à propos de l’Église qui peut ébranler certaines de nos conceptions à son sujet, mais une réflexion qui s’impose il me semble à la lumière de notre évangile aujourd’hui. Il écrivait ceci : « L’Église n’est pas une oasis de salut dans un désert de perdition; le salut est offert partout dans le monde, par l’entremise des traditions religieuses, des cultures humanistes et de l’expérience commune de la solidarité. Le premier outil de la grâce, écrivait-il, c’est la vie humaine. »

Mais alors, me direz-vous, que reste-t-il de l’Église dans une telle perspective? Et bien, je dirais tout d’abord que l’Église est cette communauté de foi qui célèbre cette vie donnée qui est la nôtre et qui est commune à toute l’humanité. Notre mission est de nous y engager passionnément dans cette vie, reconnaissant qu’elle a sa source en Dieu lui-même et dans le don de son Fils à notre humanité. J’ajouterais que notre mission en Église, c’est à la fois de célébrer cette grâce d’un amour infini qui nous est faite et de partager cette joie qui est la nôtre, de donner le goût de Dieu au monde quand ce dernier est méconnu ou bafoué, oeuvrant ensemble, solidaires des joies et des peines de cette terre, n’oubliant jamais que l’Esprit du Christ nous précède dans cette Galilée des nations.

Et c’est ainsi que dans l’évangile de ce jour, la seule condition posée pour être reconnus parmi les brebis du Seigneur, ce n’est pas de dire « Seigneur, Seigneur! », mais de témoigner d’une charité active en ce monde, car le Christ s’attache tellement à chacun de nos pas qu’il est le premier touché quand une vie humaine est aimée ou méprisée. Et c’est parmi des hommes et des femmes de toutes races, de toutes cultures, de toutes religions que le Royaume se fraie son chemin, comme la semence jetée en terre. Cet évangile nous rappelle que nous n’avons pas le monopole de l’amour, et il n’est pas mauvais de nous l’entendre dire ! »

Comme l’affirme le Pape François dans son exhortation apostolique « La joie de l’Évangile », il nous faut apprendre à « ôter nos sandales devant la terre sacrée de l’autre », puisque tous sont aimés de Dieu et que ce dernier nous en confie tout particulièrement la responsabilité à nous son Église. C’est pourquoi Jésus nous invite à accueillir notre prochain comme s’il s’agissait de lui-même. Il vient ainsi ouvrir des perspectives nouvelles à nos amours, à nos amitiés, à nos relations entre nous. C’est comme s’il nous disait : « Si tu savais le don de Dieu, si tu savais qui s’adresse à toi à travers ce prochain. Si tu savais tout ce dont sont porteurs tes actes de charité, même les plus modestes, tu t’empresserais alors d’aller vers les plus pauvres, les plus malheureux et les plus démunis, parce qu’en eux c’est Dieu qui se tient à ta porte, qui t’espère et qui t’attend. »

Frères et sœurs, en cette fête du Christ-Roi, au terme de cette année liturgique, nous demandons à Dieu de nous aider à grandir et à persévérer dans l’amour du prochain, nous rappelant que le Christ, notre roi et notre pasteur, vient vers nous avec douceur et humilité, non pas pour dominer nos vies, mais pour les transfigurer et nous rendre semblables à lui, afin que nous puissions aimer comme lui et ainsi nous faire bons pasteurs avec lui. Tel est le sens de sa royauté que nous célébrons aujourd’hui.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

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