Homélie pour l’Assomption de la Vierge Marie

Les Pères de l’Église, en accord avec toute la Tradition, ont toujours vu en Marie la « figure de l’Église », celle qui nous précède, qui est là au tout début, porteuse d’un mystère qui la dépasse, en même temps qu’elle nous devance et nous entraîne dans le mystère de la vie et la mort de Celui qui nous aima jusqu’au bout. Elle est à la fois derrière nous et elle est devant de nous. La Vierge Marie est, par excellence, « figure de l’Église », expression de son mystère le plus profond et c’est ce que la fête de son assomption nous donner d’entrevoir dans la foi.

En Jésus, l’humanité apporte un oui définitif à l’oeuvre de salut inaugurée par le Père en notre faveur, mais celui-ci voulait que le don de son Fils soit aussi accueilli par le « oui » humain d’une créature humaine. »  (Raniero Cantalamessa, p. 56) C’est le fiat de Marie.

On a volontiers comparé Marie à la nouvelle Ève, car il lui est donné par la conception du Verbe fait chair, de donner à l’humanité celui qui serait capable de la relever de la chute originelle. Le théologien Karl Rahner dira de Marie :

« En un instant qui n’aura jamais plus de couchant et qui reste valable pour toute l’éternité, la parole de Marie fut la parole de l’humanité et son « oui », l’amen de toute la création au « oui » de Dieu ».

Amen, oui, fiat, tous ces mots ne font plus qu’un dans la bouche de Marie. Et son oui occupe une place unique dans l’histoire du salut. Il fait office de charnière indispensable entre l’Ancien et le Nouveau Testament, car Dieu ne voulait et ne pouvait nous sauver sans notre libre adhésion à son plan de salut. Par son oui, Marie rend possible le Verbe fait chair. Et parce qu’elle est tout ouverte à l’action de la grâce en elle, Marie devient la « pleine de grâce », la nouvelle Ève par qui le retour vers le Père va pouvoir s’opérer grâce à son fils Jésus.

C’est Dieu le Père qui accomplit tout en son Fils, bien sûr, mais Dieu veut avoir besoin de nous et c’est Marie qui en notre nom dira : « Me voici, je suis la servante du Seigneur. »

En notre nom, au nom de notre humanité, Marie a dit oui à cette présence infinie de Dieu en notre chair et de par sa mission et son état de Mère du Sauveur, elle est la première d’une multitude à être entraînée corps et âme à la suite de son fils ressuscité.

« L’Assomption de Marie, affirme Benoît XVI (dans une homélie pour l’Assomption de la Vierge Marie en 2009), est un événement unique et extraordinaire destiné à combler d’espérance et de bonheur le cœur de chaque être humain ». Il y a un climat de « joie pascale qui émane de la fête de l’Assomption.  « Marie –ajoute-t-il – est la prémisse de l’humanité nouvelle, la créature dans laquelle le mystère du Christ a déjà eu un plein effet en la rachetant de la mort. Marie constitue le signe sûr de l’espérance et de la consolation. »

Yves Bériault, o.p.

« La personne qui a une raison de vivre peut supporter presque n’importe quoi. » Viktor Frankl

Viktor FranklViktor Frankl, déporté à Auschwitz, a publié son récit à la sortie des camps en 1946 sous le titre : Un psychiatre déporté témoigne.

Viktor Frankl était un professeur autrichien de neurologie et de psychiatrie, l’inventeur de ce qu’il appellera plus tard, la logothérapie, une approche thérapeutique basée sur la recherche du sens de la vie. Quand les nazis prennent le pouvoir en Autriche, il sabote les ordres reçus, au risque de sa vie, afin de ne pas euthanasier les malades mentaux. En 1942, sa famille est déportée, et il le sera lui-même en 1945 (interné à Auschwitz puis dans d’autres camps). Libéré, il apprend que sa femme est morte d’épuisement à la libération du camp de Bergen-Belsen.

Pour Frankl, il y a chez l’être humain une volonté de sens. Il s’aperçoit que ses patients ne souffrent pas uniquement de frustrations sexuelles (Freud) ou de complexes d’infériorité (Adler), mais aussi d’un « vide existentiel ». C’est son expérience dans les camps de concentration qui l’amènera à approfondir cette intuition.

Le grand principe qu’il dégage de son expérience est que « la personne qui a une raison de vivre peut supporter presque n’importe quoi. » Pour Frankl, la vie n’est pas avant tout une quête du plaisir, comme l’enseignait Freud, ou une quête du pouvoir comme le pensait Adler, mais une quête de sens. La plus grande tâche pour une personne est de trouver un sens à sa vie. Frankl voyait trois sources possibles où une personne pouvait trouver ce sens à sa vie :

1. Dans le travail, par l’engagement dans une œuvre signifiante et fondamentale;
2. Dans l’amour, soit l’amour d’une autre personne ou l’amour de Dieu;
3. Dans le courage, dans la volonté de faire face à l’adversité;

Pour Frankl, le fait que certaines personnes aient survécu aux sévices et conditions de vie des camps de concentration, alors que d’autres se sont laissées mourir, est la preuve que si l’on ne peut contrôler ce qui nous arrive dans la vie, une personne peut toujours décider du comment elle réagira face à ce qui lui arrive. Frankl en arrive au constat que la vie a un sens et que c’est là la tâche de toute personne de faire cette découverte dans sa vie, quelles que soient les circonstances.

C’est le rabbin Harold S. Kushner qui écrit dans la préface du livre de Frankl :

« Nous avons appris à connaître l’Homme tel qu’il est. Après tout, l’homme est celui qui a inventé les chambres à gaz à Auschwitz; cependant, il est aussi celui qui est entré dans ces chambres à gaz, avec la prière du Seigneur ou le Shema Israël sur ses lèvres ».

Il y a un moment-clé dans l’expérience de Viktor Frankl qui l’amène à sa profonde intuition. Alors qu’il se décourage de plus en plus devant les conditions de vie qui sont les siennes, il se met à penser à sa femme, qui est elle aussi à Auschwitz, mais qu’il ne peut voir. La pensée de celle-ci le soutien et le ravive, au point où il devient convaincu que son amour pour elle, même s’il ne sait si elle est encore vivante, sera sa force pour traverser l’épreuve d’Auschwitz. Car, selon Frankl, l’amour va plus loin que le simple attachement à la personne aimée. L’amour prend racine dans notre être spirituel. Nous sommes faits pour aimer. C’est là notre vocation ultime, c’est dans l’amour que l’être humain manifeste toute sa valeur et sa dignité. Ce qui fait dire à Frankl que l’amour est aussi fort que la mort.

C’est pourquoi l’amour est le bien le plus grand et le plus élevé auquel une personne puisse aspirer. Selon Frankl : « Le salut de l’Homme se fait dans l’amour et par l’amour. » Quand une personne est saisie par l’amour, elle peut surmonter toutes les épreuves, même quand elle est impuissante à s’en sortir par elle-même, même quand la personne aimée n’est plus de ce monde. Une personne décédée ou Dieu lui-même peuvent être l’objet de cet amour.

Cette quête de sens à la vie vient aussi donner un sens à la souffrance, selon Frankl. Elle fait irrémédiablement partie de la vie, comme le destin et la mort, et ce serait nier la vie que de vouloir en occulter la souffrance. Sans la souffrance et la mort, la vie humaine ne saurait être complète selon Frankl. Il y a là un tout, et notre vocation humaine est de tout assumer en découvrant le sens de notre vie.

Homélie pour le 14e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

« Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. »

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10,1-12.17-20. 
Parmi ses disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller. 
Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. 
Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. 
N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales, et ne vous attardez pas en salutations sur la route. 
Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison. ‘
S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. 
Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous servira ; car le travailleur mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. 
Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qu’on vous offrira. 
Là, guérissez les malades, et dites aux habitants : ‘Le règne de Dieu est tout proche de vous. ‘
Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, sortez sur les places et dites : 
‘Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous la secouons pour vous la laisser. Pourtant sachez-le : le règne de Dieu est tout proche. ‘
Je vous le déclare : au jour du Jugement, Sodome sera traitée moins sévèrement que cette ville. 
Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux. Ils racontaient : « Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom. » 
Jésus leur dit : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair. 
Vous, je vous ai donné pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et pouvoir sur toute la puissance de l’Ennemi ; et rien ne pourra vous faire du mal. 
Cependant, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux. » 

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L’on parle beaucoup d’évangélisation ces temps-ci. L’évangile d’aujourd’hui peut certainement nous aider à approfondir cet appel en tant que disciples du Christ. Mais soyons réalistes. Peu d’entre nous se mettront à sillonner villes et villages pendant l’été comme le font les disciples. C’est pourquoi je vous propose d’aborder la question de l’évangélisation sous un autre angle, et qui est aussi au coeur du récit que nous venons d’entendre.

Il s’agit de la consigne de Jésus à ses disciples quand il leur dit : « Je vous envoie comme des agneaux parmi les loups. » Tout d’abord, l’annonce de la foi au Christ est risquée, elle est périlleuse encore aujourd’hui, et elle le sera jusqu’à la fin des temps. Il serait trop long d’en développer le pourquoi, sinon pour dire que l’évangile est porteur d’un message de paix, d’amour et de justice, et que les idéologues, les faux messies, les dictateurs et les violents ne peuvent s’accommoder d’un tel message. C’est pourquoi l’on a crucifié Jésus. Le même sort menace ses disciples, car en suivant le Christ ils s’engagent dans un combat pour le bien et pour la vérité.

Par ailleurs, cette image des agneaux qu’emploie Jésus vient nous rappeler que l’évangélisation n’est pas une entreprise de séduction ou de conquête. Elle est une proposition de vie qui doit être offerte avec le plus de délicatesse et de bienveillance possible. Car, ne l’oublions pas, les disciples sont appelés à imiter leur maître, lui qui est doux et humble de coeur.

Comme lui, les disciples sont appelés à s’en remettre entièrement à Dieu. Remarquez dans le récit d’aujourd’hui qu’ils n’apportent ni argent, ni provisions, ni sandales. Ils acceptent l’hospitalité qu’on veut bien leur offrir. Ils n’imposent rien, n’entrent en conflit avec personne, parce qu’ils sont porteurs de la paix du Christ. Et quand on ne veut pas les entendre, ils reprennent tout bonnement leur chemin, secouant la poussière de leurs pieds, afin de bien signifier que leur « démarche est totalement désintéressée, et que les bénéficiaires du message restent toujours libres de le refuser. » L’évangile de ce dimanche nous interpelle donc quant à la manière dont nous devons partager notre foi avec les autres.

C’est Marc Donzé, le biographe de Maurice Zundel, l’un des grands spirituels du XXe siècle, qui écrivait à son sujet : « Il voudrait pouvoir parler de Dieu, à pas de silence et de respect, au coeur de ce qui importe le plus à l’homme. Il voudrait pouvoir dire sans violence, mais en prenant chaque homme par la main, que Dieu est l’accomplissement de l’homme. »

La foi ne s’impose pas. Elle échappe aux raisonnements logiques qui en donneraient une preuve définitive. On ne peut ni la donner, ni la prêter, ni la transmettre comme un bien qui nous appartiendrait. On peut tout au plus en parler, la proposer et surtout en vivre. C’est-à-dire l’insérer au plus intime de nos journées, de nos faits et gestes, y puiser force et courage, goûter à cette joie secrète de celui ou celle qui accueille en sa vie la présence de Dieu et qui ne peut qu’en éprouver un grand bonheur et beaucoup de gratitude. Pour nous chrétiens et chrétiennes, c’est cela vivre notre foi en Jésus-Christ et c’est pourquoi nous voulons offrir à d’autres cette chance de croire en Dieu.

Nous sommes donc loin ici de définitions abstraites, de doctrines et de choses à retenir. Quand nous abordons la question de la foi, nous parlons avant tout de ce bonheur et de cette espérance qui nous habitent et qui nous font vivre. C’est la joie de croire. Et pour bien saisir ce que veut dire évangéliser, j’emploierais la comparaison suivante. Nous sommes comme des sourciers au pays de la soif, qui auraient découvert une source cachée et intarissable d’eau vive. Annoncer Jésus Christ, c’est tout simplement vouloir faire connaître cette source pour le plus grand bonheur de tous. Aux proches comme aux lointains, à nos enfants, à nos amis, à nos familles. Mais cela n’est pas simple. Nous le savons, car la foi est un don et il appartient à chacun d’accueillir librement ce don.

Pour beaucoup de nos contemporains, Dieu est méconnu, sinon ignoré, et c’est là la plus grande des tragédies pour l’humanité, car elle est alors orpheline et sans direction, vulnérable à toutes les passions, aux idéologies les plus meurtrières, car elle est sans espérance. Jésus, en nous envoyant dans le monde, nous rappelle que nous avons la responsabilité de nos frères et soeurs en humanité. Comme le soulignait le pape Jean-Paul II, «celui qui a vraiment rencontré le Christ ne peut le garder pour lui-même, il doit l’annoncer. »

C’est pourquoi Jésus, lui le Prince de la Paix, nous envoie comme des agneaux et non comme des loups, nous invitant à marcher à pas de patience et de sollicitude avec tous ceux et celles que Dieu met sur notre route, afin qu’ils puissent reconnaître cette réalité fondamentale de l’existence humaine : c’est en Dieu que reposent toutes nos joies, tous nos bonheurs et toutes nos amours, il en est la source et c’est pourquoi nous pouvons dire de Dieu qu’il est véritablement l’accomplissement de l’Homme. Voilà ce que nous annonçons au monde, voilà ce que nous ne pouvons taire, car comment pourrions-nous cacher la joie qui nous habite? Puisse le Seigneur nous donner en cette eucharistie l’audace et le discernement nécessaire pour bien témoigner de lui.

Amen.

fr. Yves Bériault, o.p.

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1 Thabut. 14e Dimanche. Année C.

2 Donzé, Marc. La pauvreté comme don de soi. Cerf/Saint-Augustin,1997. pp. 36-37

3 Jean-Paul II, Novo Millenio Ineunte, 40, 6 janvier 2001

L’euthanasie et l’aide au suicide. Prévoir les conséquences…

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Beaucoup a été dit sur l’euthanasie et l’aide au suicide. Mais a-t-on bien mesuré les conséquences qu’aurait leur acceptation? Je n’en suis pas certain. En voici quelques-unes, trop rapidement esquissées.

• Les personnes gravement malades porteraient un regard différent sur elles-mêmes. Estimant que leur vie est devenue trop souffrante ou privée de sens, elles pourraient être tentées d’en finir. Or, si l’euthanasie et l’aide au suicide demeurent interdites, plusieurs d’entre elles prendront le temps d’accueillir cette étape cruciale de leur existence et y trouveront un chemin de vie. Surtout si elles sont accompagnées avec empathie.

• La relation entre la personne ma­lade et son médecin changerait. À partir du moment où l’euthanasie deviendrait possible, la confiance envers le médecin pourrait difficilement demeurer entière. En effet, comment savoir si le médecin ne s’autoriserait pas du principe de bienfaisance pour mettre un terme à la vie d’une personne gra­vement handicapée et privée de sa lucidité?

• De même, la relation avec les pro­ches de la personne malade serait notablement modifiée. Voyons comme il est déjà difficile, dans le cas d’un proche parent, de pren­dre la décision de cesser ou d’en­treprendre un traitement. Ce le serait bien davantage s’il s’agissait de mettre fin activement à sa vie. De plus, il se pourrait bien alors que certains proches soient moti­vés par des intérêts financiers…

• Le personnel médical œuvrant en soins palliatifs affirme que l’acceptation de l’euthanasie ou l’aide au suicide porterait un dur coup à la philosophie et à la pratique des soins palliatifs. En effet, comment mobiliser autant de bénévoles et de ressources financières s’il est devenu possible d’en finir à moindres frais?

• Mais les conséquences les plus graves affecteraient les autres personnes gravement malades ou handicapées. Déjà très fragiles et anxieuses de ne pas être un poids pour leurs proches et pour la société, elles se demanderaient inévitablement si elles ne devraient pas, elles aussi, imiter celles qui ont choisi d’en finir plus vite.

• Les partisans de l’euthanasie ou de l’aide au suicide affirment que ces pratiques seraient strictement balisées et limitées à des cas ex­ceptionnels. Mais l’expérience de certains pays révèle que la seule balise qui tienne est celle de l’interdit. Si nous levons l’interdit d’homicide d’une vie innocente, nous nous engageons sur une pente glissante. Or, cet interdit, formulé dans le serment d’Hippo­crate, a guidé des générations de médecins pendant des siècles. Il garde toute sa valeur.

Prise une à une, chacune de ces conséquences pèse déjà très lourd. Mais il importe de les considérer dans leur interaction et leur effet cumulatif. Elles nous introduiraient dans une autre culture, centrée sur l’autonomie individuelle et non sur la solidarité envers les plus fragiles d’entre nous. Une culture irrespectueuse de la vie humaine.

Mgr Bertrand Blanchet

SOURCE : PRIONS EN ÉGLISE.  29 mai 2011

Euthanasie, la confusion des sentiments

Il y a tout juste dix ans, les Pays-Bas puis la Belgique dépénalisent l’euthanasie, initiant ainsi un processus qui semble irréversible… En France, durant sa campagne, François Hollande a fait un pas vers ce qu’il appelle une « exception d’euthanasie ». Il pourrait maintenant faire de cette loi le symbole de son quinquennat… Pour les militants de la dépénalisation, c’est le triomphe d’une idéologie : la prééminence absolue de la liberté individuelle. Mais à quel prix ? Celui des dérives de plus en plus nombreuses en Belgique : IVV (interruption volontaire de vieillesse), Alzheimer ou grands dépressifs, certains demandent aujourd’hui des extensions de la loi aux enfants de plus de 12 ans… Entre France et Belgique, entre soins palliatifs et euthanasie, il ne s’agit pas d’adopter des postures morales, de lancer des anathèmes, mais de dépasser la confusion des sentiments, des émotions pour saisir ce qui se joue à travers cette loi. Un film écrit et réalisé par Frédéric Jacovlev. Une coproduction Grand Angle Productions et KTO – Juin 2012

Porter sa croix. Homélie pour le 12e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9,18-24. 
Un jour, Jésus priait à l’écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : « Pour la foule, qui suis-je ? »
Ils répondirent : « Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un prophète d’autrefois qui serait ressuscité. »
Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre prit la parole et répondit : « Le Messie de Dieu. »
Et Jésus leur défendit vivement de le révéler à personne,
en expliquant : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. »
Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera.

COMMENTAIRE

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« Porter sa croix ! » Nous connaissons tous l’expression et c’est sans doute l’un des points communs les plus répandus entre tous les humains. Nous avons tous à porter notre croix un jour ou l’autre.

Mais d’où vient cette expression ? Elle existait bien avant Jésus. Nous savons que la crucifixion était un mode d’exécution très commun chez les Romains, en particulier pour les esclaves. Le condamné devait porter sa croix jusqu’au lieu de sa mise à mort. Quant à l’expression elle-même, elle signifie dans le langage populaire : persévérer dans l’épreuve, supporter avec patience les difficultés qui s’abattent sur nous.

Toutefois, l’expression « porter sa croix » a une portée beaucoup plus profonde dans l’évangile. « Porter sa croix » ne veut pas simplement dire pâtir en attendant que l’épreuve soit passée. Cette expression revêt un caractère plus volontaire et plus dynamique dans la bouche de Jésus, car elle est indissociable de sa mission et de son identité. C’est pourquoi il sent le besoin de faire une mise au point avec ses disciples. Mais il est important de connaître le contexte de cette confidence de Jésus pour en saisir toute la portée.

Cette scène survient après la multiplication des pains. Un prodige extraordinaire qui propulse la renommée de Jésus. Tous le cherchent ; tous veulent manger de ce pain ; tous recherchent ce faiseur de miracles. Jésus, lui, s’est retiré à l’écart de la foule et il prie son Père. Il s’entretient sûrement avec lui de sa mission et au sortir de cette prière, il va interroger ses disciples. À n’en pas douter, Jésus est soucieux, inquiet même. Il vit sans doute une grande solitude pour interroger les siens comme il le fait.

« Pour la foule qui suis-je ? » Comme il peut paraître étrange que Jésus, lui le Messie, le Fils de Dieu, porte une préoccupation aussi humaine, aussi terre à terre, que de demander à ses disciples ce que la foule pense de lui. La suite de cet échange ne fait que renforcer cette impression puisque Jésus se permet même d’insister en leur demandant : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »

Bien sûr, on pourrait se limiter à ne voir dans cet épisode évangélique, qu’une belle leçon de pédagogie où Jésus instruit ses disciples, tel un bon professeur, en les engageant, par une série de questions, à découvrir qui il est véritablement. Mais croire que Jésus est le Messie n’est pas ce qu’il y a de plus exigeant pour la foi des disciples. On l’attendait depuis tellement longtemps ce Messie. Et si c’était lui le Roi puissant envoyé par Dieu pour libérer Israël ? Par contre, croire en un Messie souffrant comme l’annonçait le prophète Zacharie, voilà qui a de quoi bouleverser les disciples et mettre leur foi à l’épreuve. Sont-ils prêts à entendre cette vérité ?

La question de Jésus est donc fondamentale et elle nous dévoile la grande intimité qui existe entre lui et ses disciples. Ce sont ses amis, et Jésus veut savoir ce qu’ils pensent de lui. Ses disciples vont-ils accepter de le suivre s’il ne répond à leurs attentes ? Cette préoccupation de Jésus se retrouve ailleurs dans les évangiles. Rappelez-vous cette scène où certains disciples abandonnent Jésus à cause de son enseignement, et où ce dernier demande aux disciples qui restent : « Allez-vous partir vous aussi ? »

L’évangile de ce jour évoque ce même drame qui sans cesse vient hanter Jésus. L’incompréhension des foules, le refus de sa personne, le détournement du sens de sa mission. Jésus veut s’assurer que ses disciples ne se méprennent pas quant à l’issue inévitable de son combat en faveur des pauvres et des humiliés, des accablés et des pécheurs. C’est pourquoi il évoque cette croix qui se profile à l’horizon et tout le drame qui va se jouer autour d’elle. Mais les disciples ne peuvent pas encore comprendre.

Par ailleurs, cette conversation entre Jésus et ces derniers soulève une question fondamentale. Pourquoi Jésus s’entoure-t-il de disciples ? Pourquoi est-ce si important pour lui que nous soyons là ? Qu’est-ce que nous pouvons bien apporter au Christ qu’il ne peut accomplir par lui-même ?

Un constat s’impose : Jésus ne peut s’engager seul dans ce don de lui-même. Aussi étonnant que cela puisse paraître. Il a besoin de nous. Il a besoin que nous portions la croix de sa mission avec lui et que nous marchions à ses côtés. Saint Paul va dire dans la lettre aux Colossiens (1, 24) « que nous achevons dans notre chair ce qui manque aux souffrances du Christ ». Ce passage paraît bien étrange, mais il s’éclaire avec l’évangile de ce jour.

Le Christ, depuis sa résurrection, poursuit sa mission dans le monde à travers la vie de tous ceux et celles qui mettent leur foi en lui. Les combats que nous menons pour l’évangile, nos luttes pour le bien, pour la justice, pour la vérité, sont un prolongement même de la vie du Christ, parce que nous sommes intimement liés à son souci pour le monde par notre baptême. C’est pourquoi saint Paul dira aux Galates, que nous avons revêtu le Christ. Et si nous avons revêtu le Christ, nous ne pouvons que nous engager à sa suite quand il dit du disciple : « qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive. »

Cela veut dire que le seul amour qui soit digne de nous, c’est d’aimer avec le Christ, en partageant sa passion pour le monde, et en étant habités par cette invincible espérance que la charité est possible, même là où il y a la haine, l’exclusion et le mépris de l’autre ; même là où Dieu n’est pas reconnu, là où il est bafoué, humilié et rejeté. Et parce que nous croyons que le Christ est ressuscité, nous préparons déjà avec lui ces temps nouveaux qu’il a inaugurés.

C’est le moine trappiste, Christian de Chergé, assassiné avec six de ses frères en Algérie, qui disait dans l’une de ses dernières homélies : « l’espérance est une attitude qui nous fait habiter aujourd’hui l’au-delà de la mort », dans une communion avec l’autre qui nous rend responsable de lui, même au risque d’y laisser sa vie. Le dominicain Mgr Claverie, évêque d’Alger, assassiné la même année que les moines de Tibhirine, affirmait quant à lui que la mort ne peut rien nous ravir quand l’amour a tout donné. Elle est là l’espérance des disciples, et entrer dans ce combat, c’est porter sa croix avec le Christ.

C’est être convaincu que Dieu le premier espère en nous, qu’il a besoin de nous, et qu’il nous demande d’être là avec lui dans les marges de l’humanité, dans la vie de tous les jours, afin d’y porter un message d’espoir qui sera un témoignage à la grandeur de la vie humaine, ainsi qu’à sa destinée. C’est à cette présence prophétique dans le monde que les disciples sont appelés. Et c’est dans ce don de lui-même que Jésus veut nous entraîner, lui le grand vainqueur de la mort.

C’est pourquoi, quand il demande à ses disciples : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Il ne nous demande pas une définition de sa personne. Il nous invite tout simplement à le connaître, à l’aimer, afin de pouvoir donner un témoignage vivant et vrai de qui il est pour nous. Et c’est ainsi que nous serons véritablement les disciples du Christ. Que ce soit notre joie ! Amen.

fr. Yves Bériault, o.p.

Devant la croix

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Étonnant de parler de ma rencontre avec la croix, moi qui suis un chrétien engagé depuis plus de 35 ans maintenant. Cela s’est passé à l’Oratoire Saint-Joseph, à l’occasion d’une visite impromptue, dans ce lieu sans grande beauté à première vue, mais qui demeure un haut lieu spirituel au coeur de Montréal et qui recèle néanmoins de beaux trésors d’art religieux.

Non pas que la croix n’ait pas eût sa place dans ma vie de foi, mais c’était la première fois que j’éprouvais un tel sentiment devant la croix du Christ. Cette belle croix de l’Oratoire, immense et dépouillée, sur laquelle le Christ semble dormir tout en nous contemplant. À ses pieds veillent Marie et l’Apôtre bien-aimé. Un spectacle émouvant qui m’a tout à coup saisi, me détachant de l’immense basilique pour ne plus voir que le Christ crucifié.

C’est en disant le Notre Père que j’ai alors compris, d’une manière nouvelle, pourquoi on l’appelait la prière du Seigneur. Je compris tout à coup que sur la croix ce fut la prière de Jésus : « Notre Père… ». Je le voyais, je l’entendais la dire pour moi, pour nous : « Notre Père ». C’est la prière du Christ en croix : « Notre Père ». Le Fils de Dieu étant venu pour ne plus faire qu’un avec notre humanité, ne parle plus à son Père désormais qu’en nous incluant dans sa propre prière. Il ne dit plus mon père, mais « notre Père ». Il ne dit plus donne-moi mais « donne-nous », « ne nous soumets pas », « délivre-nous ».

Je compris d’une manière plus profonde combien nous étions présents dans la prière du Christ sur la croix, crucifiés avec lui, offerts par lui, comme son bien le plus précieux: « Père, ceux que tu m’as donnés je te les offre, et je m’offre avec eux, pour eux. Notre Père… »

La croix m’est véritablement apparue comme le lieu par excellence de notre filiation avec le Christ. C’est là qu’il nous prend dans son mystère d’amour et qu’il ne fait plus qu’un avec nous. Il est là à cause de nous. Il prend sur lui nos péchés, nos détresses, et il s’associe pour l’éternité à notre pauvre humanité blessée par le péché. Par amour, il se laisse vaincre et il donne sa vie. Désormais sa vie est notre vie, son Père est notre Père et il prie avec nous : « Notre Père… »

La croix devient le cœur de toute prière et je ne vois pas comment il m’est possible désormais de prier sans passer par la croix, sans désirer m’unir à cette croix avec Jésus. Comme elle est belle cette croix quand Jésus la recouvre de sa présence. C’est la vie même qui est clouée au cœur de la mort. Notre humanité peut enfin refleurir. Elle n’est plus orpheline, car elle peut désormais appeler Dieu « notre Père ».

Simone Weil a écrit un texte extraordinaire au sujet de la croix. Le voici :

« Le don plus précieux pour moi, comme vous le savez, c’est la croix. S’il ne m’est pas donné de mériter de participer à la croix du Christ, j’espère au moins de pouvoir y participer en tant que larron repentant. Après le Christ, de toutes les personnes dont il est fait mention dans l’Évangile, le bon larron est celui que j’envie le plus. D’être avec le Christ pendant la crucifixion, à ses côtés et dans la même position que lui, me semble être un privilège encore plus grand et plus enviable que d’être assis à sa droite dans la gloire. » (Lettre du 16 avril 1942).

Mais comme disait Paul Claudel : « il faut savoir porter la croix avant de monter dessus ». C’est la grâce que je te demande Ô mon Seigneur crucifié.

De quoi Jésus vient-il nous sauver? Homélie pour le 10e dimanche du temps ordinaire (C)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 7,11-17.
Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule.
Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on transportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule considérable accompagnait cette femme.
En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle, et lui dit : « Ne pleure pas. »
Il s’avança et toucha la civière ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. »
Alors le mort se redressa, s’assit et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère.
La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. »
Et cette parole se répandit dans toute la Judée et dans les pays voisins.

Naim

COMMENTAIRE

Ce récit, qui est propre à l’évangéliste Luc, survient après une série de miracles que Luc assemble de manière à former un crescendo de plus en plus spectaculaire : guérison d’un lépreux, d’un paralytique, de l’homme à la main sèche, du serviteur du Centurion et finalement ce fils de la veuve de Naïm qui est ramené à la vie. Dans la scène qui suit, Jésus pourra répondre aux envoyés du Baptiste, qui veut savoir s’il est bien le Messie attendu : « Allez dire à Jean ce que vous avez vu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres… »

Tous ces miracles sont révélateurs de l’action de Dieu en notre faveur qui, en Jésus, vient nous sauver. Mais de quoi au juste vient-il nous sauver ? Ou encore, pour reprendre une question plus contemporaine : qu’est-ce que la foi en Dieu peut bien changer dans ma vie ? Avons-nous vraiment besoin de croire pour être heureux ? Avons-nous besoin d’être sauvés ? Il suffit de demander aux gens sur la rue s’ils ressentent ce besoin pour avoir la réponse. Mais l’on pourrait commencer par nous interroger nous-mêmes. Si nous n’avions pas la foi, qu’est-ce que cela changerait à nos vies ?

Avant de répondre, revenons tout d’abord à l’évangile d’aujourd’hui. Mis à part le miracle de Jésus, qui ramène Lazare à la vie dans l’évangile de Jean, la résurrection du fils de la veuve de Naïm est le miracle le plus spectaculaire de Jésus. Revoyons la scène que nous décrit l’évangéliste Luc. Dès l’ouverture du récit, la mort et son cortège de douleurs se tiennent devant nous. Cette mort que nous avons tous croisée un jour ou l’autre lors de la perte d’un être cher. Cette mort détestable qui se profile dès qu’un enfant voit le jour ; qui se tient aux aguets, surveillant sa proie, sachant que nul ne peut y échapper. C’est cette mort que Jésus affronte dans la petite ville de Naïm, dont le souvenir nous est conservé uniquement à cause de ce miracle de Jésus.

L’on transporte le corps d’un fils unique vers le lieu de sa sépulture. Un cortège funèbre suit la dépouille et, à sa tête, il y a cette mère inconsolable, une veuve de surcroît, ce qui rend la scène encore plus pathétique. Elle enterre son unique enfant. Une profonde tristesse se dégage de cette scène et dès le début du récit Jésus est pris de pitié pour cette femme. Remarquez que personne n’est venu le chercher pour qu’il intervienne. Mais Jésus ne peut rester impassible devant la douleur de cette femme et devant cette victoire apparente de la mort. Il lui dit tout simplement : « Ne pleure pas. » Jésus touche tout simplement la civière et il ordonne au garçon de se lever. L’évangéliste ajoute : « Et Jésus le rendit à sa mère. »

Le miracle, nous le savons bien, n’est pas dans l’ordre normal des choses. Il survient dans cet évangile comme un signe anticipateur de ce qui nous attend, tous et chacun de nous. La résurrection du fils de la veuve de Naïm se dresse comme un signe puissant dans l’évangile pour nous redire encore une fois que Dieu n’est pas insensible à la douleur de ses enfants. Une expression de l’Ancien Testament parle de Dieu comme ayant des entrailles de miséricorde. Il nous aime d’un amour dont nous ne pouvons mesurer la profondeur, mais la détresse intérieure de Jésus et son action en faveur de cette veuve, nous en révèlent la portée et la grandeur.

Mais je reviens à ma question initiale : Si nous n’avions pas la foi, qu’est-ce que cela changerait à nos vies ? C’est la question que m’a posée un jour un étudiant de l’École Polytechnique de Montréal. Apprenant que j’étais aumônier à l’université, il m’avait dit : « je termine mes études, déjà un emploi m’attend. J’ai une copine, nous venons d’acheter une maison. J’ai une voiture de l’année, je suis en santé et je suis jeune. Qu’est-ce que la foi en Dieu pourrait bien m’apporter de plus ? » Vers la même période, un journaliste provocateur, sourire en coin, avait demandé à des passants sur la rue, à l’approche de Noël : « L’on dit que Jésus est venu pour nous sauver. De quoi est-il venu nous sauver au juste ? » Une jeune femme de l’âge de mon étudiant de Polytechnique lui avait répondu sans hésiter : « Il est venu nous sauver de l’insignifiance. »

La foi en Dieu ce n’est pas la possession d’un bien extérieur à soi-même, comme une deuxième voiture dans le garage. Ce n’est pas non plus une assurance malheur. Avoir la foi en Dieu, c’est donner à sa vie sa véritable orientation, tout comme l’aiguille d’une boussole se tourne spontanément vers le nord magnétique. Il est là son véritable pôle d’attraction et le nôtre, les hommes et les femmes de cette terre, c’est Dieu. Dieu vient nous sauver de tout ce qui peut nous détourner de notre vocation humaine, afin que nous puissions nous réaliser pleinement en cette vie, et ce, malgré tous les écueils de la vie.

Ce miracle de Jésus, qui ramène un jeune homme à la vie, n’est pas simplement une analogie avec ce que l’espérance chrétienne nous promet après la mort. Notre espérance s’enracine avant tout dans le présent. Nous croyons non seulement pour demain, mais avant tout pour aujourd’hui, car cette foi en Dieu nous fait nous dresser debout sans cesse dans notre quotidien. Elle transforme notre regard sur le monde, notre relation les uns avec les autres, notre manière de vivre l’épreuve, d’aimer la vie et de nous y engager. La foi en Dieu donne sens à tout ce que nous sommes et c’est pourquoi il est juste de dire que Jésus vient nous sauver de l’insignifiance, lui le révélateur du véritable visage de Dieu.

Lorsque je célèbre des funérailles, j’aime bien rappeler à l’assemblée que la mort est trompeuse. Elle oriente nos regards vers l’absence, vers la perte, cherchant à nous faire croire que tout est fini, qu’il ne reste plus rien de l’être aimé qu’un vague souvenir. Mais Jésus est vainqueur de la mort et il nous promet « de ressusciter nos liens d’amour. Ceux et celles que nous avons perdus nous seront rendus un jour, et nous, nous serons rendus à ceux et celles que nous avons aimés » (fr. Dominique Charles, o.p.), tout comme Jésus le fait dans l’évangile en remettant le fils à sa mère.

Alors, de quoi Jésus vient-il nous sauver ? Il vient nous sauver en venant au-devant de toutes nos morts, même celles, et elles sont nombreuses, qui marquent notre vie de tous les jours. Jésus est le sourcier capable de faire couler des fleuves d’eau vive en nos cœurs, capable de nous relever par la puissance de sa Parole quand tout semble s’écrouler et se tourner contre nous.

L’évangile de ce dimanche vient nous redire : si tu cherches le vrai bonheur, si tu cherches la vie en plénitude, regarde vers le Christ, car lui il a déjà posé son regard sur toi. Il voit ta peine et ta misère, et il est saisi de pitié parce qu’il t’aime. Et parce qu’il est plus fort que la mort, avec lui nous pouvons triompher de toutes nos morts. Promesse de Jésus Christ ! Amen.

Fr. Yves Bériault, o.p.

Pourquoi l’eucharistie?

Dernière Cène

L’un des plus beaux témoignages qu’il m’ait été donné d’entendre au sujet de l’eucharistie est celui d’un étudiant italien que j’ai connu à l’Université et qui, suite au décès subit de sa mère, est retourné d’urgence dans son pays pour les funérailles. Le soir des funérailles, il s’est retrouvé seul à la maison avec son père et ils ont préparé le repas en silence. Ce repas était composé de mets que la mère avait préparés quelques jours auparavant. Et au moment de commencer à manger, les odeurs familières de la cuisine familiale, le partage de la nourriture qui rappelait tellement celle qui la préparait avec soin et affection, ont fait se rappeler au père et à son fils, d’une manière très émouvante, le souvenir de celle qui était partie, mais dont l’amour s’exprimait encore dans cette nourriture partagée. Et ils parlèrent très tard ce soir-là de celle qu’ils aimaient et qui les avait quittés. Après avoir vécu ce repas, cet étudiant m’a dit qu’il avait alors compris le sens de l’eucharistie comme jamais auparavant.

En écoutant ce récit, on croirait réentendre l’histoire des disciples d’Emmaüs qui reconnurent le ressuscité à la fraction du pain. Et pourtant, cette belle histoire que je viens de vous raconter est bien loin de nous révéler le sens profond de l’eucharistie. Mais c’est une piste très belle et très pertinente, je pense.

Dans l’eucharistie nous retrouvons bien sûr la dimension du repas partagé, le souvenir d’un être aimé, mais là s’arrête toute comparaison, car ce n’est pas un absent qui nous rassemble, mais une présence bien vivante. Quand Jésus invite à faire mémoire de lui, en partageant le pain et le vin, il faut savoir que « faire mémoire » dans la tradition juive c’est rappeler aujourd’hui un évènement de salut opéré par Dieu en notre faveur. Ainsi, la Pâque juive fait mémoire de la traversée de la mer Rouge et quand cet évènement est célébré, chaque juif qui la célèbre entre dans l’actualité du geste sauveur de Dieu en faveur de son peuple. On ne fait pas que se souvenir, on entre dans l’évènement, on le vit et on est soi-même sauvé.

Mais pourquoi Jésus nous laisse-t-il le souvenir de son dernier repas, un peu à la manière d’un testament, en demandant à ses disciples de le perpétuer en tant que témoins privilégiés de ses dernières volontés : « Vous ferez cela en mémoire de moi! »? Pourquoi Jésus nous donne-t-il l’eucharistie? C’est la question que je pose aux lecteurs et lectrices de ce blogue.

Les anglophones disent : « Food for thought »! (De la nourriture pour votre réflexion!) Laissez-moi vos réflexions sur la question.

Le Sermon sur la montagne. Commentaire de Ghandi

J’ai fait connaissance avec la Bible il y a environ quarante-cinq ans. Je ne pouvais pas trouver grand intérêt à l’Ancien Testament, mais quand j’arrivai au Nouveau Testament et au Sermon sur la Montagne, je commençai à comprendre l’enseignement du Christ et le message du Sermon sur la Montagne fit écho à quelque chose que j’avais appris dans mon enfance. Cet enseignement, c’était de ne pas se venger et de ne pas rendre le mal pour le mal.

De tout ce que je lisais, ce qui me resta pour toujours, c’est que Jésus vint pour établir une loi nouvelle. Sans doute il a dit n’être pas venu pour apporter une autre loi mais pour greffer quelque chose sur la vieille loi de Moïse. Eh bien oui, il la changea de façon telle qu’elle devint une loi nouvelle: non plus œil pour œil et dent pour dent, mais être prêt à recevoir deux coups si l’on vous en donne un, et à faire deux kilomètres si l’on vous demande d’en faire un. Je me disais, ce n’est sûrement pas le christianisme. Car toute l’image que je m’en faisais alors, c’était la liberté d’avoir une bouteille de whisky dans une main et un bifteck dans l’autre.

Le Sermon sur la Montagne me prouva mon erreur. A mesure qu’augmenta mon contact avec les vrais chrétiens, c’est-à-dire avec des hommes vivant pour Dieu, je vis que le Sermon sur la Montagne était tout le christianisme pour celui qui veut vivre une vie chrétienne. C’est le Sermon qui m’a fait aimer Jésus.

En lisant toute l’histoire de cette vie sous ce jour-là, il me semble que le christianisme reste encore à réaliser. En effet, bien que nous chantions: Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre, il n’y a aujourd’hui ni gloire à Dieu ni paix sur la terre. Aussi longtemps que cela reste une faim encore inassouvie, et tant que nous n’aurons pas déraciné la violence de notre civilisation, le Christ n’est pas encore né. Quand la paix réelle sera établie nous n’aurons plus besoin de démonstration : cela resplendira dans nos vies non seulement individuelles, mais collectives.

Ghandi

Homélie pour le dimanche de de la Sainte Trinité

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Un jour, un évêque exprima le souhait de rencontrer un groupe d’enfants, qui se préparait pour la première communion. Il les recevait l’un après l’autre et les questionnait sur ce qu’ils avaient appris dans leurs cours de catéchèse. Il demanda à une fillette : « Peux-tu me parler de la Sainte Trinité ? » L’enfant commença son boniment, mais après une minute, l’évêque étant un peu sourd,  s’approcha d’elle, et tendant l’oreille, il lui dit : « Je m’excuse mon enfant, mais je ne comprends pas ». La petite fille lui répondit en chuchotant, sur le ton de la confidence : « Moi non plus, monseigneur, je ne comprends pas. C’est un mystère ! »

Un mystère ! C’est ainsi habituellement que l’on nous présente ce qui est le coeur de notre foi, la Sainte Trinité. Ce mystère d’un Dieu en trois personnes, bien des pères de l’Église et des mystiques ont tenté de l’expliquer en usant de métaphores de toutes sortes afin de le rendre intelligible.

Saint Grégoire de Nazianze, disait de la Trinité : « Le Père est la Source, son Verbe est le fleuve, l’Esprit Saint est le courant du fleuve. » Catherine de Sienne, elle, prenait l’analogie du Buisson ardent, le Père étant le feu, le Fils étant la lumière qui se dégage du feu, et l’Esprit Saint la chaleur du feu.

Mais l’exemple dont je garde le souvenir le plus frappant est celui de cette soirée chez mes parents. Nous étions assis ensemble au salon. Ma mère était assise entre moi et mon père, heureuse de nous avoir tout près d’elle. Soudain, comme si elle venait de faire une grande découverte, elle s’exclama, en indiquant mon père : « Le père ». Ensuite elle se tourna vers moi et dit : « le fils », et, se pointant du doigt, elle eût un moment d’hésitation, et elle dit avec un grand sourire : « et le Saint Esprit ». Ma mère ne parle jamais de sa foi, et je me demande encore aujourd’hui comment lui est venue une telle inspiration ? C’était tout à fait spontané, et je garde la conviction qu’elle venait d’exprimer là une profonde intuition du mystère de la Trinité qui m’interpelle encore aujourd’hui.

Il n’est pas simple de parler de la Sainte Trinité, et pourtant, cette vérité de notre foi est fondamentale. Elle structure notre Credo, ainsi que toutes nos liturgies. Lorsque nous prions et célébrons ensemble, nous prions toujours le Père, par le Fils, dans le Saint Esprit. Notre foi est décidément trinitaire.

Pourtant, vous conviendrez avec moi qu’il serait tellement plus facile d’affirmer que nous croyons tout simplement en un Dieu, comme toutes les autres grandes religions. On éviterait ainsi beaucoup de querelles et de désaccords. Alors, pourquoi tenons-nous tellement à affirmer cette foi en la Sainte Trinité ?

Poser la question, c’est y répondre. Nous croyons au Dieu trinitaire parce que c’est lui qui nous a donné de le connaître. C’est lui qui s’est révélé à nous. Ce serait tellement plus simple s’il ne nous avait pas légué cet héritage en Jésus. Mais voilà, Jésus est venu et il nous a dévoilé le vrai visage de Dieu. Et nous croyons que si Dieu est amour, c’est parce qu’il est Trinité.

De la même manière que les astrophysiciens ne cessent de s’émerveiller devant l’infini grandeur d’un univers, qui ne cesse de se complexifier et de s’étendre au fur et à mesure qu’ils le découvrent, la foi chrétienne est le résultat de cette découverte progressive du Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Moïse et de tous les prophètes, et qui a atteint son point culminant, il y a deux milles ans, alors que Dieu est venu parmi nous, qu’il a prit un visage, et qu’il s’est fait connaître de nous comme un être de communion, en qui se vit une profonde intimité, un mystère d’amour inouï entre le Dieu Père qui envoie son Fils, le Dieu Fils qui est tout donnée à son Père, et qui vient pour nous ramener vers lui, et le Dieu Saint Esprit, qui est cet amour éternel qui uni le Père et le Fils. Ils sont trois, mais ils ne forment qu’un seul Dieu en trois personnes. On l’appelle la Sainte Trinité et c’est un mystère !

Dieu s’est révélé à nous comme un être infiniment plus complexe qu’on ne pouvait jamais l’imaginer, et cette révélation que Dieu fait de lui-même est fondamentale en ce qu’elle nous donne de connaître de notre propre nature humaine. Quand il est dit au livre de la Genèse que nous sommes créés à l’image de Dieu, cette révélation atteint de nouvelles profondeurs quand nous découvrons en Jésus que notre Dieu est un Dieu de communion, qu’il n’est pas « l’éternel célibataire des siècles », comme l’écrivain un philosophe. La Bible, et surtout le Nouveau Testament, nous révèlent qu’il existe un profond mystère d’unité et d’amour en Dieu, un amour fécond qui nous unit à Dieu, ainsi que les uns aux autres. Nous aussi nous sommes des êtres de communion, appelés à donner la vie. Il suffit de regarder la cellule familiale pour s’en convaincre.

La grandeur de Dieu, et ce qui le rend fascinant, c’est que c’est un Dieu qui veut se faire connaître de nous et qui prend l’initiative. Ce que la Révélation nous apprend, du livre de la Genèse jusqu’au dernier livre de la Bible, c’est qu’il est dans la nature même de Dieu de créer et d’appeler sa création à participer à sa gloire, à qui il est. C’est Jean-Philippe Ferlay, dans un livre sur l’Esprit Saint, qui exprime magnifiquement cette réalité. Il écrit :

« L’amour du Père pour son Verbe dans l’Esprit est tellement fort et généreux qu’il éclate hors de Dieu. Et voilà que le monde est créé, tout différent de Dieu et pourtant absolument lié à lui. Dieu n’a besoin de rien. Il ne crée ni par hasard ni par caprice, mais par surabondance d’amour, pour faire participer ce qui existe à sa vie et à sa joie. »

C’est pourquoi au coeur de l’expérience chrétienne, afin de parvenir à entrer dans ce désir de Dieu de mettre en nous sa vie et sa joie, survient l’événement Jésus-Christ et son achèvement, qui est le don de l’Esprit Saint. Notre cœur est fait pour accueillir un tel don, car Dieu nous anime d’un mouvement intérieur, d’un désir qui est en nous l’écho de son propre Désir. L’Esprit Saint vient rendre possible en nous le rêve fou de Dieu pour nous qui est de le connaître d’une manière nouvelle, telle que le connaît Jésus-Christ. L’Esprit Saint fait de nous des intimes de la vie trinitaire. C’est la bienheureuse Élizabeth de la Trinité, du Carmel de Dijon, qui écrivait dans son journal : « C’est toute la trinité qui repose en nous, tout ce mystère qui sera notre vision dans le ciel. Que ce soit notre joie! »

Frères et soeurs, parce que nous mettons notre foi en Jésus-Christ, nous croyons et nous affirmons que Dieu n’est pas une invention, mais une découverte. Nous croyons que Dieu est une rencontre que chacun doit faire en soi-même. Nous croyons que Jésus-Christ est le chemin de cette rencontre, que le Père est celui qui nous appelle à la vie, et que cette vie habite en nous par le don de l’Esprit Saint.

Chaque dimanche, quand nous nous rassemblons, nous ne célébrons pas une idée abstraite, mais la vivante réalité de notre Dieu, qui est Père, Fils et Esprit Saint. Amen.

Yves Bériault, o.p.

La Pentecôte

Faut-il le dire, l’Esprit Saint est le souffle vital de l’Église. C’est Ignace de Laodicée de Syrie qui exprimait de façon très clair, l’enjeu de cette affirmation. Il disait :

Sans l’Esprit Saint, Dieu est loin, le Christ reste dans le passé, l’Évangile est une lettre morte, l’Église une simple organisation, l’autorité une domination, la mission une propagande, le culte une évocation, et l’agir chrétien une morale d’esclave. Mais en Lui : le cosmos est soulevé et gémit dans l’enfantement du Royaume, le Christ ressuscité est là, l’Évangile est la puissance de vie, l’Église signifie la communion trinitaire, l’autorité est un service libérateur, la mission est une Pentecôte, la liturgie est mémorial et anticipation, l’agir humain est déifié!.

Prière à l’Esprit Saint

Esprit qui planes sur les eaux
Apaise en nous les discordances.
Les flots inquiets, le bruit des mots,
Les tourbillons de vanité
Et fais surgir dans le silence
La Parole qui nous recrée.

Esprit de feu, toujours caché,
Jusqu’aux racines, par ta flamme,
Viens consumer en nous l’ivraie;
Aux profondeurs de notre vie,
Viens enfoncer comme une lame
La Parole qui sanctifie.

Esprit qui souffles en un soupir
A notre esprit le Nom du Père,
Viens rassembler tous nos désirs,
Fais-les monter en un faisceau
Qui soit réponse à la lumière,
La Parole du Jour nouveau.

Esprit de Dieu, sève d’amour
De l’arbre immense où tu nous greffes,
Que tous nos frères alentour
Nous apparaissent comme un don
Dans le grand Corps en qui s’achève
La Parole de communion.

(Liturgie des Heures, Pentecôte)

Dieu existe-t-il?

Un professeur universitaire défia ses élèves avec cette question: « Est-ce que Dieu a créé tout ce qui existe?». Un étudiant répondit bravement: – Oui, Il l’a fait!

Le professeur dit: «Dieu a tout créé?». – Oui, Monsieur, répliqua l’étudiant. Le professeur répondit: « Si Dieu a tout créé, Il a donc aussi créé le mal puisque le mal existe et selon le principe de nos travaux qui définissent ce que nous sommes, alors Dieu est mauvais ».

L’étudiant fut silencieux devant une telle réponse. Le professeur était tout à fait heureux de lui-même et il se vantait devant les étudiants d’avoir su prouver encore une fois que la foi en un dieu était un mythe.

Un autre étudiant leva sa main et dit: «Puis-je vous poser une question professeur?».- Bien sûr, répondit le professeur. L’étudiant répliqua, «Professeur, le froid existe-t-il?». – Quel genre de question est-ce cela? Bien sûr qu’il existe. Vous n’avez jamais eu froid? dit le professeur.
Le jeune homme dit, «En fait monsieur, le froid n’existe pas. Selon la loi de physique, ce que nous considérons être le froid est en réalité l’absence de chaleur. Tout individu ou tout objet possède ou transmet de l’énergie. La chaleur est produite par un corps ou par une matière
qui transmet de l’énergie. Le zéro absolu (-460°F) est l’absence totale de chaleur; toute la matière devient inerte et incapable de réagir à cette température. Le froid n’existe pas. Nous avons créé ce mot pour décrire ce que nous ressentons si nous n’avons aucune chaleur.»

L’étudiant continua. «Professeur, l’obscurité existe-t-elle?». Le professeur répondit: – Bien sûr qu’elle existe! L’étudiant: «Vous avez encore tort Monsieur, l’obscurité n’existe pas non plus.
L’obscurité est en réalité l’absence de lumière. Nous pouvons étudier la lumière, mais pas l’obscurité. En fait, nous pouvons utiliser le prisme de Newton pour fragmenter la lumière blanche en plusieurs couleurs et étudier les diverses longueurs d’onde de chaque couleur.

Vous ne pouvez pas mesurer l’obscurité. Un simple rayon de lumière peut faire irruption dans un monde d’obscurité et l’illuminer. Comment pouvez-vous savoir l’espace qu’occupe l’obscurité? Vous mesurez la quantité de lumière présente. N’est-ce pas vrai? L’obscurité est un terme utilisé par l’homme pour décrire ce qui arrive quand il n’y a pas de lumière».

Finalement, le jeune homme demanda au professeur, «Monsieur, le mal existe-t-il»? Maintenant incertain, le professeur répondit: – Bien sûr, comme je l’ai déjà dit. Nous le voyons chaque jour. C’est dans les exemples quotidiens de l’inhumanité de l’homme envers l’homme. C’est dans la multitude des crimes et des violences partout dans le monde. Ces manifestations ne sont rien d’autre que du mal!

L’étudiant répondit, « le Mal n’existe pas Monsieur, ou au moins il n’existe pas de lui-même. Le Mal est simplement l’absence de foi en Dieu. Il est comme l’obscurité et le froid, un mot que l’homme a créé pour décrire l’absence de foi en Dieu. Dieu n’a pas créé le mal. Le Mal n’est pas comme la foi, ou l’AMOUR qui existe tout comme la LUMIÈRE et la chaleur. Le Mal est le résultat de ce qui arrive quand l’homme n’a pas l’AMOUR de Dieu dans son coeur. Il est comme le froid qui vient quand il n’y a aucune chaleur ou l’obscurité qui vient quand il n’y a aucune LUMIÈRE. »

Le professeur s’assis, abasourdit d’une telle réponse. Le nom du jeune étudiant ?
Albert Einstein.

Y a-t-il encore un pape à Rome?

Il est vrai que cette photo d’un homme en blanc, au milieu de l’assemblée et non à l’autel, assis sur un banc à côté des fidèles, pouvait paraître inconcevable, il y a seulement trois mois… Il n’en fallait pas plus pour que certains s’inquiètent, et commencent à murmurer tout bas que, avec François, on risque d’assister à une disparition progressive de la papauté.

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Pour preuve, selon eux, la volonté du nouveau pape de ne pas se désigner comme « pape », mais comme « évêque de Rome », et toute une série de gestes qui semblent sonner la fin des prérogatives pontificales : anneau du pêcheur en argent doré, volonté de ne pas porter la mozette rouge, de ne pas habiter dans les appartements pontificaux, simplicité liturgique, etc.

Pour lire la suite de cet article d’Isabelle de Gaulmyn sur le journal La Croix…

Le commandement nouveau. Homélie pour le 5e dimanche de Pâques

Homélie pour le 5e Dimanche de Pâques. Année C

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 13,31-33a.34-35.

Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire ; et il la lui donnera bientôt. Mes petits enfants, je suis encore avec vous, mais pour peu de temps, et vous me chercherez. J’ai dit aux Juifs : Là où je m’en vais, vous ne pouvez pas y aller. Je vous le dis maintenant à vous aussi. Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres. »

La Parole de Dieu en ce dimanche nous invite à regarder l’extraordinaire nouveauté de la foi à laquelle Jésus nous invite. L’auteur du livre de l’Apocalypse, qui annonce à la fois le présent et l’avenir, voit surgir « un ciel nouveau et une terre nouvelle », alors que celui qui siège sur le Trône, et qui est le Christ ressuscité, déclare : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. »

Mais quelle est cette nouveauté quand Jésus dit à ses disciples : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. » Car de prime abord, il n’y a rien de nouveau dans ce commandement qui était déjà connu au temps de Jésus. La nouveauté de cet enseignement vient de ce que Jésus ajoute à ce précepte, quand il dit : « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. » C’est ce mot comme qui fait toute la nouveauté de cet enseignement et qui met en évidence une des lignes de force fondamentales de ce que veut dire être Chrétien.

J’ai eu le bonheur de connaître un grand spirituel dominicain, qui a aussi été mon professeur, et qui est décédé il y a quelques années, le frère Dalmazio Mongillo. Un frère Italien, féru de Catherine de Sienne, et de Thomas d’Aquin, un homme à la foi vive et d’une simplicité désarmante. Un jour, je lui ai demandé ce qu’était pour lui la spécificité du christianisme comme religion, mis à part, bien sûr, la foi au Christ. Il m’avait répondu : la proximité au prochain à l’exemple du Christ.

Dans le christianisme, m’avait-il confié, « l’Homme ne pâtit pas pour Dieu, il n’a pas à se sacrifier pour Lui, au contraire, c’est Dieu qui se sacrifie pour l’Homme, l’Homme qui est la passion de Dieu. » Et c’est ainsi que l’expérience que nous faisons de « la miséricorde du Christ à notre égard, convertit notre résistance à la misère humaine autour de nous et nous entraîne à aimer comme Lui. » Touché en plein coeur par l’amour de Dieu, cet amour nous ouvre au prochain.

Pour nous chrétiens et chrétiennes, il est impossible de dissocier notre foi au Christ ressuscité du service pour les autres, du don de soi, du don de sa personne. « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples,  dit Jésus, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » Il faut se rappeler que Jésus donne cet enseignement à ses disciples alors qu’il vient tout juste de leur laver les pieds la veille de sa passion, alors qu’il leur dit : « c’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. »

Par notre foi en Jésus Christ, nous sommes introduits dans une expérience de Dieu qui est celle-là même que Jésus avait du Père. C’est là une des originalités du christianisme et sa richesse insurpassable. Nous sommes introduits dans une nouvelle proximité avec Dieu. Mais notre foi en Jésus-Christ implique aussi un nouveau rapport à l’autre. Cet autre devient un prochain, qui veut dire un tout proche de moi. C’est saint Thomas d’Aquin qui disait que la grâce sanctifiante, cette action de l’Esprit Saint en nous, qui fait de nous des saints et des saintes, et qui nous est donnée en particulier à travers les sacrements, il disait que cette grâce est une grâce fraternelle. Un surcroît de vie en nous qui est fait non seulement pour aimer Dieu, mais pour aimer l’autre!

Ce que nous affirmons au monde, à temps et à contre temps, en tant que chrétiens et chrétiennes, c’est que le prochain est non seulement un chemin vers Dieu, mais qu’il est le seul chemin. C’est pourquoi l’histoire de l’Église porte cette marque indélébile de millions et de millions de témoins, célèbres et anonymes, qui à travers le monde, et jusqu’à ce jour, sont portés par cet élan de charité, qui a sa source dans le Christ ressuscité et qui s’étend à tout être humain, de sa conception jusqu’à sa mort.

En s’incarnant, Dieu a sanctifié à tout jamais la vie humaine, il l’a sacralisée, puisqu’il en a fait le lieu où s’est exprimé le plus parfaitement son amour, soit dans la chair même de son Fils, chair de notre chair, chair de la Vierge Marie. Et en notre nom, au nom de notre humanité, Marie a dit oui à cette présence de Dieu en notre chair. Comment pourrions-nous maintenant mépriser la vie humaine que Dieu a élevée à un tel sommet de gloire, lui qui non seulement y a fait sa demeure, mais qui a élevé notre chair humaine à la gloire du ciel par la résurrection et l’ascension de son Fils ? Frères et soeurs, telle est notre dignité humaine!

Jésus étend cette proximité au prochain non seulement à toute l’humanité, aux proches comme aux lointains, aux amis comme aux ennemis, mais cette proximité va jusqu’au don de sa vie. Jésus nous révèle que le prochain est un autre soi-même, tellement aimé de Dieu, qu’il nous faut nous attacher à lui comme à notre propre chair, et, pour y parvenir, il nous donne son Esprit. C’est là véritablement une des spécificités les plus marquantes du christianisme.

Mais que faire de ce prochain qui m’embête ? Je dois aussi m’attacher à tous ces autres que Dieu met sur ma route et que je n’aime pas ou pas assez, car, avec Jésus, j’apprends que tout être humain m’est un proche que je dois aimer comme moi-même, que je dois aimer tout comme Dieu m’aime, car moi aussi je suis appelé à donner la vie. Parce que croire au Dieu de Jésus-Christ, c’est marcher à la suite du Christ, c’est devenir comme lui.

Comme le disait la jeune juive Etty Hillesum, assassinée à Auschwitz : « nous sommes appelés à aider Dieu à naître dans les cœurs martyrisés des autres » (Journal, 12 juillet 1942). Quelle mission, et quelle responsabilité! Non seulement Dieu nous confie-t-il les uns aux autres, mais il est au cœur de ce mystère de pauvreté et de communion qui habite au plus profond de nous-mêmes. Aimer le prochain, c’est s’ouvrir au mystère de l’autre en posant sur lui, sur elle, le regard même du Christ, où parfois il ne nous reste plus qu’à prier pour l’autre, à demander à Dieu la force de pardonner, le courage d’ouvrir notre cœur qui se ferme ou qui reste indifférent à la misère de l’autre.

Sur la route de l’éternité, nous dit Jésus, je ne puis abandonner mon prochain, fût-il mon ennemi, car il est un autre moi-même. Dieu me le donne comme frère, comme sœur. C’est là le message radical et insurpassable, impraticable à vue humaine, de l’évangile de Jésus-Christ. Alors comment cela peut-il se faire ? Il faut tout d’abord dire oui au Christ dans nos vies, en affirmant sans équivoque notre désir d’aimer avec lui, notre désir profond d’aimer comme lui, car c’est ainsi que l’Esprit Saint est donné au disciple, Lui qui nous donne de communier au mystère de qui est Dieu, et de communier à sa passion pour tous les humains.

« Mes petits enfants, nous dit Jésus, je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. » Prends pitié de nous Seigneur, et aide-nous à aimer comme toi. C’est la grâce que nous te demandons en ce temps pascal.

Yves Bériault, o.p.

« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu? » Homélie pour le 3e Dimanche de Pâques (Jn 21, 1-23)

Chaque croyant a un rapport singulier avec l’Évangile, une manière propre et originale d’entendre et de réentendre ces récits qui mettent en scène Jésus avec ses disciples, avec les foules bigarrées, avec les opposants comme les curieux, avec les pécheurs comme les justes. Prenons l’évangile de ce jour. Comme moi, il fait sans doute partie de vos passages préférés et je vous propose qu’on en fasse ensemble une relecture, afin d’en tirer des fruits pour notre vie spirituelle, car cet évangile s’adresse à chacun et chacune de nous. Ce n’est pas simplement une vieille histoire de pêche sur les bords du lac de Tibériade. C’est une rencontre qui a lieu aujourd’hui entre nous et le Christ ressuscité.

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Ces retrouvailles du Ressuscité avec les disciples à la fin de l’évangile de Jean, même s’il s’agit de la troisième apparition de Jésus, donnent l’impression d’une première expérience d’apparition tellement le contexte nous parle d’un quotidien des plus banal, comme s’il ne s’était encore rien passé dans la vie de ces disciples. Alors que c’est à Jérusalem que les évangélistes nous parlent des premières apparitions de Jésus, nous sommes ici au bord du lac de Tibériade, à près de cinquante kilomètres de Jérusalem. C’est la fin de la journée et les disciples semblent désœuvrés. Soudain, Simon-Pierre annonce tout bonnement qu’il s’en va à la pêche et les autres décident de le suivre.

Quant au disciple bien-aimé, le troisième personnage en importance dans ce récit, je dirais qu’il joue le rôle d’un personnage de soutien qui, d’une certaine manière, dirige l’action du récit.

Ainsi, il est le premier à voir le Seigneur sur la rive. « C’est le Seigneur », s’écrit-il, et voilà que Pierre se jette à l’eau. C’est lui qui attire l’attention de Pierre et met ainsi en branle tout le processus de cette rencontre entre Pierre et Jésus. Plusieurs commentateurs voient dans le disciple bien-aimé le modèle du croyant, qui vit une véritable intimité avec le Seigneur, qui se penche sur son cœur lors de la dernière Cène, qui a droit aux confidences de Jésus, qui le premier avant Pierre, se met à croire devant le tombeau vide. Pierre, lui, est plus lent à croire et pourtant, c’est sur sa foi que Jésus va fonder son Église.

C’est sans doute pourquoi Jésus le prend à part et l’invite à entrer dans la même intimité que l’autre disciple, à devenir lui aussi un disciple bien-aimé. Mais Pierre a besoin d’être aidé dans cette nouvelle naissance qui lui est proposée et Jésus agit auprès de lui comme la sage-femme; il l’aide à bien prendre la mesure de son attachement, de son amour pour lui. Mais pour cela, il lui faut passer par un laborieux travail où Pierre se voit obligé d’aller au fond de lui-même afin de revivre d’une certaine manière tout le processus de son reniement, comme à rebours, jusqu’au tout début de sa relation avec Jésus.

Rappelez-vous. C’est sur les bords de ce même lac que Jésus avait rencontré Pierre pour la première fois et l’avait invité à le suivre. Dans l’Évangile d’aujourd’hui Pierre retourne à la pêche. Que faire d’autre quand les grands rêves semblent s’écrouler ? Pierre n’a pas d’autre métier. Il retourne donc à ce qu’il connaît de mieux, la pêche, et c’est à nouveau dans ce contexte que Jésus vient à sa rencontre.

Des poissons grillés et des pains ont mystérieusement été préparés pour les disciples. Ils vont partager cette nourriture avec Jésus comme autrefois. Mais pas un mot n’est dit sur ce repas, comme si l’on avait déjeuné en silence, l’événement étant trop solennel pour qu’aucun n’ose prendre la parole.

Après le repas, nous assistons au tête-à-tête entre Jésus et Pierre, comme si c’était là le véritable motif de la présence du Ressuscité sur les berges du lac ce matin-là. Jésus, bien que ressuscité, paraît vulnérable dans ce récit. A trois reprises, il demande à Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu? » Une question extraordinaire dans la bouche du ressuscité, car c’est son humanité qui s’y révèle. « Pierre m’aimes-tu ? »

Comme si les liens noués ici-bas importaient encore pour Jésus, lui qui est passé de ce monde-ci à son Père. Comme s’il nous ressemblait plus que jamais dans son désir d’être aimé.

Si cet évangile nous concerne en tant que disciples appelés à suivre le Christ, il nous révèle aussi qui est ce Dieu dont nous avons contemplé le visage en Jésus-Christ. C’est François Varillon dans son magnifique livre L’humilité de Dieu qui écrit :

« Quand je prie je m’adresse à plus humble que moi. Quand je confesse mon péché, c’est à plus humble que moi que je demande pardon. Si Dieu n’était pas humble, j’hésiterais à le dire aimant infiniment » (p. 9). « Si Dieu est amour, il est humble » (p. 59). Et c’est ainsi que Jésus vient quémander l’amour de Pierre comme il le fait avec chacun et chacune de nous.

Et dans cette humilité de Dieu s’exprime aussi toute la patience de Dieu, qui ira avec nous partout où nous irons, quels que soient nos choix, sans jamais nous abandonner. C’est  Fernand Ouellette qui écrivait dans son livre Le danger du divin : « Le Christ ne cesse de nous aimer même lorsque nous croyons ne pas l’aimer… Il ne se retire jamais, il nous poursuit sans cesse, sans dégoût, il demeure proche, mais caché, derrière chacun de nos actes. Il ne saurait désespérer de notre légèreté… » pp. 63-64

Par ailleurs, la question de Jésus met sûrement à vif la plaie encore fraîche de la trahison chez Pierre. « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu? » Pourquoi cette question et pourquoi la poser trois fois ? Par sa triple question, je ne crois pas que Jésus cherche à vérifier la détermination de celui à qui il veut confier ses brebis. Et je crois encore moins qu’il y ait dans la question de Jésus un reproche adressé à Pierre. Le caractère d’intimité indéniable de cette scène contredit une telle interprétation. Je crois plutôt qu’à l’affirmation trois répétée du reniement, Pierre se voit offrir la possibilité d’affirmer à trois reprises son amour pour Jésus. Jésus vient le libérer et par sa question il offre à Pierre de dénouer cet écheveau de douleur et de peine qui lui étreint le coeur depuis son reniement.

« Pierre m’aimes-tu ? » J’entends cette question comme une prière dans la bouche de Jésus. Une prière qui est toute chargée de l’espérance de Dieu. Dans cette simple demande, c’est Dieu lui-même qui vient solliciter notre amour et c’est dans la réciprocité de cet amour que Pierre trouvera la véritable paix et la guérison.

« Pierre m’aimes-tu ? » C’est à la fois une invitation qui est faite à tous les croyants et les croyantes d’entrer dans le pardon de Dieu, à l’aimer et à se laisser aimer par lui.

« Pierre m’aimes-tu ? » C’est la question ultime que pouvait poser Jésus à Pierre. Question qui l’amène à un point de rupture dans sa vie, qui le libère de sa honte, et qui ouvre sur le grand large, où Pierre peut enfin donner son cœur à Jésus : « Seigneur, tu sais tout. Tu sais bien que je t’aime ». C’est la miséricorde de Dieu qui touche Pierre en plein cœur, et qui fera de lui désormais un pêcheur d’hommes qui donnera volontiers sa vie pour le Christ.

L’évangile d’aujourd’hui est un récit merveilleux qui nous rappelle que Dieu veut avoir besoin de nous, que nous avons du prix à ses yeux et qu’il nous demande tout simplement de l’aimer et de lui faire confiance. C’est là le grand mystère de notre appel. Puisse cette eucharistie nous aider à reconnaître cet appel en chacune de nos vies et nous aider à y répondre jour après jour. Amen.

Yves Bériault, o.p.

La nuit des témoins à Notre-Dame de Paris

Une soirée de prières, de chants et de témoignages pour les chrétiens persécutés dans le monde aujourd’hui, pour rendre hommage à ceux qui sont morts parce que disciples du Christ, pour soutenir ceux qui souffrent toujours et écouter leur témoignage. Cette année, cinq grands témoins seront présents à Paris : Mgr John Onaiyekan, cardinal archevêque d’Abuja, au Nigéria, Mgr Ignace Joseph III Younan, primat de l’Eglise syriaque- catholique, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, Mgr Grégoire Elias Tabé, archevêque de Damas, en Syrie, Soeur Bounmy, religieuse de la Charité, au Laos, Don Gabriele Machesi, du Brésil. Tous donneront leur témoignage au cours de la veillée.

Homélie pour la Vigile pascale

Icône de la Résurrection

Elles étaient trois nous rapporte l’évangéliste Luc. Trois femmes dont l’histoire a retenu le nom : Marie de Magdala, Jeanne, et Marie, la mère de l’apôtre Jacques. Elles étaient trois à l’aube de ce matin qui ressemblait à tous les autres matins, dans la ville sainte ensommeillée. Trois ombres craintives, accablées par la mort de celui qu’elles avaient suivi jusqu’au Calvaire. Mais surtout trois femmes déconcertées par la disparition du corps de celui qu’elles venaient voir une dernière fois afin de l’embaumer.

En soumettant ces faits au jugement de l’histoire ou à l’enquête judiciaire, une conclusion s’impose d’elle-même : le corps ne fut jamais retrouvé, il fut sans doute enlevé par ses partisans. Le dossier est clos ! Pourtant, la suite de l’histoire a de quoi étonner et c’est sans doute ce qui permet d’affirmer que nous sommes devant la disparition la plus spectaculaire de tous les temps.

Alors que Jérusalem cherchait à oublier les événements de la veille, et qui pourtant marqueront à jamais sa destinée; alors que les Apôtres eux-mêmes croyaient que ces femmes radotaient, un constat s’impose : la nouvelle incroyable se répandra avec la vitesse de l’éclair et, bientôt, elle embrasera tout le bassin de la Méditerranée. Il n’y a plus place ici pour l’observateur impartial, le journaliste ou l’historien. De ce matin semblable à tous les autres matins, jaillit l’extraordinaire nouvelle du matin de Pâques.

Pourtant, l’expérience du tombeau vide n’explique en rien la foi des disciples du Christ. Ce serait là un bien faible appui sur lequel miser sa vie. L’événement est d’un autre ordre. Le tombeau vide n’est qu’un signe avant-coureur qui prépare les Apôtres à une rencontre avec le Ressuscité où la foi seule est sollicitée. La résurrection du Seigneur Jésus, qu’annoncent les anges, est la réalisation d’une promesse longtemps attendue, où Dieu affirme que la vie est plus forte que la mort, que le vivant, en commençant par le Christ, n’a pas sa place dans les tombeaux de ce monde, dans le tombeau de la mort.

Chacun et chacune de nous, nous sommes venus au Christ par des chemins tout aussi différents que nous le sommes les uns des autres. C’est une recherche commune qui nous unit et parce que nous croyons ensemble en Église, nous ne cessons d’approfondir le don que Dieu nous fait en Jésus Christ et nous ne cessons de nous en émerveiller. C’est tout le sens de cette grande veillée pascale.

Mais il y a bien des manières de s’attacher au Christ et si chacun et chacune de nous pouvait prendre la parole ce soir, nous serions émerveillés par la diversité de nos cheminements et de nos raisons de croire. Écoutons quelques témoignages .

« Si je suis ici ce soir, c’est que j’ai trouvé en Jésus un homme qui a vécu et parlé de la vie comme nul autre. Il se dégage une telle force dans sa manière de me montrer le chemin qui mène à Dieu, que je crois en sa parole. »

« Si je crois au Christ, c’est que le témoignage de sa vie s’est imposé à moi. Si la vie a un sens, si elle vaut la peine d’être vécue, c’est de donner sa vie comme Jésus l’a fait. Voilà ce qui me fait vivre, et, pour moi, il n’y a pas de plus grand maître sur cette route que le Seigneur Jésus. »

« Si je suis ici ce soir, c’est peut-être parce qu’à force de méditer les évangiles, et de tenter de les vivre dans mon quotidien, je me suis attaché à cet homme Jésus. Comme si tout à coup, cet inconnu de la Galilée, m’était devenu proche. À travers son message d’amour et de pardon, la vie de cet homme s’est mise à compter pour moi. Je me suis surprise à l’aimer, à être touchée par son combat, comme si sa lutte était devenue la mienne. »

« Si je crois au Christ, c’est qu’en cheminant avec des chrétiennes et des chrétiens, en approfondissant ma vie de prière, en me nourrissant des sacrements, Jésus est devenu une présence vivante en moi, dont je ne pourrais plus me passer. Comme si la foi en Jésus et en sa parole, me faisait vivre à mon tour ce qu’ont vécu tous ceux et celles qui l’ont suivi avant moi : ce sentiment d’être aimé par lui, accueilli avec mes rêves et le poids de mes faiblesses. »

« Si je suis ici ce soir, c’est qu’au cœur de l’épreuve et de la maladie, il était le seul en dernier lieu, vers qui je pouvais me tourner dans mon impuissance; et je n’ai pas été déçu. Mystérieusement, le Dieu de Jésus-Christ était au rendez-vous et dans ma prière j’ai trouvé la paix. En dépit de ma souffrance, j’ai trouvé le courage de porter ma croix avec lui. C’est pourquoi je crois en lui. »

Un philosophe grec (Héraclite) disait, il y a déjà 2, 500 ans : « Si tu ne sais pas espérer, tu ne pourras jamais accueillir l’inespéré. » En cette Sainte Vigile, qui est la mère de toutes les vigiles, de toutes les attentes au cœur de la vie des hommes, nous proclamons que l’inespéré s’est fait chair, que le Fils du Père a habité parmi nous et qu’il a vaincu la mort. La pierre qui retenait la vie a été roulée sur le côté. La vie qui était captive de la mort a été libérée de ses entraves. Et Jésus Christ est devenu notre éternel printemps.

Voilà la foi qui nous rassemble en cette nuit. À la suite de tous ceux et celles qui nous ont précédés dans la foi, nous faisons mémoire de ces trois femmes, à l’aube de ce matin de ce matin de Pâques à Jérusalem, où chantaient tous les matins du monde :

« Pourquoi cherchez vous le vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité ! »

La Vie a pris la clé des champs ! Elle va d’ici, de là, se donnant à quiconque veut marcher librement à la suite de cet homme de Galilée, Jésus, Christ et Seigneur, le premier des vivants !

Réjouissons-nous frères et sœurs ! Célébrons ! Rendons grâce à Dieu en cette nuit sainte! Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! Amen !

Yves Bériault, o.p.

Stabat Mater

« Près de la croix de Jésus se tenait debout sa mère. » (Jn 19, 25)

« Près de la croix de Jésus se tenait debout sa mère. » C’est avec Marie que je vous propose de contempler la croix du Seigneur en ce Vendredi Saint. À travers la figure de Marie, la Mère du Seigneur, l’évangéliste Jean nous introduit dans le sens profond du mystère de la croix et de notre mystère en tant que disciples du Christ.

Il est vrai que les évangiles ne nous parlent pas beaucoup de la Mère du Seigneur, et pourtant elle est la seule personne dans les évangiles dont on mentionne la présence à toutes les étapes importantes de la vie de Jésus.

Elle est présente à son incarnation, elle en est même l’objet privilégié; elle est là pendant la mission de Jésus, pensons ici aux noces de Cana; elle est présente à Jérusalem, lors de la passion et de la mort de Jésus; et, après la résurrection, elle est sera présente à la Pentecôte avec les apôtres. Malgré leur discrétion, Marie occupe une place unique dans les évangiles, parce qu’elle occupe une place unique dans l’histoire du salut.

Celui que Marie a contemplé tout petit, couché dans une mangeoire, emmailloté, le voici maintenant couché sur la croix. Marie se tient debout devant lui, en silence, mère courageuse et en attente, comme la femme enceinte qui attend l’heure de sa délivrance. Marie, devant la croix, vit une pauvreté spirituelle qui la dépouille de tout privilège, de toute promesse. Il n’y a plus que cette nuit obscure, nuit de la passion, dans laquelle est entré son fils Jésus et dans laquelle elle entre avec lui. Et Marie se tient debout au pied de la croix…

L’évangéliste Jean est le seul qui présente cette scène, et pour bien la comprendre, il faut savoir ce que représente le Calvaire chez Jean. Le Calvaire représente l’ « Heure » de Jésus. Jean mentionne cette « Heure » à plusieurs reprises dans son évangile. Ainsi Jésus dira : « Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils » (Jn 17, 1), « c’est pour cette Heure que je suis venu dans le monde » (Jn 12, 27). Et voilà que tout est consommé. Jésus est suspendu entre ciel et terre, et Marie se tient debout au pied de la croix.

Pour l’évangéliste Jean, le Calvaire est le lieu privilégié où se révèle la gloire du Christ. C’est l’« Heure » par excellence. Jésus ne disait-il pas : « lorsque vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez que Je Suis. » (Jn 8, 28).

Et en plaçant Marie au pied de la croix, Jean la situe au coeur du mystère pascal. Elle est témoin non seulement de la mort de son fils, mais de sa victoire sur la mort. Jésus après sa résurrection dira : « Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu! » Marie sa mère est de ceux-là.

De Marie au pied de la croix, on ne nous rapporte ni cri, ni lamentation. Seulement son silence et sa position : Marie se tait, elle est debout, « donnant à l’immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour » (Vatican II : Lumen gentium, 58). Elle entre avec Jésus dans sa Pâque. C’est l’« Heure » de Jésus, mais c’est aussi l’« Heure » de Marie. Son oui la conduisait à cette « Heure », et c’est aussi le lieu de notre « Heure » à nous, parce que la croix est le lieu du disciple du Christ, et, comme Marie, le disciple est appelé à entrer dans l’offrande de Jésus faite au Père en notre nom.

Est-il surprenant alors que Marie se tienne debout au pied de la croix? Le Calvaire, où le cœur de Marie est transpercé par le glaive qu’annonçait la prophétie du vieux Syméon (« toi-même un glaive te transpercera l’âme »), nous donne de contempler la Mère du Seigneur qui avance dans la foi à la rencontre de la passion et de la mort de son fils. En Marie, nous contemplons déjà l’Église qui va à la rencontre de son Seigneur et qui se tient debout avec lui. C’est cette grâce qui est à l’œuvre en Marie et qui fait d’elle le véritable modèle du disciple du Christ. Avec elle, en ce Vendredi Saint, nous nous tenons debout près de la croix.

Marie se tient debout dans un sens physique bien sûr, mais avant tout, dans un sens spirituel. Au pied de la croix, Marie se tient debout et victorieuse avec le Christ. La passion est achevée, le long périple dans la nuit de la foi s’ouvre déjà sur l’Heure de Jésus, sur sa victoire sur la mort.

Quant à nous, nous savons combien il est difficile parfois de rester avec Jésus. C’est pourquoi il nous invite à prendre avec nous sa mère : « Voici ta mère » dit-il à chacun et chacune de nous. Avec elle, nous pouvons apprendre à nous tenir debout, là où dans la nuit de nos épreuves la résurrection de notre Seigneur est déjà à l’œuvre. Telle est notre foi et nous la proclamons fièrement en ce Vendredi Saint en nous tenant debout tout près de la croix. Amen.

Yves Bériault, o.p.

Jésus et Judas

Judas. Un membre de la famille dont on aime mieux taire le souvenir. Judas, celui qui est associé à la nuit, à la domination des ténèbres. Celui qui va livrer le Fils de l’homme. Pourtant quand j’entends parler de Judas, je ne veux pas penser au traître ou au voleur, ou encore à celui dont Jésus a dit qu’il aurait mieux valu qu’il ne vienne pas au monde. Ce qui retient surtout mon attention dans l’histoire de cet Apôtre, c’est tout d’abord le fait incroyable que Jésus l’ait choisi.

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Comme la plupart des Apôtres, le récit de sa vocation nous est inconnu. Mais la question qui vient aux lèvres de quelqu’un qui prend connaissance de l’histoire de Judas pour la première fois est de demander comment Jésus a pu choisir un Apôtre tel que Judas. Non seulement il n’y a pas là une erreur de jugement de la part de Jésus, mais Jésus a voulu Judas comme Apôtre, alors qu’il savait si bien lire le fond des cœurs.

Tout d’abord, ce qu’il faut souligner dans la relation entre Jésus et Judas, c’est qu’en dépit d’une volonté évidente chez les évangélistes Jean et Matthieu, de révéler au grand jour les côtés négatifs de cet Apôtre en disant de lui qu’il est un « voleur », un « traître », celui qui laisse entrer Satan en lui, jamais Jésus n’accuse Judas ouvertement devant les autres Apôtres. Bien sûr, Jésus évoque la trahison à venir, mais par un jeu de nuances, comme lui seul sait le faire, de telle manière que les disciples ne sauront pas vraiment qui va le trahir avant la scène du Jardin des Oliviers. Comme si en évoquant la trahison au cours du dernier repas, Jésus cherchait surtout à interpeller Judas.

D’ailleurs, ce dernier va se reconnaître quand Jésus va évoquer la trahison à venir et il va l’interroger en lui demandant : « Rabbi, serait-ce moi? » Cet aveu à peine déguisé ne l’empêchera pas d’aller au bout de son projet, ni Jésus d’aller au bout du sien. Jésus connaît son destin. Il connaît qui va le livrer et pourtant il avance vers sa passion en homme libre. Et puisqu’il est vraiment libre, sa liberté ne peut contraindre celle de Judas. Il ne peut qu’interpeller, inviter à aller plus loin.

Judas est sans doute déçu de Jésus, comme nous le sommes parfois dans nos attentes vis-à-vis à Dieu. L’incident de Béthanie, où Judas se plaint de l’argent gaspillé par cette femme qui verse du parfum sur les pieds de Jésus, est peut-être l’incident qui le fait basculer dans le camp adverse. Mais toujours est-il que Judas devait porter une déception énorme pour détruire celui auquel il avait dû beaucoup s’attacher. Car comment expliquer son suicide? En détruisant Jésus, Judas se détruit lui-même. Le reste de l’histoire appartient à Dieu seul et on ne peut juger Judas.

Ce que l’on sait c’est que Jésus a choisi Judas et le drame de ce dernier en dit long sur la difficile suite du Christ, surtout lorsque les déceptions l’emportent sur notre espérance en Dieu, sur nos choix de vie, sur nos projets. Mais ce choix de Judas par Jésus nous rappelle aussi que sans cesse, Dieu en son Fils, nous choisit nous aussi. Nous le croyons. À tous les jours, le Christ, désormais ressuscité, prend parti pour nous. Il nous chérit comme ses enfants. Il nous partage ses rêves les plus fous par le don de l’Esprit Saint. Nous croyons qu’il fait de nous ses compagnons de route, ses disciples, comme il l’avait fait pour Judas, toujours en nous laissant l’entière liberté de nos choix. Alors, pourquoi avoir choisi Judas?

Le choix qu’a fait Jésus de Judas ne peut être que le signe d’un grand amour, du plus grand amour qui soit, de l’amour vrai et inconditionnel qui ne cherche pas à posséder. C’est de cet amour que Jésus a aimé Judas. Il l’a laissé libre, au risque d’y laisser sa vie, tout comme il continue à le faire avec nous aujourd’hui. C’est de cet amour-là que Dieu nous aime. Peut-être Judas a-t-il entendu ces paroles de Jésus après qu’il l’eût livré : « Père, pardonne-leurs, ils ne savent ce qu’ils font. » Et s’il s’est enlevé la vie, c’est peut-être qu’il a réalisé, dans un moment de lucidité sans doute terrifiant, à quel point Jésus l’aimait.

Le drame de Judas, au-delà de sa trahison, c’est qu’il ait cru que sa faute soit irréparable, sans rémission. Sans doute n’avait-il jamais bien compris son Maître, qui par ses paroles et ses gestes, disait tout simplement que l’on n’est jamais humilié devant Dieu, que le pardon est toujours offert. Jésus n’a jamais cessé de le répéter de mille et une manières tout au long de son ministère : avec Dieu il est toujours possible de reprendre la route, puisque c’est lui qui nous a choisis et qu’il nous choisit sans cesse.

Yves Bériault, o.p.