Journal de la Trappe (1)

Série d’articles déjà parus en 2006.

Il y a quelques années, à l’occasion d’une année sabbatique, j’ai fait un séjour d’un mois chez des trappistes. En voici un extrait.

(6 janvier) Ce projet de venir à la Trappe, je le portais depuis longtemps. Il faut dire que je fréquente ce lieu de retraite et de prière depuis 25 ans. D’ailleurs, au tout début de mon cheminement spirituel, la Trappe a été le premier endroit auquel j’ai pensé lorsqu’a surgit en moi ce désir de me consacrer au Seigneur. Je voulais devenir missionnaire et, en même temps, je rêvais d’un engagement tellement absolu, que seul la vie monastique semblait répondre à cette aspiration. Mais j’avais dû abandonner cette voie après qu’un moine m’eût dit que la prédication, l’évangélisation active, le travail auprès des communautés chrétiennes, ne faisaient pas partie des objectifs de la vie monastique. « Dommage », lui avais-je dit.

Vingt-cinq ans plus tard, me voici à la Trappe pour un séjour d’un mois. Ce lieu je l’ai fréquenté presqu’à tous les ans, le temps d’une retraite annuelle. J’aime la simplicité de l’office des moines d’Oka, la beauté de l’église, surtout lorsque le soleil l’inonde de toute part et la remplie d’une présence indicible. Le silence plein, la joie de prier, le souvenir de toutes ces situations, de toutes ces décisions que j’ai portées pendant 25 ans devant le tabernacle. On se connaît bien. Ici, j’aime, j’adore, je loue et je rends grâce. C’est une église habitée.

Il y a une semaine environ, alors que je pensais à cette expérience qui m’attendait, j’ai eu peur. Pas une peur effrayante, mais une peur qui excite, comme lorsque l’on risque volontairement, lors d’une escalade ou d’un plongeon. « Tout à coup je déciderais d’y rester à la Trappe! » Vieille ambivalence qui n’a jamais eu de prise sur moi, mais en vieillissant on prend peut-être plus facilement ses chimères pour des réalités. Dès que cette hypothèse a surgie dans mon esprit j’ai senti mon corps se cabrer. « Non! Ce n’est pas raisonnable », me disais-je, me débattant avec cette idée qui semblait vouloir se coller à ma peau.

Mais le temps a fait son oeuvre et, quelques jours plus tard, je n’y pensais plus. D’ailleurs, en arrivant à la Trappe aujourd’hui, cette hypothèse me semblait plus loin que jamais. Certains frères de mon couvent m’ont bien demandé si je songeais à entrer à la Trappe, et cette question m’a surpris. Ne peut-on pas aller passer un mois dans un monastère sans que cela veuille dire que l’on veut changer de communauté? Mais d’où venait cette tentation passagère. De Dieu ou du diable? J’avais oublié ce dernier.

Tout en reconnaissant avec l’Église l’importance de la vie monastique, je réalise que je partage secrètement le scepticisme des réformateurs protestants et d’un bon nombre de mes contemporains. Mais à quoi sert la vie monastique et comment une personne peut-elle y consacrer sa vie sans avoir l’impression de gâcher sa vie? Je réalise que j’ai en moi cette passion d’être au milieu des hommes et des femmes afin de leur annoncer le Christ, et je crains que la vie monastique ne me confronte trop à mon impuissance ou à mon manque de foi. Quelle foi ou quelle grâce d’aveuglement il faut avoir pour devenir moine! (à suivre)

« Alors ils jeûneront »

« Parmi les pratiques pénitentielles que nous propose l’Église, surtout en ce temps de Carême, il y a le jeûne. Il comporte une sobriété spéciale dans la prise de nourriture, étant saufs les besoins de notre organisme. Il s’agit d’une forme traditionnelle de pénitence qui n’a rien perdu de sa signification, et que l’on doit même peut-être redécouvrir, surtout en cette partie du monde et dans ces milieux où non seulement la nourriture abonde mais où l’on rencontre parfois des maladies dues à la suralimentation.À l’évidence, le jeûne pénitentiel est très différent des régimes alimentaires thérapeutiques. Mais, à sa manière, on peut y voir comme une thérapie de l’âme. En effet, pratiqué en signe de conversion, il facilite l’effort intérieur pour se mettre à l’écoute de Dieu. Jeûner, c’est réaffirmer à soi-même ce que Jésus répliqua à Satan qui le tentait au terme de quarante jours de jeûne au désert : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4). Aujourd’hui, spécialement dans les sociétés de bien-être, on comprend difficilement le sens de cette parole évangélique. La société de consommation, au lieu d’apaiser nos besoins, en crée toujours de nouveaux, engendrant même un activisme démesuré… Entre autres significations, le jeûne pénitentiel a précisément pour but de nous aider à retrouver l’intériorité.

L’effort de modération dans la nourriture s’étend aussi à d’autres choses qui ne sont pas nécessaires et apporte un grand soutien à la vie de l’esprit. Sobriété, recueillement et prière vont de pair. On peut faire une application opportune de ce principe en ce qui concerne l’usage des moyens de communication de masse. Ils ont une utilité indiscutable mais ils ne doivent pas devenir les maîtres »de notre vie. Dans combien de familles le téléviseur semble remplacer, plutôt que faciliter, le dialogue entre les personnes ! Un certain « jeûne », dans ce domaine aussi, peut être salutaire, soit pour consacrer davantage de temps à la réflexion et à la prière, soit pour cultiver les rapports humains. »

Jean Paul II. Angélus du 10 mars 1996 (trad. DC 2135, 7/4/96, p. 313)

Lettre de notre ami Paul

« Ne savez-vous pas que les coureurs, dans le stade, courent tous, mais qu’un seul gagne le prix? Courez donc de manière à le remporter. Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse; eux, c’est pour une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable. » (1 Corinthiens 9, 24-25)

Nos choix de vie : un appel au bonheur

Un évêque allemand, que j’ai eu la chance d’entendre prêcher à l’église Santa Maria in Trastevere, à Rome, à la communauté de San Egidio, proclamait bien fort dans son homélie : « Je suis fils de Dieu! Avant même que le monde soit créé, Dieu pensait à moi. Il m’aimait déjà et il voulait me créer. Et ce monde avec ses galaxies a été créé pour MOI, car JE suis fils de Dieu. Et il me demande de m’y engager avec tout cet amour qu’il a mis en moi, car JE suis fils de Dieu! » Ce fut une homélie à la fin de laquelle j’aurais voulu applaudir tellement l’enthousiasme de cet évêque était communicatif.

En rappelant ici cette homélie, je désire simplement souligner que notre vocation personnelle, mystérieusement, s’inscrit déjà dans le coeur de Dieu, avant même que nous ne soyons nés. Il ne s’agit pas ici de déterminisme, où nous n’aurions pas le choix de l’orientation de nos vies. Mais Dieu, dans sa prescience, voyait déjà chacun et chacune de nous, avant même la création du monde. Il se penchait déjà, avec amour, sur le rêve en devenir que nous étions; posant son regard bienveillant sur chacun de ses enfants en devenir, encore à l’état de rêve; posant son regard d’amour sur la fibre la plus intime de notre être et mettant en chacun et chacune un dynamisme de vie capable de regarder vers l’infini, capable de le reconnaître pour qui il est : Dieu, notre Père.

Je crois être venu au monde avec cet appel particulier à chercher Dieu de toutes mes forces, dans une vie qui lui serait entièrement consacrée. Cette vocation aurait sans doute pu se réaliser dans le mariage ou dans un célibat engagé dans le monde. Mais c’est Dieu qui appelle et qui inspire des directions à nos choix de vie. Je dirais qu’il nous souffle à l’oreille ce qui pourra être, pour nous, la meilleure voie d’épanouissement, sans que cela veuille dire qu’il n’y ait pas différentes voies possibles. Mais certaines sont mieux adaptées à ce que nous sommes, à ce que nous portons comme richesses, talents et sensibilités.

Il y a des choix de vie où nous sommes mieux assurés de trouver notre bonheur, notre épanouissement personnel, même si parfois ces choix semblent aller contre la logique de ce monde. À notre époque, dans nos sociétés occidentales, même le mariage est soupçonné. Avoir des enfants est quasiment perçu comme un geste irresponsable, dès que l’on dépasse un deuxième, si ce n’est dès le premier! Que dire alors de la vocation religieuse ou sacerdotale! Même des chrétiens s’en méfient et jugent parfois sévèrement ceux et celles qui s’y engagent.

La vocation religieuse ou sacerdotale est avant tout un choix de vie où, la personne qui s’y engage, y reconnaît une voie de bonheur et d’épanouissement supérieure à tout autre pour elle. Il s’agit d’une invitation de Dieu qui, secrètement, au fond du coeur de celui ou de celle qui est appelé, met un désir profond de suivre le Christ avant toute chose. Cela devient le premier choix de vie.

C’est un choix qui doit se faire, ni par sentimentalisme, ni par culpabilité, ni par crainte de dire non à Dieu, comme le présentent certaines spiritualités qui caricaturent l’appel de Dieu, mais ce choix doit être avant tout un oui au bonheur, en dépit des renoncements qu’il implique. Celui ou celle qui s’y engage, doit s’y engager parce qu’il y trouve sa joie. Il n’y a pas d’engagements de vie sans renoncements, mais toujours, l’amour, la joie du don de soi, le désir de dire oui, nous font accepter les limites et les contraintes d’un choix de vie donné, les avantages étant tellement supérieurs aux renoncements. Même ces derniers sont au service de l’amour et le font grandir, l’aide à atteindre sa pleine maturité.

Oui, Dieu me demande de m’engager dans ce monde avec tout cet amour qu’il a mis en moi, car JE suis fils de Dieu!

Ma prière (1)

Correspondance avec une amie lors d’un séjour récent à Rome

J’écris ces lignes au moment où, de ma fenêtre, j’entends la foule et ses klaxons dans les rues de Rome, qui célèbre une victoire quelconque. Sans doute la victoire d’une équipe de soccer, Roma ou Lazzio. Cela dure depuis environ cinq heures et ne semble pas vouloir s’arrêter. Et je reste toujours étonné devant la passion, l’enthousiasme, que l’homme peut manifester devant une victoire sportive. Comme si le sport devenait le lieu de toutes ses victoires et de toutes ses défaites, l’absolu jamais atteint, et qui provoque une telle soif chez l’amateur. Une soif qui peut devenir jubilatoire ou violente, c’est selon!

Et je me dis combien l’homme est un aveugle qui cherche à tâtons le sens de son existence et qui est prêt à s’attacher à toute forme de victoire où il fait nombre; où il n’est plus seul dans son combat, mais vainqueur à plusieurs. Dans cette recherche, il est encore bien loin de l’absolu. Car il ne s’agit là que de simulacres de victoires qui ne le font pas vraiment grandir, mais qui peuvent quand même être l’occasion pour lui de réfléchir sur la soif qui l’habite et le besoin qu’il a de l’étancher avec quelque chose de durable et d’éternel.

Ce préambule ou cette digression, m’amène à parler de ma prière, dans laquelle j’ai trouvé la première expression de ma quête de sens et qui, depuis, m’a amené beaucoup plus loin que je ne l’aurais imaginé, beaucoup plus loin que les victoires éphémères et les « absolus » de passage que nous proposent nos contemporains. Si je m’engage dans cet exercice, c’est que je cherche à identifier le chemin par lequel le Seigneur m’a conduit. Car je dois reconnaître que je ne suis pas un fin analyste quand il s’agit de décortiquer mon expérience. Et pourtant les grands spirituels, saint Jean de la Croix par exemple, parlent d’étapes qui nous engagent de plus en plus dans cette rencontre avec le Dieu vivant, Père, Fils, Esprit Saint! Je vais donc tenter l’expérience d’un retour sur cet apprentissage de la vie de prière dans laquelle m’a conduit le Seigneur. (à suivre)

« La beauté sauvera le monde! »

art150.jpgÉcrivant en 1952, Pie XII, dans sa Lettre aux artistes, souligne à quel point le travail de l’artiste est essentiel à la vie de l’Église et de notre monde. S’inspirant de l’affirmation inoubliable de l’écrivain russe Dostoïevski, « la beauté sauvera le monde », il écrit : « Le beau doit nous élever. La fonction de tout art, et donc de tout artiste, consiste à briser l’espace étroit et angoissant dans lequel l’homme, tant qu’il vit ici-bas, est plongé pour ouvrir une fenêtre vers l’infini! »

Dans sa quête du beau et de l’inexprimable, l’artiste est à sa manière un chercheur de vérité, interrogeant sans cesse cette passion qui le consume et le fait vivre. Qu’il soit comédien, musicien, peintre, écrivain, sculpteur ou artisan, et j’en passe, il y a en lui un espace secret où se livre un combat qui ressemble à celui de Jacob avec l’ange. L’inspiration n’est jamais un dû, elle ne se livre qu’après une lutte ardue: « Bénis-moi! » Voilà souvent le cri de l’artiste au coeur de son combat.

L’artiste évoque aussi la figure d’un Moïse, le contemplatif devant le Buisson Ardent. Il me semble qu’il est toujours hanté par cette question fondamentale : « Quel est ton nom? » L’artiste a besoin de saisir ce qui lui échappe. Comme le scientifique, il cherche à comprendre, à saisir l’indicible. Il est fasciné par ce qui le dépasse et il entraîne le monde dans sa soif d’absolu. Cette recherche du beau et du vrai, comme l’affirment Dostoïevski et Pie XII, est capable de sauver le monde. Je le crois. Mystérieusement, elle le rend plus humain, elle lui permet de s’ouvrir à lui-même et de se dire.

Hommage donc à tous ces artistes qui peuplent notre imaginaire de formes et de couleurs inédites, de sons, d’images et de chansons, qui nous transportent à mille lieux, pour mieux nous dire qui nous sommes. Hommage à tous ces artistes célèbres et méconnus qui ont tellement enrichi le patrimoine humain. Hommage surtout à cet artiste qui sommeille en chacun de nous et qui, de mille et une manières, au fil des jours, recrée le quotidien et enfante le monde de demain. Prêtons-lui attention, prenons-le au sérieux, même si ses efforts paraissent parfois malhabiles. A sa façon, il poursuit l’œuvre de création que Dieu a commencée de bon matin.

La foi populaire

De passage à Montréal, je suis allé à l’Oratoire Saint-Joseph. Un sanctuaire gigantesque, sans grande beauté, mais où affluent des millions de personnes chaque année, chacune avec son petit bagage de demandes, de souffrances ou de curiosité. Il y avait là une jeune femme au pied de cette grande croix dans la chapelle de la crypte.Le corpus sur la croix fait près de deux mètres et lorsque l’on se tient devant cette croix, il faut lever les mains au-dessus de sa tête afin de toucher les pieds du Christ. Les pèlerins qui viennent poser ce geste de dévotion sont tellement nombreux qu’il n’y a plus aucune couleur sur les pieds de ce Christ en croix, elles ont toutes été effacées par les touchers successifs de tous ces pèlerins venant exprimer leur amour et leur supplication.

Cette jeune femme aux longs cheveux noirs est restée de longues minutes en prière au pied de cette croix, la tête appuyée sur le bois, tenant fermement les pieds de Jésus. Un spectacle émouvant, où je me sentais un peu voyeur devant cette foi qui s’affichait ouvertement et sans honte. En même temps que je l’observais, je l’admirais et je l’enviais. J’enviais cette prière de confiance amoureuse, cette prière suppliante, comme si elle était seule au monde avec Jésus en croix, et je me disais : « Voilà la vraie prière! », celle qui donne tout, où l’opinion des autres ne nous atteint plus, où l’on se donne tout entier au Christ.

Certains se moquent de cette foi populaire ou en parlent avec complaisance, le regard attendrit, mais tout en laissant entendre que la cause est déjà jugée. Le mépris des pauvres sera toujours une tentation en Église, et pourtant n’est-ce pas leur prière qui seule est capable de toucher le coeur de Dieu? N’est pas là ce que Jésus est venu nous enseigner. Il faut savoir se tenir avec lui au pied de la croix, comme le font les pauvres, et ne pas avoir honte d’avoir besoin de lui. C’est avec cette leçon que j’ai quitté ce haut lieu de prière qu’est l’Oratoire Saint-Joseph.

Sans le savoir, cette jeune femme aux longs cheveux noirs a rendu témoignage au Christ. Il faut prier pour elle et porter avec elle sa prière. « Vois Seigneur comme elle t’aime, et comme elle a confiance en toi. »

Dieu en question

Un prêtre lors d’un repas lance ceci à propos de Dieu : « parfois on se demande ce que fait le type d’en haut! » Ce prêtre voulait ainsi exprimer sa déception devant l’état du monde, tout en blâmant Dieu pour cette situation. Combien de chrétiens et de chrétiennes réagissent ainsi. Et la question qui me vient spontanément à l’esprit est la suivante : mais en quel Dieu croyez-vous au juste?

Le déficit d’incompréhension à l’endroit de la providence de Dieu est directement proportionnel à notre incompréhension vis-à-vis l’état précaire de notre condition humaine. Ce que nous ne parvenons pas à assimiler c’est à la fois la tragédie de notre condition mortelle, avec tout son cortège de souffrances et de calamités, et la toute-puissance de Dieu. Pourquoi sa force ne vient-elle pas contrebalancer notre état de faiblesse, nous demandons-nous?

Le combat de Dieu en notre faveur se situe à un autre niveau. Nous sommes enfermés par le péché dans un cycle infernal que notre condition humaine nous oblige à assumer jusqu’à notre dernier souffle. C’est le mystère du Mal. Nous sommes dans la dèche, mais Dieu vient nous sauver. Il nous appelle à entrer dans son éternité, dans son amour insondable, et pour y arriver il nous envoie son Fils.

Jésus est venu nous apprendre à vivre pleinement notre condition humaine, bien que cela ne nous dispense pas de la souffrance et de la mort. Il y a là un passage obligé qui n’est pas voulu par Dieu, mais dont il veut nous sauver. Grâce au Christ notre vie est marquée à jamais de l’empreinte divine, du don de l’Esprit Saint. Avec lui nous apprenons à durer et à grandir dans ces combats quotidiens où la mort cherche à l’emporter sur la vie. Avec lui nous sommes vainqueurs, même si les épreuves de la vie demeurent entières et ne s’évanouissent pas comme par enchantement de notre horizon terrestre.

Grâce au Christ nous savons que la vie triomphera. C’est cette victoire que nous revendiquons à Pâques et à chaque eucharistie, victoire qui nous sera donnée définitivement lors du retour du Christ. Telle est notre foi. Avec le Christ nous apprenons à obéir au Père, à dire avec lui: « Père, que ta volonté soit faite », et nous devenons peu à peu des intimes de la vie trinitaire, des intimes de l’amour qui bat en son cœur. Elle est là l’action de Dieu en notre faveur, le miracle de Dieu dans nos vies, et non dans la suspension des lois de la nature.

Le chrétien ne croit pas en un Dieu magicien, un « deus ex machina« . Il croit en un Dieu Père, dont il ne devrait jamais douter de la sagesse dans la conduite du monde, du moins s’il a foi en lui. C’est le simple bon sens.

La rencontre de l’autre

François Varillon, dans son livre : « Un chrétien devant les grandes religions », pose la question suivante : « Qu’est-ce que le christianisme m’apporte d’absolument unique et irremplaçable? Il est vrai que, lorsque les chrétiens ne sont pas capables de répondre à cette question, on peut se demander s’ils sont vraiment chrétien et pourquoi ils le sont » (p. 26). Le jugement de Varillon ici est sévère, surtout à une époque où tant de choses sont relativisées. Mais fondamentalement, il a raison. La suite du Christ ne peut pas être ramené tout simplement à un style de vie parmi d’autres, ou à une question de culture ou d’habitude. Qu’est-ce qui me fait vivre comme chrétien? That is the question , comme dirait Shakespeare. “To be or not to be.”Naturellement, à une époque où la notion de tolérance a fait des gains considérables, où l’oecuménisme a donné naissance en quelque sorte au dialogue inter-religieux (pensons à la première rencontre inter-religieuse d’Assise en 1984), l’on constate que le contre-coup de cette ouverture à l’autre semble être la tentation de relativiser ce qui fait la spécificité de chacun. Cette tentation est grande dans le dialogue oecuménique et inter-religieux, tant au niveau des intervenants, qu’au niveau du grand public, du croyant ordinaire, qui en arrivent à penser que toute croyance renvoie à la même réalité, que tout se vaut. Cela entraîne alors un certain relativisme qui tend à dévaluer la spécificité de l’expérience spirituelle chrétienne. Un intellectuel Hindou, Ananda K. Coomarasvamy affirme, face à ce courant contemporain : « La tolérance moderne est dans une large mesure le symptôme, soit de l’indifférence envers la vérité ou l’erreur spirituelle, soit de la conviction que la vérité ne pourra jamais être connue. » (Cité in F. Varillon, p.22)

Le bonheur est dans le pré

« Je ne perds pas confiance en Dieu et je n’attends ni miracle, ni solution magique. Avec humour, je dirais que j’essaie simplement d’être plus patient que Dieu. Peut-être va-t-il céder le premier et ouvrir le chemin devant moi de guerre lasse! »

Voilà ce que j’écrivais à une amie il y a quelques jours. Un peu d’humour, mais beaucoup de vérité. À mon corps défendant parfois, je dois reconnaître que plus nous configurons notre existence au temps de Dieu et plus nous entrons dans une relation de confiance et d’abandon qui nous rend capables de tout supporter, car alors il ne reste plus que l’amour.

Il y a des situations dans la vie où l’on a le sentiment de ressembler à ce bétail dans les prés, qui regarde passer le train au loin, impassible. Le cortège de wagons s’en va vers un autre ailleurs, bien loin vers un pays imaginaire, alors que l’on reste là sur place.

Il arrive que la foi soit mise à rude épreuve au coeur de cette attente. Il faut alors s’accrocher et mettre son espérance dans Celui qui est le Dieu de toute espérance. Je pense ici à saint Dominique, dont on dit qu’il avait « planté dans le ciel l’ancre de son espérance ». J’aimerais bien vivre ma foi ainsi.

Je me souviens de l’un de mes professeurs de théologie, lors du cours sur la vertu théologale de l’espérance, et qui insistait beaucoup pour dire que notre foi reposait sur une « espérance de certitude ». Comme le rappelle saint Paul, « l’espérance ne trompe pas, car l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rom. 5, 5).

Il ne s’agit pas de pensée magique, ni de se concocter un happy-ending hollywoodien. Non! Mais quand on a la foi en Dieu, il faut l’avoir jusqu’au bout, même si nos rêves restent parfois en plan au bord de la route. Une porte se ferme, Dieu ouvre une fenêtre. Le moine ruminant que je suis se doit de croire que le bonheur est dans le pré, dans ces pâturages où le Seigneur nous mène au gré des âges de la vie, au début d’un été à peine né.

Pourquoi je crois

Un correspondant m’écrit ce qui suit: « Il faudrait que, de temps à autres, Dieu répète les miracles qu’on relate dans le nouveau testament. Je crois en Lui (je pense) mais, en même temps, j’ai un gros doute. Je crains que tout ce qu’on se dit ne soit que des mots, répétés afin de se conforter face au néant. »

J’ai souvent souhaité pouvoir donner ma foi comme l’on donne de son sang car, pour reprendre une exclamation de Jean-Paul II lors d’une homélie: « Comment cacher la joie qui nous habite ». Nous voulons partager cette joie avec tous, mais souvent les mots sont traîtres: ils dénaturent notre pensée, le message ne passe pas, sans parler de notre manque d’exemplarité qui vient souvent contredire le témoignage que nous sommes appelés à donner.

De plus, la foi est tellement personnelle que les mots ne sont que des phares qui éclairent faiblement la route devant soi. Mais il faut oser s’avancer, seul, avec le désir de connaître Dieu.

Quant à moi, les éléments déterminants qui m’assurent que ma foi n’est pas qu’un réconfort face au néant sont les suivants:

1. Il y a tout d’abord l’expérience bien personnelle de l’amour de Dieu dans ma vie, d’un sentiment intime de sa présence qui me nourrit dans mes engagements et dans mon sens à la vie depuis des années sans jamais défaillir. Voilà bien un miracle dont je suis le premier bénéficiaire et dont je suis témoin. Inexplicable!

2. La foi en Dieu est aussi une source de joie et de paix, d’une plénitude qui trouve sa confirmation dans la vie des autres chrétiens. Il y a entre nous cette espèce de reconnaissance qui nous dit que nous puisons à la même source, et cette source nous fait vivre, elle devient notre bien le plus précieux. L’autre nous renvoit à nous-mêmes.

3. Enfin, bien que l’énumération que je fais est bien partielle, il y a l’exemple, la profondeur et la richesse des vies de ceux et celles qui sont marqués par le Christ. Je veux parler ici des saints et des saintes d’aujourd’hui et d’hier. Je reconnais en eux le même dynamisme de vie, le même appel, qui semble à l’œuvre dans ma vie, et chaque fois cela vient me confirmer combien il est vrai et combien il est grand cet amour de Dieu pour nous, qu’il a la force de transformer une vie. Le témoignage de leur vie me fait m’exclamer à chaque fois: « C’est donc vrai! »

Voilà. Je pense convaincre personne, car ce ne sont que des mots. Il faut vous approcher vous mêmes de Dieu, même dans la nuit, et crier vers lui. Après tout, on l’appelle le « bon » Dieu. Allez! N’ayez pas peur.

À la synagogue

Il y a quelques années, lors d’un voyage en Europe, j’ai eu l’occasion de visiter la très ancienne synagogue de Rome. Ce qui me frappa d’entrée de jeu c’est la ressemblance avec nos églises. Lorsque nous visitons une synagogue nous ne sommes pas vraiment en terrain inconnu bien qu’il n’y ait pas d’autel.Il y a bien sûr la disposition des bancs qui est familière, avec la place réservée pour les livres de prières, il y a aussi un lieu pour la proclamation de la Parole, mais ce qui surprend le plus c’est le lieu où sont déposé les textes de la Torah, i.e. la Parole de Dieu. Ce lieu s’appelle « arche sainte ».

L’arche sainte ressemble à un immense tabernacle avec un magnifique voile brodé d’or placé devant afin d’en cacher la porte métallique, qui est elle-même magnifiquement ornée. Il s’agit bel et bien d’un lieu sacré. L’on pense ici au voile du Temple de Jérusalem derrière lequel seul le grand prêtre pouvait entrer, et qui cachait aux regards le lieu de la présence de Dieu.

L’arche sainte est le lieu le plus vénéré de la synagogue. À côté y brûle perpétuellement une lampe (ner tamid), comme la lampe du sanctuaire de nos églises, qui montre que la parole de Dieu, contenue dans la Torah, est lumière. En visitant une synagogue l’on saisit à quel point le peuple Juif est le peuple de la Parole.

Une église catholique reprend sensiblement les mêmes dispositions physiques que celles de la synagogue avec son ambon où la Parole de Dieu sera proclamée, mais derrière le voile du tabernacle, ce n’est plus le livre de la Parole que l’on dépose mais le Corps du Christ. Dans le tabernacle l’on dépose et vénère la Parole vivante faite chair, le Verbe de Vie, et une lampe est perpétuellement allumée afin d’en indiquer la présence. Oui, « le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ». Voilà ce que nous rappelle sans cesse cette lampe du sanctuaire.

Comme le souligne Jacques de Bourbon-Musset : « l’Absolu s’est incarné et porte un visage, le visage de Jésus-Christ ! ». Le Verbe de Dieu s’est fait pain pour la route, accomplissant ainsi la vision du prophète Ezéchiel, où l’ange lui tendait le rouleau de la Parole de Dieu en lui disant « prends et mange ». Cette vision atteint sa pleine réalisation en Jésus-Christ, lui qui nous donne sa vie en partage: « Prenez et mangez, prenez et buvez… ». C’est le mystère de l’Eucharistie, «…la suprême offrande de la charité divine à la charité humaine et comme la suprême action de grâces de la charité humaine à la charité divine » (Maurice Zundel).

« Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, » voilà le mystère que recèle pous nous, catholiques, le tabernacle de nos églises, ce lieu sacré qui trouve son impulsion première dans le Temple de Jérusalem et ensuite à la synagogue. Il y a là un lien étroit qui nous rappelle combien nous devons chérir cette foi commune qui nous rattache au peuple d’Israël, aux enfants d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

Ô Trinité éternelle!

« O Trinité éternelle! ô Déité! … vous êtes une mer sans fond où plus je me plonge, plus je vous trouve, et plus je vous trouve, plus je vous cherche encore. De vous, jamais on ne peut dire : c’est assez ! L’âme qui se rassasie dans vos profondeurs vous désire sans cesse, parce que toujours elle est affamée de vous, Trinité éternelle… Car j’ai goûté et j’ai vu, avec la lumière de mon intelligence dans votre lumière, votre abîme, ô Trinité éternelle, et la beauté de la créature. En me contemplant en vous, j’ai vu que j’étais votre image, et que vous m’avez donné votre puissance à vous, Père éternel, avec dans mon intelligence la sagesse, qui est votre Fils unique, en même temps que l’Esprit-Saint qui procède de vous et de votre Fils, faisait ma volonté capable de vous aimer… O abîme, ô Divinité éternelle! Océan sans fond! »

(Sainte Catherine de Sienne. Oraison 22, 10)

La prière et les larmes

Je connais des personnes qui pleurent facilement lorsqu’elles entendent dire de belles choses sur Dieu, ou lorsqu’elles partagent leur foi dans l’intimité d’une rencontre avec un ami croyant, ou qui pleurent parfois lorsqu’elles prient. C’est un don! On l’appelle « le don des larmes ». Parfois ce sont des larmes plus proches de la peine que de la joie, mais la peine que l’on éprouve quand l’on constate combien l’on est encore loin de Dieu ou du prochain, combien la perfection nous échappe.

Pas des larmes de culpabilité, mais des larmes où se manifeste le désir de la perfection spirituelle. Des larmes porteuses d’un certain désir de l’infini, de la grâce, et qui demandent à Dieu la force d’aimer davantage. Ce sont des larmes où la joie spirituelle n’est jamais absente malgré le sentiment de manque.

D’autres fois, ce sont des larmes où l’amour de Dieu pour nous et l’amour que l’on ressent pour Dieu est tellement grand que l’on en pleure de joie. On pleure de joie devant ce sentiment d’être tellement aimé, tellement chanceux de connaître Dieu et de vivre cette intimité en lui. Et l’on pleure. Pleurs de joie, pleurs de reconnaissance, pleurs devant la soif d’infini qui est en nous et que Dieu vient rassasier en son Fils Jésus Christ, en nous donnant à boire l’eau vive. Et pourtant, cette soif se renouvelle à chaque fois et devient encore plus profonde, plus sainte!

Voici un passage du Dialogue où Catherine de Sienne parle justement des larmes :

« Maintenant je t’ai dit comment la larme procède du coeur; le coeur la tend à l’oeil, l’ayant récoltée de l’ardent désir, comme le bois vert qui est dans le feu, qui par la chaleur de l’eau gémit, parce qu’il est vert – s’il était sec, non, il ne gémirait pas – ainsi le coeur, reverdi par le renouvellement de la grâce, en ayant retiré la sécheresse de l’amour propre qui dessèche l’âme. De sorte que sont unis feu et larmes, c’est-à-dire désir embrasé. Et comme le désir ne finit, jamais il ne se rassasie en cette vie, mais plus il aime, moins il lui semble aimer, et ainsi s’exerce le saint désir qui est fondé en charité, et avec ce désir l’oeil pleure. »

Un texte extraordinaire sur le « saint désir » qui fait pleurer, comme le bois vert dans le feu qui distille son eau. C’est un processus de communion à Dieu, mais aussi un processus de purification. Et quand nous nous serons laissés brûler par ce feu d’amour, nous en arriverons à ne plus faire qu’un avec le feu, avec le Dieu trois fois Saint; sans nous confondre, sans perdre notre personnalité, sans perdre même ce corps qui est le nôtre et qui nous suivra dans l’éternité.

Visite chez mon dentiste

Tout est prêt. Le ronron discret et menaçant de la technologie, la musique d’ambiance et le patient résigné que je suis. Contre mauvaise fortune bon coeur!

L’on incline ma chaise au point où je suis pratiquement couché à l’horizontale. Au plafond, astuce de dentiste me dis-je, il y a un grand poster sur lequel on aperçoit une flotte de petites embarcations entourant un grand voilier magnifique. Le tout vu à vol d’oiseau. Tous les petits voiliers et les hors-bords convergent vers le grand voilier, sur fond de mer bleu corail. Me voilà fasciné! Je vois dans cette photo comme une allégorie de la vie, de la quête de l’absolu…

Entre alors dans mon champ de vision le regard attentif de mon dentiste. Un regard intelligent, soucieux et bienveillant penché sur moi. Un regard tout entier consacré à cette dent qu’il faut sauver.

Et si Dieu se penchait ainsi sur nous? Une présence qui se manifesterait à travers l’autre. Et voilà qui me relance sur cette grande question de la proximité à l’autre qu’évoque Jésus dans son Évangile.

L’autre est marqué de l’empreinte de Dieu. Non pas qu’il soit Dieu, mais il possède en partage ce qui marque l’être même de Dieu : l’intelligence, l’amour, la compassion. Ces qualités Dieu en fait don à l’Homme, au point où elles deviennent liées intimement à son être. En l’autre, je puis contempler quelque chose de Dieu.
L’autre me devient précieux à cause de ce qu’il est, aimable pour ce qu’il est, car Dieu le rend digne d’amour, sujet de mon émerveillement. Tout comme l’on se saisit d’admiration devant la plus belle des fleurs. Comment l’expliquer? Sinon que la fleur est investie de beauté et que la beauté est la nourriture même de l’âme. Oui, je sais, les fleurs ne sont pas toutes belles, et pourtant dans toutes les fleurs s’exprime le génie du Créateur. Elles sont toutes une pensée de Dieu, du pissenlit au cactus!

C’est Maurice Zundel qui écrit dans une homélie pour le premier dimanche de l’Avent: « Dans les autres, il y a l’Autre et c’est parce que dans les autres le destin de Dieu est engagé, c’est parce qu’il est mis en question par chaque décision de la volonté, c’est à cause de cela que le prochain nous est confié, c’est à cause de cela que nous avons la charge des autres, parce qu’en eux nous avons la charge de l’Autre ». Mystérieusement je me sens l’objet de ce mystère assis sur la chaise de mon dentiste.

Je quitte la clinique un peu plus léger. Je n’ai vraiment rien ressenti cette fois-ci.

Le Credo et l’amour

Un lecteur m’a confié qu’il lui était difficile d’adhérer au Credo, et du fait même à l’Église, car il n’y était pas affirmé explicitement que Dieu est Amour. Voici ma réponse :

Je vais vous citer Simone Weil qui a cette remarque pleine d’à-propos dans une lettre au Père Perrin :

« Quand d’authentiques amis de Dieu – tel que fut à mon sentiment maître Eckhart – répètent des paroles qu’ils ont entendu dans le secret, parmi le silence, pendant l’union d’amour, et qu’elles sont en désaccord avec l’enseignement de l’Église, c’est simplement que le langage de la place publique n’est pas celui de la chambre nuptiale. » (Weil, Simone. Oeuvres. Quarto Gallimard, 1999. p.778.)

Peut-être en a-t-il été ainsi quand l’Église a voulu professer sa foi dans un Credo au tout début du christianisme. Il faut chercher derrière les mots. Il y est question d’un Dieu « Père », « créateur », d’un fils unique qui souffre, qui meurt crucifié, de la communion des saints, de la vie éternelle. Vous voyez : tout cela me parle d’amour. C’est un Credo qui remonte au deuxième siècle de l’Église alors qu’elle était encore une enfant.

Il faut lire ce Credo en lisant la vie de Jésus dans les Évangiles, en lisant les plus belles paroles jamais écrites sur l’amour de Dieu dans les textes de saint Jean. Le Credo de l’Église c’est aussi tout cela, et c’est à la lumière de ces textes qu’il prend vie.

« Il vit et il crut! »

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En relisant le récit de la course passionnée de Pierre et de Jean vers le tombeau vide, comment ne pas voir dans leur sillage les souvenirs enchevêtrés de ces trois années d’itinérance passées avec Jésus. Comme il était grand leur espoir! Trois années nourries des rêves les plus fous… et puis la mort tragique, la fin brutale de celui qu’ils aimaient. Et quoi maintenant? Quelle est cette nouvelle? Le souffle se fait haletant, mais le pied, lui, reste ferme. Et si c’était vrai? Ils n’osent y croire. À bout de souffle, le regard inquiet, les voici au tombeau, le plus jeune devançant le plus vieux. Le commentaire est stupéfiant par sa brièveté : « Il vit et il crut! »

Et nous voilà projetés hors du tableau, 2009 et quelques poussières… Et cette image de Pierre et de Jean, le matin de Pâques, métaphore de notre vie de foi, continue d’habiter la mémoire de tous ceux et celles qui, un soir ou un matin, se sont retrouvés étonnés, devant un tombeau vide. Le tombeau vide de leurs doutes et de leurs craintes; le tombeau vide de leur impuissance, de leur manque de foi. Un tombeau à la porte ouverte, irradiant la lumière matinale, sa béance pleine d’une présence, le regard intérieur s’allumant soudainement à l’expérience de foi : « Il vit et il crut! »

La foi au Christ ressuscité, avant d’être de l’ordre du croire, est avant tout de l’ordre du voir. C’est la reconnaissance d’une présence intérieure, une présence d’amour infinie devant laquelle la foi se prosterne et adore : « Il vit et il crut! »

C’est l’amour qui croit! C’est le regard aimant de Jésus Christ posé sur nous, qui nous attire vers lui. Et cet appel intérieur, du plus profond de nous-mêmes, se fait pressant, comme pour nous dire : « Vous pensiez avoir enterré tous vos espoirs. Mais regardez, c’est plein de vie dedans. » Parole de Ressuscité!

Saint Joseph, travailleur

La foi n’est pas quelque chose de désincarné, elle se fraie un chemin à travers notre quotidien, un quotidien qui est béni et voulu par Dieu, et qui est le lieu de nos engagements et de nos amours. C’est ce que vient nous rappeler cette fête de saint Joseph travailleur.

Jésus lui-même a vécu notre réalité humaine à l’école de Joseph et de Marie. On l’appelait le fils du charpentier, celui qui œuvrait avec son père Joseph. On voit à travers les paraboles de Jésus et de ses enseignements combien il avait appris à fouler la terre, à se salir les mains. Il savait qu’une maison ne pouvait se construire que sur une base solide, qu’une vigne avait besoin d’être émondée et avait besoin de fumier pour porter du fruit, qu’une semence devait être jetée sur une bonne terre, que le bon vin était fait pour la fête, que le pain rassasiait la faim des hommes, que l’on pouvait prévoir le temps qu’il fera demain en regardant l’horizon. Jésus savait jeter le filet pour la pêche, il savait aussi jeter son regard dans les coeurs, il savait combien la peine pouvait nous peser, combien le pardon et l’amitié pouvaient être bienfaisants dans nos vies, il savait surtout combien nous avions besoin de nous nourrir de l’amour de Dieu.

C’est tout cela que Jésus a vécu et appris à l’école de Joseph et de Marie dans l’apprentissage de son humanité. Et c’est à cette école du travail, de la famille et de la solidarité humaine qu’il nous invite à nous engager avec lui, à l’exemple de saint Joseph.

Nouvelle déclaration choc de Benoît XVI

A son retour à Rome, par une belle après-midi ensoleillée, le Pape aurait confié à une journaliste : « Il fait beau aujourd’hui ! ». Ces propos ont aussitôt soulevé dans le monde entier une immense émotion et alimentent une polémique qui ne cesse de grandir.

Quelques réactions :

Le maire de Bordeaux : Alors même que le pape prononçait ces paroles, il pleuvait à verse sur Bordeaux ! Cette contre-vérité, proche du négationnisme, montre que le pape vit dans un état d’autisme total. Cela ruine définitivement, s’il en était encore besoin, le dogme de l’infaillibilité pontificale !

Le Grand Rabbin de France : Comment peut-on encore prétendre qu’il fait beau après la Shoah ?

Le titulaire de la chaire d’astronomie au Collège de France : En affirmant sans nuances et sans preuves objectives indiscutables qu’il « fait beau aujourd’hui », le pape témoigne du mépris bien connu de l¹Église pour la Science qui combat ses dogmes depuis toujours. Quoi de plus subjectif et de plus relatif que cette notion de « beau » ? Sur quelles expérimentations indiscutables s¹appuie-t-elle ? Les météorologues et les spécialistes de la question n¹ont pas réussi à se mettre d’accord à ce sujet lors du dernier Colloque International de Caracas. Et Benoît XVI, ex cathedra, voudrait trancher, avec quelle arrogance ! Verra-t-on bientôt s’allumer des bûchers pour tous ceux qui n’admettent pas sans réserve ce nouveau décret ?

L’Association des Victimes du Réchauffement Planétaire : Comment ne pas voir dans cette déclaration provocatrice une insulte pour toutes les victimes passées, présentes et à venir, des caprices du climat, inondations, tsunamis, sècheresse ? Cet acquiescement au temps qu’il fait montre clairement la complicité de l’Église avec ces phénomènes destructeurs de l’humanité, il ne peut qu’encourager ceux qui participent au réchauffement de la planète, puisqu’ils pourront désormais se prévaloir de la caution du Vatican.

Le Conseil Représentatif des Associations Noires : Le pape semble oublier que pendant qu’il fait soleil à Rome, toute une partie de la planète est plongée dans l’obscurité. C’est là un signe intolérable de mépris pour la moitié noire de l’humanité !

L’Association féministe Les Louves : Pourquoi « il » fait beau et pas « elle » ? Le pape, une fois de plus s’en prend à la légitime cause des femmes et montre son attachement aux principes les plus rétrogrades. En 2009, il en est encore là, c’est affligeant !

La Ligue des Droits de l’Homme : Ce type de déclaration ne peut que blesser profondément toutes les personnes qui portent sur la réalité un regard différent de celui du pape. Nous pensons en particuliers aux personnes hospitalisées, emprisonnées, dont l’horizon se limite à quatre murs ; et aussi à toutes les victimes de maladies rares qui ne peuvent percevoir par leurs sens l’état de la situation atmosphérique. Il y a là, sans conteste, une volonté de discrimination entre le « beau », tel qu’il devrait être perçu par tous, et ceux qui ressentent les choses autrement. Nous allons sans plus tarder attaquer le pape en justice.

A Rome, certains membres de la Curie ont bien tenté d¹atténuer les propos du pape, prétextant son grand âge et le fait qu’il ait pu être mal compris, mais sans succès jusqu’à présent.

(Vous l’avez bien deviné, il s’agit d’un mot d’humour d’un auteur anonyme)

Pâques 2009

Joyeuses Pâques à tous les fidèles
lecteurs et lectrices du moine ruminant!

Christ est ressuscité! Il est vraiment ressuscité!

Étant donné l’absence du webmestre de ce site jusqu’au 3 mai prochain, ce blogue sera donc mis en suspend jusqu’à son retour, ce qui me donnera une petite vacance. frère Thomas

Elles étaient trois…

Elles étaient trois. Trois femmes dont l’histoire a retenu le nom : Marie de Magdala, Jeanne, et Marie, la mère de Jacques. Elles étaient trois à l’aube de ce matin qui ressemblait à tous les autres matins du monde dans la ville sainte ensommeillée. Trois ombres craintives, accablées par la mort de celui qu’elles avaient suivi jusqu’au Calvaire. Mais surtout trois femmes déconcertées par la disparition du corps de celui qu’elles venaient voir une dernière fois afin de l’embaumer.

En soumettant ces faits au jugement de l’histoire ou à l’enquête judiciaire, une conclusion s’impose d’elle-même : le corps ne fut jamais retrouvé, il fut sans doute enlevé par ses partisans. Le dossier est clos! Pourtant, la suite de l’histoire a de quoi étonner et c’est sans doute ce qui permet d’affirmer que nous sommes devant la disparition la plus spectaculaire de tous les temps.

Alors que Jérusalem cherchait à oublier les événements de la veille, et qui pourtant marqueront à jamais sa destinée; alors que les Apôtres eux-mêmes croyaient que ces femmes radotaient, un constat s’impose : la nouvelle incroyable se répandit avec la vitesse de l’éclair et embrasa peu à peu tout le bassin de la Méditerranée.

Il n’y a plus de place ici pour l’observateur impartial, le journaliste ou l’historien. De ce matin semblable à tous les autres matins jaillit l’extraordinaire nouvelle du matin de Pâques : Christ est ressuscité! Alléluia!

Pourtant, l’expérience du tombeau vide n’explique en rien la foi des disciples du Christ. Ce serait là un bien faible appui sur lequel miser sa vie. L’événement est d’un autre ordre. Le tombeau vide n’est qu’un signe avant-coureur qui prépare les Apôtres à une rencontre avec le Ressuscité où la foi seule est sollicitée. La résurrection du Seigneur Jésus, qu’annoncent les anges, est la réalisation d’une promesse longtemps attendue, où Dieu affirme que la vie est plus forte que la mort, que le vivant, en commençant par le Christ, n’a pas sa place dans les tombeaux du monde.

Trois femmes ont accueilli la Bonne Nouvelle à l’aube de ce matin où chantaient tous les matins du monde, et leurs voix, se joignant à celles des anges, se font entendre jusqu’à ce jour :

« Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts? Il n’est pas ici, il est ressuscité! »

Car voyez-vous, au matin de Pâques, la Vie a pris la clé des champs, la route des écoliers. Depuis lors, elle va d’ici, de là, se donnant à quiconque veut marcher librement à la suite de cet homme de Galilée, lui le premier des vivants!