Homélie pour le 32e Dimanche T.O. (B)

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Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 12, 41-44)

En ce temps-là,
Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor,
et regardait comment la foule y mettait de l’argent.
Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.
Une pauvre veuve s’avança
et mit deux petites pièces de monnaie.
Jésus appela ses disciples et leur déclara :
« Amen, je vous le dis :
cette pauvre veuve a mis dans le Trésor
plus que tous les autres.
Car tous, ils ont pris sur leur superflu,
mais elle, elle a pris sur son indigence :
elle a mis tout ce qu’elle possédait,
tout ce qu’elle avait pour vivre. »

 

COMMENTAIRE

Le récit de la veuve et du don qu’elle fait au Temple de Jérusalem est l’un des mieux connus des Évangiles. L’on peut dire que cette femme a frappé l’imagination populaire. Spontanément, elle nous est sympathique. Non pas parce que tous s’identifient à elle. Sans doute pas la plupart d’entre nous. Mais sûrement les pauvres semblables à elle, qui se reconnaissent dans sa pauvreté et qui sont touchés par l’attention que Jésus lui porte. Quant aux autres, quant à la plupart d’entre nous, si elle nous est sympathique, c’est que l’on admire secrètement sa générosité, sans doute plus grande que la nôtre. Nous l’envions et, en même temps, son humilité nous empêche d’être jaloux. Car nous nous doutons bien comme il doit être grand ce don de la foi qui l’habite, et qui la rend suffisamment confiante pour donner avec une générosité que même Jésus remarque. Avec l’évangéliste on se réjouit du trésor qui habite cette femme et que Jésus a su si bien deviner, malgré la discrétion dont elle fait preuve. Il a su lire dans son cœur, il a su lire bien plus loin que sa gêne à se tenir dans un tel endroit, parmi les riches et les prêtres du Temple.

Car ce qu’elle offre au Temple, c’est non seulement un don pour le culte et pour les pauvres; ce que cette veuve offre c’est un cœur généreux qui met toute sa confiance en Dieu, une telle confiance qu’elle prend même sur son indigence, sur sa pauvreté. Jésus dira d’elle qu’elle a tout donné. L’évangile de ce dimanche nous invite à faire comme elle, et cela, il faut bien l’avouer, ça nous fait peur. Puis-je avoir confiance en Dieu à ce point dans ma vie? Voilà la question. Suis-je capable de cette générosité qui ne calcule pas et où je m’engage totalement? L’évangile de ce dimanche veut nous aider à faire un pas dans cette direction.

Tout d’abord, le contexte où se déroule cet évènement qui nous est rapporté, c’est le temple de Jérusalem, le lieu où l’on vient offrir des prières, des sacrifices, des dons en argent. Et ce Temple, Jésus, dans l’Évangile de Marc, le fréquente beaucoup, surtout après son entrée triomphale à Jérusalem, qui se situe avant le récit de ce dimanche dans l’évangile de Marc.
Déjà, il en a chassé les vendeurs et commerçants de toutes sortes. Et bientôt il annoncera qu’il ne restera pas pierre sur pierre de ce temple. Pourtant, c’est là le lieu où se déroule toute la vie religieuse d’Israël, c’est le temple du Dieu vivant. De grandes transformations sont encore à venir. Et Jésus lui est ainsi dans ce Temple, comme s’il en avait déjà pris possession. Il observe. Sans doute voit-il venir les évènements qui le conduiront à sa passion. Déjà, il porte en lui cette vérité qu’il annoncera bientôt, qu’il est lui le Temple nouveau, le Temple qu’on ne pourra plus détruire, le Temple où viendront de nouveaux adorateurs du Père et dont la veuve est déjà un signe, tandis que les scribes que Jésus voit à l’œuvre en sont un contresigne.

Les scribes qui s’affairent au Temple, sont des conseillers religieux bien en vue du peuple. Ils font partie de cette caste qui règlemente les manières de bien vivre la loi religieuse d’Israël, qui servent d’avocats dans les litiges religieux et l’application de la Loi. Ils conseillent, mais souvent à fort prix. Plusieurs d’entre eux exploitent ceux et celles qui les consultent en exigeant des sommes exorbitantes, ne se gênant pas même pour abuser des plus petits, des veuves, considérées comme faisant partie des plus pauvres, car elles sont seules, souvent abandonnées par leur famille, sans ressources. Le phénomène de ces abus est suffisamment important pour que Jésus le dénonce et entre en conflit ouvert avec ces scribes. C’est pourquoi ces derniers chercheront à éliminer ce gêneur, cet empêcheur de tourner en rond.

Alors l’évangile nous présente comme un tableau à deux panneaux où, sur celui de gauche nous avons les scribes que Jésus dénonce et, sur le panneau de droite, la veuve et son obole. Le récit parle de lui-même et il s’adresse à nous. Nous sommes à la fois les riches et les pauvres de ce récit. Aux riches que nous sommes parfois à cause de nos attitudes et nos manques de générosité, Jésus nous invite à découvrir combien cette façon d’agir nous appauvrie, combien elle nous tient loin du Royaume. Jésus condamne la dureté de cœur.

Il remet en question nos prétendues sécurités et richesses qui ne font que nous appauvrir si nous les possédons comme un avare ou comme un enfant égoïste. Car l’amour ne calcule pas, il ne mesure pas la dépense. Il donne tout ce qu’il a. Au point même de prendre sur son indigence, de donner quand ça coûte, de marcher deux kilomètres avec l’autre quand il nous demande de n’en faire qu’un.

L’évangile aujourd’hui interpelle le riche que nous sommes parfois. C’est Jésus qui vient nous aider à combattre nos égoïsmes. Mais cet évangile s’adresse aussi aux pauvres que nous sommes. Tellement dépassés parfois par les exigences de la vie, par les épreuves, par le manque de ressources soit financières, de talents, d’opportunités, que nous pouvons douter de nous-mêmes. Et c’est là une vraie pauvreté. Qu’est-ce je puis apporter au monde avec le peu que j’ai? Dans ma situation actuelle? Jésus nous donne en exemple la veuve et son obole. Il vient nous dire que si nous sommes inégaux en ressources, tous sont égaux dans leur capacité d’aimer, avec la grâce de Dieu. Tous nous sommes égaux dans notre capacité de nous donner totalement, sans compter. L’évangile est pour tout le monde, sans distinction. Tous nous sommes appelés à la sainteté.

Cette page d’évangile, qui est comme une parabole vivante, est vraiment une bonne nouvelle pour nous. Car elle nous enseigne que si nous engageons notre vie à l’école du don de soi et de la générosité, nous ferons alors partie de ces vrais adorateurs du Père. L’écrivain Georges Bernanos posait la question suivante : « Quel sont les riches, quels sont les pauvres dans la communion des saints? » Et la réponse, l’évangile nous la dévoile aujourd’hui : les vrais riches, selon le Royaume, sont ceux et celles qui accueillent l’invitation de Jésus à porter le souci du monde avec lui et à se donner sans compter. Ainsi nos actions, nos engagements, s’ils sont confiés à Dieu, deviennent alors porteurs de sa présence, une présence qui s’inscrit au cœur même de notre existence. Comme le dit un proverbe juif : « Dieu est partout où tu le laisses entrer ». N’ayons donc pas peur d’ouvrir la porte de notre cœur et de demander à Dieu de faire grandir en nous la générosité à laquelle il nous appelle aujourd’hui.

fr. Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

 

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