Homélie pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

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La semaine qui commence est une semaine de prière, de rencontres et de réflexions visant à permettre un rapprochement entre les différentes confessions chrétiennes. Parfois, je serais tenté d’appeler cette semaine la Semaine de prière pour l’unité des théologiens et des chefs d’Église, car l’on pourrait très bien dire que nous n’y sommes pour rien si les Églises sont divisées. C’est en haut lieu que ces questions se sont décidées, entre chefs d’Églises, entre les rois et les chefs de guerre. Les peuples n’ont fait que suivre.

Certains pourraient dire que nous ressemblons aux enfants du divorce qui, sans être responsables du divorce de leurs parents, se retrouvent à vivre avec l’un des deux, et qui aujourd’hui, prient afin qu’ils se rapprochent et se réconcilient.

Bien sûr, en rester à une telle vision serait certainement réducteur, car nous avons notre part de responsabilité face à l’avenir, et il faut bien reconnaître que les germes de divisions qui déchirent l’Église sont aussi en nous.

C’est pourquoi la semaine de prière pour l’unité des chrétiens n’est pas tout à fait une fête. On ne peut quand même pas célébrer une blessure, surtout lorsqu’elle atteint le corps du Christ, et qu’elle devient un scandale aux yeux de tous. Cette semaine n’a de sens que si elle est vécue en quelque sorte comme un mini-carême, un temps de pénitence, de prière et de réconciliation, une semaine où l’on prend le temps de se reconnaître divisés, et blessés par cette situation, car l’avenir de l’Église doit nous tenir à coeur.

C’est le bienheureux pape Paul VI qui disait : « L’on ne peut aimer le Christ si l’on n’aime pas l’Église ». Cette semaine de prière est une occasion idéale pour réfléchir non seulement à notre attitude à l’endroit des chrétiens des autres confessions, mais aussi à notre propre appartenance à l’Église.

Est-ce que par notre attitude les gens qui nous entourent sentent chez nous un amour réel de l’Église, un attachement à sa Tradition, un souci affectueux pour ses difficultés, une solidarité avec les défis auxquels elle doit faire face? Ou donnons-nous l’impression d’adolescents en guerre avec leurs parents  qui, à la moindre occasion, en profitent pour les critiquer?

Car je dois vous avouer que j’ai toujours souffert de voir des chrétiens et des chrétiennes dénigrer leur Église sous prétexte qu’ils ne sont pas d’accord, ou parce qu’elle ne prend pas les décisions qu’eux-mêmes prendraient s’ils étaient pape ou évêque. À partir du moment où on ne reconnaît plus ces derniers comme nos frères qui ont la charge de nous conduire, qui font leur possible et donnent habituellement le meilleur d’eux-mêmes, l’on s’engage déjà sur la pente de la division.

Mais ici il faut bien nuancer. Le droit de critique est essentiel. C’est un droit fondamental dans nos sociétés, et il faut bien reconnaître que les baptisés n’ont pas toujours le sentiment d’être entendus dans leur Église. Il y a certainement des progrès à faire sur ce point. Mais cela ne peut justifier le manque d’amour dans les critiques que l’on entend parfois, l’aigreur, sinon l’hostilité, qui laissent croire que ce ne sont pas là des sentiments animés par l’Esprit Saint, car ces attitudes sont trop humaines et relèvent davantage de frustrations que d’un esprit évangélique.

Qui de nous n’a pas été complice de telles attitudes à l’occasion? Rappelons-nous que l’Esprit de Dieu n’est pas un Esprit de rancune, de jalousie ou de haine, et que c’est dans de telles attitudes que commencent les schismes et les divisions qui déchirent le Corps du Christ.

Cette semaine vient nous rappeler l’importance d’aimer l’Église et son mystère, car on ne peut aimer l’Église uniquement dans ses institutions. Le grand corps de l’Église, ce sont avant tout ses membres, présents et passés, qu’il s’agisse d’un saint Paul, d’un saint François, d’une sainte Thérèse de Lisieux, de nos défunts, de vous et de moi. Nous sommes tous réunis dans une même communion, grâce à l’Esprit Saint, qui nous fait vivre de la vie du Christ.

Quand je dis qu’il nous faut aimer l’Église et son mystère, c’est de toute cette réalité que je veux parler. J’englobe à la fois le présent, le passé et l’avenir de l’Église. Je pense à tous ceux et celles qui ont mis leur foi en Dieu, depuis notre Père Abraham, jusqu’aux plus modestes témoins d’aujourd’hui, dont la vie et les actions sont marquées par l’évangile.

Le mystère de l’Église s’exprime tout autant chez les moines et les ermites que dans les familles chrétiennes, chez les veufs et les veuves, chez les célibataires, chez les couples qui célèbrent modestement leur foi ensemble à la maison. Ce mystère de l’Église s’exprime tout autant dans la vie des grands saints que dans la vie de tous ces hommes et ces femmes anonymes qui n’ont cessé de se mettre au service de leurs frères et de leurs soeurs en humanité, à cause de cette vie du ressuscité qui les appelle et les fait vivre.

Cette Église, elle est tout aussi présente dans les grandes cathédrales et les monastères du monde, que dans les soupes populaires de nos villes, que dans les taudis de Calcutta ou du Nunavut. Partout nous trouvons des chrétiens et des chrétiennes engagées au nom de leur foi en Jésus-Christ, et ce, indépendamment de leurs confessions chrétiennes.

C’est toute cette Église qu’il nous faut aimer et reconnaître, tout autant sur la place Saint-Pierre de Rome, qu’à la cathédrale de Québec, dans la plus petite des églises de nos villages, chez nos frères et nos soeurs dans la foi que nous appelons « séparés ». Chez eux, comme chez nous, il y a ce même mystère d’une présence qui est à l’oeuvre et qui nous appelle. Il y a cette même présence de Jésus Christ et de son Esprit, car il est fidèle à sa promesse de nous être présent, au fil du temps et des siècles, lui le cœur battant de cette grande maison que nous appelons l’Église, et qui en a fait sa demeure. « Venez et voyez nous dit-il. »

Frères et soeurs, demandons à Dieu, en cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, de nous aider à grandir dans notre attachement à l’Église, Peuple de Dieu, car comment prétendre aimer le Christ, si nous n’aimons pas l’Église? N’a-t-il pas donné sa vie pour elle?

Yves Bériault, o.p.

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