Homélie pour le 2e Dimanche de Pâques (B)

Si l’évangile de Jean occupe une place de premier plan dans la Semaine sainte et le temps pascal, c’est que saint Jean nous livre une méditation d’une profondeur incomparable sur le mystère du Christ. Son objectif est sans équivoque quand il écrit à la fin de son évangile que les signes dont il a témoigné « ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. » 

Pour que nous croyions et que nous ayons la vie ! Voilà le but que vise saint Jean, et c’est ainsi qu’il nous met en présence de trois personnages à la fin de son évangile, qui ont pour but de nous aider à comprendre à quelle profondeur notre acte de foi doit nous entraîner. Ces trois personnages sont : le disciple bien-aimé, dont l’identité n’est pas précisée, mais qui est un ami très cher de Jésus, Marie-Madeleine, et bien sûr l’Apôtre Thomas.

Commençons tout d’abord par Marie-Madeleine qui occupe une place privilégiée le matin de Pâque, et qui est tellement émouvante dans son amour pour le Seigneur. L’expression populaire ne fait-elle pas mémoire d’elle quand on dit d’une personne qu’elle pleure comme une Madeleine! Malgré son amour pour Jésus, ce dernier toutefois doit corriger ses attentes lorsqu’il lui apparaît, car elle semble vouloir le retenir, ne saisissant pas encore la nouvelle réalité dont vit Jésus. Elle ne peut plus le connaître comme auparavant, alors qu’elle marchait avec lui et les autres disciples. Le Ressuscité l’invite à un lâcher-prise afin de le connaître autrement. « Ne me retiens pas, lui dit-il, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va annoncer la bonne nouvelle, car vous me verrez en Galilée, tu me reverras en Galilée!»

Quant à l’apôtre Thomas, on ne peut douter de son attachement à Jésus. Ainsi, quand Jésus est appelé au chevet de son ami Lazare, voyage qui va impliquer un retour en Judée où sa vie est menacée, Thomas dira alors aux autres apôtres : « Allons nous aussi, et nous mourrons avec lui. » Aucun doute, Thomas aime beaucoup Jésus lui aussi, mais c’est aussi un homme des plus réaliste, et il ne peut accueillir le témoignage des autres apôtres à qui Jésus est apparu.Il a beau aimer Jésus, mais il ne faut quand même pas forcer la note ! Jésus vivant après sa mise à mort! D’où, sa vive réaction : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » 

Comme un défi lancé à ses amis, Thomas exige de voir Jésus dans toute sa réalité humaine. Mais ce qui est extraordinaire dans cette histoire, c’est que le Ressuscité va répondre aux attentes de Thomas, au point de le confondre dans son incroyance. Le Seigneur Jésus le prend au mot et l’accompagne dans son acte de foi, comme il le fait pour Marie-Madeleine. Il va acquiescer à la demande de Thomas de voir ses plaies, de le toucher, et cette rencontre va amener Thomas à la plus belle expression de foi de tous les évangiles : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Une transformation s’opère en lui.

Et c’est alors que Jésus va corriger Thomas pour lui révéler ce que c’est que d’être véritablement croyant : « Parce que tu m’as vu, tu crois, lui dit Jésus. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » En disant cela, le Ressuscité se tourne vers nous et nous regarde, «heureux ceux qui croient sans avoir vu», car cette invitation, cette béatitude, nous concerne en premier lieu, nous qui avons mis notre foi en lui sans le voir.

Pourtant, on peut comprendre les doutes de Thomas. Ses amis se cachent depuis trois jours suite à la crucifixion de Jésus. Ils sont terrorisés. Ne seraient-ils pas l’objet d’une hallucination collective quand ils disent avoir vu Jésus vivant? « Je veux des preuves », dit Thomas. N’est-ce pas là ce que nous objecte le monde qui ne peut accueillir cette bonne nouvelle de la résurrection ? Quelles preuves avons-nous à offrir? Un tombeau vide? Mais ne sommes-nous pas alors dans le registre d’une foi naïve et sans fondement. Sur quoi allons-nous donc fonder notre foi?

C’est pourquoi l’évangéliste Jean nous livre le témoignage du disciple bien-aimé, qui représente le vrai disciple du Christ, celui qui croit sans avoir vu! Entre Marie-Madeleine, qui cherche à retenir Jésus dans sa réalité humaine le matin de Pâques, et l’Apôtre Thomas qui a besoin lui d’une certitude tangible pour croire, saint Jean nous laisse le témoignage de celui qui court avec l’Apôtre Pierre le matin de Pâque. Se tenant devant le tombeau vide, l’évangéliste a cette formule laconique au sujet du disciple bien-aimé : « il vit et il crut. »Mais que veut nous dire l’évangéliste quand il nous dit que le disciple bien-aimé a vu et a cru, alors qu’il se tient devant un tombeau vide? L’expérience qu’il nous rapporte au sujet du disciple bien-aimé va bien au-delà de la foi en un absent. Ce qu’il veut nous dire, et c’est là ma conviction, c’est que le cœur de la foi chrétienne est avant tout la reconnaissance d’une présence intérieure à nos vies, d’un appel au plus profond de nous-mêmes, une présence d’amour devant laquelle la foi se prosterne et adore. «Il vit et il crut!»

En fait, c’est l’amour qui fait croire le disciple bien-aimé ! Comme s’il se disait en regardant à l’intérieur du tombeau vide : « Je le savais ! » Cette brise légère au cœur de notre vie de foi, cet amour qui nous dépasse, c’est la rencontre du regard aimant du Ressuscité, qui nous fait entendre son appel au plus profond de nous-mêmes, et qui nous confirme en quelque sorte le témoignage des premiers témoins du Christ ressuscité.

Lorsque Thomas fait la rencontre du Seigneur, il ne s’est pas encore arrêté à cette présence nouvelle au cœur de sa vie, trop occupé à chercher des preuves en dehors de lui-même. Mais Jésus ne l’abandonne pas, bien au contraire. Il l’accompagne dans son doute, tout comme il aide Marie-Madeleine à purifier son désir afin de mieux s’attacher à lui, tout comme il nous prend par la main, chacun et chacune de nous.

Et voilà que Thomas, ce matin, nous livre l’expression la plus achevée de qui est Jésus, «mon Seigneur et mon Dieu», et que Marie-Madeleine devient la première à annoncer la résurrection du Christ aux premières lueurs de Pâque. C’est cette bonne nouvelle qui est parvenue jusqu’à nous au fil des siècles et qui nous fait vivre à notre tour !

fr. Yves Bériault, o.p.

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