Homélie pour le 5e Dimanche T.O. Année A

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 5, 13-16)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Vous êtes le sel de la terre.
Mais si le sel devient fade,
comment lui rendre de la saveur ?
Il ne vaut plus rien :
on le jette dehors et il est piétiné par les gens.

Vous êtes la lumière du monde.
Une ville située sur une montagne
ne peut être cachée.
Et l’on n’allume pas une lampe
pour la mettre sous le boisseau ;
on la met sur le lampadaire,
et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
De même, que votre lumière brille devant les hommes :
alors, voyant ce que vous faites de bien,
ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »

COMMENTAIRE

Voici l’homélie donnée le 5 février 2017 suite de la tuerie perpétrée à la mosquée de Québec le 29 janvier 2017.

Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde », nous dit Jésus. Comme ces paroles sont lourdes de sens à la lumière des événements des jours récents où un linceul a recouvert notre ville.

Lundi soir dernier, j’étais présent à la vigile qui s’est tenue entre la mosquée de Québec et l’église Sainte-Foy. En voyant cette foule, je ne pouvais m’empêcher de penser à cette autre vigile à laquelle j’ai participé en 1989, alors que quatorze étudiantes venaient d’être assassinées à l’école Polytechnique de Montréal.

En me tenant au milieu de cette foule, je revivais les mêmes émotions qu’il y a vingt-sept ans :  des sentiments de tristesse, de colère, mais en plus cette fois-ci, des sentiments de gêne et de honte, car les victimes sont toutes musulmanes. Elles font partie de ces marginalisés de notre société, de ces minorités dont on se méfie, de ceux et celles dont on dit qu’ils ne sont pas « des nôtres », et qui pour toutes ces raisons, sont doublement victimes. D’où, tous ces discours, ces analyses et remises en question que nous avons pu entendre au cours de la semaine.

Il nous incombe à nous aussi, en tant que disciples du Christ, de nous situer face à une telle tragédie, afin d’analyser nos sentiments et nos réactions à la lumière de notre foi, et voir où celle-ci nous entraîne. Car si nous prenons au sérieux notre suite du Christ, il faut nous demander ce qu’il attend de nous face à un tel événement; à quoi nous invite l’évangile quant à l’accueil et l’intégration de tous ceux et celles qui nous viennent d’ailleurs, et qui souvent professent une foi différente de la nôtre.

Cette semaine a quand même été extraordinaire en terme de mouvements de solidarités et de prière, de mains tendues et d’ouvertures au dialogue.

Mais il ne faudrait pas trop nous illusionner avec tous ces beaux mots et ces belles intentions. Comme le veut le dicton : « Chassez le naturel et il revient au galop ». C’est pourquoi, afin de nous prémunir contre ce réflexe, il faut que chacun et chacune de nous se demande ce que le Christ attend de nous. Qu’est-ce qu’il nous dirait s’il était là aujourd’hui au milieu de nous ? Hé ! bien l’évangile vient de nous le faire entendre : « Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde ! »

Quand on voit Jésus sillonner les routes de la Palestine et de la Galilée, quand on se met à l’écoute de ses enseignements et de ses paraboles, comment ne pas reconnaître que l’évangile nous impose un devoir de rencontre et de dialogue avec le prochain. Faut-il le répéter : le cœur de l’évangile nous invite à faire preuve de charité fraternelle envers toute personne, d’où qu’elle soit, et qui qu’elle soit.

Le Concile Vatican II a bien insisté sur cette question, surtout en ce qui a trait à notre rapport avec les autres religions. C’est le pape Paul VI qui affirmait au moment du concile : « Tout homme est mon frère. » Alors qu’est-ce que nous faisons de lui ? Comment allons-nous envisager notre avenir commun à la lumière de cette tragédie qui frappe notre société ? « Vous êtes le sel de la terre, nous dit Jésus, vous êtes la lumière du monde ! »

À l’occasion d’un vigile afin de faire mémoire des victimes de la tuerie à la mosquée de Québec, une jeune femme a pris la parole, affirmant ce qui suit : « La haine ne tombe pas du ciel. Elle prend racine dans un environnement politique et social qui l’arrose. » Est-ce que par des paroles, des gestes ou des complicités, nous contribuons à ce climat malsain à l’endroit des immigrants, paroles qui peuvent marquer les personnes influençables, comme le jeune Alexandre, ou encore les jeunes esprits de nos enfants, ou sommes-nous plutôt des agents de changements, des artisans de paix ?

C’est à la lumière de notre foi que nous pouvons trouver la force et la volonté de faire de nouveaux progrès sur ces questions. Nous ne pouvons nous enfermer dans une société qui va ériger des murs de séparation et exclure l’étranger, ou encore mépriser ceux et celles qui ne sont pas « des nôtres », comme nous en voyons trop d’exemples dans le monde ou même tout près de chez nous. C’est là un scénario qui ne peut mener qu’à des lendemains qui déchantent, à des tragédies comme celle que nous venons de connaître. Méfiance et intolérance ne font pas bon ménage avec la fraternité.

Quand j’étais petit, on se méfiait des Anglais, on chassait les témoins de Jéhovah de mon quartier, on n’aurait jamais frayé avec un protestant, Dieu nous en garde, et encore moins avec des personnes de races différentes. Mais les temps ont bien changé. Les mentalités et les frontières se sont ouvertes avec les voyages, les médias et l’immigration. Il suffit de regarder ce que vivent nos enfants, qui sont leurs meilleurs amis ou même leurs conjoints.

Lundi soir dernier à la vigile, j’étais vraiment impressionné par cette foule de plus de cinq mille personnes, composée en bonne partie de jeunes gens, et de jeunes familles avec leurs enfants, et je me disais : voilà l’avenir de notre ville, voilà l’avenir de notre monde. Car voyez-vous, l’Esprit Saint n’est pas chiche, il déploie ses dons avec générosité, partout sur la terre, chez toutes les personnes de bonne volonté, nous appelant tous et toutes à être lumière du monde et sel de la terre. Ce rêve devrait sans cesse habiter nos cœurs, et déjà il se réalise peu à peu dans les complicités discrètes de chaque jour, à l’ombre des amitiés qui naissent lors de tragédies comme celle de la mosquée, et qui deviennent l’occasion d’une main tendue, d’un sourire, d’un mot d’encouragement et de gestes de solidarité.

En terminant, voici une petite histoire pour ces temps de violence, qui s’entend comme une parabole évangélique et qui met en scène des chrétiens et des musulmans. C’est le Père Michel Morlet, prêtre et médecin, qui raconte ce qui suit, alors qu’il était en Éthiopie auprès des lépreux :

C’était dans les débuts de mon arrivée à Gambo, écrit-il, où il y a un petit village où l’on garde les lépreux trop mutilés pour retourner chez eux. Ils reçoivent un peu de nourriture chaque jour, et ils complètent avec leur jardin et leurs poules. Ils vivent pauvrement et ne mangent de la viande qu’aux grandes fêtes, soit musulmanes, soit chrétiennes. À Noël et à Pâques, on donnait une vache aux chrétiens. La même chose pour les musulmans à la fin du ramadan ou à la naissance du Prophète. Ils ne peuvent pas manger ensemble. Or vers la fin du ramadan, Mohamed, un musulman du village, accompagné des anciens, vint voir le Père italien chargé de la mission. Ce dernier lui demanda : « Tu viens déjà chercher ta vache ?

Mohamed lui répondit : « Non, on a discuté tous ensemble au village. Mes enfants vont rire et manger de la viande pendant que les enfants des chrétiens pleureront parce qu’ils n’en ont pas ; alors qu’à Noël, c’est le contraire. Comme on est tous les enfants du même Dieu, désormais, tu donneras à chaque fête. Tu nous donneras seulement un mouton. Comme cela, tu pourras pour le même prix en payer un autre aux chrétiens. Ainsi nos enfants riront et mangeront de la viande en même temps. »

En relisant cette histoire je me disais n’est-ce pas là l’esprit du festin du Royaume qu’annonce Jésus et dont l’eucharistie est le signe annonciateur, préfigurant ce jour où tous les enfants de Dieu seront réunis, tous ensemble, autour de la table du festin. Que ce soit là notre prière.

Yves Bériault, o.p.

Homélie pour la présentation de Jésus au Temple

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On appelle traditionnellement la fête de la Présentation, la fête de la Chandeleur, ou fête des chandelles. À l’origine, c’était une fête païenne associée à la lumière et à la fécondité, où l’on demandait aux divinités de purifier les champs au moment où commençaient les semailles d’hiver. Au Ve siècle, la fête de la Chandeleur est reprise par l’Église qui la transforme en fête de la Présentation de Jésus au Temple, alors que l’Église orthodoxe l’appellera la fête de la Rencontre. Voilà pour la petite histoire.

Dans le récit évangélique aujourd’hui, les parents de Jésus, en conformité avec la loi juive, viennent consacrer leur premier-né en l’offrant à Dieu au Temple de Jérusalem. Nous sommes toujours ici dans la mouvance des récits entourant la naissance de Jésus. Après la venue des bergers et des mages à la crèche, la fête de la Présentation revêt elle aussi le caractère d’une épiphanie, d’une manifestation au monde. En fait, il s’agit de la première sortie publique de Jésus avec ses parents. Il est présenté au Temple de Jérusalem et Syméon reconnaît en lui la lumière qui vient éclairer les nations.

Pour entrer dans l’intelligence du récit de la présentation de Jésus au Temple, il est nécessaire de revenir aux récits de l’enfance, et surtout aux principaux acteurs de ces récits à qui l’ange Gabriel confie une mission et à qui il dévoile le sens du mystère qui va se déployer sous leurs yeux avec la venue de Jésus en notre monde. Remarquez bien les mots employés pour parler de cet enfant et qui nous dévoilent son identité.

Tout d’abord, il y a la Vierge Marie qui se voit confier par l’ange de porter en son sein le fils du Très-Haut. Immédiatement, elle se met en route et va chez sa cousine Élisabeth lorsqu’elle apprend que celle-ci est enceinte. Élisabeth en la voyant arriver l’appelle la mère de mon Seigneur et, au même moment, l’enfant dans son sein, Jean-Baptiste, tressaille de joie. Zacharie lui, l’époux d’Élisabeth, dira dans son cantique que Jésus est l’Astre d’en haut qui vient illuminer ceux et celles qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort. Quant à Joseph, l’époux de Marie, un songe lui apprend que l’enfant qu’elle porte a été engendré par l’Esprit Saint et qu’il sauvera son peuple de ses péchés.

Dès que l’action de Dieu se fait sentir dans ces récits de l’enfance, les personnages se mettent en mouvement. Visitation de l’Ange à Marie, à Joseph, à Zacharie. Visitation de Marie à Élisabeth. Visitation des bergers, des anges et des Mages à la crèche. Même les étoiles semblent se déplacer. Et voilà qu’avec l’évangile d’aujourd’hui, ce sont Marie et Joseph qui se mettent en route en direction du Temple, ce Temple que Jésus enfant appellera la maison de son Père.

Maintenant, deux nouveaux personnages interviennent dans le récit aujourd’hui. Il s’agit de deux vieillards : Syméon et Anne la prophétesse. Ce sont des justes qui, sous l’action de l’Esprit Saint, vont dévoiler l’identité de l’enfant Jésus, car comme le dit Syméon, leurs yeux ont vu le salut. Syméon et Anne, par leur âge vénérable, représentent à la fois la sagesse et la longue patience chargée d’espérance de l’Ancien Testament. Ils voient enfin venir à son terme le dévoilement de tout ce qui a été porté par les prophètes et le peuple d’Israël, soit la venue du Messie. Son heure est arrivée!

Le prophète Malachie, que nous avons entendu dans notre première lecture, avait déjà prophétisé ce qui suit au sujet du Messie : « Et soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez ». C’est cette promesse de Dieu qui se réalise dans l’évangile aujourd’hui. Et voilà qu’il est porté au Temple par ses parents, « lumière pour éclairer les nations païennes et gloire de son peuple Israël », comme le chantera Syméon.

Nous comprenons maintenant pourquoi la liturgie de l’Église accorde une telle importance à cette fête et la place sous le signe de la lumière, car ce récit de la Présentation de Jésus au Temple est extraordinaire par son symbolisme, ainsi que par la richesse des personnages qui s’y retrouvent. Quand Syméon prend l’enfant dans ses bras, c’est tout l’Ancien Testament qui le saisit, qui le caresse et qui se réjouit. La première Alliance est parvenue au terme de sa course, elle reconnaît en Jésus le Messie tant attendu, et la prophétesse Anne, parvenue à 84 ans et comblée de joie, proclame à tous ceux et celles qui veulent l’entendre qui est véritablement cet enfant.

Frères et soeurs, il est bon de nous rappeler en cette fête, que nous sommes les héritiers de cette bonne nouvelle qui transforme la vie de quiconque la reçoit. Car en Jésus Christ, c’est l’éternelle jeunesse de Dieu qui s’offre à nous et à notre humanité à bout de souffle; et de ses bras étendus sur la croix, croix qu’anticipent déjà les paroles douloureuses de Syméon à la Vierge Marie, le Seigneur appelle tous les peuples à entrer dans son admirable lumière. La fête de la Présentation récapitule tout cela en quelque sorte, puisque c’est la fête de la Lumière venue en notre monde, Jésus Christ, Fils de Dieu !

fr. Yves Bériault, o.p.

Fête de la Présentation du Seigneur avec Marie-Noëlle Thabut

Gregorio Allegri: Miserere

The Choir of Claire College, Cambridge, Timothy Brown

Conférence : Sauver la beauté du monde

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La Faculté de théologie du Collège universitaire dominicain – Dominican University College vous invite aux conférences de l’année 2020 sur son campus d’Ottawa.

La conférence de Jean-Claude Guillebaud est présentée dans la foulée de la publication de son ouvrage intitulé Sauver la beauté du monde, paru en octobre 2019 aux Éditions de L’Iconoclaste.

Ayant passé sa vie à sillonner le monde, Jean-Claude Guillebaud, journaliste, écrivain et conférencier bien connu, revient sur toutes les beautés glanées au fil de son existence : l’extrême émotion ressentie devant une peinture pariétale à Lascaux, devant une abbatiale du XIIe siècle, la parade amoureuse d’un oiseau, le basculement du ciel au-dessus de nos têtes… Si l’auteur révèle toute cette beauté, c’est pour nous rappeler à quel point elle est fragile. Il faut, à tout prix, la préserver. Conférence présentée en collaboration avec l’Institut de pastorale des Dominicains.

Le jeudi 13 février 2020 à 19 h 30
La salle 221 au Collège universitaire dominicain,
96, avenue Empress, Ottawa

Pour information :
Claude Auger
613-233-5696 poste 341
claude.auger@udominicaine.ca
http://www.dominicanu.ca/

 

Homélie pour le 3e Dimanche T.O. (A)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 4, 12-17)

Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste,
il se retira en Galilée.
Il quitta Nazareth
et vint habiter à Capharnaüm,
ville située au bord de la mer de Galilée,
dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.
C’était pour que soit accomplie
la parole prononcée par le prophète Isaïe :
 Pays de Zabulon et pays de Nephtali,
route de la mer et pays au-delà du Jourdain,
Galilée des nations !
Le peuple qui habitait dans les ténèbres
a vu une grande lumière.
Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort,
une lumière s’est levée.

À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer :
« Convertissez-vous,
car le royaume des Cieux est tout proche. »

COMMENTAIRE

Chaque année, dans notre église, un événement unique est célébré le 24 décembre, soit la Crèche vivante, la messe familiale de Noël, et plusieurs des personnes qui y viennent nous sont inconnues. Elles nous rendent visite une fois par année, et à leur manière elles font partie de nos fidèles réguliers !

Ils sont fidèles ! Ils sont là tous les ans et on peut vraiment voir leurs yeux briller de bonheur à l’occasion de cette messe de Noël. Ils sont « endimanchés », ils applaudissent à tout rompre dès qu’une occasion se présente. C’est un public bon enfant, qui aime bien rire avec les enfants, et qui se laisse séduire par le mystère que nous célébrons à travers notre mise en scène bien modeste du mystère de Noël. Tout comme les bergers, année après année, ils suivent l’étoile de Bethléem, et se retrouvent tout près de la crèche.

Pourquoi vous raconter tout cela ? C’est que je vois dans cette célébration, plus qu’à aucun autre moment de notre année liturgique, l’accomplissement de ce que nous dit la Parole de Dieu aujourd’hui, en écho à la prophétie d’Isaïe :  

Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée.

Pour bien comprendre cette prophétie d’Isaïe, permettez-moi de présenter ici son contexte historique. Quand Isaïe fait cette prophétie, près de huit cents ans avant Jésus-Christ, le Royaume d’Israël est divisé en deux. Il y a eu rupture, guerres, et deux entités politiques s’affrontent : tout d’abord le Royaume d’Israël, au nord du pays, qui a la ville de Samarie comme capitale, et le Royaume de Juda, au sud qui a Jérusalem comme capitale. C’est Juda qui est le royaume légitime puisque ses rois sont de la descendance du roi David. 

La prophétie d’Isaïe a pour objet le Royaume du Nord, cette région où habitent deux des douze tribus d’Israël, soit Zabulon et Nephtali, et cette région est appelée la Galilée des nations. Quand Isaïe annonce qu’une grande lumière va se lever sur le Royaume du nord, il reprend une formule qui était utilisée lors de l’intronisation d’un roi en Israël. L’on proclamait alors qu’une grande lumière s’était levée sur le pays. En reprenant cette formule dans sa prophétie pour le pays de Zabulon et de Nephtali, Isaïe annonçait la venue d’un grand roi qui apporterait la paix et qui réunifierait Juda et d’Israël, pour n’en faire qu’un seul pays. Voilà pour le contexte historique de notre prophétie. 

Maintenant, l’évangéliste Matthieu va reprendre cette même prophétie d’Isaïe, mais pour désigner la venue du Messie en la personne de Jésus. Pour les premiers chrétiens, et pour nous aujourd’hui, Jésus est cette grande lumière qui s’est levée sur le monde !  

Il est important de se rappeler que la Parole de Dieu dans la Bible est souvent comparée à une lumière. On dit d’elle qu’elle est une lumière sur notre route, une lampe sur nos pas, car nos vies sont faites d’ombre et de lumière, tant nos vies personnelles que ce monde où nous vivons, sans cesse aux prises avec des conflits, des violences, et des bouleversements. Nous avons tous besoin de lumière pour nous guider dans ces nuits que nous traversons. Et quand je contemple cette foule à Noël, j’ai le sentiment de toucher à cette soif de bonheur qui nous anime tous. Cette foule devient en quelque sorte comme un révélateur de qui nous sommes, de nos aspirations, de notre quête de sens. 

Cette assemblée réunie autour de la crèche vivante, nous fait voir combien les parents aiment leurs enfants. Cette messe est comme une fête des familles et ces dernières sont touchées par le mystère de Noël, puisqu’elles reviennent année après année, alors que pour beaucoup d’entre elles ce sera peut-être leur seule présence à l’église pendant l’année.

Je revois cette maman avec qui j’échangeais avant Noël, et dont les enfants participaient pour la troisième année à la Crèche vivante, et qui me confiait qu’elle en avait eu les larmes aux yeux la première fois qu’elle était venue à cette messe. À sa manière, elle témoignait qu’elle était touchée par cette lumière du Christ qui se lève sur le monde et que nous célébrons à Noël. Et c’est là une conviction chez moi : ils sont beaucoup plus nombreux que nous le croyons ceux et celles qui aspirent à cette lumière, à cette joie.

À travers mon ministère, lors de la préparation de baptêmes, de mariages et de funérailles, je suis sans cesse émerveillé par la bonté des personnes que je rencontre, des rêves qu’elles portent, de l’amour qui les anime, faisant preuve parfois d’une générosité sans borne. Je rencontre des personnes que l’on juge parfois comme étant loin de nous, parce qu’elles ne sont pas présentes à nos célébrations, des personnes qui pourtant nous ressemblent tellement. Vous-mêmes, tout comme moi, vous faites cette expérience. Pensez simplement à vos enfants, à certains de vos amis, à un voisin

Frères et sœurs, n’en doutons pas, le Christ poursuit sa route en cette Galilée des nations qui s’étend maintenant aux dimensions du monde, et où il envoie ses disciples porter la bonne nouvelle de Jésus Christ, comme le chantait Zacharie, soleil levant, l’astre d’en haut, qui vient illuminer de sa présence tous ceux et celles qui le cherchent et conduire leurs pas au chemin de la paix.

Alors, prions aujourd’hui pour tous les chercheurs de Dieu, pour ces familles qui nous visitent à tous les ans, prions aussi pour tous ces chrétiens et ces chrétiennes avec lesquels l’unité n’est pas encore accomplie, mais qui avec nous sont disciples du Christ.

fr. Yves Bériault, o.p.

 

Lettre d’une mère à son fils décédé

Mon Eloi,
Mon grand,

Aujourd’hui nous reprenons notre vie là où nous l’avions laissée après le coup de téléphone de ton chef de corps, le 2 janvier au soir, il y a presque 3 semaines. Tout est semblable et tout est different.

Le vide a un poids. A présent je le sais. Le vide a un poids que je vais porter jusqu’à mon dernier souffle. J’apprendrai à vivre avec, j’apprendrai à l’oublier plusieurs fois par jour mais je sais qu’il se rappellera quotidiennement à moi.

Le manque a un volume. A présent je le sais. Il occupe presque tout l’espace. Il se faufile, il envahit tout. Il oppresse, il étouffe.

Le souvenir est une brûlure douce et intense à la fois. A présent, je le sais. Elle brûle, elle est douloureuse et puis ensuite, seulement après, elle réchauffe et apaise.

L’amour est un feu qui ne s’éteint pas. A présent, j’en suis certaine. Il irradie depuis la vallée jusqu’au plus haut sommet. Il se donne, il se reçoit, il se partage sans fin.
La foi est un secours. A présent, je le vis.

J’ai un sac à ton nom rempli d’amour à donner. J’en ai un pour chacun de mes enfants. Ils ne sont pas interchangeables, car les enfants ne le sont pas. Me voilà à présent avec un sac à porter qui s’alourdira des vacances où tu ne seras pas là, des conversations téléphoniques du week-end que nous n’aurons plus, des Noels où tu seras absent, des cadeaux d’anniversaire que nous ne t’offrirons plus, des photos de famille où tu n’apparaîtra plus, des rides et des cheveux gris qu’on ne te verra jamais porter. Oui, assurément le vide a un poids.

Je suis triste mais je suis pas amère et encore moins révoltée. « Mieux vaut une vie courte et heureuse que longue et ennuyeuse » aimions-nous nous répéter. Et bien voilà, nous y sommes. Tu auras eu une vie courte et, je pense, heureuse. Tu aurais pu avoir une vie longue et heureuse…tu as l’éternité heureuse et tu veilles sur nous. Tu es notre premier de cordée.

Ta maman qui t’aime.

« Il enseignait en homme qui a autorité » (Mc 1, 21-28)

Homélie pour le mardi 14 janvier 2020

En quittant le temps de Noël, nous entrons dans un nouveau cycle liturgique que j’aime bien appeler le temps de l’Église, où les Évangiles nous donnent de voir Jésus à l’œuvre dans son ministère de prédicateur et de guérisseur. Nous entrons à nouveau à l’école des disciples afin de poursuivre l’approfondissement de notre foi en Dieu dans notre suite du Christ.

Nous commençons ce temps « ordinaire » de la vie de l’Église avec l’évangéliste saint Marc qui va droit au but en écrivant son évangile : pas de grands discours théologiques en guise d’introduction, comme chez saint Jean, pas de récit de l’enfance comme chez Luc ou Matthieu. Non, l’objectif de Marc est énoncé dès le premier verset de son écrit : « Commencement de l’Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu. » Suit immédiatement le baptême de Jésus, et voilà le lecteur entraîné par Marc à la suite de Jésus dans son ministère de prédication et de guérison.

D’entrée de jeu, Marc veut nous donner de comprendre en quoi consiste cette irruption de Dieu dans l’histoire de l’humanité., lui qui nous envoie son Fils. Mais Marc le fait en tenant ses auditeurs en haleine tout au long de son récit, posant à plusieurs reprises la question suivante : mais qui donc est cet homme ? Qui est-il celui-là qui parle avec tant d’autorité, c’est-à-dire qui semble investit d’un pouvoir et d’une parole qui viennent d’ailleurs, parole tellement prégnante de vérité et de vie qu’elle peut même guérir les malades, libérer les possédés, ouvrir les cœurs les plus endurcis ?

Au seuil de cette nouvelle saison liturgique, nous sommes donc invités à nous laisser interroger à notre tour : « Mais qui donc est cet homme ? » Car tout au long de notre vie de croyants, tant les évènements, les épreuves, les contradicteurs ou encore l’habitude, nous obligent à nous resituer sans cesse devant ce mystère de notre foi et le défi que cela représente que de se tenir debout dans le monde avec le Christ comme maître et Seigneur.

Et si parfois notre foi ne se réduit qu’à une toute petite flamme vacillante, quand elle est aux prises avec ses doutes, ses fatigues ou même ses indifférences, nous avons cette assurance que le Christ a pour nous des paroles salutaires capables de nous relever et de nous guérir.

Yves Bériault, o.p.

 

Prière au Dieu caché

Parce que tu as aimé cette terre Seigneur, voilà qui me donne d’espérer quand je sens ma foi vacillante. À voir vivre tes enfants rieurs, comment ne pas sentir la tendresse de ton regard posé tout doucement sur chacun d’eux. Tu es là ! Je le crois. Et je devine ta joie, car c’est ma joie. Et je connais ta peine lorsqu’ils souffrent, car c’est la mienne, et elle ne peut venir que de Toi.

Et du plus profond de mon impuissance monte en moi cet appel à les consoler avec Toi ! À prendre avec Toi ce poids de douleur qui accable notre terre jusqu’à plus soif. Mais je te découvre plus pauvre que moi. Plus pauvre que moi dans ta toute-puissance. Et ton amour n’en finit plus d’attendre les deux mains clouées sur le bois. Qui donc prendra sur lui le poids de ta croix? Faut-il être entré dans ta gloire pour mesurer le poids infini de ta souffrance et trouver la force de l’assumer avec Toi?

Pourquoi te cacher derrière ce silence qui enveloppe l’univers comme si, sur le point de parler, tu retenais ton souffle, l’espace d’un instant. Un instant d’éternité où l’Homme attend les yeux tournés vers le ciel…

Pourtant, tout dans l’univers ne s’écrie-t-il pas: « Gloire! Des astres créés, aux rires des enfants, contemplez Celui qui vient! Celui qui Est! Contemplez! Il est là, aux portes du monde, et vous êtes chez Lui. L’univers est son jardin et l’Homme, un promeneur solitaire qui cherche son chemin. N’entendez-vous pas sa voix? »

Et l’Homme, reste-là, hébété au cœur du jardin, soûlé par le poids de sa vie, ne sachant plus où regarder quand tout, autour de lui, l’appelle vers Toi.

Nous aurais-tu donc créés aveugles ?

Yves Bériault, o.p.

Homélie pour le Baptême de Jésus (A)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 3, 13-17)

Alors paraît Jésus.
Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain
auprès de Jean,
pour être baptisé par lui.
Jean voulait l’en empêcher et disait :
« C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi,
et c’est toi qui viens à moi ! »
Mais Jésus lui répondit :
« Laisse faire pour le moment,
car il convient
que nous accomplissions ainsi toute justice. »
Alors Jean le laisse faire.

Dès que Jésus fut baptisé,
il remonta de l’eau,
et voici que les cieux s’ouvrirent :
il vit l’Esprit de Dieu
descendre comme une colombe et venir sur lui.
Et des cieux, une voix disait :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé
en qui je trouve ma joie. »

COMMENTAIRE

Depuis les tout premiers siècles de l’Église, la fête des Rois mages et le Baptême du Seigneur ont toujours été associés à son Épiphanie, c’est-à-dire à sa manifestation au monde, les mages représentant les nations païennes, et le baptême de Jésus marquant le début de son ministère public. 

Dans les quatre Évangiles, ce ministère commence lors de son baptême. Il y a donc là un évènement capital dans la vie de Jésus où à travers signes et symboles, les évangélistes nous dévoilent à la fois l’identité de Jésus ainsi que l’orientation fondamentale que va prendre sa mission parmi nous. On pourrait penser à un tableau impressionniste où les évangélistes nous présentent à leur manière cet évènement déterminant dans la vie de Jésus : il y a l’eau et la foule, la voix de Dieu et la colombe, Jean le Baptiste et ses disciples, et surtout, au milieu d’eux, la présence de Jésus.

Mais précisons d’entrée de jeu que ce baptême que reçoit Jésus n’est pas le baptême chrétien. Il s’agit d’une tout autre démarche de pénitence et de conversion qui n’est pas une coutume juive traditionnelle, mais un rituel qui serait propre à Jean Baptiste et qui survient alors qu’il y a une grande effervescence dans toute la Judée. 

Le contexte historique et social est le suivant. La voix du dernier prophète s’est éteinte 450 ans plus tôt avec la mort du prophète Malachie. Le pays est sans rois depuis près de six cents ans, constamment occupé par des envahisseurs païens, et le peuple se demande quand vont se réaliser les promesses de Dieu tant annoncées par les prophètes de lui envoyer un messie. Déjà, le prophète Isaïe semblait pousser un soupir d’impatience quand il s’exclamait : « Ah ! Si tu pouvais déchirer les cieux et descendre ». Si tu pouvais enfin venir nous sauver!

En réponse à cette attente survient Jean Baptiste. Certains se demandent si ce n’est pas lui le Messie, mais Jean annonce la venue d’un plus grand que lui. Et quand il le reconnaît en la personne de Jésus, il s’étonne de sa présence dans les eaux du Jourdain. Même lui est décontenancé par ce messie qui prend place parmi les pécheurs. La même question s’impose à nous : mais qu’est-ce que Jésus fait là et pourquoi se fait-il baptiser ? 

Pour comprendre, examinons la scène du baptême. Tout d’abord, il y a la voix de Dieu qui se fait entendre, et qui nous dévoile l’identité de Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. » Nous avons devant nous le Fils bien-aimé du Père, et sa présence parmi la foule qui se reconnaît pécheresse, nous révèle que le Fils de Dieu assume pleinement notre condition humaine ; il la prend sur lui avec son poids de péchés et de misères, et il marche avec nous, se faisant solidaire des hommes et des femmes en quête de pardon et de bonheur.

Lors de ce baptême, il y a aussi la colombe qui représente l’Esprit Saint. On pense ici à la colombe après le déluge ou encore à l’esprit du Seigneur qui planait sur les eaux, au moment de la création du monde. C’est l’heure de la nouvelle création qui a sonné où le Fils de Dieu nous donne déjà une preuve incroyable de son amour en se soumettant au baptême de Jean. Dans cette action de Jésus, s’exprime à la fois une fidélité entière et radicale à la volonté du Père, ainsi qu’une solidarité avec nous qui le conduira jusqu’à la mort. Et c’est ainsi que par ce baptême qu’il demande et reçoit, Jésus nous prend déjà sur ses épaules, tout comme il prendra sa croix. Celui qui était sans péché, prend déjà sur lui nos péchés et se fait baptiser.

Le baptême du Baptiste n’est toutefois qu’une préfiguration du baptême chrétien. Il sera transfiguré après la résurrection du Seigneur. Désormais, quand ce geste sera posé en Église, ce ne sera plus seulement une volonté de conversion qui sera manifestée, mais il deviendra une adhésion à la vie même du Ressuscité, une remise toute entière de nos vies entre les mains du Père, nous modelant peu à peu à sa ressemblance par le don de l’Esprit Saint.

Malheureusement, trop d’hommes et de femmes ignorent à quel point Dieu les aime et combien cet amour a le pouvoir de transfigurer leur vie. C’est pourquoi il nous faut porter sans cesse le souci et le désir d’annoncer la bonne nouvelle du salut en Jésus Christ.

Il ne s’agit pas de convertir pour faire nombre, pour se rassurer en n’étant pas les seuls à avoir la foi, ou nous réjouir parce que le jubé de notre église serait rempli! Non, il s’agit avant tout de partager avec d’autres le bonheur de croire en Dieu, et son envoyé Jésus Christ, de la même manière qu’on ne peut garder pour soi-même notre émerveillement devant un roman merveilleux, un film qui nous séduit, un coucher de soleil à couper souffle, ou une bonne nouvelle inattendue qui fait irruption dans nos vies. Oui ! Nous voulons alors annoncer cette bonne nouvelle!

Quand nous aimons, il est normal de vouloir partager nos coups de cœur avec les autres. Et il n’y a pas plus grand coup de cœur que la présence de Dieu dans une vie, Lui qui de mille et une manières nous redit sans cesse : « Tu es ma fille bien-aimée, tu es mon fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour. » Amen.

fr. Yves Bériault, o.p.

 

Homélie pour le samedi de l’Épiphanie

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean » (Jn 3, 22-30)

En ce temps-là,
Jésus se rendit en Judée, ainsi que ses disciples ;
il y séjourna avec eux, et il baptisait.
Jean, quant à lui, baptisait à Aïnone, près de Salim,
où l’eau était abondante.
On venait là pour se faire baptiser.
En effet, Jean n’avait pas encore été mis en prison.
Or, il y eut une discussion entre les disciples de Jean et un Juif
au sujet des bains de purification.
Ils allèrent trouver Jean et lui dirent :
« Rabbi, celui qui était avec toi de l’autre côté du Jourdain,
celui à qui tu as rendu témoignage,
le voilà qui baptise,
et tous vont à lui ! »
Jean répondit :
« Un homme ne peut rien s’attribuer,
sinon ce qui lui est donné du Ciel.
Vous-mêmes pouvez témoigner que j’ai dit :
Moi, je ne suis pas le Christ,
mais j’ai été envoyé devant lui.
Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ;
quant à l’ami de l’époux, il se tient là,
il entend la voix de l’époux,
et il en est tout joyeux.
Telle est ma joie : elle est parfaite.
Lui, il faut qu’il grandisse ;
et moi, que je diminue. »

COMMENTAIRE

Ce matin, à travers le témoignage de Jean Baptiste, nous sommes entraînés sur un chemin où il n’est pas toujours facile de nous engager, soit celui de l’humilité. C’est le dominicain Maître Eckhart qui affirme que «l’humilité s’enracine dans le fond le plus profond de Dieu ». Pour nous en convaincre, il nous suffit de regarder le Fils de Dieu dans son abaissement. Il n’y a pas plus humble que Dieu.

Jean le Baptiste s’inscrit tout à fait dans cet appel à l’humilité. Bien sûr, il est conscient de sa mission, de son devoir de héraut de la bonne nouvelle. Il a aussi des disciples, et ce, bien avant Jésus; on l’appelle même rabbi. Mais Jean Baptiste sait aussi reconnaître que c’est Dieu qui l’a appelé, et qui lui donne la force et la grâce d’accomplir sa mission. D’où cette affirmation si profonde que l’on retrouve dans sa bouche : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sinon ce qui lui est donné du Ciel. »

Et c’est là que le mot « humilité » trouve tout son sens. Il s’agit d’une disposition du cœur qui nous fait nous tourner sans cesse vers Dieu, lui demandant sans cesse force et courage afin de réaliser ce qui nous est demandé, reconnaissant toujours en Dieu l’artisan de nos vies. Ainsi, nous nous offrons comme une terre en friche, présentant à Dieu tout ce que nous sommes, afin que ce potentiel d’amour qu’il a mis en nous puisse trouver son plein épanouissement.

Le témoignage de Jean Baptiste est une invitation à assumer pleinement la foi et la mission qui nous sont données, puisque nous sommes nous aussi les amis de l’Époux, ses intimes, ses plus proches, lui qui un jour nous a saisis, ne nous appelant plus serviteurs, mais amis !

« On ne saurait donc mieux clore le temps liturgique de Noël qu’en évoquant ce cortège nuptial qui nous entraîne avec le Christ au service de la vie. Car la vocation de Jean Baptiste ne s’est pas éteinte avec lui, elle se prolonge en chacun de nous. Il nous révèle comment travailler aux noces de Jésus avec l’humanité, et nous livre le secret de sa joie : Il faut qu’Il croisse et que moi je diminue (Jean 3.30). »

fr. Yves Bériault, o.p.

Homélie pour l’Épiphanie

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Je me souviens quand j’étais enfant, la préparation de la crèche de Noël ressemblait à s’y méprendre à une pièce de théâtre où nous placions soigneusement nos différents personnages, les Mages étant sans doute les plus fascinants avec leurs vêtements somptueux, leurs chameaux et leurs présents. À travers ces personnages, c’est la merveilleuse histoire de Noël qui se jouait sous nos yeux, alors que notre foi d’enfant prenait peu à peu son envol.

Nous n’avions aucune idée de l’intrigue qui se mettait en branle avec la naissance de Jésus. Que savions-nous de la peur qui s’était emparée de Jérusalem quand les mages annoncèrent la naissance du Messie; de l’inquiétude des élites religieuses ou des sombres intentions du roi Hérode à l’endroit de ce nouveau-né?

L’histoire de Noël est beaucoup plus grande et tragique que la simple représentation qu’en donnent nos crèches, car l’Enfant qui vient de naître vient disperser les superbes, comme le chante Marie sa mère, renverser les puissants de leurs trônes, prendre parti pour les humbles et les affamés. Pas étonnant que tous les Hérode et les pouvoirs malveillants de ce monde s’opposent à lui et à son Évangile, car le mystère de la Nativité se joue désormais aux dimensions du monde, et nous faisons tous et toutes partie des personnages de cette crèche universelle où le Christ nous attend.

C’est pourquoi en ce jour de l’Épiphanie, j’aimerais vous parler des mages d’aujourd’hui, dont nous faisons partie, mais plus particulièrement de ceux et celles qui cherchent encore l’étoile, ou qui n’ont pas toujours leur place dans la crèche, car il est important que nous prenions la mesure de cette réalité qui interpelle l’Église et nos communautés.

J’ai rencontré beaucoup de mages dans mon ministère comme dominicain, pas toujours des mages somptueux avec les bras remplis de cadeaux. Souvent des personnes blessées par la vie se présentant à nos églises avec leur baluchon de détresse et de misère : ex-prisonniers cherchant à refaire leur vie, familles de réfugiés ayant fuies leur pays, parents pleurant la mort d’un enfant, personnes rejetées, ou se sentant exclus, tel cet homme divorcé remarié, m’avouant qu’il se tenait derrière une des colonnes de l’église lors des messes, voulant se faire le plus discret possible par crainte de scandaliser les gens qui le connaissaient. C’est là une douleur qui l’habita toute sa vie.

Je pense aussi aux gens de la rue entrant timidement comme des intrus dans nos églises, se tenant dans les derniers bancs; je pense à des homosexuels que j’ai connus, vivant douloureusement le rejet par leurs parents, ou ce couple d’homosexuels voulant célébrer la mort de la mère de l’un des deux, puisque c’était ses dernières volontés, sinon ils ne seraient jamais venus à l’église, m’ont-ils confié, car ils ne croyaient pas qu’ils seraient les bienvenus. Voyez-vous, l’étable de Bethléem est trop souvent devenue un palais où il faut montrer patte blanche.

Mais il y a aussi des petits miracles dans nos communautés. Quand je suis arrivé dans une paroisse, il y avait cette personne transgenre, une personne des plus discrète, assidue aux célébrations quotidiennes de l’eucharistie, se nourrissant d’écrits de mystiques et de vie de saints, faisant parfois les lectures à la messe. Si la foi de cette personne semblait s’imposer à tous comme une évidence, la souffrance liée au rejet qu’elle vivait de la part de son entourage était néanmoins palpable, et certains membres de la communauté la soutenaient. Oui, il y a des mages qui viennent de très loin frapper à la porte de nos églises.

Une des rencontres les plus marquantes pour moi est sans doute celle avec une infirmière à la retraite, venant à moi en pleurs après la messe, me demandant si je lui permettais de venir à la messe même si elle n’avait pas la foi. Elle me disait : « Je ne sais pas pourquoi je viens ici, mais ça me fait du bien, j’aime écouter les chants, ça m’apaise. » Cette femme avait travaillé comme infirmière avec les drogués et les prostitués dans les bas-fonds d’un centre-ville pendant plusieurs années, hébergeant même parfois de ces personnes dans sa maison. Elle était allée au Nicaragua auprès des paysans les plus pauvres, pour ensuite se retrouver au Rwanda lors du génocide, y travaillant pendant plus de trois années. Un parcours humanitaire extraordinaire! Mais voilà, elle était en pleurs près de la crèche, se sentant abandonnée par ses enfants dans sa vieillesse, ne trouvant réconfort que dans une église.

Je pense parfois à elle et à toutes ces personnes avec beaucoup d’émotion, car elles nous entraînent sur un chemin de conversion si nous prenons le temps de les écouter. Elles nous évangélisent, car sans le savoir, elles sont toute proche du cœur de Dieu.

Vous l’aurez sans doute deviné, je vois dans l’Épiphanie une invitation à suivre l’étoile qui nous conduit vers les autres, surtout ceux et celles qui ont besoin d’être accueillis, écoutés et aimés. Car au plus profond de nos vies, il y a ce mystère d’amour que l’enfant de la crèche est venu déposer en nos cœurs; un don qu’il nous appelle à partager, tels des mages en route vers d’autres crèches où, sous le couvert de la misère du monde, Dieu nous attend.

Yves Bériault, o.p.

 

Homélie pour la fête de la Saint-Famille (A)

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L’on a toujours proposé la Sainte Famille comme un modèle pour les familles chrétiennes. Toutefois, à notre époque, la notion même de famille traverse une crise sans précédent, ou à tout le moins elle connaît des bouleversements qui en inquiètent plusieurs. Nous connaissons les bébés éprouvettes, les mères porteuses, demain l’on nous promet le clonage, les bébés sur mesures, à notre image et ressemblance, tandis que nous connaissons tous des familles où les parents sont divorcés, des familles reconstituées, des familles monoparentales, où des pères et des mères seules font preuve d’un courage extraordinaire pour éduquer leurs enfants, et nous connaissons aussi des familles où les parents sont du même sexe. 

Par ailleurs, plusieurs couples ne pouvant avoir d’enfants ou encore par souci d’aider les enfants les plus démunis de ce monde, se tournent vers l’adoption internationale, et ainsi des grands-parents se retrouvent avec un petit-fils coréen ou une petite fille haïtienne.  Ces changements font que le visage traditionnel de la famille s’est complètement transformé. Ces changements sont parfois porteurs de soucis et de souffrances, mais ils demandent surtout beaucoup d’amour. Est-ce que la traditionnelle Sainte Famille est encore en mesure de nous inspirer dans un ce nouveau contexte de société ?

Une chose est certaine, cette famille n’est pas conventionnelle. Tout d’abord, Joseph a dû cacher la grossesse de Marie avant le mariage en la prenant chez lui comme épouse. Ensuite, même si l’on a souvent évoqué la Sainte Famille pour encourager la natalité, il faut se rappeler qu’il s’agit d’une famille avec un enfant unique, ce qui est très proche de notre moyenne nationale au Québec. De plus, Joseph, le père de Jésus, n’est pas le géniteur de l’enfant, il est son père adoptif, tandis que Marie, la mère biologique, est encore vierge, puisque l’enfant est né d’une action miraculeuse de Dieu. Voilà la Sainte Famille ! 

L’on peut à la fois retrouver en elle les valeurs familiales les plus traditionnelles, à cause de la sainteté même de Jésus et de ses parents, et en même temps l’originalité de cette famille a de quoi étonner les familles les plus diversifiées que nous connaissions. C’est pourquoi le point de convergence le plus significatif entre ces parents inquiets, que sont Joseph et Marie, et nous-mêmes en tant que parents ou membres d’une famille, est que notre histoire personnelle et familiale est aussi une histoire sainte. Chacun des membres de nos familles, qu’ils soient croyants ou non, est engagé dans une recherche de bonheur et d’absolu. 

Parfois ces recherches nous inquiètent et nous blessent. Elles sont parfois même destructrices, mais dans chacune de nos histoires, quelle qu’elle soit, Dieu y est présent, et sans cesse il nous invite à nous approcher du mystère de la crèche, afin qu’il devienne notre propre mystère, c.-à-d. que nous acceptions nous aussi, comme Marie et Joseph, d’accueillir le Messie dans nos vies, afin qu’il trouve un accueil chez nous, et ainsi qu’il puisse nous transformer et nous enrichir, nous aidant à devenir ce que nous sommes, des enfants de Dieu ! C’est tout cela le mystère de Noël.

Marie et Joseph ont dû cheminer péniblement afin de se rapprocher du mystère de leur fils Jésus. Ils n’ont pas toujours compris ni toujours cherché au bon endroit. Ils n’ont pas saisi tout de suite ce que Jésus voulait leur dire quand il disait qu’il devait être dans la maison de son Père.

On connaît peu de choses de Joseph, mais sans doute, comme Marie, gardait-il dans son cœur tout ce qui pouvait lui échapper quant à la destinée de son fils Jésus. Et en ce sens, Marie et Joseph sont des modèles de foi confiante, des cœurs dociles, s’en remettant entièrement à Dieu, même devant l’inexplicable, même devant les menaces d’un Hérode sanguinaire, ou encore l’exil forcé en Égypte, souffrant parfois de ne pas comprendre où les entraînait cet enfant qui leur avait été miraculeusement confié. Ne devait-il pas se dire parfois, tout comme nous : « Mon Dieu, qu’attends-tu de nous ? »

Frères et sœurs, c’est à nous maintenant de prendre chez nous cet enfant et de le laisser grandir « en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. » 

C’est pourquoi, en ce temps de Noël, la Sainte Famille se présente à nous et nous invite à franchir le seuil de sa maison, à nous laisser saisir par son mystère qui nous renvoie à notre propre mystère, et qui est d’accueillir Jésus dans nos vies et dans nos familles, au cœur même de nos pauvretés, de nos doutes et de nos épreuves, car n’en doutons pas, notre histoire personnelle est aussi une histoire sacrée que l’Emmanuel vient habiter de sa présence. Et c’est ainsi que cette histoire d’amour de la Sainte Famille, l’histoire la plus extraordinaire que la terre ait jamais connue, se poursuit tout au long du temps de l’Église. Amen.

Yves Bériault, o.p.

La famille chrétienne devant la crèche

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Ce qui vient immédiatement à l’esprit lorsque l’on aborde le thème de Noël et de la famille, c’est évidemment celui de la Sainte Famille. Comment cette scène de la crèche de Noël n’évoquerait-elle pas chez les familles chrétiennes une résonance certaine quant à l’expérience de foi qu’elles vivent et son lien avec ce qu’a vécu la Sainte Famille.Spontanément, ce sont les aspects suivants qui me viennent à l’esprit pour alimenter une réflexion chrétienne sur ce thème :

1- la famille comme oeuvre de création
2- la famille comme lieu d’accueil
3- la famille comme lieu de mission

Quand on considère le mystère de l’Incarnation, on contemple tout d’abord l’oeuvre de Dieu. Dieu aime et il est source de tout amour. Par définition, l’amour est fécond puisqu’il vient de Dieu. L’amour est plein de vie et engendre la vie chez ceux et celles qu’il touche. Dieu croit en la vie, puisqu’il est vie, et en nous envoyant son Fils, il vient racheter cette vie afin de la mener à sa plénitude et à sa destination originelle, soit la communion pleine et entière de l’humanité avec son Dieu.

De toute éternité, l’humanité est appelée à la divinisation, et la famille participe éminemment à cette oeuvre, car c’est par elle que naissent les enfants de Dieu. En ce sens, le couple est créateur, mais son oeuvre de création il la tient de Dieu. Il suffit de contempler Marie et Joseph pour mieux saisir le sens de cette affirmation. Leur vocation, vient de Dieu, elle est avant tout un oui à Dieu. Sans ce oui, Dieu ne peut agir, mais c’est l’initiative de Dieu qui fait de ce couple un participant à son oeuvre qui vient parfaire sa création et la mener à son accomplissement.

La famille est aussi une oeuvre d’accueil, car la vie humaine est le lieu privilégié où Dieu se manifeste. Comme le dit la Lettre aux Hébreux:  » N’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges «  (Hé. 13, 1-2). Marie et Joseph ne connaissaient sans doute pas toute la grandeur du mystère qui se déroulait dans leur vie. Ne les voit-on pas s’inquiéter quand Jésus disparaît au Temple ou lorsqu’il commence à prêcher. Et pourtant, Marie porte tout cela dans son coeur et médite sur ces choses. Ce n’est qu’après la résurrection que tout deviendra clair. Il y a un mystère d’accueil dans la vie de foi, accueil des personnes et des événements. Ce mystère est tout particulièrement à l’oeuvre dans la famille, qui est une communauté d’accueil pour les vies qui lui sont confiées. Des vies livrées à l’amour de Dieu ayant chacune son appel propre, son mystère, chacune étant un reflet de l’amour de Dieu pour les hommes et les femmes de ce monde.

C’est autour des deux pôles mentionnés précédemment, que la famille va se définir comme lieu de mission pour le chrétien et la chrétienne qui s’y engagent. Car la participation à la mission créatrice de Dieu et l’accueil de la vie ne sont pas que des attitudes passives, mais elles entraînent aussi un agir qui va entraîner toute la famille. La famille va devenir ce lieu où doit grandir l’enfant de la crèche afin de devenir cette présence du Christ Ressuscité au monde. Le mystère de la présence de l’enfant de la crèche dans une famille doit nécessairement ouvrir sur le mystère pascal et ce mystère est un mystère de don de soi.

C’est dans la famille que les vertus chrétiennes seront nourries et entretenues par l’exemple des parents, par une vie de prière soutenue, et par une vie en Église réelle et engagée. Le terreau familial deviendra ainsi le lieu de croissance des vertus évangéliques, dont se nourriront les enfants, car elles leur auront été communiquées par les parents, tout comme les enfants sont allaités par le lait maternel. La famille deviendra ainsi une Église familiale ayant en son centre Jésus ressuscité.

La famille qui se rassemble autour de la crèche exprime déjà sa volonté d’entrer dans ce mystère, puisque l’enfant de la crèche est l’expression achevée du  » Dieu avec nous « , Dieu qui se remet entre nos mains,  » Dieu avec nous  » en se faisant l’un des nôtres, en prenant sur lui nos joies et nos peines. L’enfant de la crèche nous ramène à l’aurore de ce mystère de l’amour de Dieu pour nous, et en même temps la crèche est une fenêtre grande ouverte sur l’avenir. Elle nous entraîne au coeur du mystère pascal où brillent les premières lueurs de l’éternité.

Puisse ce Noël vous rapprocher les uns des autres, et de celui qui s’est fait le plus petit des tout petits enfants pour nous.

frère Yves Bériault, o.p.

 

Homélie pour le jour de Noël

Noël est l’un de ces temps de l’année où le mystère frappe à notre porte. Les textes bibliques que nous proclamons en ce jour sont tellement évocateur en ce sens : « Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu », nous dit le prophète Isaïe ; et dans la lettre aux Hébreux : « En ces jours où nous sommes, Dieu nous a parlé par son Fils »; et que dire de cette déclaration inoubliable de l’évangéliste Jean : « et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. »

Aujourd’hui, sur tous les continents, l’événement est souligné. La fête de Noël fait maintenant partie du patrimoine de l’humanité. Aucune fête chrétienne n’a connu une telle popularité, bien que la fête de Pâques soit la plus grande des fêtes pour nous. Mais un enfant dans un berceau c’est toujours plus séduisant qu’un homme cloué sur une croix! C’est pourquoi ce temps de l’année marque une convergence de traditions et de représentations qui ne semblent pas toujours faire bon ménage les unes avec les autres ; où la bonne nouvelle qui est célébrée en ce jour semble complètement perdue de vue.

Ainsi, pour certains, Noël évoque surtout les souvenirs féeriques, réels ou imaginaires, des Noëls de l’enfance. Ces souvenirs évoquent souvent la nostalgie d’une fête dont on n’arrive plus à retrouver le sens. Les gens de cette catégorie ont souvent le Noël triste comme l’on dit de quelqu’un qu’il a « le vin triste ».

Il y a bien sûr le Noël des chrétiens, fête de la Nativité, qui n’a de sens que pour ceux et celles qui croient en l’Enfant-Dieu, un Dieu qui prend sur lui notre humanité afin de la conduire à son plein épanouissement. Mais même dans ce Noël, il y en a aussi qui ont perdu le sens de la fête. Ils jugent trop superficiel tout ce qui entoure Noël et ils ont parfois le sentiment de s’être fait voler leur fête!

Ce Noël, quoiqu’on en dise, c’est un peu le Noël pour tous, le Noël démocratisé, le Noël des centres d’achats qui remporte la faveur populaire et qui conjugue sans difficulté la dinde de Noël, la course effrénée aux cadeaux, et à l’occasion, une messe de minuit.

Pourtant, même ce Noël, que certains appellent le Noël des marchands, est porteur de sens et rejoint quand même l’être humain dans ses aspirations les plus profondes. Il ne faudrait pas oublier que le Noël des marchands, dernier-né des manifestations de la fête de Noël, est néanmoins marqué profondément par la naissance de Jésus à Bethléem. Il ne faudrait pas renier trop facilement ce Noël et l’envoyer coucher dans l’étable. Ce Noël sécularisé que nous connaissons trop bien, reste néanmoins dans les familles et entre amis, un moment privilégié pour les réconciliations, l’accueil de l’autre, le don de soi.

Quoiqu’il en semble, le Noël des marchands est souvent un Noël de générosité toute simple, sans calcul, sans prétention, par lequel les gens cherchent à se donner un temps de bonheur ensemble, à faire sens du temps qui passe en s’ouvrant à l’autre. Et ce bonheur, notre société, bien qu’elle se veuille laïcisée, elle le trouve sans le savoir près de la crèche et de son irrésistible message de paix et de fraternité.

Le Noël des marchands est une fête qui éveille le goût de donner chez les gens, surtout le goût de se donner, ce qui explique sans doute pourquoi Noël est l’un des temps de l’année où les bénévoles se font les plus nombreux aux portes des organismes caritatifs de toutes sortes. En dépit de ses dérives, n’est-ce pas là la preuve que le Noël des marchands est une fête qui est toute proche de ses racines évangéliques et qui, lorsque bien vécue, peut devenir un prolongement tout naturel de la célébration liturgique que nous en faisons en Église aujourd’hui ?

Quant à nous, frères et soeurs, nous proclamons qu’un Sauveur nous est né et qu’il confie son message de paix et de salut à tous ceux et celles qui veulent donner une véritable direction à leur vie, qui cherche une espérance dans les nuits de ce monde. Car le secret de Noël le voici : c’est celui d’un Dieu qui se confie à nous tel un nouveau-né fragile, blotti entre nos mains, et dont on a désormais la garde et la responsabilité. Tout ce qu’il nous demande, c’est qu’on le laisse grandir et s’épanouir au coeur même de nos vies, nous entraînant à faire de sa fête, un Noël de marchands de bonheur, accueillant dans nos maisons ceux et celles qui sont seuls, partageant nos tables avec ceux qui ont faim, faim véritable, faim d’amitié, faim de reconnaissance ; ouvrant nos cœurs à la justice, à la réconciliation et au partage.

Car n’est-ce pas là une des conséquences inévitables de la fête de Noël ? Ceux et celles qui se mettent à la suite de l’Enfant-Dieu ne doivent-ils pas se laisser habiter de sa générosité à Lui et se laisser revêtir de son amour, car Noël c’est la fête de la générosité surabondante de Dieu ! C’est Dieu qui se donne à nous et qui donne tout de lui-même : l’Emmanuel ! Dieu fait chair ! Dieu parmi nous !

fr. Yves Bériault, o.p.

 

Voici la demeure de Dieu parmi les hommes

La prière de Chœur dans la ville est une action de grâce avec l’ange Gabriel et un éblouissement d’admiration pour la jeune mère de Dieu. Les mots et l’harmonisation du frère André Gouzes, dominicain, porte jusqu’au ciel notre reconnaissance pour Marie, la terre de la Promesse, la mère de l’Emmanuel. C’est un magnifique poème de foi et d’espérance qui retentit dans l’église des dominicains de Lille, près de la crèche et dans notre cœur : « Tu es Marie, le paradis nouveau ! En toi le soleil a établi sa demeure. » Pour recevoir les chants et les méditations de Avent dans la ville, inscrivez-vous gratuitement: http://bit.ly/2Y6A0Xk

Homélie pour le 4e Dimanche de l’Avent (A)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 1,18-24.
Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret.
Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ;
elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète :
‘Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel’, qui se traduit : « Dieu-avec-nous »
Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

COMMENTAIRE

Au livre d’Isaïe, celui que la longue tradition de l’Église appelle le cinquième évangéliste, nous avons entendu cette promesse extraordinaire faite au roi Achaz qui règne dans Jérusalem menacée par l’ennemi : « Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). »

Ce passage énigmatique du premier Testament a fait couler beaucoup d’encre. Est-il possible que près de huit cents ans avant Jésus-Christ on ait déjà annoncé sa mystérieuse naissance, alors même que la notion de Messie n’était pas encore apparue dans la tradition d’Israël? Aucune explication historique de ce passage n’est tout à fait satisfaisante pour les exégètes quant à sa signification à l’époque d’Isaïe. Mais les premières générations chrétiennes ont vite fait d’en saisir le sens à la lumière de l’avènement du Christ. Benoît XVI écrit : « Ce signe de Dieu chez Isaïe n’est pas offert pour une situation politique déterminée, mais concerne l’humanité et son histoire dans son ensemble[1] ». Et c’est ainsi qu’une Parole de l’an 733 avant Jésus-Christ, dévoile tout son sens et sa richesse avec la venue du Messie. Dieu est venu parmi nous et il a pris chair de la Vierge Marie.

C’est ce grand mystère qui est annoncé en songe à Joseph, l’époux de Marie. L’Ange du Seigneur lui annonce que « l’enfant qui est engendré en Marie vient de l’Esprit Saint », et qu’il vient sauver son peuple de ses péchés.

L’évangéliste Matthieu nous fait contempler le mystère d’un couple humble et caché qui a pourtant changé le cours de l’histoire. À travers son récit, Dieu nous redit que l’avenir appartient aux pauvres de Dieu, c’est-à-dire à ceux et celles qui se laissent façonner par Lui, qui l’accueillent dans le secret de leur coeur, et qui en font leur plus grande richesse, leur plus beau trésor. Dans le premier Testament on les appelait les justes ; dans le Nouveau Testament ils ont pour nom les fidèles.

Joseph, l’époux promis à Marie, n’a pas d’âge et il a tous les âges. Aucun indice dans les évangiles ne nous permet de lui en donner un. Quant à Marie, puisqu’elle est promise en mariage, on sait qu’habituellement cet engagement était pris par les parents de la mariée, alors que la jeune fille avait environ quinze ans. Donc, une toute jeune fille que cette Marie de Nazareth, et l’on est encore fragile à quinze ans.

Bien qu’engagés l’un à l’autre, ils ne vivent pas encore ensemble et pourtant la voilà enceinte. Comment peut-elle affirmer que l’enfant qu’elle porte vient de Dieu et, de plus, que cet enfant va sauver son peuple ? C’est insensé. Mieux vaut la répudier en secret, se dit Joseph, car il est un homme bon, il cherche néanmoins à lui épargner la honte. Mais un songe vient changer le cours de sa vie. Nous connaissons tous cette belle histoire qui se transmet siècle après siècle, de génération en génération dans une foule d’écrits, de poèmes et de chansons.

En voici un exemple. J’entendais ces jours-ci un cantique de Noël traditionnel du XVe siècle, appelé le cantique du cerisier (The Cherry Tree Carol). Voici la belle histoire qui est racontée. Marie et Joseph sont en route pour le recensement à Bethléem. Marie, voyant un cerisier, demande à Joseph d’aller lui chercher des cerises. Joseph, qui n’a pas encore accepté ni compris ce qui se passe en Marie, lui répond en colère : « Pourquoi ne demandes-tu pas au père de ton enfant de te donner des cerises ? » Soudain, la voix de l’enfant se fait entendre dans le sein de Marie et commande à l’arbre de donner de ses fruits à sa mère. Le cerisier se penche alors vers elle et lui touche la main pour lui offrir de ses fruits. Et Joseph, conclut le cantique, épousa la Vierge Marie, la Reine de Galilée !

C’est le mystère de Noël qui se joue sous nos yeux chaque année ; un mystère enrobé de merveilleux, comme un conte trop beau pour être vrai. Et pourtant… chaque année, nous avons besoin de réentendre la belle histoire de Marie et de Joseph, de nous laisser toucher au cœur à nouveau, tellement cette histoire est incroyable. C’est l’histoire de notre foi, où nous est dévoilé le mystère de l’Église.

En Joseph, nous avons l’image du croyant. Comme lui, chacun et chacune de nous est appelé à accueillir la promesse de Dieu dans sa vie.

La jeune Marie symbolise l’Église, la jeune fiancée, en qui habite un grand mystère d’amour et à travers lequel Dieu veut se donne sans cesse au monde.

L’Ange du Seigneur, c’est Dieu lui-même, qui invite le croyant à prendre l’Église chez lui, à l’aimer de tout son coeur, sans nécessairement tout comprendre. « Fais confiance », nous dit l’Ange. « Sois une femme de foi ; sois un homme de foi. N’aie pas peur de prendre chez toi cette Église pour laquelle l’enfant de la crèche donnera sa vie. »

Car voici la Bonne Nouvelle : l’Église est grosse de Dieu ! Elle est enceinte de Dieu. Elle le porte en elle et, en même temps, elle le propose sans cesse à travers la Parole de Dieu, à travers les sacrements, sa vie de prière, sa vie missionnaire, son engagement pour les plus pauvres, son souci quotidien pour le monde. Et tout cela ne peut se réaliser qu’à travers vous et moi. L’amour qui sera annoncé et chanté par les anges la nuit de Noël, c’est à nous qu’il est confié, comme il fut confié à Marie et à Joseph.

Au début, Joseph ne comprend pas ce que vit sa jeune épouse. Comment est-ce possible ? Mais il avance dans la foi, car l’Ange l’y invite, et Joseph fait confiance. C’est à cette confiance que nous sommes invités à quelques jours de la fête de Noël. Sommes-nous prêts à faire confiance à Dieu dans nos vies ? À tout lui remettre ? À jouer notre vie sur lui ? N’est-ce pas là la plus belle et la plus grande des aventures où Dieu ne saurait nous décevoir. C’est ce qu’ont fait Joseph et Marie. Ils ont joué leur vie sur une promesse de Dieu.

Comme pour Joseph, la voix de l’Ange nous invite à avancer dans la foi. « N’aie pas peur d’accueillir chez toi ce mystère. » Parce que nous sommes tous appelés à être porteurs de Dieu. Nous portons enfoui au cœur de nos vies, la vie même du Fils de Dieu incarné, qui veut se donner au monde à travers nous.

Comme l’écrit saint Paul aux chrétiens de Rome, « nous les fidèles qui sommes, par appel de Dieu, le peuple saint », nous sommes invités à veiller sur le mystère de Noël, comme sur un trésor des plus précieux, comme on veille sur un enfant dans son berceau. Que ce soit notre joie !

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs


 

[1] Ratzinger, Joseph (Benoît XVI). L’enfance de Jésus, Flammarion, 2012, p. 76. 189 p.

Homélie pour le 2e Dimanche de l’Avent (A)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 3,1-12.
En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée :
« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »
Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : ‘Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.’
Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage.
Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui,
et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés.
Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?
Produisez donc un fruit digne de la conversion.
N’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons Abraham pour père” ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.
Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

COMMENTAIRE

Quand Jean Baptiste fait son apparition dans le désert de Judée, cela fait plus de quatre-cents ans que la voix des prophètes s’est éteinte en Israël et l’on attend toujours le Messie. Cette attente est surtout présente chez ceux et celles qu’on appelle «les pauvres de Yahvé», qui à l’image de la Vierge Marie sont fidèles et confiants dans leur attente. Et leur persévérance n’a pas été déçue, car les temps sont accomplis alors que survient Jean Baptiste, celui dont Isaïe avait prophétisé la venue et dont la mission serait d’annoncer les temps nouveaux : la venue du Messie.

Jean Baptiste est la voix de celui qui crie dans le désert, ce désert de la condition humaine que Dieu lui-même vient habiter en son Fils Jésus, qui annonce un règne de justice et de paix, qui répand son Esprit sur toute chair, et qui nous presse de vivre de sa vie et de nous engager à ses côtés, afin d’être porteurs de sa passion pour le monde.

Le prophète Isaïe, contemplant cet avenir où doit se manifester le Messie, nous parle avec des images bucoliques d’une création restaurée dans sa paix et son harmonie initiales, telle qu’elle était au début du monde. C’est le paradis retrouvé où le loup habite avec l’agneau, le léopard se couche près du chevreau, le veau et le lionceau sont nourris ensemble! Elles sont belles et évocatrices ces images du prophète, et pourtant, il y a loin de la coupe aux lèvres quand on contemple l’état de notre monde et les défis qui sont les nôtres..

Le moine Christian de Chergé, prieur d’un monastère trappiste en Algérie, assassiné avec six de ses frères, rapporte l’anecdote suivante alors qu’il était en pèlerinage à Jérusalem, et qu’il se trouvait près du mur des Lamentations. Un Juif orthodoxe en le voyant voulut le provoquer en lui lançant cette boutade : «Et puis, lui demanda-t-il, est-ce que le lion mange de l’herbe?» Il aurait pu tout aussi bien lui demander : «Et est-ce que le loup habite avec l’agneau?»

Vous aurez compris que cet homme voulait contredire l’affirmation des chrétiens selon laquelle Jésus est le Messie. Car s’il l’était vraiment, selon ce Juif orthodoxe, les prophéties d’Isaïe se seraient réalisées depuis longtemps, et l’on verrait le lion manger de l’herbe avec le bœuf, le loup habiter avec l’agneau.

Il y a là, bien sûr, un certain fondamentalisme qui s’exprime, mais la question mérite d’être posée, car sans cesse notre espérance et notre foi sont mises à l’épreuve, contredites par les conflits et les violences qui affligent notre monde. Tant de guerres et tant d’injustices qui nous laissent désemparés devant les déserts de l’aventure humaine, où l’amour n’est pas toujours aimé, où la justice et la paix se font douloureusement attendre, alors que nous aimerions tellement que le Christ, le Prince de la Paix, affirme sa royauté et sa toute-puissance.

Il est donc légitime d’entendre les sarcasmes de nos contemporains et de se demander avec eux si le monde a vraiment changé depuis cette nuit de Bethléem. Est-ce que la venue du Christ a véritablement transformé la face de notre terre?

Nous ne savons pas comment aurait évolué notre monde si Jésus n’était pas venu, mais une chose est indéniable, la suite du Christ a transformé radicalement la vie d’une multitude de femmes et d’hommes depuis la venue du Christ. Ils ont pris sur eux-mêmes, au nom de l’évangile et de leur foi, de transformer cette terre, d’inaugurer des relations de paix, de justice et de miséricorde, partout où ils vivaient, et souvent jusqu’à donner leur vie.

On pourrait nommer ici les grandes figures de l’Église, ces saints et ces saintes qui nous sont si chers, mais je pense aussi à tous ces chrétiens anonymes qui se consacrent tous les jours au service des plus pauvres et des malades, qui luttent pour la justice et la dignité humaine. Je pense à toutes ces mères et à tous ces pères qui initient leurs enfants aux valeurs de l’évangile, leur apprenant la grandeur du don de soi et du partage, l’importance d’être bon, d’être juste, d’être droit. Je pense à tous ces consacrés, à tous ces prêtres, à tous ces religieux et religieuses qui ont voué leur vie au Christ, et qui, souvent, bien humblement, se mettent au service des plus pauvres dans les lieux les plus reculés de la terre.

Des germes de paix et de justice sont nés dans le sillage de ces millions de témoins à travers les siècles, et ce, jusqu’à ce jour. Ils ont cru à la venue du Fils de Dieu en notre monde, ils ont accueilli son Esprit de sainteté et, par leur vie engagée, ils ont préparé la route du Seigneur, comme nous y invite Jean Baptiste aujourd’hui. Ils n’ont pas eu peur des jours sombres et des lendemains qui déchantent, car ils savaient bien qu’ils n’étaient pas seuls dans leur combat. C’est à cette espérance que le temps de l’Avent nous convie.

«Convertissez-vous!», nous dit Jean Baptiste. Conformez votre vie à cette espérance qui est capable de soulever le monde, et qui a pour nom Jésus Christ. Car le Christ, par le don de son esprit, vient établir son Royaume de paix et de justice, en suscitant des relations nouvelles entre les personnes, transformant les cœurs les plus endurcis en cœurs aimants et miséricordieux. Jésus est ce Messie et ce roi pacifique qu’annonçaient les prophètes, et chaque fois qu’un cœur s’ouvre à lui et tend la main au prochain, on peut alors voir le loup habiter avec l’agneau, le léopard coucher près du chevreau, et le lion manger de l’herbe avec le bœuf. Et c’est ainsi que se réalise la prophétie d’Isaïe.

Frères et sœurs, la Parole de Dieu ne nous propose pas une espérance à la petite semaine, une espérance facile et béate. Elle est profonde comme la mer cette espérance, à l’image de la connaissance du Seigneur qui nous est promise par le prophète Isaïe. Cette espérance est de tous les combats, de toutes les luttes, et c’est elle qui nous rend capables de nous engager, de nous aimer les uns les autres, de changer nos cœurs, de recommencer quand tout s’écroule.

C’est cette espérance têtue et obstinée que nous demandons au Seigneur de renouveler en nous en ce temps de l’Avent, afin qu’il nous trouve fidèles et en tenues de service quand il viendra. Amen.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

Méditation pour le temps de l’Avent

Pas étonnant, dit Dieu,
que notre histoire soit tissée de rendez-vous manqués!

Vous m’attendez dans la toute-puissance
et je vous espère dans la fragilité d’une naissance!

Vous me cherchez dans les étoiles du ciel
et je vous rencontre dans les visages qui peuplent la Terre!

Vous me rangez au vestiaire des idées reçues
et je viens à vous dans la fraîcheur de la grâce!

Vous me voulez comme une réponse
et je me tiens dans le bruissement de vos questions!

Vous m’espérez comme pain
et je creuse en vous la faim!

Vous me façonnez à votre image
et je vous surprends dans le dénuement d’un regard d’enfant!

Mais, dit Dieu, sous le pavé de vos errances,
un Avent de tendresse se prépare
où je vous attends comme la nuit attend le jour…

Francine Carrillo (Pasteur à Genève)

Concert le 12 décembre à SJB

Concert_Noel_2019