Des témoins parmis nous

Imperceptiblement l’on est passé, il y a quelques semaines, des décorations de l’halloween à celles de Noël. Pour plusieurs, ce n’est qu’un changement d’ambiance qui n’a rien avoir avec l’enfant de la crèche, et encore moins avec une profession de foi. Nos contemporains ont besoin d’enchanter leur quotidien, de se laisser éblouir. Bien sûr, il y a un certain sentimentalisme qui reste attaché à cette fête de Noël, un sens du don dont on a perdu l’origine, mais qui se traduit par cet appel à la générosité et au partage dont on entend l’écho tout au long de ces semaines qui précèdent Noël. Quoi qu’on en dise, ce sont là des traces d’évangile qui ont marqué notre culture et qu’il fait bon voir, même si le sens de la fête semble relégué aux oubliettes pour bien des gens.

Entre temps, je reviens d’un week-end où j’ai rencontré des chrétiens et des chrétiennes à pied d’oeuvre au coeur de leurs engagements et de leur foi. Voilà qui me réchauffe le coeur à l’approche de Noël et qui lui redonne son vrai sens.

Il y a cet ami malade Stéphane, atteint d’un cancer, qui tenant ferme dans la prière, est entouré d’amis et de sa famille, porté par leurs prières et leur dévouement. Il y a ces trois amies, Anick, Céline et Christine, que j’ai croisées samedi, et qui, en compagnie de leurs enfants, emballaient les centaines de cadeaux à distribuer lors de la fête de l’Association Cigogne qui se consacre aux étudiantes enceintes ou avec nourrissons, sur le campus de l’Université de Montréal. Les enfants de mes trois amies sont à la bonne école.

Samedi soir, il y a eu ce souper de Noël des membres de l’Association Le Tandem, où j’ai rencontré cette femme médecin, âgée de trente cinq ans environ, et qui a adopté trois enfants handicapés au nom de sa foi. Il y a Luc, 42 ans, qui est veuf et qui m’a parlé du choix que lui et son épouse avaient fait de choisir de se marier même si le cancer de sa femme était connu avant le mariage. Une belle histoire d’amour dont est issue un beau garçon. Il y a Mona qui se dévoue bénévolement pour cette association et dont la générosité m’épate sans cesse.

Et ce soir dimanche, c’est Mario et Céline que j’ai revu lors de la rencontre de notre fraternité dominicaine, et qui consacrent tous leurs loisirs à s’occuper de l’accompagnement de personnes éprouvant des difficultés d’ordre affectif et qui voient cette mission comme faisant partie de leur engagement comme laïcs dominicains. Bref, un week-end qui me remplit d’espérance et qui me fait toucher du doigt à la vrai joie de Noël.

Violence et religions

La lettre d’un prêtre qui s’en va en mission dans un pays du Moyen-Orient m’habite ce matin. Ce dernier dit avoir peur des islamistes. Il me demande de prier pour lui. Je repense ici à Mgr Pierre Claverie, o.p., évêque d’Alger, assassiné en 1996, qui parlait de la prière chrétienne comme d’un dialogue (voir le texte). Le dialogue n’est certainement pas facile quand on craint pour sa vie. C’est là le défi de vivre en disciple du Christ.

Les craintes de ce prêtre ne sont certainement pas sans fondement. La situation des chrétiens et des chrétiennes en pays musulmans est souvent déplorable. Pourtant ils y vivent avec beaucoup de courage et font preuve d’une foi qui est parfois de la trempe des saints.

Au noviciat des dominicains à Mossoul en Iraq, le maître des novices me décrivait la situation là-bas, en avril 2005, en me disant que c’était un peu plus calme maintenant. Il n’était plus nécessaire de garder les armes à portée de mains dans le couvent… Bien sûr quelques roquettes sont tombées à proximité de l’église lors de la Vigile pascale, mais la célébration a pu se dérouler sans autres incidents!

Quelle caricature de Dieu peut bien alimenter les rêves et les fantasmes des violents, toutes religions confondues? Jésus nous dit : « Je suis parmi vous comme celui qui sert. »

Fête de l’Immaculée Conception

« Aie honte, mon âme, en voyant que Dieu s’est apparenté à toi en Marie. Aujourd’hui t’est montré que, bien que tu sois faite sans toi, tu ne seras pas sauvée sans toi, d’où, comme il est dit, aujourd’hui Dieu frappe à la porte de Marie et attend qu’elle lui ouvre » Catherine de Sienne,

« Chaque âme fidèle aussi est épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et soeur du Christ. Chaque âme fidèle doit être dite vierge et féconde. La même chose est donc dite universellement pour l’Église, spécialement pour Marie, singulièrement pour l’âme fidèle… » Isaac de l’Étoile.

« Seigneur, ton ami est malade. »

Un ami très cher est atteint d’un cancer. J’ai peur pour lui. J’ai déjà travaillé en milieu hospitalier, j’ai vu des gens mourir et chaque fois que cette menace de la mort se présentait je demandais la guérison dans ma prière, le miracle. Mais le miracle n’était pas souvent au rendez-vous.

« Tout ce que vous demanderez en mon nom… », dit Jésus. Et pourtant toutes ces prières, comme des bouteilles jetées à la mer, qui semblent rester sans réponse. Mais n’a-t-il pas suffit que Marie, la sœur de Lazare, dise à Jésus: « Seigneur, ton ami est malade », pour qu’il vienne le guérir?

En priant pour cet ami, j’ai compris quelque chose de nouveau à la prière. Alors que ma prière se faisait insistante pour que le Seigneur guérisse mon ami, j’ai compris que ma prière avait aussi comme fonction de soutenir cet ami, de veiller avec lui. Comme si Dieu me demandait de le laisser habiter ma prière afin qu’à travers moi Il soutienne mon ami qui souffre. Une invitation à veiller avec l’ami malade dans la prière.

C’est comme si un nouvel éclairage sur la prière m’avait été donné. Il ne suffit pas de dire « Seigneur, Seigneur ». Il faut aussi veiller avec lui à Gethsémani, le Gethsémani de toutes les souffrances humaines. N’est-ce pas là la vocation bien particulière des monastères à travers le monde?

C’est là quelque chose qui demande bien plus de temps que la simple demande de guérison au Seigneur, dans une formule rapide et toute faite. C’est plus engageant aussi, plus fatiguant, plus couteux. La preuve en est que je n’ai pas mis le temps que j’aurais voulu jusqu’à maintenant. Écouter un ami qui souffre prend du temps. Prier pour lui aussi. Peut-être est-ce là le vrai sens de la prière d’intercession?…

Je vous confie cet ami. Je sais que son drame n’est qu’une gouttelette sur cet océan de misères humaines. Pourquoi lui plus qu’un autre? Pourquoi pas! Il faut bien commencer quelque part, là où la misère humaine nous frappe de plein fouet. Je pense qu’on entre alors dans le combat de Dieu.