La communion des saints ou le mystère de la Réversibilité

Je vous propose aujourd’hui ce texte décapant de l’écrivain Léon Bloy, qui ne se veut pas une présentation tout à fait orthodoxe ou théologique sur la question de la communion des saints, mais qui a néanmoins beaucoup de souffle et le mérite de nous interroger :

« Notre liberté est solidaire de l’équilibre du monde et c’est là qu’il faut comprendre pour ne pas s’étonner du profond mystère de la Réversibilité qui est le nom philosophique du grand dogme de la Communion des Saints. Tout homme qui produit un acte libre projette sa personnalité dans l’infini. S’il donne de mauvais coeur un sous à un pauvre, ce sous perce la main du pauvre, tombe, perce la terre, troue les soleils, traverse le firmament et compromet l’univers. S’il produit un acte impur, il obscurcit peut-être des milliers de coeurs qu’il ne connaît pas, qui correspondent mystérieusement à lui et qui ont besoin que cet homme soit pur, comme un voyageur mourant de soif a besoin du verre d’eau de l’Évangile. Un acte charitable, un mouvement de vraie pitié chante pour lui les louanges divines, depuis Adam jusqu’à la fin des siècles; il guérit les malades, console les désespérés, apaise les tempêtes, rachète les captifs, convertit les infidèles et protège le genre humain. »

(Léon Bloy: Méditation à l’Office de nuit chez les Chartreux).

La communion des saints… c’est compliqué!

Certains lecteurs peinent avec la communion des saints. C’est normal puisque nous ne sommes pas des saints…

Mais au-delà de cette contingence, la notion échappe à bon nombre de chrétiens et fait même l’objet de divisions entre eux. Pour nous catholiques, c’est là une vérité fondamentale et extraordinaire de notre foi chrétienne. On peut en trouver une brève description sur le beau site de Port Saint-Nicolas.

Je me propose de mettre sur ce blogue, dans les jours qui viennent, différentes propositions, à la fois de théologiens et d’écrivains catholiques sur cette vérité de notre Credo. Merci à Monique de m’avoir lancé sur cette piste. En attendant je vous réfère à cet article paru en 2003 sur le site de Spiritualité 2000. On y reproduit un article de la revue CÉLÉBRER LES HEURES, qui a demandé au Père Pierre JOUNEL, artisan important de la réforme liturgique de Vatican II et éminent spécialiste du Sanctoral, de nous proposer quelques points de repère historiques et théologiques. L’article s’intitule : Mémoire du Christ, mémoire des saints.

La communion des saints

« La communion des saints… lequel d’entre nous est sûr de lui appartenir? Et s’il a ce bonheur, quel rôle y joue-t-il? Quels sont les riches et les pauvres de cette étonnante communauté? Ceux qui donnent et ceux qui reçoivent? Que de surprises! […] Oh! rien ne paraît mieux réglé, plus strictement ordonné, hiérarchisé, équilibré que la vie extérieure de l’Église. Mais sa vie intérieure déborde des prodiges de libertés, on voudrait presque dire extravagants, de l’Esprit – l’Esprit qui souffle où il veut. »

(Georges Bernanos, Les prédestinés, Paris, Seuil, 1983, p. 99.)

Joseph et l’âne d’Autun

Béatrice, une correspondante d’Autun m’écrit :
« Dans cette ville, que je connais depuis mon enfance, ma grand-mère y habitait, il y a un âne délicieux, digne de vos pâturages virtuels. C’est en contemplant une photo du chapiteau de la cathédrale, « La fuite en Egypte », à un moment où j’étais secouée par deux deuils successifs… et où je prenais une conscience aigüe de la fuite accélérée du temps, que j’ai refait sa connaissance. »

Suit un texte magnifique sur saint Joseph, intitulé : L‘homme de confiance. Avec l’accord de Béatrice, il me fait plaisir de partager avec vous ce texte:

« A Autun, il y a un âne. Il est célèbre parce qu’il marche sur des roues qui ont l’air de tourner très vite. Il porte la Mère et l’Enfant, l’Enfant qui porte le monde ! Ses sabots arrière sont fermes, et devant, il a un pied sur une de ces roues vertigineuses et l’autre levé haut pour le pas suivant. Haut, comme pour une danse ! Il est très bien coiffé et plutôt méditatif. Comme il se laisse conduire, il ne regarde pas ses pieds… (suite fichier Word) fin

Des images accompagnent ce texte :

1- Fuite en Égypte 2. Joseph, méditatif 3. L’âne d’Autun

Annik, une enseignante m’écrit :

Annik enseigne à des petits de 7 ans de différentes races et religions.

« Comment faire pour ouvrir des voies de dialogue avec le monde moderne et l’Islam dans le respect de chacun? J’y oeuvre à ma petite échelle, j’essaie de faire découvrir à ces petites têtes qui ne sont pas blondes qu’ils sont comme les autres enfants, français, avec la chance d’avoir reçu les valeurs d’une religion que souvent ils ne connaissent pas.

J’en suis arrivée pour plus de paix au sein de la classe à faire découvrir les trois religions monothéïstes… J’ai du travail à faire pour découvrir la sagesse chinoise car dans notre école arrive maintenant de plus en plus de chinois. J’ai la chance d’avoir le droit au sein de ma classe de consacrer 10 minutes par jour à cet éveil religieux… Plus il y aura de dialogue entre nous et de respect mutuel… plus nous pourrons vivre dans un climat apaisé.

Autant vous partager d’autres joies : au cours d’un atelier où je me fais aider par des parents je demande puisque c’était le premier jour du ramadan à la maman présente d’en parler aux enfants. Elle ne trouve pas des mots simples pour en parler et me demande de le faire. Je pense que mon explication avait une résonance chrétienne du jeûne mais cette femme m’a remercié de lui avoir fait découvrir la portée spirituelle de ce qu’elle vivait par tradition.

Pour le 2 février un temps de prière était proposé aux enfants qui le désiraient sur un temps de récréation avant la cantine. Je raconte au sein de la classe le récit biblique et insiste sur la lumière qui éclaire toute vie. Un temps d’intériorisation est organisé pour rechercher ce qui nous éclaire et nous rend heureux et Richard un de mes petits chinois me dit aimer que des parents présentent à Dieu leur enfant. Il viendra au temps de prière et redira « je remercie Dieu pour les parents qui offrent à Dieu leur enfant » cela avec un accent délicieux et lui qui a quelquefois du mal à parler français a à ce moment là su trouver ses mots. Voilà pourquoi je n’aime pas trop qu’on caricature la religion des autres… »

Au bord du torrent

En Bretagne se trouve un manoir du XVIIè siècle, qui surplombe l’étang de Beaufort, au coeur d’une forêt. C’est là qu’habitent les moniales dominicaines dans leur monastère de Notre-Dame de Beaufort. Elles intègrent dans leur magnifique chant-choral les influences du monastère de Keur Moussa, une abbaye bénédictine du Sénégal, fondée en 1963. La kora, un instrument de musique d’origine africaine, occupe donc une place importante dans cette liturgie.

Voici comment les moniales décrivent l’endroit où elles habitent :

Situé à la lisière d’une forêt, entre deux étangs, le monastère de Beaufort surplombe un torrent. Il poursuit inexorablement sa course, à travers les marais du pays de Dol et se jette dans la mer en baie du Mont St-Michel. Je vous invite à visiter le site des dominicaines de Beaufort.

L’encyclique Deus caritas est

Une nouvelle encyclique vient de paraître. Elle s’intitule Deus caritas est (Dieu est amour). Il s’agit de la première encyclique de Benoît XVI et déjà elle suscite beaucoup de commentaires.

Traditionnellement la première encyclique d’un pape est de nature dogmatique et morale. Elle donne l’orientation de son pontificat. Je pense ici à la première encyclique de Paul VI, Ecclesiam suam, qui abordait la relation entre Jésus-Christ et l’humanité, et celle de Jean-Paul II, Redemptor hominis, qui traitait des relations entre l’Église et le monde.

L’encyclique de Benoît XVI se veut ouvertement pastorale, laissant même de côté le discours moral habituel d’une encyclique, pour aborder le thème de l’amour au coeur de la vie et de la foi. Bien sûr, Benoît XVI s’en prend au relativisme moral de notre époque, un thème cher à son pontificat, mais le message central de son encyclique est avant tout une invitation à revenir au coeur même de ce qui constitue la foi chrétienne : l’amour de Dieu et l’amour du prochain à travers la rencontre du Christ.

Notons en passant un détail intéressant au sujet de Benoît XVI : sa force d’attraction sur les foules. Ce pape était jugé peu charismatique par la plupart des commentateurs au début de son pontificat, en comparaison d’un Jean-Paul II média star! Selon le journaliste Sandro Magister, du journal italien L’Espresso, les foules se pressaient pour voir Jean-Paul II, alors que maintenant elles se pressent tout autant mais pour entendre Benoît XVI.

À Maya qui m’écrit : Comment osez vous parler de Jésus?

Bonjour Maya,

Que de colère dans votre message! Ce n’est sûrement pas le premier pas d’un dialogue. C’est plutôt comme un graffiti, et pourquoi pas… Je respecte votre opinion et j’oserais dire aussi que je la comprends, puisque j’ai connu l’athéisme.

Merci d’avoir pris la peine de m’écrire. Votre opinion vaut bien la mienne.

Cordialement.

Avoir la foi?

Dans un éloge de l’Homme et de ses capacités, Mario Roy, un éditorialiste du journal montréalais LA PRESSE, y va de cette conclusion dans son éditorial du 3 janvier 2006, intitulé « Résolution pour 2006: avoir la foi. » :

« En 2006, il vaudrait mieux cesser d’investir sa foi dans les chimères et les dieux, les manchettes et les curés, les évangiles et les devins. Il faut retrouver la seule foi qui vaille, celle dont l’objet est l’être humain. Lequel existe bel et bien. Et a toujours vaincu. »

Cela me rappelle le courriel d’une lectrice qui m’avait écrit ce qui suit :

« Je ne comprend pas comment des gens peuvent encore croire au Christ avec toutes les horreurs qu’il y a sur Terre. C’est presque une insulte pour les personnes qui vivent dans un malheur que ce que pourrait penser ce soit disant fils de Dieu. Je trouve ça dommage que les gens aient encore besoin de ce simulacre de Dieu pour vivre. Croyez plutôt en l’Homme et en ses dons. »

Il est bon de se rappeler que les idéologies les plus meurtrières qui ont marqué l’histoire de l’humanité étaient avant tout athées : maoïsme, stalinisme, marxisme, nazisme…, sans compter toutes les exactions commises au nom de la race et des ethnies. Par ailleurs, nous ne pouvons cesser de croire en l’Homme en dépit de ceux et celles qui agissent en sous-hommes. Quant à la foi en l’Homme, laissé à lui-même, permettez-moi d’en douter. Le passé n’est certainement pas garant de l’avenir. S’il y a une conclusion qui s’en dégage c’est que l’Homme a besoin d’être sauvé de lui-même, il a besoin de retrouver sa source spirituelle.

Nous chrétiens nous croyons en l’Homme parce que Dieu croit en l’Homme. Parce qu’il l’aime. Il en est de même pour l’Église. Malgré les faiblesses des hommes qui la défigurent, nous aimons l’Église parce que c’est à travers elle que le Christ a voulu se faire connaître et se donner à nous. À côté de quelques manchettes qui font choc dans les médias en mal de sensationnalisme et de profits, ce sont des millions de témoins silencieux qui tous les jours vivent leur foi en s’engageant auprès de leurs frères et de leurs soeurs du monde qui souffrent. Le bien fait rarement du bruit. À chacun et chacune de découvrir comment la foi au Christ peut transformer une vie. On aime bien réduire cette foi à une morale alors qu’il s’agit d’un dynamisme de vie en nous, la présence d’un Autre.

Quant à notre éditorialiste, il me revient à la lecture de son éditorial combien le Québec a pu être intolérant lorsque la religion dominait et qu’il était de bon ton d’afficher ses couleurs catholiques, même dans les journaux. Je me souviens de ces Témoins de Jéhovah que l’on chassait des rues de mon quartier le dimanche parce qu’ils faisaient du porte-à-porte. Aujourd’hui, alors que le Québec subit une vague anti-cléricale sans précédents, l’intolérance a tout simplement changé de visage. Serait-ce le revers d’une même médaille?

Un amour de fleuve

Histoire de me faire connaître un peu plus: je suis originaire de Montréal et j’habite maintenant la ville de Québec. Coup de foudre! Non seulement la ville est extraordinaire, mais l’on y découvre toute la puissance et la majesté du fleuve Saint-Laurent, qui traverse la province de Québec, et qui fait plus de 3, 650 kilomètres. Quand il se transforme de fleuve en golfe, il fait plus de trois cents kilomètres de large! Ce fleuve est encore plus impressionnant en hiver avec ses glaces et sa fumée de mer. On dirait une coulée de lave au coeur de l’hiver.

Fleuve-St-Laurent-en-hiver.jpg

Pour découvrir la ville de Québec et son fleuve, je vous propose le site du photographe Robert Vézina. Avertissement: après avoir ouvert les photos il faut cliquer de nouveau sur les photos afin de revenir à l’album initial. Bon voyage!

P.S. Si jamais vous êtes de passage à Québec, il me fera plaisir de vous rencontrer.

Chère Sylvie

Une correspondante

Comme vous ne m’avez pas fait parvenir votre adresse courriel complète, je me permet de vous répondre via ce blogue. Votre sympathique message était le suivant:

« Je ne sais si le moine ruminant a reçu des appréciations des lecteurs de son blog. En tout cas il faut l’encourager à continuer. ça vaut le coup de lire ses ruminations. Et la vache est belle ! Moi, j’ai des vaches blanches et noires chez moi ! »

Merci de prendre le temps de m’écrire et de me partager votre appréciation du blogue. Et merci d’apprécier le choix du titre et de l’image pour mon blogue. J’ai bien rit en lisant votre message. Hé oui, elle est bien belle cette vache, même si, au départ, je croyais que c’était un boeuf!

Excusez mon ignorance, je viens de la ville!

Il s’agit d’une vache polonaise, à moins que ce ne soit tout simplement une touriste en Pologne. Mais ne pouvant faire la différence entre une vache et boeuf (sur photo), ne me demandez pas d’identifier sa nationalité!

Ce que l’on voit derrière la vache ce sont des ballots de foins à la polonaise, et non des sculptures de Salvator Dalí.

Quant aux commentaires des visiteurs sur le blogue, vous êtes la première, avec une autre correspondante (Monique), à me faire part de votre appréciation. Je me sentais un peu iconoclaste en choisissant cette image du boeuf (la vache!), mais pourquoi pas. Jésus lui-même ne l’était-il pas?

Au plaisir donc de se croiser dans le cyber-espace.

Le moine ruminant

Coming out spirituel

Le « coming-out » désigne habituellement la sortie publique d’une personne qui cachait son homosexualité. Depuis un an environ l’expression est aussi employée pour qualifier « la sortie » de personnes qui n’osaient pas afficher leur foi ou qui décident tout simplement d’en faire une affirmation publique. L’on parle aussi de « coming out religieux ». Une illustration de ce phénomène est la récente tournée de Gérard Depardieux avec ses lectures publiques des « Confessions » de saint Augustin.

L’on constate que dans certaines émissions de télé, les vedettes osent de plus en plus parler ouvertement de leur foi en Dieu et de leur spiritualité. Naturellement cela passe mieux quand il s’agit d’une foi sans référence à aucune institution ou tradition. Cela fait moins « ringard », moins « kétaine ». Une sorte de génération spontanée de la foi sans aucun antécédent. Du moins le pensent-ils… Néanmoins, le phénomène est intéressant et annonce peut-être un nouveau printemps.

Bonne et Heureuse Année! Que le Dieu de toute grâce et de toute bonté vous guide et vous garde tout au long du Nouvel An.

Osez espérer!

Cette après-midi, à quelques rues de chez moi, j’ai vu une église qui semblait mi-enfouie sous la neige. Il faut dire que coup sur coup nous venons d’avoir deux tempêtes de neige qui nous ont laissé près de 90 centimètres de belle neige blanche. Donc cette église, avec de la neige jusqu’à la mi-hauteur de ses portes, dévoilait surtout son abandon. Nulle trace de pas autour d’elle ou devant ses portes. Sur un mur une affiche discrète avec les mots « À vendre ».

Imperceptiblement, la vie se fraie un chemin au coeur du long hiver que connaît l’église d’ici. Il nous faut retenir la leçon des saisons et de l’histoire afin de mieux enraciner notre espérance. L’hiver est trompeur.

Il y a plusieurs années, une communauté chrétienne à laquelle j’appartenais, avait accueilli deux familles de réfugiés cambodgiens. J’étais allé chercher l’une de ces familles en plein mois de janvier, les ramenant de leur « hotel-refuge » de Montréal à ma petite vallée des Laurentides. Pour la première fois, ils voyaient nos vastes forêts et je lisais une pointe d’inquiétude dans leurs yeux. Le père, devant le regard insistant de sa femme, osa enfin me questionner. Il me demanda ce qui avait bien pu arriver aux arbres pour qu’ils soient tous morts, dénudés de leurs feuilles . Je lui expliquai alors que nos arbres perdaient tous leurs feuilles en automne pour s’endormir dans un profond sommeil. Mais le printemps venu, je l’assurai qu’ils retrouveraient leur vitalité et leurs feuilles. Cette explication sembla le satisfaire et nous poursuivîmes notre route jusqu’à l’Annonciation.

Après les affres de la guerre au Cambodge, une nouvelle vie commençait pour cette famille. Les mois passèrent, et l’été venu mes nouveaux amis m’avouèrent, mi-amusés, mi-confus, qu’ils n’avaient pas vraiment cru mon explication au sujet des arbres. Ce n’est qu’en expérimentant eux même cette réalité complexe, et combien mystérieuse de nos saisons, qu’ils purent comprendre à leur tour ce que signifie cette attente du renouveau au coeur de la vie. A chaque année maintenant ils entendent eux aussi cet appel des saisons qui leur dit: Osez espérer ! C’est l’appel que nous lance le Christ au moment d’entrer dans une nouvelle année, l’Année du Seigneur 2006.

Les souhaits

Dans le temps des fêtes on se livrent tous à l’échange de souhaits, les souhaits traditionnels, les souhaits incantatoires qui ne changeront rien à l’année qui vient mais qui font partie de la tradition. Une tradition qui a souvent oublié ses racines et où les souhaits devraient se faire prière l’un pour l’autre.

On demanda un jour à Jean Cocteau ce qu’il apporterait de plus précieux de sa maison si jamais un incendie s’y déclarait. Il répondit : « j’en emporterais le feu! ». Et si l’on se souhaitait le feu sacré pour la nouvelle année!

Une image vaut mille mots

En attendant Noël…

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Les témoins de la Shoah

Désolé pour mes lecteurs et mes lectrices de poursuivre sur le thème de la souffrance et de la mort à la veille de Noël, mais un blogue a sa vie propre… J’ai toujours été fasciné par le témoignage des hommes et des femmes qui ont connu le drame de la Shoah et qui en ont témoigné au plan de leur vie spirituelle. Chez des figures lumineuses telles que Édith Stein, Anne Frank et Etty Hillesum s’exprime la vision d’un Dieu qui devrait nous interpeller sur le sens de l’épreuve dans nos vies.

Chez ces personnes l’on retrouve la conception d’un Dieu qui ne sauve pas de l’horreur, mais qui sauve dans l’horreur. Ce rapport à Dieu devrait nous éclairer quant à ce que nous attendons de Dieu dans notre vie. Etty Hillesum va jusqu’à affirmer ce qui suit dans son journal intitulé en français : « Une vie bouleversée » :

12 juillet 1942 : Prière du dimanche matin. Ce sont des temps d’effroi, mon Dieu. Cette nuit pour la première fois, je suis resté éveillée dans le noir, les yeux brûlants, des images de souffrance humaine défilant sans arrêt devant moi. Je vais te promettre une chose mon, Dieu, oh, une broutille: je me garderai de suspendre au jour présent, comme autant de poids, les angoisses que m’inspire l’avenir; mais cela demande un certain entraînement. Pour l’instant, à chaque jour suffit sa peine. Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire: ce n’est pas toi qui peut nous aider, mais nous qui pouvons t’aider – et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui compte: un peu de toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à te mettre au jour dans les coeurs martyrisés des autres. Oui, mon Dieu, tu sembles assez peu capable de modifier une situation finalement indissociable de cette vie. Je ne t’en demande pas compte, c’est à toi au contraire de nous appeler à rendre des comptes, un jour. Il m’apparaît de plus en plus clairement à chaque pulsation de mon coeur que tu ne peux pas nous aider, mais que c’est à nous de t’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous.

Au moment où elle écrit ces lignes Etty n’a que 28 ans. Elle mourra assassinée au camp d’Auschwitz le 30 novembre 1943.

Conduis-moi, douce lumière

Conduis-moi, douce lumière,
A travers les ténèbres qui m’encerclent.
Conduis-moi, toi, toujours plus avant!

Garde mes pas: je ne demande pas à voir déjà
Ce qu’on doit voir là-bas : un seul pas à la fois
C’est bien assez pour moi.

Je n’ai pas toujours été ainsi
Et je n’ai pas toujours prié
Pour que tu me conduises, toi, toujours plus avant.

J’aimais choisir et voir mon sentier;
mais maintenant :
Conduis-moi, toi, toujours plus avant!

Si longuement ta puissance m’a béni!
Sûrement elle saura encore
Me conduire toujours plus avant.

Par la lande et le marécage,
Sur le rocher abrupt et le flot du torrent
Jusqu’à ce que la nuit s’en soit allée…

Conduis-moi, douce lumière,
Conduis-moi, toujours plus avant !

John Henri Newman

Entendu

Lors d’une entrevue avec le peintre Arcabas, ce dernier a cité le célèbre écrivain Paul Claudel, et cette citation m’habite en ce dimanche matin : « La création toute entière, du séraphin au minéral, est homogène et reliée dans toutes ses parties par la charité. »

Quelle belle méditation à quelques heures de mon départ pour Montréal où ce sera le moment de rencontrer tous ceux et celles qui ont reçu comme un coup de massue la mort de Stéphane. Il faut dire qu’il faisait partie d’un grand réseau de chrétiens et de chrétiennes, des 35-40ans, tous de grands amis, et qu’il est le premier de leur génération à nous quitter pour la maison du Père. Il y a le choc et la tristesse devant la perte d’un si grand ami, mais il y a aussi le rappel de notre fragilité et du pourquoi de notre espérance. Comme la plupart d’entre eux Stéphane était marié et avait deux jeunes garçons de cinq et sept ans.

Comme m’écrivait l’ami René de la Suisse, lui qui est lui-même papa de quatre jeunes enfants : « C’est une nouvelle qui nous met tous à l’épreuve dans nos sentiments et dans notre foi… Il est clair que nous sommes dépassés par cette épreuve, mais la foi nous garde en communion et, derrière le mystère de cette disparition, se cachent tous les mystères des fruits de l’épreuve. »

Et parmi ces fruits je dirais qu’il y a cette charité bien tangible, omniprésente, qui s’exprime à travers la peine et la déchirure de tous ceux et celles qui ont connu Stéphane. Cette charité palpable dans les mots, les gestes et les larmes, est une charité qui nous appelle aux confins de la création, dans cette extase de l’amour qui un jour aura le dernier mot, et qui déjà prend forme et s’exprime dans la communion des saints.

L’ami Stéphane n’est plus

L’ami pour qui je priais, pour qui tant d’amis-ies et de proches ont prié, n’est plus. Il s’est éteint hier soir à l’hôpital du Sacré-Coeur de Montréal à 16h45. J’ai pu le voir sur son lit de mort. Calme et serein enfin. Soulagé de cette douleur insoutenable qui le tenaillait depuis quelques semaines. Désormais il est entré dans l’éternité de Dieu. C’est maintenant l’Heure du grand Amour, la réponse définitive à cette foi au Dieu de Jésus-Christ à laquelle il a toujours été d’une fidélité inébranlabe. Il ne me reste plus qu’à te souhaiter « Adieu Stéphane ». Ma prière t’accompagne.

Lettre de Bolivie

Dominique, une jeune catholique de 29 ans, originaire de Montréal, s’est envolée vers la Bolivie dans le cadre d’un projet missionnaire laïc sous la responsabilité des Missionnaires de l’Immaculée Conception (M.I.C.). C’est un engagement de deux années. Dominique illustre bien cette nouvelle jeunesse de l’église qui n’a pa froid aux yeux et qui ne recule pas devant l’engagement et le service des autres. À sa manière Dominique évoque pour moi la figure d’une Madeleine Delbrêl. Déjà elle est confrontée à la question de la pauvreté qui l’entoure et elle partage la réflexion suivante avec ses amis:

« Ce qui est aussi très confrontant pour moi est de m’apercevoir que je mange trois bons repas par jour, que je vis dans une maison comfortable avec toutes les commodités pendant que des personnes à quelques 100 mètres de la maison doivent mendier pour survivre et faire vivre leur famille. Cette confrontation quotidienne est difficile à vivre parfois, car je sais bien que la misère est une situation qu’il faut éradiquer et non pas épouser, mais le contraste entre ma vie et la leur est parfois tellement flagrant que la culpabilité me gagne.

Il est clair que durant mes deux ans ici, j’aurai tout un processus de croissance à vivre par rapport à cette réalité. Comment passer de la culpabilité à la compassion? De l’impuissance à la conscientisation et à l’action? Je suis venue ici pour connaître un autre peuple et vivre en solidarité avec lui. Mais jusqu’où suis-je prête à aller dans cette solidarité? Voilà quelques questions qui m’habitent ces jours-ci…

Je passerai ce temps de Noël dans différents villages reculés de la région du Chaparé à 5 heures au nord de Cochabamba. Nous sommes quelques laïques et religieuses M.I.C à aller animer des catéchèses et des célébrations de la parole pour des communautés chrétiennes plutôt isolées. »

Chère Dominique ma prière t’accompagne.Fin de l'article

P.S. Pour aider Dominique vous pouvez faire parvenir votre don au nom de :
Procure des missions M.I.C.
Projet laïcat missionnaire : Bolivie
121, ave Maplewood
Outremont, Qc. H2V 2M2
Canada