Le mystère « Église »

Pour vivre en chrétien, il ne suffit pas de croire en Dieu, ni de croire que Jésus est le Fils de Dieu. Bien sûr, c’est déjà extraordinaire, mais la foi nous entraîne encore plus loin, sur des terrains encore plus exigeants où la foi se vit dans la rencontre des autres. C’est comme l’amour. Pour vivre l’amour, il ne suffit pas d’y tomber, « de tomber en amour », mais il faut savoir y rester! C’est pourquoi l’expérience de la foi s’enracine dans le temps, dans la durée, dans la persévérance avec les autres.

La foi chrétienne nous engage dans une longue suite de témoins, dans une communion qui traverse le temps et qui nous unit dans ce qu’on appelle l’Église, qui est l’assemblée des croyants en Jésus-Christ. Et cet aspect de la foi n’est pas facile à vivre, car souvent l’Église donne l’image d’une sorte de vaisseau amiral lourd et malhabile, avec son cortège de dogmes, de traditions, de structures d’autorité, de morale…

Au début de ma démarche de foi, je puis dire que j’ai livré un combat avec l’Église, un combat qui refait surface à l’occasion, car elle me séduisait en même temps qu’elle me faisait peur. J’étais fasciné par son histoire, par ses récits héroïques d’hommes et de femmes donnant des témoignages de vie et d’engagements des plus impressionnants. Ces témoins m’ont profondément marqué, et avec eux j’ai mieux compris la grandeur de cette vie en Église. J’étais émerveillé aussi, et je le suis toujours, par l’universalité de l’Église.

C’était toujours une fête pour moi que de rencontrer des chrétiens et des chrétiennes venus d’ailleurs, de d’autres continents, et portant en eux-mêmes cette même joie de croire au Christ que moi. Je trouvais là une confirmation que la vie spirituelle dépasse les questions de langues, de cultures, de races et de frontières. Dieu se donne à tous, de la même manière que le soleil brille pour tout le monde où que l’on soit sur la planète. Par ailleurs, dans mon expérience de l’Église, j’ai été surpris, parfois déçu, par son côté plus souvent humain que spirituel. J’ai connu à la fois des pasteurs et des évêques admirables, d’une simplicité et d’une sainteté désarmantes.

J’ai connu et je connais des chrétiens et des chrétiennes dont j’envie le don de soi et la générosité à toute épreuve. Et tout comme vous, j’ai été blessé, scandalisé parfois par les mesquineries qui peuvent exister entre chrétiens, par des comportements qui ne sont pas dignes de l’Évangile. Souvent, ceux et celles qu’il faut bien appeler nos frères et soeurs dans la foi, d’ici ou d’ailleurs, nous font souffrir. Comme vous, les scandales qui parfois ébranlent l’Église me blessent.

Je n’aime pas que l’on défigure le Christ, que des hommes et encore moins des gens qui se disent chrétiens, exploitent les pauvres et les opprimés; que des dictatures se revêtent de la bénédiction d’autorités ecclésiales dans certains pays; que des chrétiens prônent le racisme, la purification ethnique, qu’ils mènent des guerres de conquête… Et ce n’est que la pointe de l’iceberg des forces du mal avec lesquelles sans cesse l’Église est aux prises dans son combat pour faire triompher l’amour de Dieu.

Elle ne gagne pas toujours puisque ce sont des hommes comme vous et moi qui la composent. Bien sûr, il serait tentant de vouloir séparer le bon grain de l’ivraie, faire de l’Église un refuge de purs, mais le Christ lui-même y a renoncé… C’est pourquoi en dépit de ses forces et de ses faiblesses, mon expérience de foi m’a amené à aimer l’Église, à voir au-delà des apparences. Car j’aime cette communion des disciples du Christ qui, avec leurs forces et leurs pauvretés, veulent vivre de la bonne nouvelle de Jésus Christ.

C’est Paul VI qui disait que celui qui n’aime pas l’Église n’aime pas le Christ, car le Christ s’est livré pour elle. Il a voulu qu’elle soit, avec Lui, donnée pour le monde, qu’elle soit la servante du monde, elle qui est bien plus que la somme de nos forces, de nos talents et de nos faiblesses.

La difficulté de croire

Marc Donzé, le biographe de Maurice Zundel, un prêtre suisse, grand spirituel du XXe siècle, disait ceci à son sujet : « Il voudrait pouvoir parler de Dieu, à pas de silence et de respect, au coeur de ce qui importe le plus à l’homme. Il voudrait pouvoir dire sans violence, mais en prenant chaque homme par la main, que Dieu est l’accomplissement de l’homme. » (Donzé, Marc. La pauvreté comme don de soi. Cerf/Saint-Augustin,1997. pp. 36-37).

La foi ne s’impose pas, elle ne se démontre pas. Elle échappe aux raisonnements logiques qui en donnerait une preuve définitive. La foi, on ne peut ni la donner, ni la prêter, ni la transmettre comme un bien qui nous appartiendrait. On peut tout au plus en parler, en témoigner et surtout en vivre. En vivre, ce sera de l’insérer au plus intime de nos journées, de nos faits et de nos gestes. Y puiser force et courage, goûter à cette joie secrète de celui qui accueille en sa vie la présence de Dieu. Pour nous chrétiens et chrétiennes, c’est cela vivre notre en Jésus-Christ.

Quand je suis appelé à parler de la foi, je ne puis m’empêcher d’en parler comme si je m’adressais à des curieux de la foi, à des distants, à des personnes qui ignorent même tout de la personne du Christ. Car le danger nous guette toujours, nous les croyants, de surestimer le chemin parcouru depuis que nous avons commencé à croire. L’homme aime bien domestiquer son existence, l’enfermer dans un monde de sécurité et d’habitudes. Et parfois il agit ainsi avec Dieu. Il en fait son bien, sa chose, au point de ne plus vraiment avoir besoin de lui. Dieu devient une commodité que l’on range dans le grenier de nos surplus.

D’autre part, même si nous pensons accorder une juste place à Dieu dans nos vies, je suis convaincu qu’il nous faut toujours entendre parler de la foi avec la ferveur des amoureux lorsqu’ils entendent parler de l’amour. Car parler de la foi en Dieu c’est toucher à la fibre la plus intime et la plus personnelle de notre existence, au-delà de toutes nos amitiés, de tous nos amours. Comme le dit Maurice Zundel : « Dieu est l’accomplissement de l’homme » et l’enjeu qui se cache derrière l’expérience de la foi est celui de la réalisation même de mon être en tant que personne. Nous sommes donc loin ici de définitions abstraites, de doctrines, de choses à retenir. Quand nous abordons en Église la question de la foi, nous parlons avant tout de notre bonheur.

Quand on aborde la question de la foi nous sommes souvent renvoyés par les non-croyants aux nombreux scandales qui entoure les religions, toutes espèces confondues. Au nom de la religion des hommes et des femmes exploitent, dominent, excluent et tuent leurs semblables. La religion est vécu par certains comme un pouvoir, une vérité qu’il faut imposer aux autres ou encore au nom de laquelle il faut exclure les autres, quitte à les exterminer. Toutes les religions ont connu ces excès et encore aujourd’hui nous sommes témoins d’actes intolérances commis au nom de la différence religieuse. Certains voient là la preuve que les religions ne servent à rien et par le fait même ils trouvent là la justification leur permettant de disqualifier tout discours sur Dieu.

Par ailleurs, si l’on veut aborder sérieusement la question de l’intolérance, de l’exclusion ou de l’anéantissement pur et simple de l’autre, il faut être honnête et se rappeler que le XXe siècle, entre tous les siècles, a connu les pires des guerres, utilisant des armes de destructions massives; il faut aussi se rappeler que le XXe siècle a connu les pires mouvements d’exclusion et d’extermination sous divers régimes athées : le communisme en Union Soviétique et en Chine, le nazisme en Allemagne, les Khmers Rouge dans le Kamputchéa de Pol Pot (Cambodge), les massacres raciaux il y a seize ans au Rwanda… Dans aucun de ces cas la religion n’a joué un rôle. « L’homme est un loup pour l’homme », dit le dicton, et son instinct de violence et de domination s’affirme partout là où il exerce son emprise, même au nom de la religion. Les grandes religions, en dépit de leurs messages de paix et de concorde, peuvent aussi tomber entre les mains de mercenaires, et alors l’on confond le message et le messager.

Mais est-ce là une raison pour évacuer Dieu de notre horizon? Alors il faudrait non seulement cesser de croire mais aussi cesser d’aimer, car il y a tellement de crimes commis au nom de l’amour qu’il faudrait tenir tout attachement à un autre comme suspect, sinon dangereux. Ne pourrait-on pas trouver dans toutes ces violences quotidiennes que traversent de nombreux couples et familles la justification au bannissement de l’amour dans nos sociétés. Ainsi on pourrait lire sur des panneaux : « Interdiction d’aimer car l’amour ne conduit qu’à la violence ». « L’amour opium du peuple! » N’est-ce pas là le raisonnement que font ceux et celles qui mettent Dieu en-dehors de leur vie à cause des excès commis au nom de la religion.

Plus fondamentalement, la raison pour laquelle Dieu est ignoré par tant de personnes ne réside pas dans une explication unique mais, en même temps, elles se rejoignent toutes. Ainsi certains ressemblent aux Athéniens dont parle l’Apôtre Paul, et qui n’ont jamais vraiment entendu parler de lui. D’autres n’en ressentent tout simplement pas le besoin. Ils semblent satisfaits de n’avoir aucune explication au sens de la vie. Tandis que d’autres encore refusent de croire parce que l’idée d’un Dieu créateur leur semble absurde. Ils ont l’impression que croire en Dieu veut dire perdre son autonomie, sa liberté. Ils se font des représentations assez fragmentaires de la foi, pour ne pas dire caricaturales, d’où leur refus de croire. Mais dans tous ces cas Dieu est méconnu. Comme le disait sainte Marguerite : « L’amour n’est pas aimé. » La source même de nos vies est ignorée. Mais le mystère est tellement immense, tellement incroyable que l’on peut comprendre qu’il soit si difficile de croire.

Dieu et le barbier

Un homme entra dans un salon pour se faire couper les cheveux et tailler la barbe. Avec le barbier, il discuta de sujets nombreux et variés. Soudain, ils abordèrent celui de Dieu. Le barbier dit : « Écoute, je ne crois pas que Dieu existe, comme tu le dis. – Pourquoi donc? continua le client.
– C’est évident. Tu n’as qu’à sortir dans la rue pour comprendre. Dis-moi, si Dieu existait, y aurait-il tant de gens malades? Y aurait-il tant d’enfants abandonnés? Si Dieu existait vraiment, il n’y aurait ni souffrance ni peine. Comment Dieu pourrait-il permettre tout ça?  »

Le client réfléchit et ne répondit rien. Lorsque le barbier termina son travail, le client sortit. Aussitôt, sur la rue, il vit un homme aux cheveux longs et à la barbe négligée. Le client retourna alors au salon et dit au barbier :  » Tu sais quoi? Les barbiers n’existent pas.

– Comment ça, les barbiers n’existent pas? demanda le barbier, amusé. Ne suis-je pas ici et ne suis-je pas un barbier moi-même?
– Non! s’écria le client. Ils n’existent pas parce que s’ils existaient, il n’y aurait pas des gens avec des cheveux longs et une barbe négligée, comme cet homme qui marche dans la rue.
– Les barbiers existent. Mais ce qui arrive, c’est que les gens ne viennent pas à moi.
– Exactement! affirma le client. Dieu existe. Mais comme les gens ne vont pas vers LUI, il y a dans le monde beaucoup de souffrances et de peines.

Le parfum de Dieu

« Une fois, il y a de cela bien des années, le chevrotin porte-musc des montagnes est hanté par un souffle de parfum musqué. Il s’élance de jungle en jungle, àl poursuite du musc. Le pauvre animal renonce à la nourriture, à la boisson, au sommeil. Il ne sait pas d’où vient l’appel du musc, mais il est contraint de le poursuivre à travers ravins, forêts et collines jusqu’à ce qu’enfin, affamé, harassé, épuisé et marchant au hasard, il glisse de la cime de quelque roche et tombe mortellement brisé, corps et âme. Son dernier acte avant de mourir est d’avoir pitié de lui-même et de lécher la poitrine… Et voici que sa poche à musc s’est déchirée en tombant sur le rocher et répand son parfum. Il halète profondément, essaye de respirer le parfum, mais il est trop tard. Oh! mon fils bien-aimé, ne cherche pas au-dehors le parfum de Dieu, pour périr dans la jungle de la vie, mais cherche ton âme, et vois, il sera là » (Henri, Caffarel, Lettres sur la prière, Paris, Éditions Feu Nouveau, 1961, p.82).Ce texte pourrait servir de commentaire à l’évangile d’aujourd’hui où l’on voit Marie, la soeur de Lazare, verser un précieux parfum sur les pieds de Jésus et les essuyer avec ses cheveux. Comment ne pas évoquer l’exhortation de saint Paul aux Corinthiens : « Soyez la bonne odeur du Christ » (2Co 2,15)

On pense ne pas savoir prier

«  On pense ne pas savoir prier. C’est dans le fond sans importance, car Dieu entend nos soupirs, connaît nos silences. Le silence est le tout de la prière et Dieu nous parle dans un souffle de silence, il nous atteint dans cette part de solitude intérieure qu’aucun être humain ne peut combler. »

Frère Roger Schutz (Taizé)

 

 

Avance ton doigt ici, et vois mes mains (Jn 20, 27)

Il a touché l’homme, il a reconnu Dieu.Mais, en approchant sa main, Thomas peut pleinement compléter sa foi. Quelle est, en effet, la plénitude de la foi ? De ne pas croire que le Christ est seulement homme, de ne pas croire non plus que le Christ est seulement Dieu, mais de croire qu’il est homme et Dieu. ï Telle est la plénitude de la foi. Ainsi le disciple auquel son Sauveur donnait à toucher les membres de son corps et ses cicatrices s’écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu. » Tu as déclaré : si je ne touche pas, si je ne mets pas mon doigt, je ne croirai pas. Viens, touche, mets ton doigt et ne sois plus incrédule, mais fidèle. Je connaissais tes blessures, j’ai gardé pour toi ma cicatrice.Thomas n’était-il pas un des disciples, un homme de la foule pour ainsi dire ? Ses frères lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur. »

Et lui : « Si je ne touche pas, si je ne mets pas mon doigt dans son côté, je ne croirai pas. »

Les évangélistes t’apportent la nouvelle, et toi tu ne crois pas ? Le monde a cru et le disciple n’a pas cru ?
Leurs paroles se sont répandues, elles sont parvenues jusqu’aux confins du monde et le monde entier a cru… et lui ne croit pas. Il n’était pas encore devenu ce Jour qu’a fait le Seigneur. Qu’il vienne donc, lui qui est le point du Jour, qu’il vienne et qu’il dise avec patience, avec douceur, sans colère, lui qui guérit : Viens, viens, touche ceci et crois.

Saint Augustin

Samedi Saint

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L’antique homélie sur le Samedi Saint que l’on lit dans l’Office des lectures résume bien la portée de cet intervalle que constitue le Samedi Saint : « Qu’est-ce qui s’est produit? Aujourd’hui sur la terre règne un grand silence, un grand silence et la solitude. Un grand silence, car le Roi dort… » [1].

Comment ne pas évoquer ici le psaume 131 où la figure du psalmiste devient celle de Jésus dans sa parfaite obéissance au Père:

“Seigneur je n’ai pas le coeur fier…
Non, mais je tiens mon âme
égale et silencieuse;
mon âme est en moi comme un enfant,
l’enfant sevré contre sa mère.”

[1] Antica omelia sul Sabato santo (PG 43, 439 s.)

[2] La peinture est un détail d’une toile du peintre Arcabas intitulée : Grand Balthasar décédé se veillant lui-même

Le Verbe

Le Verbe… »Il a la tête inclinée pour te saluer, la couronne sur la tête pour t’orner, les bras étendus pour t’embrasser, les pieds cloués pour rester avec toi. » (Sainte Catherine de Sienne. Le Dialogue. CXXVIII)

Dimanche des Rameaux

Le nom exact de ce dimanche précédant Pâques et qui ouvre donc la semaine sainte est Dimanche des Rameaux et de la Passion. On y lit en effet l’Évangile de l’entré de Jésus à Jérusalem (avec les foules qui agitent des branchages pour l’acclamer) et le long récit de la Passion. Les rameaux et la Passion… un couple indissociable! Les rameaux sans la Passion, ce serait risquer de tomber dans la superstition en attribuant des pouvoirs quasi magiques à de simples feuillages. Ce serait surtout se méprendre sur la royauté de Jésus: Jésus n’est vraiment roi que sur la croix… lorsqu’il est dépouillé de tout et, par amour, fait le don suprême de sa vie. Mais la Passion sans les rameaux, ce n’est guère mieux! Ce serait en effet se complaire de manière malsaine dans la douleur. Ce ne sont pas les souffrances du Christ qui nous sauvent, mais c’est l’amour qu’elles révèlent qui nous sauve. La croix du Christ n’est notre fierté que parce qu’il est vraiment le Seigneur Ressuscité. Son chemin, même difficile, est bonne nouvelle parce qu’il ne s’est pas arrêté au Golgotha.(Hilaire LECOUDIC. Port Saint-Nicolas)

L’impuissance de Dieu

« Le Dieu qui est avec nous est celui qui nous abandonne (Mc 15, 34) ! Le Dieu qui nous laisse vivre dans le monde, sans l’hypothèse de travail Dieu, est celui devant qui nous nous tenons constamment. Devant Dieu et avec Dieu, nous vivons sans Dieu. Dieu se laisse déloger du monde et clouer sur la croix. Dieu est impuissant et faible dans le monde, et ainsi seulement il est avec nous et nous aide […] Voilà la différence décisive d’avec toutes les autres religions. La religiosité de l’homme le renvoie dans sa misère à la puissance de Dieu dans le monde, Dieu est le deus ex machina. La Bible le renvoie à la souffrance et à la faiblesse de Dieu; … L’évolution du monde vers l’âge adulte dont nous avons parlé, faisant table rase d’une fausse image de Dieu, libère le regard de l’homme pour le diriger vers le Dieu de la Bible qui accomplit sa puissance et sa place dans le monde par son impuissance. »

(Dietrich Bonhoeffer. Résistance et soumission, Lettres et notes de captivité. Lettre du 16 juillet 1944, Genève 1967, p. 162-163.)

La conversion

Quand l’Esprit fait un don, il l’enracine. Il nous fait passer dans le feu de son attraction puissante, en nous laissant pressentir, mais le mot est sûrement trop fort, la Lumière souveraine de la Trinité. Comme le pensait Joubert : « La lumière et le feu seront notre éternel partage : la lumière de Dieu, le feu de son amour ». Nous sommes tous destinés à la lumière et au feu. Appelés à devenir des êtres de lumière et de feu. En somme, la conversion nous fait changer de champ de gravitation. Conversio veut bien dire « action de se tourner». Prendre une autre direction. Être déraciné pour mieux être ré enraciné. Décoller d’un passé sans présence, des pièges du sommeil. Soumettre son âme aux repeints patients, dirait un peintre. Entrer dans l’attraction puissante de l’Astre unique… On a dit que la conversion religieuse est « une chute dans l’autre monde de l’amour». Ce n’est plus l’heure de tergiverser, c’est l’heure d’une réponse, d’un fiat profond, d’un début d’exode, d’un abandon, d’un don total : « Que Ta volonté soit faite! » C’est ce que Thérèse de Lisieux avait ressenti au moment de sa propre conversion. Elle avait retrouvé sa force et s’était donnée entièrement à Jésus Christ.

Il n’est plus question dès lors du danger de la conversion, mais du risque terrible de ne pas l’accepter, de ne pas correspondre au don de Dieu, c’est-à-dire au don de Celui qui par essence pardonne et se donne. « Si tu savais le don de Dieu » ». Fin du texte

Ouellette, Fernand. Le danger du divin. Fides, 2002. pp. 119-120

S’ouvrir au mystère

« Et si la perfection de l’oeil n’est pas dans sa propre géométrie,
mais dans la lumière qu’il voit et chaque objet qu’il montre.

Et la perfection de la main non pas dans ses doigts,
mais dans l’ouvrage qu’elle génère.

Pourquoi aussi la perfection de notre être
et de notre noyau substantiel
serait-elle toujours associée à l’opacité et à la résistance,
Et non pas l’adoration
et le désir et la préférence d’autre chose

et de livrer sa lie pour l’or
et de céder son temps pour l’éternité
et de se présenter à la transparence
et de se fendre enfin
et de s’ouvrir enfin
dans un état de dissolution ineffable? »

(Claudel, Paul. Le soulier de satin. Troisième journée. p. 331 . Édition Folio.)

Le bon saint Joseph

Devant saint Joseph, l’époux de la Vierge Marie, père adoptif de Jésus, je me sens muet comme le boeuf de l’étable. Il est tout caché cet homme dans les replis du mystère entourant l’enfant de la crèche. Et pourtant il a vécu une intimité telle avec l’Enfant-Dieu, qu’elle surpasse sûrement tout ce qu’on peut en imaginer. Je me fais l’image d’un Joseph viril et contemplatif. Fort et doux. Tendre et responsable.En cette fête de saint Joseph, je vous partage un extrait d’un sermon de Bossuet, texte envoyé par Béatrice Cantoni qui a aussi écrit un fort beau texte sur Joseph :

« Les apôtres sont des lumières pour faire voir Jésus-Christ au monde ; Joseph est un voile pour le couvrir : et sous ce voile mystérieux on nous cache la virginité de Marie et la grandeur du Sauveur des âmes. Aussi nous lisons dans les Écritures que lorsqu’on le voulait mépriser : « N’est-ce pas là, disait-on, le fils de Joseph ? » Si bien que Jésus entre les mains des apôtres, c’est une parole qu’il faut prêcher : « Loquimini omnia verba viae hujus », prêchez la parole de cet Évangile ; et Jésus entre les mains de Joseph, c’est une parole cachée : « Verbum absconditum » et il n’est pas permis de la découvrir (…) Joseph, au contraire, en entendant parler des merveilles de Jésus-Christ, il écoute, il admire et se tait. » (Bossuet, sermon du 19 mars 1661)

Vie chrétienne et pauvreté évangélique

Une amie s’interroge quant à la manière de vivre la pauvreté évangélique lorsque l’on est marié. Voici ce que j’ai partagé avec elle.

Je pense bien que celui ou celle qui veut être disciple du Christ n’en fini jamais de creuser cet appel qui l’habite, comme une soif qu’il ne parvient jamais à étancher. Pourtant, le Seigneur nous a promis une eau vive qui enlèverait à tout jamais la soif. Et c’est bien cela que le baptême nous procure, quand cette grâce est accueillie dans une foi engagée et un amour du Seigneur. La soif pour les choses terrestres s’amenuise peu à peu, au point de disparaître, quand on se met à la suite du Seigneur. C’est notre péché personnel, nos duretés, qui laissent parfois de ces espaces en nous qui lorgnent encore du côté des soi-disant « biens », des choses qui ne rassasient pas vraiment.

Pour moi, la pauvreté s’insère ici et elle est un signe de l’Évangile à l’oeuvre dans nos vies. La suite de Jésus nous dépouille peu à peu et il existe dans l’Église certains appels à un dépouillement radical afin d’être entièrement disponible aux autres et à la mission. Afin de témoigner ainsi, par l’action de la grâce en nous, et non par volontarisme, que nous sommes vraiment saisi par cet amour pour le Christ qui nous fait dire: « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant; tu as les Paroles de la vie éternelle; vers qui d’autre irions-nous? »

Cet appel à la pauvreté est un appel au coeur de la vie de tout baptisé, soit sous forme de voeu ou tout simplement dans le quotidien d’une vie chrétienne engagée. Cette pauvreté est le fait même de notre baptême qui nous configure à Jésus, qui nous fait lui ressembler au point de vouloir, je dirais au point de désirer, partager sa faiblesse humaine, son dénuement, par amour pour lui et à cause de son amour pour nos frères et soeurs qu’il nous fait découvrir comme étant nos proches, comme étant d’autres nous-mêmes. Lui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous. Il s’est abaissé jusqu’à nous au point de mourir sur la croix : par amour! C’est ce même amour désormais, par la grâce de notre baptême, qui habite en nous et qui étreint notre coeur endurci, ce coeur que le Seigneur vient guérir.

Pour des laïcs mariés avec des enfants, l’évangile a aussi les mêmes exigences.

Naturellement la première responsabilité des parents est à l’égard de leurs enfants. La pauvreté évangélique évoque une simplicité de vie et nous ouvre au partage. Mais elle nous fait aussi porter un regard autre sur les biens terrestre, sur toutes ces choses qui ne doivent pas nous dominer, nous posséder, mais qui sont là à notre service, mais que nous n’avons pas toujours à utiliser.

Je repense à Nice, où je suis allé il y a quelques années. Un matin, très tôt avant le levé du soleil, je suis allé me promener sur la Promenade des Anglais et je me suis rendu jusqu’au port voir les bateaux. Il y avait des yachts privés, énormes, deux trois étages, avec des équipages, des ponts d’atterrissage pour les hélicoptères privés. Tout cela suintait une telle richesse exagérée que cela me dégoûtait. Je n’enviais pas ces gens, ces millionnaires, milliardaires, utilisant pour eux seuls des biens d’un tel luxe alors que tant de gens n’ont rien. C’est saint Bernard de Clairvaux qui dit : «La nourriture des riches est cuisinée dans la sueur des pauvres».

Je pense que la vie chrétienne nous rend plus sensible à cet écart entre riches et pauvres. La pauvreté évangélique ne cherche pas à faire de la pauvreté une vertu en soi, sinon, pourquoi donner aux pauvres? Afin de les rendre plus riches? Si la pauvreté est une vertu, laissons les pauvres croupir dans leur pauvreté alors. Ainsi ils seront plus proches de l’Évangile! La pauvreté est un mal contre lequel il faut lutter, car tous ont droit à des conditions de vie qui leur permettent de vivre dignement et qui répondent à leurs besoins corporels, intellectuels et sociaux.

Mais la pauvreté évangélique, c’est accepter, à cause du Christ, c’est comprendre, grâce à l’action de l’Esprit Saint en nous, combien les biens terrestres ne sont pas une fin en soi, mais qu’ils sont au service de la vie, au coeur de laquelle nous sommes appelés à reconnaître la présence de notre Dieu Père et Créateur. Les biens terrestres ne sont qu’un moyen et plus on approche de Dieu plus on en arrive à un détachement des biens terrestres. La pauvreté évangélique c’est alors d’user de ces biens comme n’en usant pas. Ne devenant pas tout triste et malheureux parce que ce que j’avais un jour, je ne l’ai plus le lendemain.

La pauvreté évangélique n’est possible que lorsque l’on donne toute la place au Christ ressuscité au coeur de nos vies. S’il en occupe le coeur, tout le reste ne peut alors qu’être ordonné en fonction de ma relation avec lui. Les parents chrétiens vont témoigner à leurs enfants que finalement, dans leur vie, il y a des valeurs fondamentales qui déterminent leur rapport aux choses et au monde, qui les empêchent de vouloir céder à la vanité, à l’orgueil de posséder ou de paraître. À chacun maintenant de déterminer ce que ceci peut vouloir dire dans sa vie familiale chrétienne. Je crois que le fondamental ici c’est l’accord du couple dans la manière de vivre ces valeurs.

Le couple va souvent ressembler à la communauté religieuse où, tous, ne voient pas la pauvreté de la même manière, mais où, ensemble, on essaie de s’entendre au moins sur un minimum. Dans le couple c’est encore plus délicat. C’est pourquoi, le premier fondement à la pauvreté évangélique est dans le coeur, dans un attachement toujours plus recherché au Christ, car lui seul, peut faire de nous des pauvres selon l’esprit des béatitudes: « bienheureux les pauvres, le Royaume des Cieux est à eux. »

« Vous avez dit résurrection ?… »

Voici un article de circonstance, en date du 23 mars 2008, tiré du Journal La Croix.

Cœur du mystère de la foi chrétienne, la résurrection déroute les non-croyants, mais aussi les croyants. Enquête sur une notion qui soulève la perplexité

C’est la pierre d’angle de la foi chrétienne, un mot déroutant et dérangeant, un concept difficile à escalader, impossible à dominer… La résurrection, Élisabeth Molla, 37 ans, préfère en parler par images.

« Avec le mot résurrection, ce qui me vient spontanément à l’esprit, c’est la pierre du tombeau qui roule, qui a été roulée, et du soleil à côté. C’est la vie qui éclate. » Pour cette chrétienne, la conviction que « notre vie ne s’arrête pas avec notre mort terrestre » cohabite avec nombre de questions. « Ce n’est pas tant croire à la résurrection du Christ qui est difficile, c’est croire à la résurrection dans ma propre vie », précise-t-elle.

Martine Delvallez, 53 ans, ressent les mêmes difficultés. « En disant le Credo, je ressens parfois un malaise, confie-t-elle. Je dis que je crois à la résurrection des morts mais je pense : “Oui, mais pas pour moi.” » Revenue à la foi après des années d’éloignement, elle évoque volontiers ses difficultés devant les représentations de l’Ancien Testament, les images de l’Apocalypse, le langage de la culture sémite sur le corps et l’esprit qui « ne font pas partie de (sa) façon de penser ».

« Au fond, je reste dans un état de confusion. Si je crois à la résurrection du Christ, la résurrection des morts – et plus encore la mienne – demeure confuse ! » Sa fille Virginie, 34 ans, a de son côté trouvé une manière d’habiter sa propre perplexité : «Quand je dis le Credo, je ne prononce pas la phrase concernant la résurrection de la chair… Pour moi, cela relève complètement de l’imaginaire. Cela fait trop obstacle à mon cheminement. »

Perplexité partagée autour de la résurrection

Cette perplexité autour de la résurrection, il est peu de dire qu’elle est partagée. Selon un sondage CSA-Le Monde des religions réalisé en 2006 auprès de personnes se déclarant catholiques, seulement 10 % des personnes interrogées disent y croire.

Quant à la croyance des Européens en une vie après la mort – seul item utilisé par les « enquêtes européennes sur les valeurs» –, elle demeure stable (autour de 45 %) sur les trente dernières années, mais dissimule, de l’avis des sociologues, un grand flou.

« La croyance en une vie après la mort peut être tenue aussi bien par des croyants traditionnels que par des croyants “recomposés”, bricolés, “à la carte”, dont le système de croyance est plutôt sur le mode du probable que de l’affirmation nette », note le sociologue grenoblois Pierre Bréchon.

De nouvelles difficultés se sont accumulées

Comment expliquer les difficultés à croire en la résurrection ? «La foi en la résurrection n’a jamais été une chose évidente. Jésus lui-même avait mesuré à quel point son auditoire aurait du mal à comprendre », indique le P. Michel Deneken (1).

Avec la modernité, ce théologien strasbourgeois souligne cependant que des difficultés nouvelles se sont accumulées : difficulté à croire en un Dieu créateur, à son intervention possible dans l’histoire – « Ce qui ne posait pas de problème aux Pères de l’Église », relève-t-il –, mais aussi défiance vis-à-vis de l’Église.

« On ne peut avoir foi en la résurrection qu’en adhérant au témoignage des Apôtres, ce qui suppose de faire confiance à la prédication de l’Église, souligne Michel Deneken. Or, pour nos contemporains, l’Église institution est objet de méfiance. »

« Une initiation qui permette de comprendre les images « 

C’est du côté des symboles et des représentations de la résurrection que le P. Louis-Marie Chauvet, de l’Institut catholique de Paris, entend de son côté débusquer les difficultés contemporaines. « À cause des représentations artistiques, souvent inspirées du Livre d’Ézékiel, on se figure la résurrection comme une réalité concernant nos cellules biologiques, les ossements qui se rabouteraient les uns aux autres dans un joli cliquetis, la peau et les cheveux qui repousseraient… La confusion entre l’image et le réel est alors totale, et la résurrection devient incroyable. »

S’il est impossible d’abandonner le langage du symbole et de la métaphore pour évoquer la résurrection, le P. Chauvet insiste sur l’importance d’« une initiation qui permette de dépasser les obstacles, de comprendre les images » : « Pour celui qui ne possède pas le code, le langage chrétien apparaît comme du chinois ! »

À Taizé, la communauté œcuménique qui accueille chaque année des milliers de jeunes Européens a bien conscience de leur difficulté face à cette notion : « La résurrection est entourée de méfiance chez les jeunes, témoigne Frère Émile. Ils se disent que c’est peut-être trop beau. Ils ne veulent pas être victimes d’illusion, ni d’un optimisme forcé. Leur question est au fond : est-ce que les chrétiens ne forcent pas les choses ? »

Ce frère de Taizé traduit le désarroi des jeunes devant la résurrection en citant le théologien orthodoxe Olivier Clément : «Il disait que notre époque avait gardé le sens de la personne, de l’unique, de l’irrépétable, mais qu’elle avait perdu celui de la résurrection. Mais alors, c’est le sens de la personne qui devient difficile à vivre, car quand on perd la personne aimée pour toujours, l’absurde s’accroît. » C’est seulement peu à peu que méfiances et réticences ont une chance de s’alléger, les jeunes pouvant alors « prendre appui sur le sens qu’ils ont de la personne pour saisir que chacun compte pour Dieu ».

La résurrection déroute autant qu’elle attire

Il n’y a pourtant pas que chez les plus jeunes que la résurrection déroute autant qu’elle attire. Il est possible désormais de remplir une église en proposant des conférences sur ce thème. C’est ce qui s’est passé par exemple, durant ce Carême, à l’église Saint-Ignace de Paris, comble chaque semaine pour les conférences du jésuite Joseph Moingt sur « La foi en la résurrection de Jésus ».

Un succès qui montre l’attente d’une manière nouvelle de parler de la résurrection, une manière qui fasse sens pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui pour lesquels « le sens de la vie ne peut jaillir que du dedans d’elle-même », estime le théologien.

Pour le P. Moingt, la condition moderne n’interdit pas que « ce sens s’achève en Dieu, qu’il conduise au-delà des limites de la vie terrestre, grâce à une aide qui ne peut venir que de Dieu ». Mais les hommes d’aujourd’hui exigent que ce sens « prenne naissance là même et là seulement où l’homme peut en faire l’expérience, sous peine de n’être le sens de rien du tout ».

Et d’inviter à parler de la résurrection, non comme d’une chose extérieure à la vie, mais « dans un langage de la foi accordé au sens pressenti de la vie ».

Elodie MAUROT

(1) Auteur de La Foi pascale. Rendre compte de la résurrection de Jésus aujourd’hui, Cerf, 640 p., 47,30 €.

Henri Lacordaire, o.p.

« Je vais où Dieu me mène, incertain de moi, mais sûr de lui » (Henri Dominique Lacordaire, o.p.).

La conversion. Un texte de Fernand Ouellette

« Quand l’Esprit fait un don, il l’enracine. Il nous fait passer dans le feu de son attraction puissante, en nous laissant pressentir, mais le mot est sûrement trop fort, la Lumière souveraine de la Trinité. Comme le pensait Joubert : « La lumière et le feu seront notre éternel partage : la lumière de Dieu, le feu de son amour ». Nous sommes tous destinés à la lumière et au feu. Appelés à devenir des êtres de lumière et de feu. En somme, la conversion nous fait changer de champ de gravitation.Conversio veut bien dire « action de se tourner». Prendre une autre direction. Être déraciné pour mieux être ré enraciné. Décoller d’un passé sans présence, des pièges du sommeil. Soumettre son âme aux repeints patients, dirait un peintre. Entrer dans l’attraction puissante de l’Astre unique…

On a dit que la conversion religieuse est « une chute dans l’autre monde de l’amour ». Ce n’est plus l’heure de tergiverser, c’est l’heure d’une réponse, d’un fiat profond, d’un début d’exode, d’un abandon, d’un don total : « Que Ta volonté soit faite! » C’est ce que Thérèse de Lisieux avait ressenti au moment de sa propre conversion. Elle avait retrouvé sa force et s’était donnée entièrement à Jésus Christ.

Il n’est plus question dès lors du danger de la conversion, mais du risque terrible de ne pas l’ac­cepter, de ne pas correspondre au don de Dieu, c’est-à-dire au don de Celui qui par essence par­donne et se donne. « Si tu savais le don de Dieu ».  »

(Ouellette, Fernand. Le danger du divin. Fides, 2002. pp. 119-120).

Les disciples de Jésus

C’est Jean Galot qui disait : « Le Christ est venu sur la terre pour provoquer un attachement à sa personne, pour attirer à lui l’humanité et l’univers. Mais avant de réclamer cette adhésion, et pour l’obtenir, il s’attache lui-même aux hommes «  . J’ajouterais qu’il s’attache aussi à des hommes et des femmes qui deviennent solidaires du mystère qui l’habite et qui, à leur tour, s’attachent à leurs frères et sœurs en humanité, à l’exemple du Christ. C’est déjà là le mystère de l’Église qui s’exprime dans cette mission des disicples dont nous parle l’évangile de ce dimanche.

Lettre à Dieu de l’abbé Pierre

«Père, je vous aime plus que tout. Je ne supporte de vivre si longtemps que par cette certitude en moi : mourir est, qu’on le croit ou non, Rencontre. (…) Trop de mes frères humains restent au bord de vous aimer. Pitié pour eux et pitié pour l’Univers. Père, j’attends depuis si longtemps de vivre dans votre totale présence qui est, malgré tout, Amour.»

Pour en savoir plus sur l’Abbé Pierre

« Qu’ils soient un! »

Le mouvement oecuménique, est une réalité toute récente dans l’histoire de l’Église. Non pas qu’à travers les siècles, il n’y ait pas eu de tentatives de rapprochement entre les parties divisées du Corps du Christ, mais l’oecuménisme est un mouvement qui s’est développé en-dehors d’une décision d’autorité ou de rencontres entre chefs d’Églises. C’est un mouvement qui a ses racines dans le peuple de Dieu. Il s’est imposé comme une nécessité aux yeux d’un grand nombre de chrétiens et de chrétiennes, pour qui l’oecuménisme est un fruit de l’Esprit. Ce mouvement vise à rendre actuelle la prière que Jésus faisait à son Père, peu de temps avant sa passion :  » Qu’ils soient un comme nous nous sommes un ! »Bien sûr, il y a encore loin de la coupe aux lèvres et l’idéal de l’unité dans l’Église demeurera toujours un défi, et ce, jusqu’à la fin des temps. Mais Jean-Paul II lui-même a fixé l’arrivée du troisième millénaire comme un moment privilégié à saisir pour l’Église, afin qu’elle s’engage plus résolument sur la voie de la communion. Cette recherche est un devoir moral qui incombe non seulement à toutes les Églises, mais à tous les chrétiens et chrétiennes. Comme le soulignait Mgr Pezeril :  » Il n’y aura jamais de désaveu plus sévère par Dieu de nos désunions que cette grâce, répandue en nous tous par son Esprit, de l’invoquer, de le chanter, de l’aimer, de nous perdre en lui.  » (tiré de Congar, Yves. Je crois en l’Esprit Saint. Tome II. Cerf, 1979. p. 261).

L’on dit que le plus long des voyages commence par un pas.