« Vous avez dit résurrection ?… »

Voici un article de circonstance, en date du 23 mars 2008, tiré du Journal La Croix.

Cœur du mystère de la foi chrétienne, la résurrection déroute les non-croyants, mais aussi les croyants. Enquête sur une notion qui soulève la perplexité

C’est la pierre d’angle de la foi chrétienne, un mot déroutant et dérangeant, un concept difficile à escalader, impossible à dominer… La résurrection, Élisabeth Molla, 37 ans, préfère en parler par images.

« Avec le mot résurrection, ce qui me vient spontanément à l’esprit, c’est la pierre du tombeau qui roule, qui a été roulée, et du soleil à côté. C’est la vie qui éclate. » Pour cette chrétienne, la conviction que « notre vie ne s’arrête pas avec notre mort terrestre » cohabite avec nombre de questions. « Ce n’est pas tant croire à la résurrection du Christ qui est difficile, c’est croire à la résurrection dans ma propre vie », précise-t-elle.

Martine Delvallez, 53 ans, ressent les mêmes difficultés. « En disant le Credo, je ressens parfois un malaise, confie-t-elle. Je dis que je crois à la résurrection des morts mais je pense : “Oui, mais pas pour moi.” » Revenue à la foi après des années d’éloignement, elle évoque volontiers ses difficultés devant les représentations de l’Ancien Testament, les images de l’Apocalypse, le langage de la culture sémite sur le corps et l’esprit qui « ne font pas partie de (sa) façon de penser ».

« Au fond, je reste dans un état de confusion. Si je crois à la résurrection du Christ, la résurrection des morts – et plus encore la mienne – demeure confuse ! » Sa fille Virginie, 34 ans, a de son côté trouvé une manière d’habiter sa propre perplexité : «Quand je dis le Credo, je ne prononce pas la phrase concernant la résurrection de la chair… Pour moi, cela relève complètement de l’imaginaire. Cela fait trop obstacle à mon cheminement. »

Perplexité partagée autour de la résurrection

Cette perplexité autour de la résurrection, il est peu de dire qu’elle est partagée. Selon un sondage CSA-Le Monde des religions réalisé en 2006 auprès de personnes se déclarant catholiques, seulement 10 % des personnes interrogées disent y croire.

Quant à la croyance des Européens en une vie après la mort – seul item utilisé par les « enquêtes européennes sur les valeurs» –, elle demeure stable (autour de 45 %) sur les trente dernières années, mais dissimule, de l’avis des sociologues, un grand flou.

« La croyance en une vie après la mort peut être tenue aussi bien par des croyants traditionnels que par des croyants “recomposés”, bricolés, “à la carte”, dont le système de croyance est plutôt sur le mode du probable que de l’affirmation nette », note le sociologue grenoblois Pierre Bréchon.

De nouvelles difficultés se sont accumulées

Comment expliquer les difficultés à croire en la résurrection ? «La foi en la résurrection n’a jamais été une chose évidente. Jésus lui-même avait mesuré à quel point son auditoire aurait du mal à comprendre », indique le P. Michel Deneken (1).

Avec la modernité, ce théologien strasbourgeois souligne cependant que des difficultés nouvelles se sont accumulées : difficulté à croire en un Dieu créateur, à son intervention possible dans l’histoire – « Ce qui ne posait pas de problème aux Pères de l’Église », relève-t-il –, mais aussi défiance vis-à-vis de l’Église.

« On ne peut avoir foi en la résurrection qu’en adhérant au témoignage des Apôtres, ce qui suppose de faire confiance à la prédication de l’Église, souligne Michel Deneken. Or, pour nos contemporains, l’Église institution est objet de méfiance. »

« Une initiation qui permette de comprendre les images « 

C’est du côté des symboles et des représentations de la résurrection que le P. Louis-Marie Chauvet, de l’Institut catholique de Paris, entend de son côté débusquer les difficultés contemporaines. « À cause des représentations artistiques, souvent inspirées du Livre d’Ézékiel, on se figure la résurrection comme une réalité concernant nos cellules biologiques, les ossements qui se rabouteraient les uns aux autres dans un joli cliquetis, la peau et les cheveux qui repousseraient… La confusion entre l’image et le réel est alors totale, et la résurrection devient incroyable. »

S’il est impossible d’abandonner le langage du symbole et de la métaphore pour évoquer la résurrection, le P. Chauvet insiste sur l’importance d’« une initiation qui permette de dépasser les obstacles, de comprendre les images » : « Pour celui qui ne possède pas le code, le langage chrétien apparaît comme du chinois ! »

À Taizé, la communauté œcuménique qui accueille chaque année des milliers de jeunes Européens a bien conscience de leur difficulté face à cette notion : « La résurrection est entourée de méfiance chez les jeunes, témoigne Frère Émile. Ils se disent que c’est peut-être trop beau. Ils ne veulent pas être victimes d’illusion, ni d’un optimisme forcé. Leur question est au fond : est-ce que les chrétiens ne forcent pas les choses ? »

Ce frère de Taizé traduit le désarroi des jeunes devant la résurrection en citant le théologien orthodoxe Olivier Clément : «Il disait que notre époque avait gardé le sens de la personne, de l’unique, de l’irrépétable, mais qu’elle avait perdu celui de la résurrection. Mais alors, c’est le sens de la personne qui devient difficile à vivre, car quand on perd la personne aimée pour toujours, l’absurde s’accroît. » C’est seulement peu à peu que méfiances et réticences ont une chance de s’alléger, les jeunes pouvant alors « prendre appui sur le sens qu’ils ont de la personne pour saisir que chacun compte pour Dieu ».

La résurrection déroute autant qu’elle attire

Il n’y a pourtant pas que chez les plus jeunes que la résurrection déroute autant qu’elle attire. Il est possible désormais de remplir une église en proposant des conférences sur ce thème. C’est ce qui s’est passé par exemple, durant ce Carême, à l’église Saint-Ignace de Paris, comble chaque semaine pour les conférences du jésuite Joseph Moingt sur « La foi en la résurrection de Jésus ».

Un succès qui montre l’attente d’une manière nouvelle de parler de la résurrection, une manière qui fasse sens pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui pour lesquels « le sens de la vie ne peut jaillir que du dedans d’elle-même », estime le théologien.

Pour le P. Moingt, la condition moderne n’interdit pas que « ce sens s’achève en Dieu, qu’il conduise au-delà des limites de la vie terrestre, grâce à une aide qui ne peut venir que de Dieu ». Mais les hommes d’aujourd’hui exigent que ce sens « prenne naissance là même et là seulement où l’homme peut en faire l’expérience, sous peine de n’être le sens de rien du tout ».

Et d’inviter à parler de la résurrection, non comme d’une chose extérieure à la vie, mais « dans un langage de la foi accordé au sens pressenti de la vie ».

Elodie MAUROT

(1) Auteur de La Foi pascale. Rendre compte de la résurrection de Jésus aujourd’hui, Cerf, 640 p., 47,30 €.

3 Réponses

  1. beaucoup de choses me laissent perplexes,mais la résurrection non!!!

    Il y’à fort longtemps un curé de campagne dans sons sermon nous disait que la vie éternelle….on était déjà dedans,et j’ai bue ça comme du petit lait!

  2. J’ai une telle frousse de la mort, de la mienne comme de celle de mes proches, de son caractère irrémédiable, inéluctable, du néant que je préfère dire « j’espère la résurrection des morts ».

    Seigneur, qu’est-ce que j’ai peur !

    Alors de temps en temps, je reprends les termes de Saint Paul, dans son épître aux Corinthiens  » Oh mort, ou est ta victoire ? ».

    C’est comme un cri que mon angoisse me fait pousser !

  3. Quand le sujet de la résurrection est abordé de façon raisonnée, avec l’intellect, aussi puissant ou brillant soit-il chez certains auteurs, il m’est difficile de savoir ce qu’est (sera) la résurrection. Elle échappe à toute description car en fait personne ne sait ce qu’elle sera, quelle sera la forme qu’elle prendra. Alors pourquoi en parler? On sait que le Christ a ressuscité et quand on est croyant, on le croit, tout qimplement. « Il vit et il crut ».
    Mais se pose toujours la question de la résurrection générale et de sa propre résurrection. Peut-être parce que nous nous sentons indignes d’un tel miracle, nous ne nous accordons pas le droit à cette joie que parce que nous oublions l’infinie miséricorde de Dieu, en fait, son amour sans limite.
    Je partage ce sentiment de perplexité et seuls les exemples concrets, vécus, extraits de la vie des saints me permettent non pas de comprendre ou de savoir ce que sera la résurrection mais d’y croire, tout simplement, c’est-à-dire sans me poser de question, comme un enfant, comme je crois en Dieu. Quand je lis les pages sur la transfiguration de Saint Séraphim de Sarov, je vous assure que je n’ai plus aucun doute sur l’existence de la résurrection. Quand je lis la foi qu’il avait, sa relation à Dieu, les apparitions qu’il a eues, tout doute, toute question s’évapore, les questions perdent tout leurs sens, tout sens. Il n’y a plus qu’à se laisser aller, à ouvrir son âme. Non, ce sont ces exemples qui ouvrent l’âme; en réalité, nous n’avons rien à faire. L’intellect n’est plus une barrière et on découvre notre âme avide de ce monde auquel elle appartient, on le sent physiquement. Cet exil est si perceptible, on le ressent charnellement; si l’on sent ainsi l’exil, c’est qu’il y a un lieu, un monde à qui appartient l’âme où elle reviendra après la mort de notre corps. Les apparitions sont là aussi pour nous laisser entrevoir ce que pourra être la résurrection des corps, le Christ est ressuscité et Il apparaît, la Vierge Marie est ressuscité aussi car Elle apparaît, comme Saint Jean, Saint Pierre qui apparaissent. Alors, laissons-nous porter par ces images sans même les comprendre. Comprendre est impossible, seul croire l’est car ceci ne dépend pas du domaine de la raison, mais du domaine de l’âme qui seule peut pénétrer le Mystère ou accepter qu’il reste Mystère sans s’en offusquer. L’âme est ce dont nous disposons pour approcher les réalités de la foi, l’intellect nous permet d’approcher les réalités de l’esprit. En quelque sorte, nous nous servons d’un moyen inadapté quand nous voulons aborder les Mystères de la foi avec l’esprit.
    Il est question d’Olivier Clément dans l’article. Olivier Clément était orthodoxe, et nos frères d’Orient ont gardé beaucoup plus vif en eux la foi en la résurrection. Peut-être parce qu’ils ont une approche bien moins intellectualisée que la nôtre. Chez eux âme, esprit et corps, les trois ordres sont présents, chez nous, il semblerait que ne dominent plus que l’esprit et le corps. Il faut regarder les mystiques pour bien sentir l’existence de l’âme séparée de celle l’esprit. Or, nous avons tenu les mystiques à l’écart pendant plusieurs siècles. Encore un effet de la raison.

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