Benoît XVI sur la souffrance

Lors d’une rencontre avec des prêtres qui exprimaient leur état d’âme, leur souffrance devant la distance qu’ils éprouvaient entre eux et les personnes adultes de leur communauté, devant leur tâche trop lourde et la perspective d’une relève qui n’est pas là, Benoît XVI a répondu:

« Je souffre moi aussi mais tous ensemble nous voulons, d’une part, souffrir sur ces problèmes et également, tout en souffrant, transformer les problèmes; car la souffrance est précisément la voie de la transformation et sans souffrance on ne transforme rien. »

(Benoît XVI aux prêtres de Rome en juillet 2005)

La souffrance

« Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance, il n’est pas venu l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence. »

Paul Claudel

La mort est trompeuse

Je reviens des funérailles de la mère d’un ami. La perte d’un parent, même lorsqu’ils sont très âgés, implique toujours un deuil, une peine, à cause de tout ce qu’a été cette personne et qui soudainement n’est plus là. Comme s’il ne restait plus rien. Que reste-t-il de tout cet amour, de la fidélité de cette personne, de ses mots d’encouragements, de ses caresses, de tous ces mots de consolations, de tous ces sourires qui ont été donnés au cours des années? Car il faut bien se le dire, la mort est trompeuse. Elle oriente nos regards vers l’absence, vers la perte, cherchant à nous faire croire que tout est fini, qu’il ne reste plus rien de l’être aimé qu’un vague souvenir.

Il y a quatre ans, j’ai eu à vivre la mort de mon père, de qui j’étais très proche. On se voyait presque toutes les semaines. Nous étions de grands amis. Et à l’occasion de son décès, une certitude m’a frappé de plein fouet, alors qu’elle semble tellement évidente quand on a la foi; une évidence s’est imposée à moi : l’amour ne peut pas mourir.

C’est lorsque l’on perd un être cher que l’on se sent questionné tout à coup par cette réalité que l’on appelle la vie éternelle. Quand nous vivons un deuil nous prenons conscience à quel point l’amour donné par une personne est sans doute le plus beau fruit d’une vie humaine. Après tout, c’est là notre vocation humaine, notre raison d’être sur la terre : aimer… Et l’amour ne saurait mourir. L’amour n’est pas une passion inutile. Il porte en lui un germe d’éternité. Il rime avec toujours, comme le chantent les poètes.

C’est là la conviction que nous apporte cette intimité que nous sommes appelés à vivre les uns avec les autres lorsque nous aimons. C’est cette conviction qui nous anime, chrétiens et chrétiennes, lorsque nous affirmons que la mort n’a pu garder le Christ dans son emprise, car avec lui, la vie a triomphé de la mort au matin de Pâques. En Jésus Christ s’est réalisé cette promesse du prophète Isaïe :

« Le jour viendra où le Seigneur enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples; il détruira la mort pour toujours. Il essuiera les larmes sur tous les visages. » (Isaïe 25, 6a. 7-9)

Notre Père

« …la prière personnelle, même accomplie dans les secret, n’est pas un acte purement privé. Cette démarche que personne ne peut faire à ma place, n’est absolument pas celle d’un isolé; elle s’enracine et s’épanouit dans la communion. Quand je dis à Dieu Père, je me situe en fils, mais quand je dis Notre Père, je me situe aussi et du même coup en frère de tous ceux qui le disent également – et même de ceux qui ne savent peut-être pas le dire. « Il y a beaucoup d’âmes, disait Paul Claudel, mais il n’y en a pas une seule avec qui je ne sois en communion par ce point sacré en elle qui dit Pater Noster. »

Paul Claudel. Cantique de Palmyre, Conversation dans le Loir-et-Cher. Pléiade, p.731.

Vous connaissez Cochabamba ?

bolivie-montagneDe bons amis à moi, les Husson, un couple formidable avec trois enfants, viennent de s’engager dans un périple missionnaire où ils passeront de six mois à un an à Cochabamba, en Bolivie.Un projet des Soeurs Missionnaires de l’Immaculée Conception.

Qu’est-ce qui amène une famille à vivre un tel engagement, avec le dépaysement et aussi les risques, il faut bien l’avouer? C’est la quête!

Celle qui est au fond de chacun de nous et qui nous amène sans cesse à aller plus loin dans notre recherche d’absolu et de dépassement, où nous attendent des bonheurs inattendus, surtout le bonheur de donner et de recevoir.

Le missionnaire reçoit bien plus qu’il n’apporte ou ne donne, et c’est l’expérience que s’apprêtent à vivre mes amis  Thierry et Christine Husson, ainsi que leurs trois enfants : Julien, Élise et Clément.

Ils feront l’expérience de ce que l’auteure Sylvie Germain appelle « cette grâce dure, éprouvante ». Comme le disait Mère Térésa aux jeunes sœurs qui venaient l’aider à Calcutta :

« Il vous arrivera de trouver des choses qui vous révoltent… Il faudra puiser en vous toute la force nécessaire afin de prendre sur vous cette douleur, de l’assumer et ainsi d’apporter la preuve que le Christ est vraiment ressuscité. »

Si vous voulez les suivre dans leur périple, vous n’avez qu’à aller sur le blogue des Husson en Bolivie.

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L’Amérique que l’on aime

« L’Amérique que l’on aime », ainsi titrait un journal de Montréal il y a quelques jours, en commentant les événements se déroulant autour de l’assermentation de Barack H. Obama. Comme des millions d’autres, j’ai regardé avec beaucoup d’émotions cette grande fête populaire hier à la télévision, cette grande liturgie américaine dont seul Hollywood a le secret, et qui, à plus d’un titre, était vraiment historique. Surtout les larmes, la joie et la fierté qui se lisaient sur tous ces visages afro-américains.

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Je veux croire à la sincérité de ce nouveau président. Je pense que des choses vont changer. Déjà, en moins de 24 heures en poste, il vient de suspendre les poursuites judiciaires à Guantanamo. Son discours d’ouverture a manifesté une ouverture au monde, un désir de réconciliation auxquels il faut donner une chance, jusqu’à preuve du contraire.

Ce qui m’effraie par ailleurs, c’est cette mission dont se croie investit l’Amérique de conduire le monde des ténèbres à la lumière. Quand j’entends : « We are back! » (Nous sommes de retour!) dans la bouche du nouveau président, cela me fait peur. L’arrogance américaine, qui trop souvent a inspiré sa politique, risque de se dresser à nouveau la tête, comme l’hydre qu’on ne parvient pas à terrasser. Car derrière ce discours de Barack Obama faisant l’éloge de la démocratie pour tous, on ne peut que se rappeler combien les politiques américaines se sont souvent échafaudées sur le dos des peuples les plus pauvres et les plus opprimés, avec la complicité des dictateurs mis en place par ces mêmes gouvernements américains. Ce discours de la main tendue et du rêve américain ne devra être mis en oeuvre qu’avec beaucoup de modestie par ce 44e président des États-Unis. Ce qui est beaucoup demander à cette super-puissance en déclin…

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Mais donnons une chance au coureur. On se met à rêver n’est-ce pas devant l’inspiration que représente ce nouveau président pour les États-Unis et pour le monde. Reste à voir comment il pourra s’imposer avec le pouvoir limité que lui donne la Constitution américaine; comment il pourra mettre de l’avant ses politiques de réconciliation avec le monde, devant ce puissant lobby militaro-industriel, dont le président Dwight Eisenhower mettait les siens en garde déjà en 1961. Mises en garde qui n’ont pas été écoutées et dont le monde a souffert depuis. (Voir le discours sur YouTube).

Mais rêvons, comme Cendrillon qui va au bal. Il n’est pas encore minuit…

Barack Obama et Michelle

Nativité du Seigneur

 » Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime! « 

 

Au sujet de Noël…

C’est Jean Galot qui disait : « Le Christ est venu sur la terre pour provoquer un attachement à sa personne, pour attirer à lui l’humanité et l’univers. Mais avant de réclamer cette adhésion et pour l’obtenir, il s’attache lui-même aux hommes « . Et, je dirais, qu’il s’attache aussi à des hommes et des femmes qui deviennent solidaires de son mystère et qui, à leur tour, s’attachent à leurs frères et sœurs les humains, comme le Christ.

Le but de l’Incarnation, l’importance pour nous que Jésus ait été réellement homme pour les Pères grecs est que « je devienne Dieu dans la mesure même où lui s’est fait homme. » (Grégoire de Nazianze, oratio theologie, 3, 19, P.G. 36, 100 a.)

Campagne annuelle de souscription pour Spiritualité 2000

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« Ce qui m’étonne », dit Dieu…

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance.
Et je n’en reviens pas.
Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.
Car mes trois vertus, dit Dieu.
Les trois vertus mes créatures.
Mes filles mes enfants.
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de coeur.
Ou une soeur aînée qui est comme une mère.
L’Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.
Avec ses petits sapins en bois d’Allemagne couverts de givre peint.
Et avec son boeuf et son âne en bois d’Allemagne.
Peints.
Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.
Puisqu’elles sont en bois.
C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.
Comme l’étoile a conduit les trois rois du fin fond de l’Orient.
Vers le berceau de mon fils.
Ainsi une flamme tremblante.
Elle seule conduira les Vertus et les mondes.
Une flamme percera des ténèbres éternelles.

Un texte de Charles Péguy.

Exposition : La Vierge et l’Enfant

Les Vierges à l’Enfant placées sous le signe de la tendresse se multiplient à partir du XIII siècle et connaissent une fortune immense jusqu’à aujourd’hui. Le site « Spiritualité 2000 » vous offre pour la saison de l’Avent et de Noël, une magnifique exposition intitulée La Vierge et l’Enfant chez les Maîtres du Moyen-Âge et de la Renaissance.

La Présentation au Temple, de Giovanni Bellini

La Présentation au Temple, de Giovanni Bellini

Une espérance têtue!

Notre Dame de l'Avent

Notre Dame de l'Avent

« Convertissez-vous, préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. » Ces consignes évangéliques ne sont pas nouvelles pour nous. Chaque année, et tout au long de l’année, elles nous sont répétées, afin de nous rappeler les exigences de la suite de Jésus Christ. Elles nous sont rappelées de peur que nous nous arrêtions en chemin, que nous oublions quelle espérance têtue et obstinée doit nous animer dans notre vie de foi de tous les jours. Car notre foi est une foi qui espère! La liturgie est une pédagogue et le temps de l’Avent se présente à nous comme une mise en scène liturgique qui veut nous aider à découvrir combien est belle cette espérance qui doit nous habiter à cause de la venue du Fils de Dieu en notre monde.

Le temps de l’Avent vient nous aider à approfondir cette joie qui doit être la nôtre au moment de célébrer la naissance du Sauveur. Car il n’y a pas de plus grand bonheur que d’entrer dans cette connaissance de Dieu qui nous est donnée avec la venue de son Fils. C’est là le cœur de notre foi. Et l’Avent nous prépare à cette fête en nous rappelant par les textes de la Parole de Dieu, combien grande était l’attente du Messie avant qu’il se manifeste à Bethléem, dans une étable. Le temps de l’Avent vient nous dire que cette espérance, il nous faut la vivre dans le quotidien de nos vies, et ce, jusqu’à ce que le Seigneur Jésus revienne à la fin des temps, car il ne cesse de se donner à nous chaque jour.

Le monde a-t-il vraiment changé depuis cette nuit de Bethléem? Est-ce que la venue du Christ a véritablement changé le visage de notre terre? Nous ne savons pas comment aurait évolué notre monde sans cette influence déterminante du christianisme sur l’histoire et la pensée humaine, mais ce que nous savons, c’est que la suite du Christ a transformé radicalement la vie d’une multitude d’hommes et de femmes au cours des siècles, qui ont pris sur eux-mêmes, au nom de l’Évangile et de leur amour de Dieu et du prochain, de transformer cette terre, d’inaugurer des relations de paix, de justice et de miséricorde partout où ils passaient.

Il ne s’agit pas ici d’une espérance « à la petite semaine », d’une espérance facile et béate. Elle est profonde comme la mer cette espérance à l’image de la connaissance du Seigneur qui nous est promise. Cette espérance, elle est de tous les combats, de toutes les luttes, et c’est elle qui nous rend capables de nous engager, de nous aimer les uns les autres, de pardonner, de changer nos cœurs, de recommencer quand tout s’écroule, de reconstruire… C’est cette espérance têtue et obstinée que nous demandons au Seigneur de renouveler en nous en ce temps de l’Avent.

« Et vous, où étiez-vous ? »

Monique, une fidèle lectrice de ce blogue, m’a écrit pour me partager ce qu’elle a ressentie à lecture de mon voyage au pays d’Etty Hillesum. Elle m’a parlé de ses souvenirs de l’après-guerre en Europe et m’a demandé à la fin de son courriel : Et vous, vous étiez où durant ces années là ? Voici ce que je lui ai répondu :

Adolf Eichmann

Adolf Eichmann

Quant à moi, je suis né deux ans après la guerre. Mon père a passé quatre ans en Angleterre, dans l’armée de terre, et mon enfance a été marquée par les souvenirs de guerre de mon père et, surtout, les reportages qui sortaient dans les années 50 au sujet de cette guerre et des camps d’extermination. Le monde découvrait alors avec horreur cette réalité. Ainsi, je n’avais que douze ans et pourtant je me souviens de l’enlèvement à Buenos Aires d’Adolf Eichmann, l’un des bourreaux du IIIe Reich, et qui fut jugé et pendu à Jérusalem en 1960.

Il est certain que nous ne vivons pas les souvenirs de cette guerre en Amérique comme peuvent les vivre les Européens. Un océan nous sépare de ce que fut cette période cruelle; de plus, nous n’avons pas connu les combats sur notre territoire. Néanmoins, la Shoah sera toujours pour moi comme le lieu ultime où l’homme est appelé à s’interroger sur les forces du mal qui l’habite. C’est pourquoi mon intérêt pour cette période est comme un devoir de mémoire et de solidarité envers et avec les persécutés. À travers les ombres et les lumières de cette période, c’est un peu le mystère de l’homme qui se laisse saisir, je crois, et, par le fait même, un peu du mystère de Dieu. C’est pourquoi Etty Hillesum me semble être une figure tellement importante pour comprendre un peu cette époque, comprendre comment l’on peut préserver sa dignité humaine, lorsque confronté au mal. Comme le souligne Sylvie Germaine dans son livre Etty Hillesum :

« Non seulement la prière d’Etty Hillesum ne réclame rien (sinon la force de persévérer et de s’épandre plus amplement) mais elle consent à tout ce qui est et advient. « Il y a place pour tout dans une vie, écrira Etty dans son journal, pour la foi en Dieu et pour une mort lamentable. » (I, p. 136.) Elle ne demande jamais de comptes à Dieu, estimant même que c’est l’inverse, que les milliers, millions de crimes commis ne sont pas imputables à Dieu, mais aux hommes – à la folie humaine. »

« Elle va plus loin encore dans le retournement de la responsabilité du mal : elle ne se contente pas d’en innocenter Dieu, elle le considère comme étant la première victime du déferlement de haine et de violence qui sévit autour d’elle… Dieu gît dans les fossés de l’Histoire embrasée par la guerre, « à demi mort » dans les ruines de l’amour. À demi mort de trahison, de violences subies, et également d’oubli, d’indifférence, d’abandon. La guerre ne ravage et ne rase pas seulement les villes, les champs, les forêts, les villages, mais surtout les peuples, et jusqu’aux cœurs des survivants. »

Face à cette haine et cette violence qui déferlent autour d’elle, Etty choisira le parti de Dieu et celui du prochain, qu’il soit ami ou ennemi. Elle écrira : « Comme elle est grande la détresse intérieure de tes créatures terrestres, mon Dieu. Je te remercie d’avoir fait venir à moi tant de gens avec toute leur détresse. » (I, p. 195.)

Etty Hillesum et la rose fanée

Etty n’est pas ignorante du sort probable qui l’attend. À travers une prose dépouillée mais combien profonde, elle contemple une fleur qui se fane et y projète son propre destin :

19 juin 1942 : « Entre ma machine à écrire, un mouchoir et un rouleau de coton noir, ma rose est en train de se faner. Elle est d’une beauté et d’une délicatesse à peine supportable. Se fanant doucement et avec résignation, elle se prépare à quitter cette vie brève et froide. Elle est si fragile et si belle et si gracieuse dans sa lente agonie que mon cœur pourrait facilement se briser. Mais il faut même laisser mourir une rose en paix, et ne pas essayer passionnément et désespérément de s’y accrocher. Avant, j’étais inconsolable, terriblement malheureuse quand une fleur se fanait. Mais l’on doit apprendre à accepter ce qui fane sans protester. Et savoir qu’il y aura toujours une nouvelle floraison. »

La mort de Julius Spier

La mort de Julius Spier, son « initiateur », la veille du jour où il devait être déporté, est pour Etty Hillesum comme une seconde naissance. Elle s’adresse à lui dans son Journal le lendemain de son décès :

16 septembre 1942 : « J’avais encore mille choses à te demander et à apprendre de ta bouche; désormais je devrai m’en tirer toute seule. Je me sens très forte, tu sais, je suis persuadée de réussir ma vie. C’est toi qui as libéré ces forces dont je dispose. Tu m’as appris à prononcer sans honte le nom de Dieu. Tu as servi de médiateur entre Dieu et moi, mais maintenant, toi le médiateur, tu t’es retiré et mon chemin mène désormais directement à Dieu; c’est bien ainsi, je le sens. Et je servirai moi-même de médiatrice pour tous ceux que je pourrai atteindre. »

Etty Hillesum et Julius Spier

6 juillet 1942. Alors que Julius est gravement malade, Etty écrit après lui avoir rendu visite :

« Au moment de le quitter, je me suis blottie un instant contre lui et lui ai dit : « J’aimerais rester avec toi aussi longtemps que possible…. j’ai eu tout à coup l’impression qu’un grand ciel se déployait autour de nous comme dans une tragédie grecque : un instant tous mes sens se sont brouillés, j’étais avec lui au milieu d’un espace infini traversé de menaces, mais aussi d’éternité… Entre nos yeux, nos mains, nos bouches passent désormais un courant ininterrompu de douceur et de tendresse où le désir le plus ténu semble s’éteindre. Il ne s’agit plus désormais que de donner à l’autre toute la bonté qui passe en nous. Chacune de nos rencontres est aussi un adieu. »

Quand on étudie la vie d’Etty Hillesum, on ne peut le faire sans tenir compte, non seulement de la grande influence de Julius, mais aussi de sa grande foi. Etty l’avouera dans son journal, Julius est un modèle d’émulation pour elle. Voici l’une des rares lettres que nous avons de Julius à Etty et que cette dernière retranscrit dans son journal :

15 juillet 1942 : « Il est dix heures et demie. Je viens de m’agenouiller longtemps devant mon fauteuil et de prier en silence avec ardeur et du fond du coeur. Aide et protection s’enfuient de tous les pauvres gens remplis d’angoisse et sans préparation intérieure, qui passent maintenant les dernières heures dans leur domicile. Combien je peux ressentir tout cela!! Mon coeur est si lourd et si plein d’amour, je voudrais les y étreindre tous et les consoler comme on console sa mère. » Il termine par : « Amour, je veux continuer à prier ». »

Julius Spier, mystagogue et thérapeute

Julius Spier

Julius Spier

Né à Frankfort en 1887, Julius Spier est un chirologue Allemand qui a fait une formation comme thérapeute avec Carl Gustave Jung, et a ouvert un bureau à Berlin en 1930, où il exerçait en tant que psycho-chirologue. Il se spécialise dans l’établissement de diagnostics médicaux à partir de la morphologie et des lignes de la main, et il développe une approche thérapeutique à partir de ces diagnostiques. En 1939, suites aux persécutions contre les juifs en Allemagne, il émigre à Amsterdam et ouvre là-bas un bureau.

Spier est aussi un spirituel : il prie et médite la Bible chaque jour. C’est un grand lecteur : Kierkegaard, Bonhœffer, Maître Eckhart, Thomas a Kempis, Dostoïevski, Rilke et … saint Augustin. « Homme d’une sensualité exigeante et raffinée », selon Etty, c’est lui qui lui met la Bible et saint Augustin entre ses mains. Julius a 55 ans quand Etty le rencontre. Elle le rencontre pour la première fois le 3 février 1941 au 27 Courbetstraat à Amsterdam.

Au sujet de sa relation affective avec Julius, Etty écrit à Julius, le 13 août 1941 : « Tu es, en fait, la première personne avec qui j’ai vraiment pu communiquer intérieurement, et à qui je veux ressembler. Peut-être que ce sera là la première amitié de toute ma vie à ne pas être empreinte d’amateurisme. »

Biographie d’Etty Hillesum

Etty Hillesum

Etty Hillesum

Etty Hillesum est née en Hollande le 15 janvier 1914, à Middleburg, au Molenwater 77. À compter de 1924, soit à l’âge de 10 ans, elle habitera la petite ville de Deventer. La famille va habiter au numéro 51 A. J. Duymaer van Twiststraat (présentement le numéro 2).
Son père se nomme Lévie Hillesum, et il est professeur de lycée, où l enseigne les langues classiques. Sa mère s’appelle Riva (Rébecca), une juive d’origine russe dont la famille a fuit les persécutions en Russie.

Etty a deux frères: Jacob (Jaap), né le 27 janvier 1916, et Michael (Mischa) né le 20 septembre 1920, célèbre pianiste virtuose. Elle est donc l’aînée d’une famille de trois enfants et elle aurait grandi, comme ses deux frères cadets, dans une ambiance étrangère à toute référence religieuse. Il est important de savoir qu’Etty provient d’une famille juive qui semblait tout à fait adaptée à la modernité européenne de la première moitié du XXe siècle.

Le père est décrit comme un juif non pratiquant et jamais l’on ne lit chez Etty de références aux pratiques religieuses de la famille Hillesum. Elle décrit son père comme une sorte d’agnostique qui devant l’impossibilité de résoudre les énigmes de la vie, se serait réfugié dans la réflexion philosophique. D’ailleurs, le père d’Etty travaillait le samedi, signe de son intégration à la société ambiante. Toutefois, Etty mentionne à deux reprises, alors que ses parents sont internés, que son père étudie la Bible. Il a même une demi-douzaine de petites bibles (la Torah) en français, en grec, en hébreu et en néerlandais, qu’il s’amuse à comparer les unes avec les autres, discutant avec d’autres détenus Juifs dont certains sont de ses anciens étudiants du lycée ou des collègues de travail.

À noter aussi que le grand-père paternel d’Etty était grand rabbin des trois provinces du Nord au Pays-Bas, selon son éditeur néerlandais J. G. Garrlandt (préface de l’édition originale p. V). Par ailleurs, Paul Lebeau, souligne que le père d’Etty « était un cas classique de Juif pleinement assimilé à la culture européenne occidentale. Il avait adopté le prénom chrétien de Louis. Sa famille n’observait pas le shabbat et ne mangeait pas kasher, au point que certains de leurs cousins hésitaient à lui rendre visite. »

Etty emménagera avec son frère Mischa à Amsterdam en 1932 (elle a 18 ans) et, en 1937 (elle a 23 ans), se retrouvera à la pension de Han Wegerif, au 61 Gabriel Metsustraat. Y habitent, Pa Han, qui deviendra le compagnon de fait d’Etty malgré l’écart de trente années qui les séparent, le fils de Han, Hans Wegerif, jeune étudiant, Bernard Meylink, un étudiant en chimie et la cuisinière allemande Käthe Fransen, qui travaillait à la pension depuis plusieurs années. À ce moment-là, Etty est la seule juive dans cette maisonnée et elle y occupera un emploi de gouvernante. D’autres pensionnaires y passeront, dont Maria Tuinzing, qui se verra confier la garde des cahiers d’Etty, une chrétienne qui sera l’une de ses meilleures amies et confidente. Sur cette maison située tout près du Concertgebouw, une modeste inscription s’y retrouve aujourd’hui : « Dans cette maison Etty (Esther) Hillesum rédigea son Journal de 1941 à 1943. » Ce journal est largement rédigé dans sa chambre du Gabriel Metsustraat à Amsterdam.

Dès la fin de son adolescence, puis à l’Université d’Amsterdam, où elle fait des études de droit, ainsi que l’étude de la langue et de la littérature russe (elle y donne aussi un cours de langue russe à l’université Volksuniversiteit d’Amsterdam ainsi que des cours privés de russe jusqu’à son départ pour Westerbork), Etty fréquente un milieu d’intellectuels de gauche, où les mœurs et les valeurs sont plutôt libérales pour dire le moins. Elle ne tarde pas toutefois à payer le prix d’une existence tumultueuse et hors norme, sous forme de périodes de dépressions et de malaises physiques récurrents.

Un des pensionnaires de la maison, Bernard Meylink, lui conseille alors d’aller consulter un psychologue-chirologue, Julius Spier. Il habite le 27 Courbetstraat. Il a 27 ans de plus qu’Etty. Juif allemand, il avait, comme beaucoup d’autres, émigré aux Pays-Bas en 1939, et sa réputation de thérapeute commençait à se répandre à Amsterdam. Cette rencontre fut décisive. Sous sa conduite elle décide de commencer à rédiger un journal.

Fête de la Croix Glorieuse

« Nous proclamons un Messie crucifié », alors que nous soulignerons la fête de la Croix Glorieuse dimanche prochain. Paradoxalement, cette croix devrait aussi être notre honte, parce que cette Croix est l’expression même de notre péché, mais elle est aussi notre fierté, parce qu’elle est le lieu de notre relèvement.

C’est pourquoi l’église, en cette fête, nous invite à nous rappeler combien il est important de contempler Jésus en croix. On peut avoir passé toute sa vie à prier le Seigneur sans vraiment l’avoir regardé sur sa Croix; je veux dire le regarder de ce regard qui va jusqu’au fond du coeur, jusqu’au fond de sa blessure. Il faut prendre le temps de s’arrêter au pied de la Croix, de s’y agenouiller, afin de contempler Jésus dans son offrande au Père.

La contemplation de la Croix nous donne de comprendre combien nous sommes présents dans la prière du Christ sur la Croix, crucifiés avec lui, offerts par lui comme son bien le plus précieux: « Père, ceux que tu m’as donnés je te les offre, et je m’offre avec eux, pour eux. Notre Père… ».

La Croix est véritablement le lieu par excellence de notre filiation avec le Christ, « car Dieu a tellement aimé le monde qu’il nous a donné son Fils unique ». C’est sur la Croix qu’il nous saisit dans son mystère d’amour, pour ne plus faire qu’un avec nous. Il est là à cause de nous, pour nous. Il prend sur lui nos péchés, nos détresses, et il s’associe pour l’éternité à notre pauvre humanité blessée. Désormais sa vie est notre vie, son Père est notre Père, et il prie avec nous : « Notre Père… ». La Croix devient le coeur de toute prière et il ne nous est plus possible désormais de prier sans passer par la Croix, sans désirer s’unir à elle.

Comme elle est belle cette Croix quand c’est Jésus qui la recouvre de sa présence. C’est la vie même qui est clouée au coeur de la mort; notre humanité peut enfin refleurir. Elle n’est plus orpheline, elle n’est plus seule, car elle peut désormais appeler Dieu « notre Père ».

Voilà la beauté et le mystère de l’église, Corps du Christ, à jamais crucifiée avec lui dans l’offrande de sa vie. Simone Weil a cette réflexion magnifique à propos de la Croix. Elle écrit ceci :

« Le don le plus précieux pour moi, comme vous le savez, c’est la croix. S’il ne m’est pas donné de mériter de participer à la croix du Christ, j’espère au moins de pouvoir y participer en tant que larron repentant. Après le Christ, de toutes les personnes dont il est fait mention dans l’évangile, le bon larron est celui que j’envie le plus. D’être avec le Christ pendant la crucifixion, à ses côtés et dans la même position que lui, me semble être un privilège encore plus grand et plus enviable que d’être assis à sa droite dans la gloire. » (Lettre du 16 avril 1942).

Seigneur, donnes-nous de toujours savoir contempler ta Croix glorieuse. C’est la grâce que nous te demandons Ô notre Seigneur crucifié.

À une jeune lectrice en colère

Annie, une jeune universitaire, m’écrit suite au décès de sa mère. Elle me dit vivre une grande colère contre Dieu lorsqu’elle va à la messe. Elle aimerait que je lui réponde via ce blogue. Voici donc ce que j’aimerais te dire chère Annie.

Tout d’abord Annie, je te remercie de ta confiance en me partageant ce que tu portes. Je trouve ta colère très saine tu sais, tout particulièrement celle qui se manifeste à l’endroit de Dieu lorsque tu vas à l’église. Et tu as le droit de vouloir cesser d’y aller.

Mais tu sais que les textes les plus violents dans la Bible sont les psaumes, et que parmi ces textes s’exprime parfois une très grande colère à l’endroit de Dieu. Bien sûr, le psalmiste finit toujours par revenir vers Dieu et lui confier sa vie. Mais avec un ami, on n’a pas peur de la franchise, ni de ses sentiments. Et dans certaines situations de la vie, le mal nous fait crier notre douleur. Et alors qui peut-on blâmer, si ce n’est Dieu? C’est lui notre bouc-émissaire, car l’on aimerait bien que d’un tour de main il renverse les situations les plus terribles.

C’est le grand mystère de la vie qui bat en nous et qui, parfois, est tellement souffrante et injuste. On n’a pas assez de notre petite tête et de notre petit coeur pour comprendre tout ce qui nous arrive. Mais le Christ est venu porter avec nous cette souffrance. Comme le dit Catherine de Sienne: « ce ne sont pas les clous qui retiennent le Christ sur la croix, mais l’amour. » Et quand je le considère ainsi, crucifié, poussant l’amour jusque là, je me dis alors que mon ennemi ce n’est pas Dieu, ce n’est pas le Christ, mais le mal qu’il est venu dénoncer, qu’il est venu affronter et vaincre. Le mal en moi et chez les autres, la morten moi et chez les autres. Mais il faut du temps pour voir les premières pousses de la résurrection en nos vies, pourtant elles sont là.

« Time is gentleman » dit un proverbe anglais. Et le temps du deuil et de la perte que tu vis est un temps qui est souffrant, car ta perte est grande ainsi que ta peine. Seulement le temps, je dirais la caresse de Dieu sur ton existence, pourra cicatriser la douleur, sans jamais pourtant que tu ne l’oublie. Viendra un jour où elle ne fera plus vraiment mal, mais où le souvenir lui ne mourra jamais. Et l’on serait inhumain si l’on pensait pouvoir un jour se débarrasser du souvenir. Dans ce souvenir l’on apprend à grandir, il nous pousse vers l’avant et peu à peu nous rend capable de porter les autres qui vivent une souffrance comme la nôtre.

Face à l’épreuve de la mort d’un être cher se joue un choix de regard sur l’existence, un pari sur la vie et sur Dieu. Tu as le droit de râler, de chialer, de sacrer! Tu as le droit de dire « je n’avance plus ». Tu seras toujours respectée dans tes choix. Mais sache que Lui t’attend toujours, qu’il ne te juge pas et, surtout, qu’il comprend et accepte ta colère. Patience et… prière confiante. Un mot suffit.