Le temps que l’on prend pour prier

« Le temps que l’on prend pour dire je t’aime
C’est le seul qui reste au bout de nos jour
que l’on fait, les fleurs que l’on sème
Chacun les récolte en soi-même
Aux beaux jardins du temps qui court »

(Extrait de gens
du pays. Gilles Vigneault)

J’ai intitulé ce billet « Le temps que l’on prend pour prier ».  Il aurait pu tout aussi bien s’intituler : « Le temps que l’on prend pour dire je t’aime ». N’est-ce pas là le sens profond de toute prière chrétienne. C’est sans doute une grâce que de faire l’expérience de la prière sous ce mode de l’amour, de se savoir aimé de Dieu et d’entrer mystérieusement dans cet amour par la prière. Quand j’ai passé mon comité d’admission dans l’Ordre des Prêcheurs un frère m’a demandé pourquoi je voulais devenir religieux et je n’ai pu que répondre : « Parce que j’aime Dieu. » Originale mon affirmation ? Écoutons un passage du Shema Israël, la profession de foi de tout israélite :

Écoute Israël, l’Éternel est notre Dieu. L’Éternel est Un. Béni soit à jamais le nom de son règne glorieux! Tu aimeras l’Éternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes facultés.

Que ces paroles que je te prescris aujourd’hui restent gravées dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes fils. Tu parleras d’elles en habitant ta maison, en allant sur les routes, en te couchantet en te levant… Tu les lieras en signe sur ta main, et elles te serviront de fronton entre tes eux. Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes.

Je ne voudrais pas que vous vous imaginiez que je vis sur les hauts sommets de la prière. J’aime la prière, j’aime Dieu, mais je sais d’expérience que le but de la prière ce ne sont pas les consolations. La prière est plus souvent de l’ordre de la nuit, de l’absence de sentiments ou de consolations. Et pourtant Dieu n’y est pas moins présent. Il faut accueillir ces « nuits » avec une fidélité têtue et quotidienne, car c’est alors que nous touchons le sommet de la prière. Dieu, qui n’est pas chiche, donne à son heure, avec surabondance, selon nos besoins.

Mais quel que soit la manière dont nous vivons notre vie de prière, il y a une réalité sous-jacente qui est pour tous : nous sommes tous appelés à aimer Dieu et à nous laisser aimer de lui. Ce n’est pas là une grâce pour quelques mystiques avertis. L’amour de Dieu est le cœur de la prière et toute action liturgique, toute prière personnelle, nous fait entrer dans cet amour, dans une proximité avec Dieu, qui est de l’ordre d’une relation personnelle, d’une relation bien vivante et qui engage toutes les fibres de notre être, de notre intimité la plus secrète. C’est un amour infini qui nous appelle et « c’est parce que Dieu est infini, dira Augustin, que l’on doit continuer à le chercher après l’avoir trouvé. »

La prière est le défi de toute une vie. C’est Paul VI qui disait « l’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres. Ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins. » Le témoin ne peut être qu’un homme ou une femme de prière.

Le temps que l’on prend pour dire je t’aime est le seul qui reste au bout de nos jours, dit Gilles Vigneault. Quand tout aura été dit de nos vies, quand nous serons parvenus au terme de la mission que le Seigneur nous a confiée, il ne restera que cette petite flamme d’amour et de fidélité qui brillera dans nos cœurs et que Dieu reconnaîtra. La prière est l’huile précieuse de cette flamme qui doit briller dans la nuit, cette flamme qui est notre foi en Dieu et en son Fils unique. Tout au long de notre vie, la prière est notre guide, notre pain pour la route, la lampe sur nos pas, notre consolation dans l’épreuve et notre joie quotidienne.

Sainte Thérèse d’Avila disait: « Prier veut dire frayer avec Dieu en ami. » Apprenons donc à prendre le temps de frayer avec cet ami cette année et ainsi nous entrerons à l’école de la prière.

Heureuse celle qui a cru !

Marie, la mère de Jésus, occupe une place centrale dans la foi de l’Église. Elle est celle qui a cru. Mais quand on dit de Marie qu’elle est celle qui a cru, l’on ne veut pas dire par là qu’elle fait simplement partie d’une longue lignée de témoins de la foi, bien que cela soit vrai. Mais l’on veut plutôt affirmer que toute l’expérience de la foi chrétienne, qui consiste à croire que le Fils de Dieu s’est incarné, a comme point de départ la foi de Marie. Elle est celle qui a cru non seulement à la réalisation des promesses de Dieu, à sa venue en notre monde, mais à son incarnation dans sa chair même. Marie accomplit ainsi la première et la plus grande des béatitudes, celle qui requiert une confiance absolue en Dieu, celle de la foi.

Quand l’Évangile nous dit :  » Heureuse celle qui a cru « , cette exclamation n’est pas seulement un cri d’admiration, mais avant tout une invitation qui nous est lancée à vivre cette béatitude de la foi à l’exemple de Marie. C’est pourquoi, à quelques jours de la fête de Noël, la liturgie nous invite à contempler la mère de Jésus, car en elle se trouve résumé tout le sens de l’Avent. En Marie se retrouve toute l’attente de l’humanité qui espère, et qui a besoin d’être libérée des forces du mal. Et en Marie se retrouve l’expression la plus parfaite de l’accueil qu’une femme, qu’un homme puisse donner au don précieux que Dieu nous offre en Jésus, son Fils, son Unique.

La famille chrétienne devant la crèche

Ce qui vient immédiatement à l’esprit lorsque l’on aborde le thème de Noël et de la famille, c’est évidemment celui de la Sainte Famille. Comment cette scène de la crèche de Noël n’évoquerait-elle pas chez les familles chrétiennes une résonance certaine quant à l’expérience de foi qu’elles vivent et son lien avec ce qu’a vécu la Sainte Famille.Spontanément, ce sont les aspects suivants qui me viennent à l’esprit pour alimenter une réflexion chrétienne sur ce thème :

1- la famille comme oeuvre de création
2- la famille comme lieu d’accueil
3- la famille comme lieu de mission

Quand on considère le mystère de l’Incarnation, on contemple tout d’abord l’oeuvre de Dieu. Dieu aime et il est source de tout amour. Par définition, l’amour est fécond puisqu’il vient de Dieu. L’amour est plein de vie et engendre la vie chez ceux et celles qu’il touche. Dieu croit en la vie, puisqu’il est vie, et en nous envoyant son Fils, il vient racheter cette vie afin de la mener à sa plénitude et à sa destination originelle, soit la communion pleine et entière de l’humanité avec son Dieu.

De toute éternité, l’humanité est appelée à la divinisation, et la famille participe éminemment à cette oeuvre, car c’est par elle que naissent les enfants de Dieu. En ce sens, le couple est créateur, mais son oeuvre de création il la tient de Dieu. Il suffit de contempler Marie et Joseph pour mieux saisir le sens de cette affirmation. Leur vocation, vient de Dieu, elle est avant tout un oui à Dieu. Sans ce oui, Dieu ne peut agir, mais c’est l’initiative de Dieu qui fait de ce couple un participant à son oeuvre qui vient parfaire sa création et la mener à son accomplissement.

La famille est aussi une oeuvre d’accueil, car la vie humaine est le lieu privilégié où Dieu se manifeste. Comme le dit la Lettre aux Hébreux:  » N’oubliez pas l’hospitalité, car, grâce à elle, certains, sans le savoir, ont accueilli des anges «  (Hé. 13, 1-2). Marie et Joseph ne connaissaient sans doute pas toute la grandeur du mystère qui se déroulait dans leur vie. Ne les voit-on pas s’inquiéter quand Jésus disparaît au Temple ou lorsqu’il commence à prêcher. Et pourtant, Marie porte tout cela dans son coeur et médite sur ces choses. Ce n’est qu’après la résurrection que tout deviendra clair. Il y a un mystère d’accueil dans la vie de foi, accueil des personnes et des événements. Ce mystère est tout particulièrement à l’oeuvre dans la famille, qui est une communauté d’accueil pour les vies qui lui sont confiées. Des vies livrées à l’amour de Dieu ayant chacune son appel propre, son mystère, chacune étant un reflet de l’amour de Dieu pour les hommes et les femmes de ce monde.

C’est autour des deux pôles mentionnés précédemment, que la famille va se définir comme lieu de mission pour le chrétien et la chrétienne qui s’y engagent. Car la participation à la mission créatrice de Dieu et l’accueil de la vie ne sont pas que des attitudes passives, mais elles entraînent aussi un agir qui va entraîner toute la famille. La famille va devenir ce lieu où doit grandir l’enfant de la crèche afin de devenir cette présence du Christ Ressuscité au monde. Le mystère de la présence de l’enfant de la crèche dans une famille doit nécessairement ouvrir sur le mystère pascal et ce mystère est un mystère de don de soi.

C’est dans la famille que les vertus chrétiennes seront nourries et entretenues par l’exemple des parents, par une vie de prière soutenue, et par une vie en Église réelle et engagée. Le terreau familial deviendra ainsi le lieu de croissance des vertus évangéliques, dont se nourriront les enfants, car elles leur auront été communiquées par les parents, tout comme les enfants sont allaités par le lait maternel. La famille deviendra ainsi une Église familiale ayant en son centre Jésus ressuscité.

La famille qui se rassemble autour de la crèche exprime déjà sa volonté d’entrer dans ce mystère, puisque l’enfant de la crèche est l’expression achevée du  » Dieu avec nous « , Dieu qui se remet entre nos mains,  » Dieu avec nous  » en se faisant l’un des nôtres, en prenant sur lui nos joies et nos peines. L’enfant de la crèche nous ramène à l’aurore de ce mystère de l’amour de Dieu pour nous, et en même temps la crèche est une fenêtre grande ouverte sur l’avenir. Elle nous entraîne au coeur du mystère pascal où brillent les premières lueurs de l’éternité.

Puisse ce Noël vous rapprocher les uns des autres, et de celui qui s’est fait le plus petit des tout petits enfants pour nous.

Un journaliste veut savoir

Fait vécu. La scène s’est déroulée à Montréal, peu de temps avant Noël. Un journaliste d’une chaîne de télévision locale interrogeait les gens sur la rue et leur posait la question suivante : « On dit que Jésus est le Sauveur, mais de quoi vient-il nous sauver? »

Une jeune femme, dans la vingtaine, répondit sans hésiter: « Jésus vient nous sauver de l’insignifiance. »

Le journaliste en resta bouche-bée et moi aussi.

Fête de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie

Vierge et l'Enfant - Cathédral de Notre-Dame de Paris

Vierge et l'Enfant - Cathédrale de Notre-Dame de Paris

« Qu’il me soit fait selon ta parole ». Que de courage derrière ces quelques mots de Marie à l’Archange Gabriel.

Il faut beaucoup de confiance pour s’en remettre ainsi à Dieu et surtout beaucoup d’humilité. Marie était la plus humble de toute, d’une humilité transparente, seule capable d’accueillir le Fils de Dieu et de le laisser briller en elle. C’est là le mystère de l’Immaculée Conception.

C’est le plus grand poète de la renaissance, Dante Alighieri, qui fait dire à saint Bernard de Clairvaux: « regarde désormais dans le visage qui le plus rappelle celui du Christ, car seule sa clarté peut te disposer à voir le Christ » (Par. XXXII, 85-87).

Marie est comme le vitrail de la présence de Dieu en notre monde. Elle laisse passer la lumière à travers elle, et Dieu est là, incarné, l’Emmanuel, parmi nous. Prie pour nous sainte Mère de Dieu!

Un rabbin parle avec Jésus

Jacob Neusner

Je suis à lire le livre de Jacob Neusner, « Un rabbin parle avec Jésus ». On présente cet homme comme « le théologien juif » préféré de Benoît XVI, homme avec lequel il a eu des échanges alors qu’il était préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

D’ailleurs, Benoît XVI tente de répondre à certaines des objections de Neusner dans son livre « Jésus de Nazareth ». Le livre de Jacob Neusner est un livre passionnant, ne serait-ce que par la découverte du judaïsme dans laquelle il nous entraîne. Voici ce qu’on peut lire sur le site des éditions du Cerf qui publie le livre de Neusner :

« J. Neusner s’imagine en rabbi, nourri de Torah, présent au pied de la montagne où Jésus délivre son enseignement. Comment aurait-il reçu les affirmations vigoureuses de ce jeune maître, tour à tour séduisantes et scandaleuses ? À partir de l’évangile de Matthieu, il les affronte l’une après l’autre et les évalue au nom de la Torah que le prédicateur prétend ne pas vouloir abolir mais accomplir. J. Neusner « ne l’aurait pas suivi pour de bonnes et substantielles raisons. »

Aucun livre n’a jamais aussi nettement honoré l’enracinement juif du message de Jésus mais, en même temps, dégagé les points de rupture profonde entre judaïsme et christianisme. La singularité de Jésus y apparaît de façon impressionnante, mais tout autant les convictions majeures de la foi juive. Ce qui est en cause, ce n’est pas tant le contenu de l’enseignement de Jésus que sa prétention de parler de son propre chef avec l’autorité qui revient à Dieu seul, de demander qu’on le suive, lui. »

« Mon but est d’aider les chrétiens à mieux identifier leurs convictions et à être de meilleurs chrétiens, et les juifs à devenir de meilleurs juifs en réalisant que la Torah est le chemin pour aimer et adorer Dieu. »

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Neusner, Jacob. Un rabbin discute avec Jésus. Cerf, 2008. 208 pages.

Souvenir de la Toussaint en Italie

Aujourd’hui, fête de la Toussaint, le train m’amène tout doucement à travers cette campagne italienne, vers la ville de Naples. Comme il est beau ce soleil qui inonde l’humidité du matin! Il diffuse sa lumière avec une incroyable douceur sur ces pâturages d’un vert tendre, où se mêlent à la fois les couleurs d’automne à travers les oliviers et les vignes dégarnies. Un soleil sans violence que je peux contempler sans effort, comme un soleil d’éternité, enveloppant tout de sa lumière. Paix et joie. Quelle joie! Comme si c’était déjà le ciel.Et dans ma descente vers le Sud, je pense à tous ces saints et ces saintes qui ont buriné de leur vie l’histoire de notre frêle humanité. Qu’ils sont beaux ces témoins de l’amour d’un Dieu qui n’a cesse de nous chercher, qui n’a cesse de nous aimer. Je comprends mystérieusement combien Dieu a besoin de nous, Lui qui nous attend de toute éternité à ce rendez-vous de la patience.

Sa hâte se lit dans cette gloire qui revêt le visage de ses saints et de ses saintes. Tout comme des miroirs lumineux, ils sont le reflet de l’amour infini de Dieu pour ses enfants. Et tant que nous sommes de ce temps, il cherchera toujours à travers les battements d’une vie d’Homme à se faire proche de nous. Dieu veut avoir besoin de nous!

Il n’a de cesse de nous chercher et de se dire, un peu comme l’amant aux mots malhabiles qui rêve de faire connaître à la bien-aimée le désir qui l’habite. Mon Dieu est un être de désir et comme je ressens l’appel de son chant en ce matin de la Toussaint. Le chant d’un éternel printemps au cœur de cet automne italien, en cette fête de tous les saints!

Bonne Toussaint à toi, saint en devenir!

Le burn-out au XIIe siècle et Bernard de Clairvaux

Hier je lisais le « De la Considération » de saint Bernard, dans lequel il donne ce conseil au pape Eugène III :

« Et toi donc, dis-le moi, où es-tu jamais libre? Où peux-tu trouver abri? Où peux-tu être toi-même? Partout c’est le vacarme, partout c’est le tumulte; oui, partout tu es accablé par le joug de la servitude. » (5)

« De même, si tu entends te dévouer à tous, à l’exemple de Celui qui s’est fait tout entier à tous, j’approuverai l’humanité de ton dévouement, mais seulement s’il est total. Comment pourrait-il l’être, toi excepté? Tu es un homme, toi aussi. Si tu veux donc que ton humanité sois parfaite et totale, il faut que le sein qui accueille tous les autres te compte toi-même. S’il en était autrement, à quoi te servirait, selon la Parole du Seigneur, de gagner le monde entier en étant seul à te perdre? Alors que tous les autres font leur profit de toi, sois donc, toi aussi, l’un de ceux qui en profitent. Pourquoi serais-tu seul privé du don de toi? Vas-tu, longtemps encore, laisser errer ton cœur sans qu’il revienne? Vas-tu, longtemps encore, refuser de te recevoir toi-même, parmi les autres et à ton tour? Alors que tu te dois aux sages et aux fous, vas-tu te refuser seul à toi-même? L’ignorant et le savant, l’esclave et l’homme libre, le riche et le pauvre, l’homme et la femme, le vieillard et l’adolescent, le clerc et le laïc, le juste et l’impie, tous indistinctement auraient part à toi-même, tous pourraient boire à ton sein comme à une fontaine publique, et toi, seul de tous, tu te tiendrais à l’écart et altéré? »

« …bois, toi aussi, parmi les autres, de l’eau que tu auras puisée à ton propre puits… Rappelle-toi donc, je ne dis pas toujours, je ne dis même pas souvent, mais seulement de temps en temps, que tu te dois aussi à toi-même. Tire profit de toi, sinon avec, du moins après tout le monde. Pourrait-on moins te demander? » [6]


Saint Bernard de Clairvaux

«Il était noble, comme Abélard. Originaire de la haute Bourgogne, du pays de Bossuet et de Buffon, il avait été élevé dans cette puissante maison de Cîteaux, soeur et rivale de Cluny, qui donna tant de prédicateurs illustres, et qui fit, un demi-siècle après, la croisade des Albigeois. Mais saint Bernard trouva Cîteaux trop splendide et trop riche ; il descendit dans la pauvre Champagne et fonda le monastère de Clairvaux, dans la vallée d’Absinthe. Là, il put mener à son gré cette vie de douleurs, qu’il lui fallait. Rien ne l’en arracha; jamais il ne voulut entendre à être autre chose qu’un moine. Il eût pu devenir archevêque et pape. Forcé de répondre à tous les rois qui le consultaient, il se trouvait tout-puissant malgré lui, et condamné à gouverner l’Europe. Une lettre de saint Bernard fit sortir de la Champagne l’armée du roi de France. Lorsque le schisme éclata par l’élévation simultanée d’Innocent II et d’Anaclet, saint Bernard fut chargé par l’Église de France de choisir, et choisit Innocent. L’Angleterre et l’Italie résistaient : l’abbé de Clairvaux dit un mot au roi d’Angleterre; puis, prenant le pape par la main, il le mena par toutes les villes d’Italie, qui le reçurent à genoux. On s’étouffait pour toucher le saint, on s’arrachait un fil de sa robe ; toute sa route était tracée par des miracles.»
Jules Michelet, portrait de saint Bernard dans l’Histoire de France

Source : Encyclopédie de l’Agora

La foi en Dieu est-elle nécessaire?

Une amie avec qui je corresponds se demande si la foi est vraiment nécessaire, puisqu’elle a une amie non-croyante qui est bien meilleure et dévouée que bien des chrétiens qu’elle connaît.Ce que je réponds à cette objection: Imaginons ce qui arriverait si cette personne découvrait Jésus Christ et son Évangile? Si elle goûtait à la vie spirituelle que nous donnent la prière, les sacrements, notre appartenance à l’Église et à une communauté chrétienne? La foi en Jésus est pleine de grâces de toutes sortes à cause de son Esprit qui habite en nous. C’est cela le plus (+) que les incroyants ignorent. Eux aussi sont appelés à connaître Dieu, car cela fait une différence fondamentale dans une vie. D’ailleurs, c’est là le but ultime de la vie.

Dieu nous a créés bons, sans même que nous croyions en lui, puisque nous sommes faits non seulement par amour, mais d’amour. C’est Catherine de Sienne dans son Dialogue, au chapitre 51, qui écrit : « L’âme ne peut vivre sans amour, mais toujours veut aimer quelque chose, parce qu’elle est faite d’amour, car par amour je l’ai créée ». Et l’ultime expérience de l’amour c’est de connaître Dieu.

Une personne serait-elle bonne, même sans avoir la foi, elle ne peut en rester là. Elle est appelée à devenir encore meilleure, à réaliser pleinement sa vocation humaine, qui est de nous ouvrir à la présence de Dieu en nous, de le connaître comme Jésus l’a connu. Pour vivre cela, il faut la foi! Qu’importe qu’une personne soit déjà bonne, elle ne pourra qu’être meilleure avec la foi. Elle aura en elle une joie et une paix beaucoup plus grande que ce qu’elle pourrait connaître maintenant. C’est même incomparable! La vie aura alors un véritable sens, une véritable direction.

Surtout, je dirais que cette personne ne sera plus orpheline. Elle saura enfin que le créateur de ce monde est Dieu, qu’il est son Père, et qu’il est venu parmi nous en la personne de son Fils Jésus Christ, qui lui, nous a laissé ses enseignements et le don de son Esprit Saint. C’est là le grand cadeau de la foi. La foi ne peut que nous transformer et nous rendre meilleurs et fondamentalement heureux.

Sourde, muette et aveugle

imagesUn livre à lire, celui de Hellen Keller, publié en 1991, réédité en 2001 dans la collection Petite bibliothèque Payot, et qui s’intitule : « Sourde, muette et aveugle ». Véritable drame dans les ténèbres où l’on assiste au combat d’une femme emmurée qui cherche à tout prix à s’ouvrir à ce monde qu’elle appréhende autour d’elle, mais qu’elle ne peut ni voir, ni entendre. Voici un extrait :

« Nous descendîmes le sentier qui menait au puits, attirés par le parfum épandu dans l’air ambiant par le chèvrefeuille qui formait un dôme au-dessus du puits. Quelqu’un était précisément occupé à tirer de l’eau, et mon institutrice me plaça la main sous le jet du seau qu’on vidait. Tandis que je goûtais la sensation de cette eau fraîche, Miss Sullivan traça dans ma main restée libre le mot eau, d’abord lentement, puis plus vite. Je restais immobile, toute mon attention concentrée sur les mouvements de ses doigts.

Soudain il me vint un souvenir imprécis comme de quelque chose depuis longtemps oublié et, d’un seul coup, le mystère du langage me fut révélé. Je savais maintenant, que e-a-u désignait ce quelque chose de frais qui coulait dans ma main. Ce mot avait une vie, il faisait la lumière dans mon esprit qu’il libérait en l’emplissant de joie et d’espérance. Il me restait bien des obstacles à franchir, il est vrai, mais j’étais pénétrée de cette conviction qu’avec le temps j’y parviendrais. »

Photo de Helen Keller et de son professeur Anne Sullivan. Photo prise en 1888 et retrouvée en 2008.

KELLER, Helen. Sourde, muette, aveugle. Histoire de ma vie.
Paris, Petite Bibliothèque Payot. 2001. 288p

Petite fleur! Vraiment?

L’enfance spirituelle, expression avec laquelle on a caractérisé l’expérience spirituelle de Thérèse de l’Enfant-Jésus, n’est pas une voie facile, ni le fait d’une « belle âme attardée dans une interminable puberté » (Expression d’Etty Hillesum à l’encontre de ses détracteurs). Certaines expressions pour caractériser la vie des saints ont parfois le don de diluer, sinon fausser le sens de leur engagement ainsi que la maturité spirituelle qui les caractérisent. Il en est ainsi pour la « petite » Thérèse. Petite fleur, vraiment? Oui, si l’on a bien compris son acte d’abandon entre les mains de Dieu. Mais il reste que cette petite fleur ressemble à certains coquelicots de montagne; on ne les trouve que sur les sommets! À titre d’exemple, voici une réflexion de Thérèse vers la fin de sa jeune vie :

« Cette parole de Job: « Quand même Dieu me tuerait, j’espérerais en lui« , m’a ravie dès mon enfance. Mais j’ai été longtemps avant de m’établir à ce degré d’abandon. Maintenant, j’y suis; le Bon Dieu m’y a mise et m’a posée là. »

(Derniers entretiens, DDB-Cerf, 1971, Carnet jaune, 7 juillet, p. 241-242.)

Nouveau livre : Etty Hillesum – Témoin de Dieu dans l’abîme du mal

Tel est le titre du livre publié par le dominicain Yves Bériault aux éditions Médiaspaul. Jean Vanier, qui a rédigé la préface de ce livre, écrit :

Beaucoup de personnes en difficulté avec l’Église vont trouver une lumière et un chemin vers Dieu à travers Etty. Dieu n’est pas lié aux structures d’une Église. Dieu est souverainement libre. (Jean Vanier)

Etty Hillesum est une jeune juive néerlandaise qui a disparu tragiquement dans la nuit de la Shoah, à l’automne 1943. Le journal intime et les lettres qu’elle a rédigés durant la Deuxième Guerre mondiale comptent parmi les documents spirituels les plus signifi catifs du XXe siècle. Au coeur de l’horreur, elle parvient mystérieusement à une joie profonde, arrive à percevoir la beauté de la vie, persévère à croire en l’homme et choisit d’être solidaire de son peuple jusqu’à le suivre dans les camps pour y apporter toute l’aide possible.

Exceptionnelle par sa force d’âme, Etty se révèle aussi très moderne par son cheminement atypique. Puisant à la fois au judaïsme et au christianisme, mais sans jamais pratiquer ni adhérer à une confession religieuse, elle découvre au plus intime d’elle-même un Dieu que reconnaissent sans peine juifs et chrétiens. Ainsi, toute personne peut trouver en elle une compagne sur les chemins non balisés de l’aventure humaine.

Yves Bériault dégage ici l’essentiel de l’histoire et de la vie spirituelle d’Etty Hillesum, pour la présenter aux non-initiés comme pour éclairer la lecture de ceux qui apprécient déjà ses écrits. Son désir est de mieux faire connaître cette figure qui suscite de plus en plus d’intérêt et dont le monde n’a pas fi ni d’entendre parler.

Pour se procurer ce livre, suivez ce lien.

Le saut dans l’inconnu

Un correspondant me demande : « Pourquoi certaines personnes n’ont-elles pas le don de la foi? » La question comporte déjà sa propre réponse. Il s’agit bel et bien d’un don et l’homme est bien impuissant à se donner la foi. Je parle de la foi qui fait vivre et aimer, celle qui nous dépasse. La foi chrétienne affirme que Dieu ne fait pas de distinction entre les personnes. Toutes sont appelées à le connaître et à l’aimer. Dieu n’est pas chiche et il n’a pas de préférés. Ou s’il en a, comme nous le voyons dans les évangiles, ce sont toujours ceux et celles qui sont les plus loin de lui.

Jésus montre une attention toute particulière pour les pauvres et les exclus, pour ceux et celles que l’on considère perdus. Mais la démarche de foi implique un saut dans l’inconnu. Tous ne le vivent pas ainsi. Certaines personnes semblent être tombées dans le « bénitier » dès leur tendre enfance et la foi ne semble jamais leur avoir fait défaut.

D’autres doivent chercher de manière plus laborieuse et je ne doute pas que ce soit parce que Dieu les attend ailleurs. Non pas que Dieu se refuse à eux, mais parfois notre histoire personnelle nous a fait fermer la porte à Dieu. Mais comme le dit Jésus au livre de l’Apocalypse : « Je me tiens à la porte et je frappe, celui qui m’ouvrira, je prendrai mon repas avec lui et lui avec moi. » Ailleurs dans les évangiles Jésus dit : « Frappez et l’on vous ouvrira, demandez et vous recevrez. »

Le don de la foi et la plus belle demande qu’une personne puisse faire, car la foi illumine tout notre existence et lui donne une direction assurée. Et c’est ici qu’intervient la notion de l’amour. Car la foi, c’est vouloir entrer dans l’amour de Dieu. C’est accepter de se laisser aimer par lui, de remettre entre ses mains toute notre vie, tous nos espoirs, nos peines et nos projets. Il y a là une dimension de confiance. Si quelqu’un veut croire en Dieu, il doit tout d’abord lui faire confiance, le prier et lui demander cette foi. La quémander! C’est cela le saut dans l’inconnu, mais dont on ne revient jamais les mains vides.

Priez pour le pauvre prédicateur

J’ai toujours aimé prêcher depuis mon appel à ce ministère par le Seigneur. C’est ma plus grande joie, bien que l’enfantement soit toujours douloureux, et ce après des années de prédication. C’est là un signe qui me rassure. Je ne voudrais pas qu’il en soit autrement.

Quand il se donne vraiment à sa mission, le prédicateur fait l’expérience à la fois de sa pauvreté et du don de Dieu. C’est pourquoi, même après des années, il peut toujours tirer du neuf de ce vieux trésor qui lui est confié. C’est là le défi. Et à chaque fois c’est l’étonnement, l’émerveillement devant ce que peuvent receler des textes lus et relus des milliers de fois.

Le prédicateur est appelé à puiser à cette source de la Parole et à s’en abreuver, afin de pouvoir la partager aux autres. Il doit se laisser toucher lui-même s’il espère toucher les autres. Heureusement, Dieu est plus grand que nous et ne saurait se restreindre à nos seules capacités. Dieu veut avoir besoin de nous, d’où l’importance d’être fidèle à sa grâce et de prendre au sérieux son appel. Et là on se tient devant un grand mystère qui nous laisse bouche bée.

Le prédicateur est appelé à faire cette expérience de plus grand que lui dans cette expérience de communication. C’est parfois bouleversant, c’est toujours une grâce.

Il faut donc prier pour le pauvre prédicateur afin qu’il soit toujours un instrument docile entre les mains du Seigneur. C’est sans doute là la première tâche de ceux et celles qui l’écoutent.

Le regard de l’autre

Je reviens d’une rencontre avec des jeunes âgés entre 12 et 15 ans. Lors des échanges en groupe et lors des rencontres individuelles la question du regard de l’autre sur soi s’est imposée comme sujet d’échange. L’adolescent est tellement vulnérable à ce regard sur lui. Le regard se fait d’autant plus impitoyable à cet âge parce que le jeune doute de lui-même, de ses capacités, de son « look », et ne peut tolérer de voir sa réflexion chez l’autre qui est faible ou paumé. Ce qui explique pourquoi les jeunes deviennent parfois si cruels entre eux.Le regard de l’autre sur moi. Ne portons-nous pas cette hantise toute notre vie. Bien sûr l’on développe des résistances, un sens de la répartie ou même une certaine indifférence, mais la partie n’est jamais gagnée. Toute notre vie l’on demeure vulnérable au regard de l’autre, comme des adolescents qui ont besoin d’être rassurés, de savoir qu’ils sont toujours extraordinaires et digne d’amour. Il s’agit d’apprendre à vivre avec nos limites et une image de soi qui ne correspondra jamais à cet idéal que nous abritons secrètement en nous. C’est un apprentissage qui durera toute la vie. Et si nous demeurons sensibles au regard posé sur nous, il est en notre pouvoir de soigner notre propre regard sur l’autre. Peut-être que ce regard sur l’autre est le passage obligé par lequel nous apprenons à nous laisser regarder à notre tour. Une pédagogie de notre nature humaine.

Quelle grande responsabilité nous portons dans la manière de nous regarder les uns les autres. Il y a de ces regards qui peuvent blesser comme un coup de couteau, des regards assassins, et d’autres, qui sont comme une soie sur le coeur. Un regard bienveillant posé sur quelqu’un ne coûte rien, il est à la portée de toutes les bourses, des plus riches jusqu’aux plus pauvres, et, pour qui le reçoit, il devient le plus inestimable des biens.

Cette semaine, j’ai reçu deux belles lettres d’amis, comme des bouquets de fleurs inattendus au coeur de l’hiver, dans lesquelles ils me confiaient leur amitié pour moi, leur estime. C’est tout gratuit et tout bon à recevoir. Cela m’a fait chaud au coeur ces regards d’amis. L’une de ces lettres se terminait ainsi : « N’oublies pas de t’appuyer aussi sur les autres quand tu en as besoin. » Oui, il faut aussi savoir ouvrir sa porte à l’autre et faire confiance. C’est alors que nos regards peuvent vraiment se rencontrer et s’aider mutuellement à grandir.

Dieu et la violence

Comme moi vous n’êtes sans doute pas indifférents à ce déferlement de violence entourant les caricatures du prophète de l’Islam. Un sentiment d’inquiétude monte en moi. Certains admirent la détermination et la conviction avec lesquelles le monde musulman défend sa religion, mais moi j’en éprouve un profond malaise.

Que la violence soit si manifeste et naturelle devant ce que l’on considère être un blasphème m’interroge sur ce rapport de l’Islam avec la violence. Quel Dieu mérite que l’on tue pour lui? J’ai le sentiment d’être plongé dans une dynamique propre à l’Ancien testament où la foule se déchaîne, où l’on lapide et l’on tue. Le tout au nom de Dieu. Étrange n’est-ce pas?

Non pas que la violence ne soit pas aussi le lot de certains groupes se disant chrétiens, mais habituellement ce ne sont pas des motifs religieux qui les animent et leurs actions ne peuvent trouver aucun appui dans les enseignements de Jésus. Mais dans le cas présent, il n’y a aucun doute, même si les extrémistes profitent de la situation, ce sont bien de fervents musulmans qui portent leur indignation à un point limite, un point de cassure avec le monde occidental.

Par ailleurs, j’ai le sentiment, à voir certaines entrevues à la télévision, que bien des musulmans se sentent obligés d’entériner ce qui se passe actuellement, sinon ils seraient considérés comme de mauvais musulmans. Et ici s’exprime aussi un profond malaise quant au rapport entre religion et liberté. Ces deux concepts ne semblent pas pouvoir coexister facilement dans l’Islam.

J’ai l’impression parfois que cette religion est entraînée dans un cycle de violence inexorable et nul ne sait où il s’arrêtera. Tout cela pour Dieu! Quels lendemains nous réserve l’Islam et son rapport au monde moderne? Je ne puis m’empêcher de croire et de souhaiter que bien des musulmans doivent être attristés devant ce qui se passe présentement. Il faut prier les uns pour les autres.

L’amour c’est…

Des professionnels ont posé la question suivante à des enfants de 4 à 8 ans: « Que veut dire l’amour? » Les réponses ont été plus étendues et plus profondes que ce que les experts anticipaient.

Quand ma grand-mère a eu de l’arthrite et qu’elle ne pouvait plus mettre de vernis sur ses ongles d’orteils, mon grand-père le faisait pour elle, même après, quand il avait aussi de l’arthrite dans les mains. Ça c’est l’amour. Rebecca, 8 ans.

Quand quelqu’un nous aime, la manière de dire notre nom est différente. On sait que notre nom est en sécurité dans leur bouche. Alain, 4 ans.

L’amour c’est quand la fille se met du parfum et le garçon met de la lotion à barbe et qu’ils sortent ensemble pour se sentir. Martin, 5 ans.

L’amour c’est quand vous sortez manger et que vous donnez à quelqu’un beaucoup de vos frites sans demander que l’autre vous donne les siennes. Jean, 6 ans.

L’amour c’est quand quelqu’un vous fait du mal et que vous êtes très faché mais vous ne criez pas pour ne pas les faire pleurer. Suzanne, 5 ans.

L’amour c’est ce qui nous fait sourire même quand on est fatigué. Tim, 4 ans.

L’amour c’est quand maman fait du café pour papa et qu’elle y goûte avant de le donner à papa, pour s’assurer que c’est bon. Dan, 7 ans.

Si vous voulez essayer d’aimer, il faut commencer par un ami que vous détestez. Mika, 6 ans.

L’amour c’est quand une vielle femme et un vieil homme sont encore amis, même quand ils se connaissent bien. Tom, 6 ans.

L’amour c’est quand maman donne à papa le meilleur morceau de poulet. Hélène, 5 ans.

L’amour c’est quand mon chien me lèche le visage, même quand je l’ai laissé seul toute la journée. Marie-Anne, 4 ans.

On ne doit pas dire « je t’aime » si cela n’est pas vrai. Mais si cela est vrai, on doit le dire beaucoup. Les gens oublient. Jessica, 8 ans.

Le mal en vérité

« Pour terribles qu’ils soient, les catastrophes matérielles et les antagonismes humains, ne sont pourtant que le symbole de la tragédie infinie qui se joue dans les profondeurs. Notre mal, en vérité, est plus profond que toutes nos détresses apparentes et que toutes nos violences de chair: c’est l’amour d’un Dieu qui saigne dans nos coeurs. »

Zundel, Maurice. Le poème de la sainte liturgie.Oeuvre St-Augustin – St-Maurice, Suisse (DDB en France). 1934. p.74.

La prière de mon père

Voici la réponse étonnante que m’a fait mon père quand je lui ai demandé de me parler de sa prière :

« Je ne demande pas à Dieu qu’il me donne la santé, la richesse, le succès ou même d’être heureux. Je ne lui demande que ceci : qu’Il me rende bon. Bon avec ma femme, mes enfants, mes voisins et mes proches. Pour le reste : santé, richesse, succès, bonheur, je m’en occupe. Mais qu’Il me donne seulement d’être bon. »

Le secret d’une vie

Suite à certains de vos commentaires, chers amis du moine ruminant, je viens prolonger quelque peu cette réflexion sur la mort, entreprise il y a quelques mois.

Ce qui me touche toujours lorsque je dois préparer des funérailles, c’est la rencontre avec les proches de la personne décédée. J’ai le privilège alors d’entrer dans le secret d’une vie, une vie qui m’était inconnue, souvent une vie humble et cachée et qui, soudainement, est dévoilée à tous à l’occasion du décès.

À chaque fois, je suis surpris et ému par tout ce que peut receler une vie humaine quand elle est regardée de près par les personnes qui la connaissaient et l’aimaient. En fouillant dans les replis secrets de cette vie, l’on découvre des trésors impressionnants de bonté, d’amour et de générosité, de passions et de soucis des autres, trésors parfois à peine connus de certains proches. C’est tout cela qui est mis à jour lors du grand passage! Au deuil et aux larmes, se mêle alors une profonde reconnaissance pour tout ce qu’a été la personne décédée. Comme me disait une dame âgée suite à la mort de son époux : « Comme il nous a aimés! »

Bien sûr, les funérailles sont avant tout le lieu où l’on proclame la victoire du Christ sur la mort, la réalisation définitive de cette promesse de Dieu, qui est mise dans la bouche du prophète Isaïe, et qui annoncait la fin de notre humiliation et le retrait définitif de ce voile de deuil qui nous enveloppe le cœur dès notre naissance.

Mais les funérailles sont aussi l’occasion de faire mémoire de la personne qui nous a laissés, une occasion unique de contempler l’action secrète de Dieu dans sa vie et d’en rendre grâce. C’est ainsi que nous apprivoisons la douleur et la mort, et que s’ouvre à l’espérance le coeur de ceux et de celles qui pleurent, en attendant les grandes retrouvailles dans l’éternité de Dieu. Oui, c’est une grâce pour moi que d’être le témoin de ce grand mystère qui se joue à chaque fois devant moi.