Le scandale de la croix

« Les évangélistes, faut-il le redire, rapportaient une mort infamante de Jésus sur la croix qui ne pouvait qu’accabler, humilier tout disciple par sa forme d’échec impitoyable. Ce que tout écrivain fabulateur, mythologisant n’aurait jamais voulu imaginer. On n’invente pas Jésus Christ, il a trop d’exigence, et une croix trop lourde et râpeuse pour nos épaules. En somme, nos témoins rapportaient ce qui aurait dû empêcher la naissance et l’expansion du christianisme, s’ils n’avaient pas voulu témoigner particulièrement des faits et de la foi ardente qu’ils avaient en Jésus ressuscité, Messie et seigneur, seule voie vers le Père. »

(Ouellette, Fernand. Le danger du divin. Fides,2002. p. 72)

« C’est ta face que je cherche »

Écoute, Seigneur, je t’appelle!
Pitié! Réponds-moi!
Mon cœur m’a redit ta parole :
“ Cherchez ma face. ”
C’est ta face, Seigneur, que je cherche :
Ne me cache pas ta face.
(Psaume 26)

Ce que l’on doit affirmer de la foi chrétienne, c’est qu’en Jésus ressuscité, il nous est donné de faire l’expérience de Dieu d’une manière unique et insurpassable. Il nous est donné de saisir, avec une profondeur renouvelée, cette recherche de Dieu qu’atteste le psalmiste de l’Ancien Testament, et dont la recherche a quand même quelque chose de dramatique. Dramatique parce que l’homme de la Torah, l’homme de la Loi, porte en son cœur un immense désir de Dieu, placé là par Dieu lui-même, mais un désir encore en attente d’exaucement, un désir suppliant, « ne me cache pas ta face », puisque le croyant de l’A.T. n’a pas encore trouvé la source pouvant étancher sa soif, lui procurer l’eau vive à laquelle il aspire. D’où le piège des observances et des préceptes de la loi mosaïque, où le croyant risque de s’enfermer et de se durcir. Pourtant, le psalmiste nous l’atteste, la soif de Dieu est bien présente en lui, obsédante même pour le fidèle observateur de la Loi, pour l’ami de Dieu, le pauvre, celui qu’on appelle l’anawim, et qui fait de Dieu son tout, qui l’appelle de tout son cœur.

C’est pourquoi la prière de l’auteur des psaumes, qu’on appelle « le psalmiste », demeure toujours en Église le fondement de toute prière. « Écoute, Seigneur, je t’appelle! Pitié! Réponds-moi! » Ce cri gardera toujours son actualité et il est la clef de voûte de toute prière véritable. Car le croyant qui se tourne vers Dieu, ne saurait prétendre entrer dans cette communion qui le dépasse infiniment, sans une remise complète et totale de lui-même à Celui qui l’a appelé à la vie. Il ne s’agit pas ici d’un abaissement pour s’humilier ou s’anéantir.

Mais dans cette remise totale de soi à Dieu, il doit y avoir, de la part de celui qui prie, la volonté de se donner entièrement à Dieu, sans réserve, sans condition, sans rien garder pour soi. La disponibilité à l’action de Dieu au cœur de notre vie est à ce prix, à l’exemple du Fils de Dieu, qui ne garda rien pour lui et qui donna tout : « Ma vie nul ne la prend, c’est moi qui la donne ».

Jésus a tout donné. Et dans ce face à face avec Dieu que constitue la prière, il nous faut, nous aussi, tout donner. Donner toute notre détresse, toutes nos fragilités, toutes nos soifs. C’est alors que le cœur peut s’ouvrir à Celui qui ne demande qu’à y entrer. Il faut que je diminue pour qu’il croisse en moi. Il faut avoir le courage d’entrer dans cette dynamique de la prière où l’on se place devant Dieu avec notre faible espérance au creux des mains, bien pauvre offrande, qui appelle la miséricorde de Dieu et qu’Il accueille comme la plus belle des offrandes. L’on pense que tout donner est exigeant alors qu’il s’agit tout simplement de faire confiance en s’offrant totalement, et en appelant Dieu de toutes nos forces : « Écoute, Seigneur, je t’appelle! Pitié! Réponds-moi! »

Une rupture symbolique

Le quotidien LE FIGARO souligne dans son édition du 23 mars que si le voyage du pape en Afrique a été un franc succès, « en Occident, en revanche, c’est un autre voyage de Benoît XVI qui a été perçu. Comme s’il y avait eu deux voyages, l’un réel, avec les Africains, l’autre ­virtuel pour les Occidentaux. Ce qui a aussi provoqué une rupture symbolique, dont deux sondages publiés ce week-end en France donnent une idée : 43 % des Français seraient pour «le départ du Pape» selon le Journal du dimanche et 55 % auraient une «mauvaise opinion» de lui, selon Le Parisien.

Sauf que ces deux sondages ont fait réagir l’opinion sur des propos mal interprétés de Benoît XVI dans le contexte déjà chargé des affaires Williamson et de l’avortement brésilien. Le premier propos portait sur le sida et le préservatif. En isolant de son contexte une phrase, des agences de presse ont fait dire au Pape qu’il pensait que «le préservatif aggravait le problème du sida» alors qu’il mettait plutôt en doute l’efficacité des campagnes uniquement fondées sur le préservatif. Dans une seconde dépêche, une phrase du Pape contre l’avortement a été interprétée comme «un refus de l’avortement thérapeutique» alors que le Pape n’en a absolument pas parlé et que l’Église le permet dans certains cas, comme l’a expliqué le Vatican dimanche.

Si la presse a sa responsabilité, beaucoup de spécialistes qui suivent ce voyage se sont toutefois demandés pourquoi le Vatican et le Pape traitaient de sujets aussi graves que le sida ou l’avortement en aussi peu de mots et aussi peu de temps. »

(Voir l’article du FIGARO)

Que serait l’Église sans l’Esprit saint…

L’Esprit Saint est le souffle vital de l’Église. C’est le Métropolite Ignace de Laodicée (Syrie) qui exprimait de façon très clair, l’enjeu de cette affirmation. Il disait :

« Sans l’Esprit Saint, Dieu est loin, le Christ reste dans le passé, l’Évangile est une lettre morte, l’Église une simple organisation, l’autorité une domination, la mission une propagande, le culte une évocation, et l’agir chrétien une morale d’esclave.

Mais en Lui : le cosmos est soulevé et gémit dans l’enfantement du Royaume, le Christ ressuscité est là, l’Évangile est la puissance de vie, l’Église signifie la communion trinitaire, l’autorité est un service libérateur, la mission est une Pentecôte, la liturgie est mémorial et anticipation, l’agir humain est déifié! »

«La polémique actuelle est une occasion de se payer le Pape»

En incitant à l’utilisation du préservatif, «on nourrit l’illusion que le vagabondage sexuel est sans risque» argumente l’Archevêque de Paris, explicitant ainsi les propos tenus par le Pape en Afrique.

Voir la vidéo sur le site du journal Le Figaro

Benoît XVI et le sida. La citation complète

(Source : Le Point.fr)

Le pape Benoît XVI a demandé les soins gratuits pour les malades du sida dès son arrivée à l’aéroport de Yaoundé au Cameroun, mardi après midi. Un appel qui a reçu très peu d’écho. Il appelle les Africains à la responsabilité dans la lutte contre le sida. Les médias ont passé sous silence ce passage de sa conférence de presse dans l’avion de Rome à Yaoundé. Mais ce que la presse a retenu, ce sont des propos prêtés au pape. Ci-dessous le texte intégral de la déclaration. Voici la question du journaliste et la réponse de Benoît XVI, dans son contexte.

Question – Votre Sainteté, parmi les nombreux maux qui affligent l’Afrique, il y a également en particulier celui de la diffusion du sida. La position de l’Eglise catholique sur la façon de lutter contre celui-ci est souvent considérée comme n’étant pas réaliste et efficace. Affronterez-vous ce thème au cours du voyage ? Benoît XVI – Je dirais le contraire : je pense que la réalité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est précisément l’Eglise catholique, avec ses mouvements, avec ses différentes réalités. Je pense à la Communauté de Sant’Egidio qui accomplit tant, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le sida, aux Camilliens, à toutes les religieuses qui sont à la disposition des malades… Je dirais qu’on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. Si on n’y met pas l’âme, si on n’aide pas les Africains, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d’augmenter le problème. La solution ne peut se trouver que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l’un avec l’autre, et le deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements personnels, à être proches de ceux qui souffrent. Tels sont les facteurs qui aident et qui conduisent à des progrès visibles. Je dirais donc cette double force de renouveler l’homme intérieurement, de donner une force spirituelle et humaine pour un juste comportement à l’égard de son propre corps et de celui de l’autre, et cette capacité de souffrir avec ceux qui souffrent, de rester présents dans les situations d’épreuve. Il me semble que c’est la juste réponse, et c’est ce que fait l’Eglise, offrant ainsi une contribution très grande et importante. Nous remercions tous ceux qui le font.

Comment réagissez-vous à cette déclaration?

Jésus et la loi

Voici une réflexion intéressante de Dietrich Bonhoeffer qui aide à mieux comprendre l’évangile de ce jour (Mt 5, 17-19), où Jésus rappelle à ses disciples que nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il n’accomplit la loi. Jésus ne leur laisse aucune illusion à ce sujet lorsqu’il déclare : « je ne suis pas venu abolir la loi, mais l’accomplir. »

bonhoeffer

Dietrich Bonhoeffer

Le péché d’Israël était la déification de la loi et la légalisation de Dieu. Inversement, dédiviniser la loi et séparer Dieu de sa loi eût constitué la méprise pécheresse des disciples. Dieu et la loi, dans l’un et l’autre cas, étaient soit séparés l’un de l’autre, soit identifiés l’un a l’autre, ce qui revient au même.

Face à ces deux méprises, Jésus remet en vigueur la loi comme loi de Dieu. Dieu est le donateur et il est le maître de la loi, et ce n’est que dans la communion personnelle avec Dieu que la loi est accomplie. Il n’y a pas d’accomplissement de la loi sans communion avec Dieu; il n’y a pas non plus de communion avec Dieu sans accomplissement de la loi. Le premier point vise les Juifs, le second vise la menaçante méprise des disciples. (Dietrich Bonhoeffer. Prix de la grâce. p. 83-84)

L’Église en question

C’est Jacques de Bourbon-Busset qui affirme que la foi chrétienne a ceci de particulier lorsqu’elle aborde la question de l’Absolu : pour elle l’Absolu s’est incarné et porte un visage, celui de Jésus-Christ ! Dans mon expérience de foi, j’ai été amené à reconnaître que ce Jésus annonçait vraiment le Dieu que je cherchais ou, plus justement, le Dieu qui me cherchait!

Pourtant, la partie n’était pas gagnée pour le jeune croyant que j’étais. Car pour vivre en chrétien il ne suffit pas de croire en Dieu, ni de croire que Jésus est le Fils de Dieu. Bien sûr, c’est déjà extraordinaire, mais la foi nous entraîne encore plus loin, sur des terrains encore plus exigeants, où la foi se vit dans la rencontre des autres. C’est comme l’amour, quoi. Pour vivre l’amour, il ne suffit pas d’y tomber, « de tomber en amour », mais il faut y rester ! C’est pourquoi l’expérience de la foi s’enracine dans le temps, dans la durée, dans la persévérance avec les autres.

Peu à peu, j’ai découvert que la foi chrétienne nous engage dans une longue suite de témoins, dans une communion qui traverse le temps et qui nous unit dans ce qu’on appelle l’Église, qui est l’assemblée des croyants et des croyantes en Jésus-Christ. Et cet aspect de la foi n’est pas facile à vivre, car souvent l’Église donne l’image d’un vaisseau amiral lourd et malhabile, avec son cortège de dogmes, de traditions, de structures d’autorité, de morale. Les événements de la semaine dernière entourant cette jeune brésilienne de neuf ans et sa mère ont été très révélateurs à cet égard.

Au début de ma démarche de foi, je puis dire que j’ai livré un combat avec l’Église, un combat qui refait surface encore aujourd’hui et qui transforme parfois le moine ruminant que je suis en un moine rugissant! Jeune adulte, l’Église me séduisait en même temps qu’elle me faisait peur. J’étais fasciné par son histoire, par ses récits héroïques d’hommes et de femmes donnant des témoignages de vie et d’engagements des plus impressionnants. Ces témoins m’ont profondément marqué et avec eux j’ai mieux compris la grandeur de cette vie en Église.

J’étais émerveillé aussi, et je le suis toujours, par l’universalité de l’Église. C’est toujours une fête pour moi de rencontrer des chrétiens et des chrétiennes venus d’ailleurs, portant en eux-mêmes cette même joie de croire au Christ que moi. Je trouve là une confirmation que la vie spirituelle dépasse les questions de langue, de culture, de races et de frontières; que Dieu se donne à tous, de la même manière que le soleil brille pour tout le monde où que l’on soit sur la planète.

Par ailleurs, dans mon expérience de l’Église, j’ai été surpris, parfois déçu, par son côté plus souvent humain que spirituel. J’ai connu à la fois des pasteurs et des évêques admirables, d’une simplicité et d’une sainteté désarmante. J’ai connu et je connais des chrétiens et des chrétiennes dont j’envie le don de soi et la générosité à toute épreuve. Et tout comme vous, j’ai été blessé, scandalisé parfois par les mesquineries qui peuvent exister entre chrétiens, par des comportements qui ne sont pas dignes de l’Évangile. Souvent, ceux qu’il faut bien appeler nos frères et sœurs dans la foi, d’ici ou d’ailleurs, nous font souffrir. Comme vous les scandales qui parfois ébranlent l’Église me blessent.

Je n’aime pas que l’on défigure le Christ, que les hommes, et encore moins ceux et celles qui se disent chrétiens, exploitent les pauvres et les opprimés; que des dictatures se revêtent de la bénédiction d’autorités ecclésiales dans certains pays; que des chrétiens et des chrétiennes prônent le racisme, la purification ethnique, qu’ils mènent des guerres de conquête… Et ce n’est que la pointe de l’iceberg des forces du mal avec lesquelles sans cesse l’Église est aux prises dans son combat pour faire triompher l’amour. Elle ne gagne pas toujours puisque ce sont des hommes et des femmes comme vous et moi qui la composent.

Bien sûr, il serait tentant de vouloir séparer le bon grain de l’ivraie, faire de l’Église un refuge de purs « comme nous », mais le Christ lui-même y a renoncé… C’est pourquoi en dépit de ses forces et de ses faiblesses, mon expérience de foi m’a amené à aimer l’Église, à voir au-delà des apparences et à avancer en eau profonde. Car j’aime cette communion des disciples du Christ qui, avec leurs forces et leurs pauvretés, veulent vivre de la bonne nouvelle de Jésus.

C’est le théologien Karl Rahner qui écrivait que Dieu, en son fils Jésus Christ, nous a donné son ultime parole et sa plus belle… Puissions-nous toujours entendre cette Parole et nous y attacher. C’est là l’unique mission de l’Église. Et sans cesse, elle a besoin qu’on le lui rappelle.

Enfin, un évêque du Québec se mêle au débat

Moi qui désespérais de ne jamais entendre un évêque québécois se prononcer sur le scandale brésilien, voilà que le Cardinal Mgr Marc Ouellette, archevêque de Québec et primat de l’Église canadienne, prend la parole et appui ses confrères ayant condamné l’évêque de Recife.

Brésil – Le cardinal Ouellet condamne à son tour les excommunications

Texte complet de l’intervention du Cardinal Ouellette

Autres échos épiscopaux

En plus de la désapprobation de l’épiscopat brésilien à l’endroit de leur confrère qui avait excommunié la mère de cette jeune fille de neuf ans qui avait subi un avortement après un viol, un évêque suisse fait entendre sa voix :

Excommunication : l’Église ne doit plus utiliser cette sanction, estime Mgr Farine

Mgr di FALCO, évêque de Gap, sur l’excommunication au Brésil

Mgr Rino Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la vie (ZENIT NEWS)

Texte complet de Mgr Fisichella

J’attends toujours une réaction des évêques du Québec. En attendant, voici la méditation du jour tirée du livre de l’Apocalypse et qui se rapporte au message de l’ange à l’église de Laodicée :

« Mais parce que tu es tiède, et ni froid ni chaud, je te vomirai de ma bouche ».
Ap 3, 16

Excommunication au Brésil : plusieurs évêques français élèvent la voix

Enfin, des voix s’élèvent chez les évêques de France, et les évêques d’ailleurs, au Brésil en particulier, en réaction à cette histoire d’excommunication de la mère d’une fillette de neuf ans. Je lève mon chapeau à l’épiscopat français, et je tiens à rappeler que la bêtise d’un prélat romain ou d’un évêque ne peut servir de prétexte à jeter le discrédit sur toute l’Église.

J’aimerais voir s’élever des voix aussi courageuses chez nos évêques du Québec.

Voir l’article dans le journal La Croix.

Voir aussi :

Communiqués des évêques de Nevers, Cahors et de la Mission de France

Lettre ouverte de Mgr Daucourt, évêque de Nanterre

Le visage de l’Église

Pour plusieurs, avec l’affaiblissement, sinon l’affaissement de l’Église du Québec, une époque est passée à l’histoire. On parle de l’Église au passé, à travers ses musées, ses monuments et ses églises vides. Un certain révisionnisme historique se manifeste sans cesse lorsque l’on parle de l’Église au Québec, comme si tout n’avait été que ténèbres et soumission, comme si notre histoire s’était faite sans elle ou malgré elle. La cause est entendue et jugée, et avec les années qui passent, le jugement de l’Histoire se fait de plus en plus sévère, il me semble. Quand verrons-nous le travail d’historiens capables d’une véritable distance critique?

Une série télévisée à Télé-Québec se propose de faire l’analyse de ce passage de l’Église vers l’oubli au Québec, série dont je n’ai vu que la première heure, mais qui est bien déprimante pour un catholique. Comme si l’on assistait à l’autopsie d’un être cher. Le réalisateur se présente comme un non-croyant et il faudra voir s’il sera capable d’aller au-delà du visage folklorique de l’Église que certains aiment bien entretenir. Néanmoins, je me propose d’écouter l’ensemble de cette série, car il est important d’être à l’écoute de ceux et celles qui nous regardent et qui nous jugent de l’extérieur.

L’analyse d’Alexis de Tocqueville sur l’univers de la politique, et qui date de 1856, pourrait fort bien s’appliquer au Québec et son divorce avec l’Église :

« Un peuple qui a supporté les lois les plus écrasantes, les repousse avec violence justement quand leur poids commence à s’alléger. Le moment le plus dangereux pour un gouvernement despotique est celui où il commence à se réformer. Seul un grand génie pourrait sauver un prince qui se prépare à libérer ses sujets après une longue oppression. Le mal, patiemment supporté tout le temps qu’il semble inévitable, devient intolérable dès que leur traverse l’esprit, l’idée qu’ils peuvent s’en libérer. Tout abus en moins souligne ceux qui restent encore. Le mal, c’est vrai, est diminué, mais la sensibilité grandit. »

Qu’en est-il de l’Église dans votre pays, chers lecteurs et lectrices?

La Transfiguration. Une méditation (2)

Le versant nord est celui de l’ascension de la montagne. C’est le côté abrupt et aride, ne jouissant jamais de la lumière du soleil. C’est une montée qui se fait dans l’obscurité. L’obscurité de la fragilité humaine, de nos vies aux prises avec le mal et le péché. C’est un lieu de doute et de combat pour nous, comme pour les disciples qui ont entrepris cette montée. Mais ils ne sont pas seuls. Jésus monte avec eux. Il en est ainsi pour nous.Cette montée du versant nord se compare à un temps de conversion, un temps de retour vers Dieu afin de retrouver l’intimité perdue au fil du quotidien. L’enjeu, c’est le rapprochement avec le Christ et il n’y a pas de rapprochement possible si l’on ne prend pas la pleine mesure de notre pauvreté et de notre besoin infini de Dieu. Voilà pourquoi il faut s’engager avec Jésus dans cette ascension.

C’est seulement après un tel parcours que l’on parvient au sommet, où le spectacle se déploie alors devant nos yeux, l’horizon est sans fin. Nous contemplons le mystère trinitaire. Le peintre Roublev s’inspire sûrement de cette scène de la Transfiguration lorsqu’il peint son icône de la Trinité. Au sommet, les disciples entrent dans la pleine lumière, une lumière éblouissante où ils deviennent témoins de la prière de Jésus. Une prière qui a ses racines dans la grande histoire de la révélation de l’amour de Dieu pour nous et qui se dit dans la Loi et les Prophètes, et dont Moïse et Élie sont les témoins. Cette révélation trouve désormais son expression parfaite dans le Verbe incarné. Comme le dira saint Jean : « Nous avons vu sa gloire! »

Sur cette montagne se retrouve le Fils, déjà annoncé par la figure d’Isaac offert en sacrifice. Le Fils qui ne dit pas un mot, soumis et obéissant, faisant en tout la volonté de son Père. Il s’offre pour le sacrifice, c.-à-d. le don de lui-même qui rétablira l’humanité dans sa pleine dignité. Fernand Ouellette dira :

« Quelle sorte d’hommes serions-nous si le Christ n’était pas venu? Que devenons-nous en le perdant de vue, en croyant que nous nous connaissons mieux, en tant qu’humains, que lui-même nous connaît? Jésus Christ est le seul vrai homme, le Fils de l’homme qui n’occulte pas le Mystère de Dieu en s’incarnant, mais nous achemine vers Lui, à travers le Mystère.» p. 65 (Ouellette, Fernand. Le danger du divin. Fides, 2002.)

Alors que la gloire de Jésus se manifeste aux disciples, l’icône devient trinitaire. Le Père s’entretient avec le Fils alors que les disciples, eux, entrent dans la nuée, symbole de l’Esprit Saint, lui qui fait toute chose nouvelle et qui a le pouvoir de nous transformer, en nous faisant participants de ce dialogue intime où le Père se dit au Fils et où le Fils se donne au Père dans le feu de l’amour.

Les disciples sont alors saisis de crainte, la crainte sacrée devant le divin. Ils n’ont pas encore reçu l’Esprit Saint, le pédagogue, qui les guidera dans cette vie nouvelle à laquelle ils sont appelés. À l’exemple de David, qui voulut construire un temple pour le Seigneur, Pierre offre de monter trois tentes : une pour Élie, l’une pour Moïse et une pour Jésus. « Il ne savait pas ce qu’il disait », commente laconiquement l’évangéliste. Car c’est Dieu lui-même qui va nous donner le Temple nouveau : le Fils de Dieu est venu planter sa tente parmi les hommes. Voilà ce qu’annonce cette rencontre au sommet. La voix du Père l’annonce : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le! »

Cette écoute du Fils n’est possible que dans cette contemplation du mystère de la personne de Jésus. Si l’ascension du versant nord nous a rappelé l’importance de la conversion continuelle dans la vie du baptisé, elle a pour but cette contemplation du mystère lumineux qu’est Jésus Christ, le Fils bien-aimé. Nous contemplons son mystère afin d’entrer dans cette lumière inaccessible qu’est Dieu, mystère qui façonne notre être croyant, qui nous conforme de plus en plus à la figure du Fils et qui nous fait entrer dans son obéissance au Père.

Et voici le troisième versant. Si nous poursuivons notre périple spirituel, nous nous engageons dans la descente du mont de la Transfiguration. C’est le versant sud de la montagne, celui qui est le plus ensoleillé. Les disciples baignent dans la lumière de sa résurrection, de sa victoire sur la mort, de sa divinité. Les ténèbres ont disparu! À la Vigile pascale et au matin de Pâques, nous chantons aux nouveaux baptisés : « Resplendis! Sois illuminé! » C’est cette réalité profonde qui anime ceux et celles qui font la rencontre de Christ ressuscité.

Ce versant sud, alors que nous sommes passés par la conversion et la contemplation, est celui de la mission joyeuse avec le Christ en Église. Comme le dit saint Paul, dans sa lettre aux Romains : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous : comment pourrait-il avec lui ne pas donner tout? » (Rm. 8, 31b).

Désormais, ce ne sont plus seulement les trois disciples privilégiés, mais tous les croyants qui peuvent et doivent être des témoins éblouis de la gloire de Dieu. Car il nous incombe de partager le don le plus extraordinaire que Dieu puisse nous faire : celui de son Fils bien-aimé. « Écoutez-le! » Écoutons-le, alors qu’il se donne à nous dans sa Parole et dans son Eucharistie.

La Transfiguration. Une méditation (1)

Dans la Bible Dieu est décrit comme « lumière inaccessible », et c’est ce mystère lumineux, comme l’appelle Jean-Paul II, qui se présente à nous dans notre méditation du récit de la transfiguration. Cette scène de l’Évangile est une allégorie extraordinaire de la suite du Christ, un véritable chemin initiatique, symbolisé par cette montagne qui se dresse devant nous ce matin.Nous parlons beaucoup de conversion dans la vie chrétienne, mais cette conversion est de tous les instants, car elle demande beaucoup de vigilance de notre part. Nous serons toujours tentés de réduire cette conversion à de simples changements d’habitudes ou manières de faire, mais c’est trop peu. Car alors les lois et les règles remplacent la foi, la morale se substitue peu à peu à la mystique. Jésus est alors perdu de vue, oublié. Non pas le Jésus historique de la belle histoire de notre foi chrétienne, mais le Christ personnel et vivant qui nous est plus proche que nous ne le sommes de nous-mêmes, lui qui ne cesse de nous chercher, de nous attendre sur la margelle du puits, lui l’ami silencieux mais combien présent au coeur de l’épreuve.

Je nous invite donc à entreprendre ce matin l’ascension de cette « montagne sainte », qui se dresse devant nous. La montagne n’est-elle pas le lieu par excellence dans la Bible où l’homme fait la rencontre de Dieu ?

Mais avant de commencer cette ascension il nous faut situer notre récit. Nous le savons, le récit de la Transfiguration est d’une importance capitale dans les évangiles. Les trois évangélistes en font mention et l’Apôtre Pierre en parle lui aussi dans sa deuxième lettre (1:16-18) :

« Car ce n’est pas en suivant des fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la puissance et l’Avènement de notre Seigneur Jésus Christ, mais après avoir été témoins oculaires de sa majesté.

Il reçut en effet de Dieu le Père honneur et gloire, lorsque la Gloire pleine de majesté lui transmit une telle parole: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. » Cette voix, nous, nous l’avons entendue; elle venait du Ciel, nous étions avec lui sur la montagne sainte. »

Le récit survient après la profession de foi de Pierre : « Tu es le Christ, le Messie ! » Cette profession de foi fait passer les disciples à un nouveau mode de relation avec Jésus. Il y a là une avancée importante quant à la relation d’intimité et de confiance qui se nouent entre eux. Jésus va les inviter à entrer plus avant dans le mystère de sa personne et de son identité profonde, encore secrète.

Il est important aussi de souligner que l’événement de la Transfiguration survient après la première de trois annonces que fait Jésus de sa passion à venir:

« Puis il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. » (Mc 8, 31)

C’est déjà la montée vers Jérusalem qui se profile et la confiance des disciples en Jésus est mise à l’épreuve. C’est dans ce contexte que Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les amène sur la montagne. Certains Pères de l’Église ont affirmé que cette ascension avait pour but d’affermir la foi des disciples, de leur redonner confiance, et ainsi de les préparer à vivre la passion/résurrection à venir. Mais au-delà de cette visée anticipatrice, le récit nous dévoile aussi, à la manière d’une icône qu’il faut contempler longuement, toute la grandeur du mystère de l’être chrétien, de la vocation à laquelle nous engage notre baptême.

Entreprenons maintenant notre montée de la montagne de la transfiguration, qui se fera en trois étapes. Le versant nord, le sommet et le versant sud. (suite dimanche prochain)

Benoît XVI sur la souffrance

Lors d’une rencontre avec des prêtres qui exprimaient leur état d’âme, leur souffrance devant la distance qu’ils éprouvaient entre eux et les personnes adultes de leur communauté, devant leur tâche trop lourde et la perspective d’une relève qui n’est pas là, Benoît XVI a répondu:

« Je souffre moi aussi mais tous ensemble nous voulons, d’une part, souffrir sur ces problèmes et également, tout en souffrant, transformer les problèmes; car la souffrance est précisément la voie de la transformation et sans souffrance on ne transforme rien. »

(Benoît XVI aux prêtres de Rome en juillet 2005)

La souffrance

« Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, il n’est pas venu l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence. »

Paul Claudel

La mort est trompeuse

Je reviens des funérailles de la mère d’un ami. La perte d’un parent, même lorsqu’ils sont très âgés, implique toujours un deuil, une peine, à cause de tout ce qu’a été cette personne et qui soudainement n’est plus là. Comme s’il ne restait plus rien. Que reste-t-il de tout cet amour, de la fidélité de cette personne, de ses mots d’encouragements, de ses caresses, de tous ces mots de consolations, de tous ces sourires qui ont été donnés au cours des années? Car il faut bien se le dire, la mort est trompeuse. Elle oriente nos regards vers l’absence, vers la perte, cherchant à nous faire croire que tout est fini, qu’il ne reste plus rien de l’être aimé qu’un vague souvenir.

Il y a quatre ans, j’ai eu à vivre la mort de mon père, de qui j’étais très proche. On se voyait presque toutes les semaines. Nous étions de grands amis. Et à l’occasion de son décès, une certitude m’a frappé de plein fouet, alors qu’elle semble tellement évidente quand on a la foi; une évidence s’est imposée à moi : l’amour ne peut pas mourir.

C’est lorsque l’on perd un être cher que l’on se sent questionné tout à coup par cette réalité que l’on appelle la vie éternelle. Quand nous vivons un deuil nous prenons conscience à quel point l’amour donné par une personne est sans doute le plus beau fruit d’une vie humaine. Après tout, c’est là notre vocation humaine, notre raison d’être sur la terre : aimer… Et l’amour ne saurait mourir. L’amour n’est pas une passion inutile. Il porte en lui un germe d’éternité. Il rime avec toujours, comme le chantent les poètes.

C’est là la conviction que nous apporte cette intimité que nous sommes appelés à vivre les uns avec les autres lorsque nous aimons. C’est cette conviction qui nous anime, chrétiens et chrétiennes, lorsque nous affirmons que la mort n’a pu garder le Christ dans son emprise, car avec lui, la vie a triomphé de la mort au matin de Pâques. En Jésus Christ s’est réalisé cette promesse du prophète Isaïe :

« Le jour viendra où le Seigneur enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples; il détruira la mort pour toujours. Il essuiera les larmes sur tous les visages. » (Isaïe 25, 6a. 7-9)

Notre Père

« …la prière personnelle, même accomplie dans les secret, n’est pas un acte purement privé. Cette démarche que personne ne peut faire à ma place, n’est absolument pas celle d’un isolé; elle s’enracine et s’épanouit dans la communion. Quand je dis à Dieu Père, je me situe en fils, mais quand je dis Notre Père, je me situe aussi et du même coup en frère de tous ceux qui le disent également – et même de ceux qui ne savent peut-être pas le dire. « Il y a beaucoup d’âmes, disait Paul Claudel, mais il n’y en a pas une seule avec qui je ne sois en communion par ce point sacré en elle qui dit Pater Noster. »

Paul Claudel. Cantique de Palmyre, Conversation dans le Loir-et-Cher. Pléiade, p.731.

Vous connaissez Cochabamba ?

bolivie-montagneDe bons amis à moi, les Husson, un couple formidable avec trois enfants, viennent de s’engager dans un périple missionnaire où ils passeront de six mois à un an à Cochabamba, en Bolivie.Un projet des Soeurs Missionnaires de l’Immaculée Conception.

Qu’est-ce qui amène une famille à vivre un tel engagement, avec le dépaysement et aussi les risques, il faut bien l’avouer? C’est la quête!

Celle qui est au fond de chacun de nous et qui nous amène sans cesse à aller plus loin dans notre recherche d’absolu et de dépassement, où nous attendent des bonheurs inattendus, surtout le bonheur de donner et de recevoir.

Le missionnaire reçoit bien plus qu’il n’apporte ou ne donne, et c’est l’expérience que s’apprêtent à vivre mes amis  Thierry et Christine Husson, ainsi que leurs trois enfants : Julien, Élise et Clément.

Ils feront l’expérience de ce que l’auteure Sylvie Germain appelle « cette grâce dure, éprouvante ». Comme le disait Mère Térésa aux jeunes sœurs qui venaient l’aider à Calcutta :

« Il vous arrivera de trouver des choses qui vous révoltent… Il faudra puiser en vous toute la force nécessaire afin de prendre sur vous cette douleur, de l’assumer et ainsi d’apporter la preuve que le Christ est vraiment ressuscité. »

Si vous voulez les suivre dans leur périple, vous n’avez qu’à aller sur le blogue des Husson en Bolivie.

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L’Amérique que l’on aime

« L’Amérique que l’on aime », ainsi titrait un journal de Montréal il y a quelques jours, en commentant les événements se déroulant autour de l’assermentation de Barack H. Obama. Comme des millions d’autres, j’ai regardé avec beaucoup d’émotions cette grande fête populaire hier à la télévision, cette grande liturgie américaine dont seul Hollywood a le secret, et qui, à plus d’un titre, était vraiment historique. Surtout les larmes, la joie et la fierté qui se lisaient sur tous ces visages afro-américains.

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Je veux croire à la sincérité de ce nouveau président. Je pense que des choses vont changer. Déjà, en moins de 24 heures en poste, il vient de suspendre les poursuites judiciaires à Guantanamo. Son discours d’ouverture a manifesté une ouverture au monde, un désir de réconciliation auxquels il faut donner une chance, jusqu’à preuve du contraire.

Ce qui m’effraie par ailleurs, c’est cette mission dont se croie investit l’Amérique de conduire le monde des ténèbres à la lumière. Quand j’entends : « We are back! » (Nous sommes de retour!) dans la bouche du nouveau président, cela me fait peur. L’arrogance américaine, qui trop souvent a inspiré sa politique, risque de se dresser à nouveau la tête, comme l’hydre qu’on ne parvient pas à terrasser. Car derrière ce discours de Barack Obama faisant l’éloge de la démocratie pour tous, on ne peut que se rappeler combien les politiques américaines se sont souvent échafaudées sur le dos des peuples les plus pauvres et les plus opprimés, avec la complicité des dictateurs mis en place par ces mêmes gouvernements américains. Ce discours de la main tendue et du rêve américain ne devra être mis en oeuvre qu’avec beaucoup de modestie par ce 44e président des États-Unis. Ce qui est beaucoup demander à cette super-puissance en déclin…

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Mais donnons une chance au coureur. On se met à rêver n’est-ce pas devant l’inspiration que représente ce nouveau président pour les États-Unis et pour le monde. Reste à voir comment il pourra s’imposer avec le pouvoir limité que lui donne la Constitution américaine; comment il pourra mettre de l’avant ses politiques de réconciliation avec le monde, devant ce puissant lobby militaro-industriel, dont le président Dwight Eisenhower mettait les siens en garde déjà en 1961. Mises en garde qui n’ont pas été écoutées et dont le monde a souffert depuis. (Voir le discours sur YouTube).

Mais rêvons, comme Cendrillon qui va au bal. Il n’est pas encore minuit…

Barack Obama et Michelle