Enfin, un évêque du Québec se mêle au débat

Moi qui désespérais de ne jamais entendre un évêque québécois se prononcer sur le scandale brésilien, voilà que le Cardinal Mgr Marc Ouellette, archevêque de Québec et primat de l’Église canadienne, prend la parole et appui ses confrères ayant condamné l’évêque de Recife.

Brésil – Le cardinal Ouellet condamne à son tour les excommunications

Texte complet de l’intervention du Cardinal Ouellette

Autres échos épiscopaux

En plus de la désapprobation de l’épiscopat brésilien à l’endroit de leur confrère qui avait excommunié la mère de cette jeune fille de neuf ans qui avait subi un avortement après un viol, un évêque suisse fait entendre sa voix :

Excommunication : l’Église ne doit plus utiliser cette sanction, estime Mgr Farine

Mgr di FALCO, évêque de Gap, sur l’excommunication au Brésil

Mgr Rino Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la vie (ZENIT NEWS)

Texte complet de Mgr Fisichella

J’attends toujours une réaction des évêques du Québec. En attendant, voici la méditation du jour tirée du livre de l’Apocalypse et qui se rapporte au message de l’ange à l’église de Laodicée :

« Mais parce que tu es tiède, et ni froid ni chaud, je te vomirai de ma bouche ».
Ap 3, 16

Excommunication au Brésil : plusieurs évêques français élèvent la voix

Enfin, des voix s’élèvent chez les évêques de France, et les évêques d’ailleurs, au Brésil en particulier, en réaction à cette histoire d’excommunication de la mère d’une fillette de neuf ans. Je lève mon chapeau à l’épiscopat français, et je tiens à rappeler que la bêtise d’un prélat romain ou d’un évêque ne peut servir de prétexte à jeter le discrédit sur toute l’Église.

J’aimerais voir s’élever des voix aussi courageuses chez nos évêques du Québec.

Voir l’article dans le journal La Croix.

Voir aussi :

Communiqués des évêques de Nevers, Cahors et de la Mission de France

Lettre ouverte de Mgr Daucourt, évêque de Nanterre

Le visage de l’Église

Pour plusieurs, avec l’affaiblissement, sinon l’affaissement de l’Église du Québec, une époque est passée à l’histoire. On parle de l’Église au passé, à travers ses musées, ses monuments et ses églises vides. Un certain révisionnisme historique se manifeste sans cesse lorsque l’on parle de l’Église au Québec, comme si tout n’avait été que ténèbres et soumission, comme si notre histoire s’était faite sans elle ou malgré elle. La cause est entendue et jugée, et avec les années qui passent, le jugement de l’Histoire se fait de plus en plus sévère, il me semble. Quand verrons-nous le travail d’historiens capables d’une véritable distance critique?

Une série télévisée à Télé-Québec se propose de faire l’analyse de ce passage de l’Église vers l’oubli au Québec, série dont je n’ai vu que la première heure, mais qui est bien déprimante pour un catholique. Comme si l’on assistait à l’autopsie d’un être cher. Le réalisateur se présente comme un non-croyant et il faudra voir s’il sera capable d’aller au-delà du visage folklorique de l’Église que certains aiment bien entretenir. Néanmoins, je me propose d’écouter l’ensemble de cette série, car il est important d’être à l’écoute de ceux et celles qui nous regardent et qui nous jugent de l’extérieur.

L’analyse d’Alexis de Tocqueville sur l’univers de la politique, et qui date de 1856, pourrait fort bien s’appliquer au Québec et son divorce avec l’Église :

« Un peuple qui a supporté les lois les plus écrasantes, les repousse avec violence justement quand leur poids commence à s’alléger. Le moment le plus dangereux pour un gouvernement despotique est celui où il commence à se réformer. Seul un grand génie pourrait sauver un prince qui se prépare à libérer ses sujets après une longue oppression. Le mal, patiemment supporté tout le temps qu’il semble inévitable, devient intolérable dès que leur traverse l’esprit, l’idée qu’ils peuvent s’en libérer. Tout abus en moins souligne ceux qui restent encore. Le mal, c’est vrai, est diminué, mais la sensibilité grandit. »

Qu’en est-il de l’Église dans votre pays, chers lecteurs et lectrices?

La Transfiguration. Une méditation (2)

Le versant nord est celui de l’ascension de la montagne. C’est le côté abrupt et aride, ne jouissant jamais de la lumière du soleil. C’est une montée qui se fait dans l’obscurité. L’obscurité de la fragilité humaine, de nos vies aux prises avec le mal et le péché. C’est un lieu de doute et de combat pour nous, comme pour les disciples qui ont entrepris cette montée. Mais ils ne sont pas seuls. Jésus monte avec eux. Il en est ainsi pour nous.Cette montée du versant nord se compare à un temps de conversion, un temps de retour vers Dieu afin de retrouver l’intimité perdue au fil du quotidien. L’enjeu, c’est le rapprochement avec le Christ et il n’y a pas de rapprochement possible si l’on ne prend pas la pleine mesure de notre pauvreté et de notre besoin infini de Dieu. Voilà pourquoi il faut s’engager avec Jésus dans cette ascension.

C’est seulement après un tel parcours que l’on parvient au sommet, où le spectacle se déploie alors devant nos yeux, l’horizon est sans fin. Nous contemplons le mystère trinitaire. Le peintre Roublev s’inspire sûrement de cette scène de la Transfiguration lorsqu’il peint son icône de la Trinité. Au sommet, les disciples entrent dans la pleine lumière, une lumière éblouissante où ils deviennent témoins de la prière de Jésus. Une prière qui a ses racines dans la grande histoire de la révélation de l’amour de Dieu pour nous et qui se dit dans la Loi et les Prophètes, et dont Moïse et Élie sont les témoins. Cette révélation trouve désormais son expression parfaite dans le Verbe incarné. Comme le dira saint Jean : « Nous avons vu sa gloire! »

Sur cette montagne se retrouve le Fils, déjà annoncé par la figure d’Isaac offert en sacrifice. Le Fils qui ne dit pas un mot, soumis et obéissant, faisant en tout la volonté de son Père. Il s’offre pour le sacrifice, c.-à-d. le don de lui-même qui rétablira l’humanité dans sa pleine dignité. Fernand Ouellette dira :

« Quelle sorte d’hommes serions-nous si le Christ n’était pas venu? Que devenons-nous en le perdant de vue, en croyant que nous nous connaissons mieux, en tant qu’humains, que lui-même nous connaît? Jésus Christ est le seul vrai homme, le Fils de l’homme qui n’occulte pas le Mystère de Dieu en s’incarnant, mais nous achemine vers Lui, à travers le Mystère.» p. 65 (Ouellette, Fernand. Le danger du divin. Fides, 2002.)

Alors que la gloire de Jésus se manifeste aux disciples, l’icône devient trinitaire. Le Père s’entretient avec le Fils alors que les disciples, eux, entrent dans la nuée, symbole de l’Esprit Saint, lui qui fait toute chose nouvelle et qui a le pouvoir de nous transformer, en nous faisant participants de ce dialogue intime où le Père se dit au Fils et où le Fils se donne au Père dans le feu de l’amour.

Les disciples sont alors saisis de crainte, la crainte sacrée devant le divin. Ils n’ont pas encore reçu l’Esprit Saint, le pédagogue, qui les guidera dans cette vie nouvelle à laquelle ils sont appelés. À l’exemple de David, qui voulut construire un temple pour le Seigneur, Pierre offre de monter trois tentes : une pour Élie, l’une pour Moïse et une pour Jésus. « Il ne savait pas ce qu’il disait », commente laconiquement l’évangéliste. Car c’est Dieu lui-même qui va nous donner le Temple nouveau : le Fils de Dieu est venu planter sa tente parmi les hommes. Voilà ce qu’annonce cette rencontre au sommet. La voix du Père l’annonce : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le! »

Cette écoute du Fils n’est possible que dans cette contemplation du mystère de la personne de Jésus. Si l’ascension du versant nord nous a rappelé l’importance de la conversion continuelle dans la vie du baptisé, elle a pour but cette contemplation du mystère lumineux qu’est Jésus Christ, le Fils bien-aimé. Nous contemplons son mystère afin d’entrer dans cette lumière inaccessible qu’est Dieu, mystère qui façonne notre être croyant, qui nous conforme de plus en plus à la figure du Fils et qui nous fait entrer dans son obéissance au Père.

Et voici le troisième versant. Si nous poursuivons notre périple spirituel, nous nous engageons dans la descente du mont de la Transfiguration. C’est le versant sud de la montagne, celui qui est le plus ensoleillé. Les disciples baignent dans la lumière de sa résurrection, de sa victoire sur la mort, de sa divinité. Les ténèbres ont disparu! À la Vigile pascale et au matin de Pâques, nous chantons aux nouveaux baptisés : « Resplendis! Sois illuminé! » C’est cette réalité profonde qui anime ceux et celles qui font la rencontre de Christ ressuscité.

Ce versant sud, alors que nous sommes passés par la conversion et la contemplation, est celui de la mission joyeuse avec le Christ en Église. Comme le dit saint Paul, dans sa lettre aux Romains : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous : comment pourrait-il avec lui ne pas donner tout? » (Rm. 8, 31b).

Désormais, ce ne sont plus seulement les trois disciples privilégiés, mais tous les croyants qui peuvent et doivent être des témoins éblouis de la gloire de Dieu. Car il nous incombe de partager le don le plus extraordinaire que Dieu puisse nous faire : celui de son Fils bien-aimé. « Écoutez-le! » Écoutons-le, alors qu’il se donne à nous dans sa Parole et dans son Eucharistie.

La Transfiguration. Une méditation (1)

Dans la Bible Dieu est décrit comme « lumière inaccessible », et c’est ce mystère lumineux, comme l’appelle Jean-Paul II, qui se présente à nous dans notre méditation du récit de la transfiguration. Cette scène de l’Évangile est une allégorie extraordinaire de la suite du Christ, un véritable chemin initiatique, symbolisé par cette montagne qui se dresse devant nous ce matin.Nous parlons beaucoup de conversion dans la vie chrétienne, mais cette conversion est de tous les instants, car elle demande beaucoup de vigilance de notre part. Nous serons toujours tentés de réduire cette conversion à de simples changements d’habitudes ou manières de faire, mais c’est trop peu. Car alors les lois et les règles remplacent la foi, la morale se substitue peu à peu à la mystique. Jésus est alors perdu de vue, oublié. Non pas le Jésus historique de la belle histoire de notre foi chrétienne, mais le Christ personnel et vivant qui nous est plus proche que nous ne le sommes de nous-mêmes, lui qui ne cesse de nous chercher, de nous attendre sur la margelle du puits, lui l’ami silencieux mais combien présent au coeur de l’épreuve.

Je nous invite donc à entreprendre ce matin l’ascension de cette « montagne sainte », qui se dresse devant nous. La montagne n’est-elle pas le lieu par excellence dans la Bible où l’homme fait la rencontre de Dieu ?

Mais avant de commencer cette ascension il nous faut situer notre récit. Nous le savons, le récit de la Transfiguration est d’une importance capitale dans les évangiles. Les trois évangélistes en font mention et l’Apôtre Pierre en parle lui aussi dans sa deuxième lettre (1:16-18) :

« Car ce n’est pas en suivant des fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la puissance et l’Avènement de notre Seigneur Jésus Christ, mais après avoir été témoins oculaires de sa majesté.

Il reçut en effet de Dieu le Père honneur et gloire, lorsque la Gloire pleine de majesté lui transmit une telle parole: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. » Cette voix, nous, nous l’avons entendue; elle venait du Ciel, nous étions avec lui sur la montagne sainte. »

Le récit survient après la profession de foi de Pierre : « Tu es le Christ, le Messie ! » Cette profession de foi fait passer les disciples à un nouveau mode de relation avec Jésus. Il y a là une avancée importante quant à la relation d’intimité et de confiance qui se nouent entre eux. Jésus va les inviter à entrer plus avant dans le mystère de sa personne et de son identité profonde, encore secrète.

Il est important aussi de souligner que l’événement de la Transfiguration survient après la première de trois annonces que fait Jésus de sa passion à venir:

« Puis il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. » (Mc 8, 31)

C’est déjà la montée vers Jérusalem qui se profile et la confiance des disciples en Jésus est mise à l’épreuve. C’est dans ce contexte que Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les amène sur la montagne. Certains Pères de l’Église ont affirmé que cette ascension avait pour but d’affermir la foi des disciples, de leur redonner confiance, et ainsi de les préparer à vivre la passion/résurrection à venir. Mais au-delà de cette visée anticipatrice, le récit nous dévoile aussi, à la manière d’une icône qu’il faut contempler longuement, toute la grandeur du mystère de l’être chrétien, de la vocation à laquelle nous engage notre baptême.

Entreprenons maintenant notre montée de la montagne de la transfiguration, qui se fera en trois étapes. Le versant nord, le sommet et le versant sud. (suite dimanche prochain)

Benoît XVI sur la souffrance

Lors d’une rencontre avec des prêtres qui exprimaient leur état d’âme, leur souffrance devant la distance qu’ils éprouvaient entre eux et les personnes adultes de leur communauté, devant leur tâche trop lourde et la perspective d’une relève qui n’est pas là, Benoît XVI a répondu:

« Je souffre moi aussi mais tous ensemble nous voulons, d’une part, souffrir sur ces problèmes et également, tout en souffrant, transformer les problèmes; car la souffrance est précisément la voie de la transformation et sans souffrance on ne transforme rien. »

(Benoît XVI aux prêtres de Rome en juillet 2005)

La souffrance

« Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, il n’est pas venu l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence. »

Paul Claudel

La mort est trompeuse

Je reviens des funérailles de la mère d’un ami. La perte d’un parent, même lorsqu’ils sont très âgés, implique toujours un deuil, une peine, à cause de tout ce qu’a été cette personne et qui soudainement n’est plus là. Comme s’il ne restait plus rien. Que reste-t-il de tout cet amour, de la fidélité de cette personne, de ses mots d’encouragements, de ses caresses, de tous ces mots de consolations, de tous ces sourires qui ont été donnés au cours des années? Car il faut bien se le dire, la mort est trompeuse. Elle oriente nos regards vers l’absence, vers la perte, cherchant à nous faire croire que tout est fini, qu’il ne reste plus rien de l’être aimé qu’un vague souvenir.

Il y a quatre ans, j’ai eu à vivre la mort de mon père, de qui j’étais très proche. On se voyait presque toutes les semaines. Nous étions de grands amis. Et à l’occasion de son décès, une certitude m’a frappé de plein fouet, alors qu’elle semble tellement évidente quand on a la foi; une évidence s’est imposée à moi : l’amour ne peut pas mourir.

C’est lorsque l’on perd un être cher que l’on se sent questionné tout à coup par cette réalité que l’on appelle la vie éternelle. Quand nous vivons un deuil nous prenons conscience à quel point l’amour donné par une personne est sans doute le plus beau fruit d’une vie humaine. Après tout, c’est là notre vocation humaine, notre raison d’être sur la terre : aimer… Et l’amour ne saurait mourir. L’amour n’est pas une passion inutile. Il porte en lui un germe d’éternité. Il rime avec toujours, comme le chantent les poètes.

C’est là la conviction que nous apporte cette intimité que nous sommes appelés à vivre les uns avec les autres lorsque nous aimons. C’est cette conviction qui nous anime, chrétiens et chrétiennes, lorsque nous affirmons que la mort n’a pu garder le Christ dans son emprise, car avec lui, la vie a triomphé de la mort au matin de Pâques. En Jésus Christ s’est réalisé cette promesse du prophète Isaïe :

« Le jour viendra où le Seigneur enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples; il détruira la mort pour toujours. Il essuiera les larmes sur tous les visages. » (Isaïe 25, 6a. 7-9)

Notre Père

« …la prière personnelle, même accomplie dans les secret, n’est pas un acte purement privé. Cette démarche que personne ne peut faire à ma place, n’est absolument pas celle d’un isolé; elle s’enracine et s’épanouit dans la communion. Quand je dis à Dieu Père, je me situe en fils, mais quand je dis Notre Père, je me situe aussi et du même coup en frère de tous ceux qui le disent également – et même de ceux qui ne savent peut-être pas le dire. « Il y a beaucoup d’âmes, disait Paul Claudel, mais il n’y en a pas une seule avec qui je ne sois en communion par ce point sacré en elle qui dit Pater Noster. »

Paul Claudel. Cantique de Palmyre, Conversation dans le Loir-et-Cher. Pléiade, p.731.

Vous connaissez Cochabamba ?

bolivie-montagneDe bons amis à moi, les Husson, un couple formidable avec trois enfants, viennent de s’engager dans un périple missionnaire où ils passeront de six mois à un an à Cochabamba, en Bolivie.Un projet des Soeurs Missionnaires de l’Immaculée Conception.

Qu’est-ce qui amène une famille à vivre un tel engagement, avec le dépaysement et aussi les risques, il faut bien l’avouer? C’est la quête!

Celle qui est au fond de chacun de nous et qui nous amène sans cesse à aller plus loin dans notre recherche d’absolu et de dépassement, où nous attendent des bonheurs inattendus, surtout le bonheur de donner et de recevoir.

Le missionnaire reçoit bien plus qu’il n’apporte ou ne donne, et c’est l’expérience que s’apprêtent à vivre mes amis  Thierry et Christine Husson, ainsi que leurs trois enfants : Julien, Élise et Clément.

Ils feront l’expérience de ce que l’auteure Sylvie Germain appelle « cette grâce dure, éprouvante ». Comme le disait Mère Térésa aux jeunes sœurs qui venaient l’aider à Calcutta :

« Il vous arrivera de trouver des choses qui vous révoltent… Il faudra puiser en vous toute la force nécessaire afin de prendre sur vous cette douleur, de l’assumer et ainsi d’apporter la preuve que le Christ est vraiment ressuscité. »

Si vous voulez les suivre dans leur périple, vous n’avez qu’à aller sur le blogue des Husson en Bolivie.

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L’Amérique que l’on aime

« L’Amérique que l’on aime », ainsi titrait un journal de Montréal il y a quelques jours, en commentant les événements se déroulant autour de l’assermentation de Barack H. Obama. Comme des millions d’autres, j’ai regardé avec beaucoup d’émotions cette grande fête populaire hier à la télévision, cette grande liturgie américaine dont seul Hollywood a le secret, et qui, à plus d’un titre, était vraiment historique. Surtout les larmes, la joie et la fierté qui se lisaient sur tous ces visages afro-américains.

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Je veux croire à la sincérité de ce nouveau président. Je pense que des choses vont changer. Déjà, en moins de 24 heures en poste, il vient de suspendre les poursuites judiciaires à Guantanamo. Son discours d’ouverture a manifesté une ouverture au monde, un désir de réconciliation auxquels il faut donner une chance, jusqu’à preuve du contraire.

Ce qui m’effraie par ailleurs, c’est cette mission dont se croie investit l’Amérique de conduire le monde des ténèbres à la lumière. Quand j’entends : « We are back! » (Nous sommes de retour!) dans la bouche du nouveau président, cela me fait peur. L’arrogance américaine, qui trop souvent a inspiré sa politique, risque de se dresser à nouveau la tête, comme l’hydre qu’on ne parvient pas à terrasser. Car derrière ce discours de Barack Obama faisant l’éloge de la démocratie pour tous, on ne peut que se rappeler combien les politiques américaines se sont souvent échafaudées sur le dos des peuples les plus pauvres et les plus opprimés, avec la complicité des dictateurs mis en place par ces mêmes gouvernements américains. Ce discours de la main tendue et du rêve américain ne devra être mis en oeuvre qu’avec beaucoup de modestie par ce 44e président des États-Unis. Ce qui est beaucoup demander à cette super-puissance en déclin…

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Mais donnons une chance au coureur. On se met à rêver n’est-ce pas devant l’inspiration que représente ce nouveau président pour les États-Unis et pour le monde. Reste à voir comment il pourra s’imposer avec le pouvoir limité que lui donne la Constitution américaine; comment il pourra mettre de l’avant ses politiques de réconciliation avec le monde, devant ce puissant lobby militaro-industriel, dont le président Dwight Eisenhower mettait les siens en garde déjà en 1961. Mises en garde qui n’ont pas été écoutées et dont le monde a souffert depuis. (Voir le discours sur YouTube).

Mais rêvons, comme Cendrillon qui va au bal. Il n’est pas encore minuit…

Barack Obama et Michelle

Nativité du Seigneur

 » Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime! « 

 

Au sujet de Noël…

C’est Jean Galot qui disait : « Le Christ est venu sur la terre pour provoquer un attachement à sa personne, pour attirer à lui l’humanité et l’univers. Mais avant de réclamer cette adhésion et pour l’obtenir, il s’attache lui-même aux hommes « . Et, je dirais, qu’il s’attache aussi à des hommes et des femmes qui deviennent solidaires de son mystère et qui, à leur tour, s’attachent à leurs frères et sœurs les humains, comme le Christ.

Le but de l’Incarnation, l’importance pour nous que Jésus ait été réellement homme pour les Pères grecs est que « je devienne Dieu dans la mesure même où lui s’est fait homme. » (Grégoire de Nazianze, oratio theologie, 3, 19, P.G. 36, 100 a.)

Campagne annuelle de souscription pour Spiritualité 2000

Pour faire un don allez sur la page suivante…

« Ce qui m’étonne », dit Dieu…

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance.
Et je n’en reviens pas.
Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.
Car mes trois vertus, dit Dieu.
Les trois vertus mes créatures.
Mes filles mes enfants.
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de coeur.
Ou une soeur aînée qui est comme une mère.
L’Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.
Avec ses petits sapins en bois d’Allemagne couverts de givre peint.
Et avec son boeuf et son âne en bois d’Allemagne.
Peints.
Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.
Puisqu’elles sont en bois.
C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.
Comme l’étoile a conduit les trois rois du fin fond de l’Orient.
Vers le berceau de mon fils.
Ainsi une flamme tremblante.
Elle seule conduira les Vertus et les mondes.
Une flamme percera des ténèbres éternelles.

Un texte de Charles Péguy.

Exposition : La Vierge et l’Enfant

Les Vierges à l’Enfant placées sous le signe de la tendresse se multiplient à partir du XIII siècle et connaissent une fortune immense jusqu’à aujourd’hui. Le site « Spiritualité 2000 » vous offre pour la saison de l’Avent et de Noël, une magnifique exposition intitulée La Vierge et l’Enfant chez les Maîtres du Moyen-Âge et de la Renaissance.

La Présentation au Temple, de Giovanni Bellini

La Présentation au Temple, de Giovanni Bellini

Une espérance têtue!

Notre Dame de l'Avent

Notre Dame de l'Avent

« Convertissez-vous, préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. » Ces consignes évangéliques ne sont pas nouvelles pour nous. Chaque année, et tout au long de l’année, elles nous sont répétées, afin de nous rappeler les exigences de la suite de Jésus Christ. Elles nous sont rappelées de peur que nous nous arrêtions en chemin, que nous oublions quelle espérance têtue et obstinée doit nous animer dans notre vie de foi de tous les jours. Car notre foi est une foi qui espère! La liturgie est une pédagogue et le temps de l’Avent se présente à nous comme une mise en scène liturgique qui veut nous aider à découvrir combien est belle cette espérance qui doit nous habiter à cause de la venue du Fils de Dieu en notre monde.

Le temps de l’Avent vient nous aider à approfondir cette joie qui doit être la nôtre au moment de célébrer la naissance du Sauveur. Car il n’y a pas de plus grand bonheur que d’entrer dans cette connaissance de Dieu qui nous est donnée avec la venue de son Fils. C’est là le cœur de notre foi. Et l’Avent nous prépare à cette fête en nous rappelant par les textes de la Parole de Dieu, combien grande était l’attente du Messie avant qu’il se manifeste à Bethléem, dans une étable. Le temps de l’Avent vient nous dire que cette espérance, il nous faut la vivre dans le quotidien de nos vies, et ce, jusqu’à ce que le Seigneur Jésus revienne à la fin des temps, car il ne cesse de se donner à nous chaque jour.

Le monde a-t-il vraiment changé depuis cette nuit de Bethléem? Est-ce que la venue du Christ a véritablement changé le visage de notre terre? Nous ne savons pas comment aurait évolué notre monde sans cette influence déterminante du christianisme sur l’histoire et la pensée humaine, mais ce que nous savons, c’est que la suite du Christ a transformé radicalement la vie d’une multitude d’hommes et de femmes au cours des siècles, qui ont pris sur eux-mêmes, au nom de l’Évangile et de leur amour de Dieu et du prochain, de transformer cette terre, d’inaugurer des relations de paix, de justice et de miséricorde partout où ils passaient.

Il ne s’agit pas ici d’une espérance « à la petite semaine », d’une espérance facile et béate. Elle est profonde comme la mer cette espérance à l’image de la connaissance du Seigneur qui nous est promise. Cette espérance, elle est de tous les combats, de toutes les luttes, et c’est elle qui nous rend capables de nous engager, de nous aimer les uns les autres, de pardonner, de changer nos cœurs, de recommencer quand tout s’écroule, de reconstruire… C’est cette espérance têtue et obstinée que nous demandons au Seigneur de renouveler en nous en ce temps de l’Avent.

« Et vous, où étiez-vous ? »

Monique, une fidèle lectrice de ce blogue, m’a écrit pour me partager ce qu’elle a ressentie à lecture de mon voyage au pays d’Etty Hillesum. Elle m’a parlé de ses souvenirs de l’après-guerre en Europe et m’a demandé à la fin de son courriel : Et vous, vous étiez où durant ces années là ? Voici ce que je lui ai répondu :

Adolf Eichmann

Adolf Eichmann

Quant à moi, je suis né deux ans après la guerre. Mon père a passé quatre ans en Angleterre, dans l’armée de terre, et mon enfance a été marquée par les souvenirs de guerre de mon père et, surtout, les reportages qui sortaient dans les années 50 au sujet de cette guerre et des camps d’extermination. Le monde découvrait alors avec horreur cette réalité. Ainsi, je n’avais que douze ans et pourtant je me souviens de l’enlèvement à Buenos Aires d’Adolf Eichmann, l’un des bourreaux du IIIe Reich, et qui fut jugé et pendu à Jérusalem en 1960.

Il est certain que nous ne vivons pas les souvenirs de cette guerre en Amérique comme peuvent les vivre les Européens. Un océan nous sépare de ce que fut cette période cruelle; de plus, nous n’avons pas connu les combats sur notre territoire. Néanmoins, la Shoah sera toujours pour moi comme le lieu ultime où l’homme est appelé à s’interroger sur les forces du mal qui l’habite. C’est pourquoi mon intérêt pour cette période est comme un devoir de mémoire et de solidarité envers et avec les persécutés. À travers les ombres et les lumières de cette période, c’est un peu le mystère de l’homme qui se laisse saisir, je crois, et, par le fait même, un peu du mystère de Dieu. C’est pourquoi Etty Hillesum me semble être une figure tellement importante pour comprendre un peu cette époque, comprendre comment l’on peut préserver sa dignité humaine, lorsque confronté au mal. Comme le souligne Sylvie Germaine dans son livre Etty Hillesum :

« Non seulement la prière d’Etty Hillesum ne réclame rien (sinon la force de persévérer et de s’épandre plus amplement) mais elle consent à tout ce qui est et advient. « Il y a place pour tout dans une vie, écrira Etty dans son journal, pour la foi en Dieu et pour une mort lamentable. » (I, p. 136.) Elle ne demande jamais de comptes à Dieu, estimant même que c’est l’inverse, que les milliers, millions de crimes commis ne sont pas imputables à Dieu, mais aux hommes – à la folie humaine. »

« Elle va plus loin encore dans le retournement de la responsabilité du mal : elle ne se contente pas d’en innocenter Dieu, elle le considère comme étant la première victime du déferlement de haine et de violence qui sévit autour d’elle… Dieu gît dans les fossés de l’Histoire embrasée par la guerre, « à demi mort » dans les ruines de l’amour. À demi mort de trahison, de violences subies, et également d’oubli, d’indifférence, d’abandon. La guerre ne ravage et ne rase pas seulement les villes, les champs, les forêts, les villages, mais surtout les peuples, et jusqu’aux cœurs des survivants. »

Face à cette haine et cette violence qui déferlent autour d’elle, Etty choisira le parti de Dieu et celui du prochain, qu’il soit ami ou ennemi. Elle écrira : « Comme elle est grande la détresse intérieure de tes créatures terrestres, mon Dieu. Je te remercie d’avoir fait venir à moi tant de gens avec toute leur détresse. » (I, p. 195.)

Etty Hillesum et la rose fanée

Etty n’est pas ignorante du sort probable qui l’attend. À travers une prose dépouillée mais combien profonde, elle contemple une fleur qui se fane et y projète son propre destin :

19 juin 1942 : « Entre ma machine à écrire, un mouchoir et un rouleau de coton noir, ma rose est en train de se faner. Elle est d’une beauté et d’une délicatesse à peine supportable. Se fanant doucement et avec résignation, elle se prépare à quitter cette vie brève et froide. Elle est si fragile et si belle et si gracieuse dans sa lente agonie que mon cœur pourrait facilement se briser. Mais il faut même laisser mourir une rose en paix, et ne pas essayer passionnément et désespérément de s’y accrocher. Avant, j’étais inconsolable, terriblement malheureuse quand une fleur se fanait. Mais l’on doit apprendre à accepter ce qui fane sans protester. Et savoir qu’il y aura toujours une nouvelle floraison. »