Homélie pour le 17e Dimanche. T.O. Année A

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13,44-52.

En ce temps-là, Jésus disait aux foules :
« Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.
Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines.
Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle. »
Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons.
Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien.
Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes
et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
« Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent : « Oui ».
Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »

COMMENTAIRE

Alors que le roi Salomon succède à son père David et que Dieu lui offre tout ce qu’il voudra, Salomon demande à Dieu de pouvoir distinguer entre le bien et le mal, et ainsi être un bon roi pour son peuple. À cette demande, Dieu répond : « puisque tu as demandé le discernement… je te donne un cœur intelligent et sage. » Cette recherche de la sagesse traverse toute la Bible et va s’affirmer tout particulièrement dans les psaumes. Prenons par exemple celui qui fait suite à notre première lecture aujourd’hui :

Mon bonheur, dit le psalmiste, c’est la loi de ta bouche,
plus qu’un monceau d’or ou d’argent…
Ta Loi fait mon plaisir.

Souvent lorsqu’il est question de la Loi en Israël, elle nous est présentée comme une domination, une manière un peu bête de vivre sa foi. Pourtant, les sages en Israël n’hésiteront pas à affirmer « comme il est doux le joug de la Loi », car bien plus que des préceptes lourds et oppressants, la Loi dans le judaïsme est le chemin le plus parfait pour celui qui veut être en communion avec Dieu. C’est une école de sagesse et la Loi juive donne à la personne qui la pratique de collaborer avec Dieu à la création continue du monde. La Loi responsabilise, et elle ordonne vers le bien toutes choses sur cette terre.

Si l’attachement à la Loi est si important dans le judaïsme, c’est qu’elle oriente les cœurs vers Dieu. On n’a pas attendu le Nouveau Testament pour affirmer que Dieu est amour, car la loi n’a pas d’autre but que de conduire sur le chemin de l’amour. Remarquez que Jésus ne s’en prend jamais à la Loi elle-même, mais plutôt à l’interprétation rigoriste qu’on en fait, l’éloignant ainsi de son sens premier qui est de conduire le peuple hébreu dans l’apprentissage de l’amour et de la vie fraternelle.

Et voilà que survient Jésus, le Fils du Père, qui annonce le Royaume de Dieu. Ce qui est annoncé c’est une présence nouvelle de Dieu à notre monde, tel un royaume qui n’est pas seulement pour demain, mais qui est offert dès maintenant. Ce règne de Dieu ne se laisse ni voir ni saisir, il n’est pas de l’ordre d’une domination ou d’un pouvoir politique, mais un dynamisme de vie, une force créatrice qui vient de Dieu et qui est tout orientée vers notre vie spirituelle ainsi que notre humanisation, afin de faire de nous des hommes et des femmes selon le coeur de Dieu. C’est l’avènement du Royaume de Dieu, c’est le régime de la Loi qui parvient à son plein achèvement.

Ce thème du Royaume de Dieu, est une caractéristique importante dans l’évangile de Matthieu, et depuis trois dimanches nous avons entendu pas moins de six paraboles nous parlant du règne de Dieu, où Jésus le compare soit à un champ où poussent le bon grain et l’ivraie, soit au résultat d’une pêche prodigieuse, ou encore le comparant à une perle de grand prix ou à un trésor enfoui dans un champ. Ce qui domine en particulier dans ces deux dernières paraboles, c’est la joie devant une découverte inespérée. Mais afin de posséder ce trésor, il faut pouvoir l’acheter. Ce trésor comporte donc une exigence importante, soit celle de tout donner pour le posséder. L’enjeu est celui d’un choix, de ce que nous voulons faire de notre vie. Jésus nous dirait : « Dis-moi où est ton trésor, et je te dirai où est ton cœur ! »

Je me souviendrai toujours de la réaction de Mère Teresa lors de sa visite à New York en 1983, elle qui n’hésitait pas à condamner l’égoïsme et le matérialisme des sociétés occidentales. On lui avait alors demandé ce qu’elle pensait de sa visite. Elle avait répondu qu’elle n’avait jamais vu une aussi grande pauvreté ! Elle voulait bien sûr parler de pauvreté spirituelle et de la détresse qui s’ensuit.

Avec ses paraboles de la perle précieuse et du trésor caché, Jésus emploie des images de cette quête matérialiste du bonheur, mais son but est d’orienter le coeur vers une tout autre réalité. Nous le savons, Jésus enseigne avec des paraboles. Mais la parabole des paraboles, c’est Jésus lui-même qui par son humanité et sa vie donnée nous révèle à mots couverts le véritable visage de Dieu. Et pour ceux et celles qui savent entendre ce qu’il dit, la perle précieuse, le véritable trésor c’est lui. C’est Jésus qui nous entraîne sur des chemins de traverse insoupçonnés où l’amour sera toujours appelé à tout donner. Car il s’offre lui-même et à travers lui, c’est Dieu qui se donne au monde comme un trésor enfoui en nos cœurs et que Jésus nous invite à découvrir et à faire nôtre. Et la joie qui en résulte nous fait alors nous tenir debout et sans crainte devant l’avenir, devant les exigences du présent, parce qu’ayant acquis ce trésor, nous marchons avec le Christ.

Il y a quelques années, un poste de télévision américaine diffusait une annonce publicitaire pour la promotion de la vocation religieuse. Une publicité fort originale. On voyait un malade couché sur un lit, le corps recouvert de plaies répugnantes. Devant lui, dos à la caméra, une religieuse refaisait les pansements. On entendait une voix qui disait : « Je ne ferais pas cela pour un million ». Et la religieuse, en se tournant vers la caméra, d’ajouter : « Moi non plus ! »

Ce message reprenait une réflexion de Mère Teresa de Calcutta. La célèbre religieuse disait à peu près ceci en parlant de sa tâche auprès des mourants abandonnés dans les rues de l’Inde : « Je ne pourrais pas faire cela pour un million de dollars, mais je suis prête à faire davantage pour l’amour de Dieu. »

Frères et soeurs, notre foi en Jésus Christ est d’une valeur inestimable et pour rien au monde nous ne voudrions y renoncer. Mais nous savons qu’elle peut demander beaucoup, au-delà même de ce que nous croyons être en mesure de faire ou de donner. C’est pourquoi, à l’exemple de la prière de Salomon, demandons à Dieu de nous donner un coeur intelligent et sage, capable de toujours reconnaître cette présence du Christ ressuscité en nos vies, et la grâce de nous attacher à lui et de le suivre. Car le véritable trésor c’est lui !

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs