J’existe ! (Maurice Zundel)

L’enfant qui arrive à faire cette découverte extraordinaire qui s’exprime en un mot : j’existe, pourrait ajouter aussitôt : mais je n’y suis pour rien. Le pronom personnel auquel il recourt, le « je » qui précède ici le verbe exister, n’est cautionné par aucune initiative qui lui  serait propre. Il ne tient rien de soi, en effet, il est entièrement préfabriqué et il ne subsiste que par la vertu des énergies fournies par l’univers qui le porte.

Selon le cours ordinaire des choses, il en restera là. Il continuera à dire je et moi sur un être qu’il subit et avec lequel il s’identifie par une complicité inconsciente, dont les racines sont affectives et passionnelles. Il deviendra homme au sens zoologique d’appartenance à l’espèce humaine, en s’attachant âprement à soi, comme font tous les vivants à quelque espèce qu’ils appartiennent. Sa complexité physique et psychique ne suffira pas à le faire émerger d’un monde instinctif et à lui assurer une situation transcendante.

Et cependant, si l’on tente de l’asservir, si l’on prétend le réduire à un rôle de pur instrument, s’il est soumis à un régime concentrationnaire, s’il est condamné à subir tous les raffinements d’un lavage de cerveau, il prendra conscience de sa dignité comme de son bien le plus précieux, à travers l’indignité même des traitements dont il est l’objet.

C’est par là que commencera à se faire jour en lui sa dimension proprement humaine et sa vocation d’en réaliser toute l’exigence.

Une dignité inviolable, c’est bien ce qui fonde les droits de l’homme. Mais cette dignité n’est pas donnée avec sa naissance charnelle : il s’agit pour lui de la conquérir dans un continuel dépassement de ses préfabrications. L’homme authentique est toujours en avant de lui-même, dans ce sens qu’il n’atteint réellement à soi qu’en actualisant les possibilités d’une grandeur qui doit être son œuvre.

Dans cette perspective on peut résumer la condition humaine dans cette formule, qui est pour moi la suprême évidence : je ne suis pas mais je puis être.

Zundel, Maurice. JE est un autre. Anne Sigier, 1986. p. 7-8

Une Réponse

  1. Bon, je me lance. Possible que dise de grosses bêtises. Je ne connais pas la pensée de Zundel, seulement des bribes de textes. Et celui-ci me paraît difficile à comprendre. Il faut en savoir plus sur sa pensée pour en pénétrer le sens.

    Je retiendrai la phrase finale : « Je ne suis pas, mais je peux être ». Zundel nous dit que c’est pour lui, la suprême évidence.

    Si je m’en tiens à cette phrase, je crois être fondamentalement d’accord. Mais pour lui, qu’est-ce que cela signifie, je ne sais pas.

    Pour moi, je crois que nous sommes des êtres en perpétuel devenir parce qu’en perpétuelle recherche. La stabilité n’existe pas. Nous naissons avec des possibilités qu’il nous faut concrétiser et avec des non-possibilités qu’il nous faudra combattre pour arriver à les réaliser comme possibilités. Et notre « je », un « je » qui n’était que potentialité va prendre corps, se muer en un « je » concret, au gré de nos choix. De « je ne suis pas » nous allons tout au long de notre vie vers « mais je peux être ».

    Une question (j’ai déjà annoncé que risquais de dire des bêtises…) me vient à l’esprit. Allez savoir pourquoi! Donc, me vient à l’esprit la question du baptême. Dans le baptême, nous devenons fils de Dieu. Est-ce que dès lors « je suis » ou j’en suis encore a stade du « je peux être »?
    Hé, hé! Si ‘je suis », la question ne se pose plus.
    Si « je ne suis pas, mais je peux être », alors la question se pose. Faut-il renaître en esprit comme le préconisent (délicatement dit) les évangéliques, faut-il considérer que nous devons choisir de faire grandir en nous l’Esprit ou plus même, « l’acquérir » comme nous l’indique Saint Séraphim de Sarov?

    La graine est là, mais on en fait ce que l’on peut, ce que l’on veut (?).
    Ben oui, libre arbitre. Donc, on en fait ce que l’on veut. Alors, on veut ou ne veut pas. Mais si son ‘je » n’est pas un « je », s’il n’est pas sujet, peut-il vouloir ou ne pas vouloir par sa volonté propre? Et si non, alors ….

    Du malheur de n’être pas philosophe…

    J’aime à penser qu’il nous faut acquérir l’Esprit Saint. C’est une formulation que je comprends.
    L’acheter sans argent mais avec des efforts assurément. Il n’est pas là question de savoir si « je suis », mais il est clair que ce que je peux être, je ne le suis pas encore, ne le serai peut-être jamais vraiment et qu’il faut que « je » choisisse la bonne voie jour après jour pour être dans la lumière.

    Une autre conclusion s’impose, lire Zundel…. bien sûr!

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