Le Credo et l’amour

Un lecteur m’a confié qu’il lui était difficile d’adhérer au Credo, et du fait même à l’Église, car il n’y était pas affirmé explicitement que Dieu est Amour. Voici ma réponse :

Je vais vous citer Simone Weil qui a cette remarque pleine d’à-propos dans une lettre au Père Perrin :

« Quand d’authentiques amis de Dieu – tel que fut à mon sentiment maître Eckhart – répètent des paroles qu’ils ont entendu dans le secret, parmi le silence, pendant l’union d’amour, et qu’elles sont en désaccord avec l’enseignement de l’Église, c’est simplement que le langage de la place publique n’est pas celui de la chambre nuptiale. » (Weil, Simone. Oeuvres. Quarto Gallimard, 1999. p.778.)

Peut-être en a-t-il été ainsi quand l’Église a voulu professer sa foi dans un Credo au tout début du christianisme. Il faut chercher derrière les mots. Il y est question d’un Dieu « Père », « créateur », d’un fils unique qui souffre, qui meurt crucifié, de la communion des saints, de la vie éternelle. Vous voyez : tout cela me parle d’amour. C’est un Credo qui remonte au deuxième siècle de l’Église alors qu’elle était encore une enfant.

Il faut lire ce Credo en lisant la vie de Jésus dans les Évangiles, en lisant les plus belles paroles jamais écrites sur l’amour de Dieu dans les textes de saint Jean. Le Credo de l’Église c’est aussi tout cela, et c’est à la lumière de ces textes qu’il prend vie.

« Il vit et il crut! »

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En relisant le récit de la course passionnée de Pierre et de Jean vers le tombeau vide, comment ne pas voir dans leur sillage les souvenirs enchevêtrés de ces trois années d’itinérance passées avec Jésus. Comme il était grand leur espoir! Trois années nourries des rêves les plus fous… et puis la mort tragique, la fin brutale de celui qu’ils aimaient. Et quoi maintenant? Quelle est cette nouvelle? Le souffle se fait haletant, mais le pied, lui, reste ferme. Et si c’était vrai? Ils n’osent y croire. À bout de souffle, le regard inquiet, les voici au tombeau, le plus jeune devançant le plus vieux. Le commentaire est stupéfiant par sa brièveté : « Il vit et il crut! »

Et nous voilà projetés hors du tableau, 2009 et quelques poussières… Et cette image de Pierre et de Jean, le matin de Pâques, métaphore de notre vie de foi, continue d’habiter la mémoire de tous ceux et celles qui, un soir ou un matin, se sont retrouvés étonnés, devant un tombeau vide. Le tombeau vide de leurs doutes et de leurs craintes; le tombeau vide de leur impuissance, de leur manque de foi. Un tombeau à la porte ouverte, irradiant la lumière matinale, sa béance pleine d’une présence, le regard intérieur s’allumant soudainement à l’expérience de foi : « Il vit et il crut! »

La foi au Christ ressuscité, avant d’être de l’ordre du croire, est avant tout de l’ordre du voir. C’est la reconnaissance d’une présence intérieure, une présence d’amour infinie devant laquelle la foi se prosterne et adore : « Il vit et il crut! »

C’est l’amour qui croit! C’est le regard aimant de Jésus Christ posé sur nous, qui nous attire vers lui. Et cet appel intérieur, du plus profond de nous-mêmes, se fait pressant, comme pour nous dire : « Vous pensiez avoir enterré tous vos espoirs. Mais regardez, c’est plein de vie dedans. » Parole de Ressuscité!

Saint Joseph, travailleur

La foi n’est pas quelque chose de désincarné, elle se fraie un chemin à travers notre quotidien, un quotidien qui est béni et voulu par Dieu, et qui est le lieu de nos engagements et de nos amours. C’est ce que vient nous rappeler cette fête de saint Joseph travailleur.

Jésus lui-même a vécu notre réalité humaine à l’école de Joseph et de Marie. On l’appelait le fils du charpentier, celui qui œuvrait avec son père Joseph. On voit à travers les paraboles de Jésus et de ses enseignements combien il avait appris à fouler la terre, à se salir les mains. Il savait qu’une maison ne pouvait se construire que sur une base solide, qu’une vigne avait besoin d’être émondée et avait besoin de fumier pour porter du fruit, qu’une semence devait être jetée sur une bonne terre, que le bon vin était fait pour la fête, que le pain rassasiait la faim des hommes, que l’on pouvait prévoir le temps qu’il fera demain en regardant l’horizon. Jésus savait jeter le filet pour la pêche, il savait aussi jeter son regard dans les coeurs, il savait combien la peine pouvait nous peser, combien le pardon et l’amitié pouvaient être bienfaisants dans nos vies, il savait surtout combien nous avions besoin de nous nourrir de l’amour de Dieu.

C’est tout cela que Jésus a vécu et appris à l’école de Joseph et de Marie dans l’apprentissage de son humanité. Et c’est à cette école du travail, de la famille et de la solidarité humaine qu’il nous invite à nous engager avec lui, à l’exemple de saint Joseph.

Nouvelle déclaration choc de Benoît XVI

A son retour à Rome, par une belle après-midi ensoleillée, le Pape aurait confié à une journaliste : « Il fait beau aujourd’hui ! ». Ces propos ont aussitôt soulevé dans le monde entier une immense émotion et alimentent une polémique qui ne cesse de grandir.

Quelques réactions :

Le maire de Bordeaux : Alors même que le pape prononçait ces paroles, il pleuvait à verse sur Bordeaux ! Cette contre-vérité, proche du négationnisme, montre que le pape vit dans un état d’autisme total. Cela ruine définitivement, s’il en était encore besoin, le dogme de l’infaillibilité pontificale !

Le Grand Rabbin de France : Comment peut-on encore prétendre qu’il fait beau après la Shoah ?

Le titulaire de la chaire d’astronomie au Collège de France : En affirmant sans nuances et sans preuves objectives indiscutables qu’il « fait beau aujourd’hui », le pape témoigne du mépris bien connu de l¹Église pour la Science qui combat ses dogmes depuis toujours. Quoi de plus subjectif et de plus relatif que cette notion de « beau » ? Sur quelles expérimentations indiscutables s¹appuie-t-elle ? Les météorologues et les spécialistes de la question n¹ont pas réussi à se mettre d’accord à ce sujet lors du dernier Colloque International de Caracas. Et Benoît XVI, ex cathedra, voudrait trancher, avec quelle arrogance ! Verra-t-on bientôt s’allumer des bûchers pour tous ceux qui n’admettent pas sans réserve ce nouveau décret ?

L’Association des Victimes du Réchauffement Planétaire : Comment ne pas voir dans cette déclaration provocatrice une insulte pour toutes les victimes passées, présentes et à venir, des caprices du climat, inondations, tsunamis, sècheresse ? Cet acquiescement au temps qu’il fait montre clairement la complicité de l’Église avec ces phénomènes destructeurs de l’humanité, il ne peut qu’encourager ceux qui participent au réchauffement de la planète, puisqu’ils pourront désormais se prévaloir de la caution du Vatican.

Le Conseil Représentatif des Associations Noires : Le pape semble oublier que pendant qu’il fait soleil à Rome, toute une partie de la planète est plongée dans l’obscurité. C’est là un signe intolérable de mépris pour la moitié noire de l’humanité !

L’Association féministe Les Louves : Pourquoi « il » fait beau et pas « elle » ? Le pape, une fois de plus s’en prend à la légitime cause des femmes et montre son attachement aux principes les plus rétrogrades. En 2009, il en est encore là, c’est affligeant !

La Ligue des Droits de l’Homme : Ce type de déclaration ne peut que blesser profondément toutes les personnes qui portent sur la réalité un regard différent de celui du pape. Nous pensons en particuliers aux personnes hospitalisées, emprisonnées, dont l’horizon se limite à quatre murs ; et aussi à toutes les victimes de maladies rares qui ne peuvent percevoir par leurs sens l’état de la situation atmosphérique. Il y a là, sans conteste, une volonté de discrimination entre le « beau », tel qu’il devrait être perçu par tous, et ceux qui ressentent les choses autrement. Nous allons sans plus tarder attaquer le pape en justice.

A Rome, certains membres de la Curie ont bien tenté d¹atténuer les propos du pape, prétextant son grand âge et le fait qu’il ait pu être mal compris, mais sans succès jusqu’à présent.

(Vous l’avez bien deviné, il s’agit d’un mot d’humour d’un auteur anonyme)

Pâques 2009

Joyeuses Pâques à tous les fidèles
lecteurs et lectrices du moine ruminant!

Christ est ressuscité! Il est vraiment ressuscité!

Étant donné l’absence du webmestre de ce site jusqu’au 3 mai prochain, ce blogue sera donc mis en suspend jusqu’à son retour, ce qui me donnera une petite vacance. frère Thomas

Elles étaient trois…

Elles étaient trois. Trois femmes dont l’histoire a retenu le nom : Marie de Magdala, Jeanne, et Marie, la mère de Jacques. Elles étaient trois à l’aube de ce matin qui ressemblait à tous les autres matins du monde dans la ville sainte ensommeillée. Trois ombres craintives, accablées par la mort de celui qu’elles avaient suivi jusqu’au Calvaire. Mais surtout trois femmes déconcertées par la disparition du corps de celui qu’elles venaient voir une dernière fois afin de l’embaumer.

En soumettant ces faits au jugement de l’histoire ou à l’enquête judiciaire, une conclusion s’impose d’elle-même : le corps ne fut jamais retrouvé, il fut sans doute enlevé par ses partisans. Le dossier est clos! Pourtant, la suite de l’histoire a de quoi étonner et c’est sans doute ce qui permet d’affirmer que nous sommes devant la disparition la plus spectaculaire de tous les temps.

Alors que Jérusalem cherchait à oublier les événements de la veille, et qui pourtant marqueront à jamais sa destinée; alors que les Apôtres eux-mêmes croyaient que ces femmes radotaient, un constat s’impose : la nouvelle incroyable se répandit avec la vitesse de l’éclair et embrasa peu à peu tout le bassin de la Méditerranée.

Il n’y a plus de place ici pour l’observateur impartial, le journaliste ou l’historien. De ce matin semblable à tous les autres matins jaillit l’extraordinaire nouvelle du matin de Pâques : Christ est ressuscité! Alléluia!

Pourtant, l’expérience du tombeau vide n’explique en rien la foi des disciples du Christ. Ce serait là un bien faible appui sur lequel miser sa vie. L’événement est d’un autre ordre. Le tombeau vide n’est qu’un signe avant-coureur qui prépare les Apôtres à une rencontre avec le Ressuscité où la foi seule est sollicitée. La résurrection du Seigneur Jésus, qu’annoncent les anges, est la réalisation d’une promesse longtemps attendue, où Dieu affirme que la vie est plus forte que la mort, que le vivant, en commençant par le Christ, n’a pas sa place dans les tombeaux du monde.

Trois femmes ont accueilli la Bonne Nouvelle à l’aube de ce matin où chantaient tous les matins du monde, et leurs voix, se joignant à celles des anges, se font entendre jusqu’à ce jour :

« Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts? Il n’est pas ici, il est ressuscité! »

Car voyez-vous, au matin de Pâques, la Vie a pris la clé des champs, la route des écoliers. Depuis lors, elle va d’ici, de là, se donnant à quiconque veut marcher librement à la suite de cet homme de Galilée, lui le premier des vivants!

Le scandale de la croix

« Les évangélistes, faut-il le redire, rapportaient une mort infamante de Jésus sur la croix qui ne pouvait qu’accabler, humilier tout disciple par sa forme d’échec impitoyable. Ce que tout écrivain fabulateur, mythologisant n’aurait jamais voulu imaginer. On n’invente pas Jésus Christ, il a trop d’exigence, et une croix trop lourde et râpeuse pour nos épaules. En somme, nos témoins rapportaient ce qui aurait dû empêcher la naissance et l’expansion du christianisme, s’ils n’avaient pas voulu témoigner particulièrement des faits et de la foi ardente qu’ils avaient en Jésus ressuscité, Messie et seigneur, seule voie vers le Père. »

(Ouellette, Fernand. Le danger du divin. Fides,2002. p. 72)

« C’est ta face que je cherche »

Écoute, Seigneur, je t’appelle!
Pitié! Réponds-moi!
Mon cœur m’a redit ta parole :
“ Cherchez ma face. ”
C’est ta face, Seigneur, que je cherche :
Ne me cache pas ta face.
(Psaume 26)

Ce que l’on doit affirmer de la foi chrétienne, c’est qu’en Jésus ressuscité, il nous est donné de faire l’expérience de Dieu d’une manière unique et insurpassable. Il nous est donné de saisir, avec une profondeur renouvelée, cette recherche de Dieu qu’atteste le psalmiste de l’Ancien Testament, et dont la recherche a quand même quelque chose de dramatique. Dramatique parce que l’homme de la Torah, l’homme de la Loi, porte en son cœur un immense désir de Dieu, placé là par Dieu lui-même, mais un désir encore en attente d’exaucement, un désir suppliant, « ne me cache pas ta face », puisque le croyant de l’A.T. n’a pas encore trouvé la source pouvant étancher sa soif, lui procurer l’eau vive à laquelle il aspire. D’où le piège des observances et des préceptes de la loi mosaïque, où le croyant risque de s’enfermer et de se durcir. Pourtant, le psalmiste nous l’atteste, la soif de Dieu est bien présente en lui, obsédante même pour le fidèle observateur de la Loi, pour l’ami de Dieu, le pauvre, celui qu’on appelle l’anawim, et qui fait de Dieu son tout, qui l’appelle de tout son cœur.

C’est pourquoi la prière de l’auteur des psaumes, qu’on appelle « le psalmiste », demeure toujours en Église le fondement de toute prière. « Écoute, Seigneur, je t’appelle! Pitié! Réponds-moi! » Ce cri gardera toujours son actualité et il est la clef de voûte de toute prière véritable. Car le croyant qui se tourne vers Dieu, ne saurait prétendre entrer dans cette communion qui le dépasse infiniment, sans une remise complète et totale de lui-même à Celui qui l’a appelé à la vie. Il ne s’agit pas ici d’un abaissement pour s’humilier ou s’anéantir.

Mais dans cette remise totale de soi à Dieu, il doit y avoir, de la part de celui qui prie, la volonté de se donner entièrement à Dieu, sans réserve, sans condition, sans rien garder pour soi. La disponibilité à l’action de Dieu au cœur de notre vie est à ce prix, à l’exemple du Fils de Dieu, qui ne garda rien pour lui et qui donna tout : « Ma vie nul ne la prend, c’est moi qui la donne ».

Jésus a tout donné. Et dans ce face à face avec Dieu que constitue la prière, il nous faut, nous aussi, tout donner. Donner toute notre détresse, toutes nos fragilités, toutes nos soifs. C’est alors que le cœur peut s’ouvrir à Celui qui ne demande qu’à y entrer. Il faut que je diminue pour qu’il croisse en moi. Il faut avoir le courage d’entrer dans cette dynamique de la prière où l’on se place devant Dieu avec notre faible espérance au creux des mains, bien pauvre offrande, qui appelle la miséricorde de Dieu et qu’Il accueille comme la plus belle des offrandes. L’on pense que tout donner est exigeant alors qu’il s’agit tout simplement de faire confiance en s’offrant totalement, et en appelant Dieu de toutes nos forces : « Écoute, Seigneur, je t’appelle! Pitié! Réponds-moi! »

Une rupture symbolique

Le quotidien LE FIGARO souligne dans son édition du 23 mars que si le voyage du pape en Afrique a été un franc succès, « en Occident, en revanche, c’est un autre voyage de Benoît XVI qui a été perçu. Comme s’il y avait eu deux voyages, l’un réel, avec les Africains, l’autre ­virtuel pour les Occidentaux. Ce qui a aussi provoqué une rupture symbolique, dont deux sondages publiés ce week-end en France donnent une idée : 43 % des Français seraient pour «le départ du Pape» selon le Journal du dimanche et 55 % auraient une «mauvaise opinion» de lui, selon Le Parisien.

Sauf que ces deux sondages ont fait réagir l’opinion sur des propos mal interprétés de Benoît XVI dans le contexte déjà chargé des affaires Williamson et de l’avortement brésilien. Le premier propos portait sur le sida et le préservatif. En isolant de son contexte une phrase, des agences de presse ont fait dire au Pape qu’il pensait que «le préservatif aggravait le problème du sida» alors qu’il mettait plutôt en doute l’efficacité des campagnes uniquement fondées sur le préservatif. Dans une seconde dépêche, une phrase du Pape contre l’avortement a été interprétée comme «un refus de l’avortement thérapeutique» alors que le Pape n’en a absolument pas parlé et que l’Église le permet dans certains cas, comme l’a expliqué le Vatican dimanche.

Si la presse a sa responsabilité, beaucoup de spécialistes qui suivent ce voyage se sont toutefois demandés pourquoi le Vatican et le Pape traitaient de sujets aussi graves que le sida ou l’avortement en aussi peu de mots et aussi peu de temps. »

(Voir l’article du FIGARO)

Que serait l’Église sans l’Esprit saint…

L’Esprit Saint est le souffle vital de l’Église. C’est le Métropolite Ignace de Laodicée (Syrie) qui exprimait de façon très clair, l’enjeu de cette affirmation. Il disait :

« Sans l’Esprit Saint, Dieu est loin, le Christ reste dans le passé, l’Évangile est une lettre morte, l’Église une simple organisation, l’autorité une domination, la mission une propagande, le culte une évocation, et l’agir chrétien une morale d’esclave.

Mais en Lui : le cosmos est soulevé et gémit dans l’enfantement du Royaume, le Christ ressuscité est là, l’Évangile est la puissance de vie, l’Église signifie la communion trinitaire, l’autorité est un service libérateur, la mission est une Pentecôte, la liturgie est mémorial et anticipation, l’agir humain est déifié! »

«La polémique actuelle est une occasion de se payer le Pape»

En incitant à l’utilisation du préservatif, «on nourrit l’illusion que le vagabondage sexuel est sans risque» argumente l’Archevêque de Paris, explicitant ainsi les propos tenus par le Pape en Afrique.

Voir la vidéo sur le site du journal Le Figaro

Benoît XVI et le sida. La citation complète

(Source : Le Point.fr)

Le pape Benoît XVI a demandé les soins gratuits pour les malades du sida dès son arrivée à l’aéroport de Yaoundé au Cameroun, mardi après midi. Un appel qui a reçu très peu d’écho. Il appelle les Africains à la responsabilité dans la lutte contre le sida. Les médias ont passé sous silence ce passage de sa conférence de presse dans l’avion de Rome à Yaoundé. Mais ce que la presse a retenu, ce sont des propos prêtés au pape. Ci-dessous le texte intégral de la déclaration. Voici la question du journaliste et la réponse de Benoît XVI, dans son contexte.

Question – Votre Sainteté, parmi les nombreux maux qui affligent l’Afrique, il y a également en particulier celui de la diffusion du sida. La position de l’Eglise catholique sur la façon de lutter contre celui-ci est souvent considérée comme n’étant pas réaliste et efficace. Affronterez-vous ce thème au cours du voyage ? Benoît XVI – Je dirais le contraire : je pense que la réalité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est précisément l’Eglise catholique, avec ses mouvements, avec ses différentes réalités. Je pense à la Communauté de Sant’Egidio qui accomplit tant, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le sida, aux Camilliens, à toutes les religieuses qui sont à la disposition des malades… Je dirais qu’on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. Si on n’y met pas l’âme, si on n’aide pas les Africains, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d’augmenter le problème. La solution ne peut se trouver que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l’un avec l’autre, et le deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements personnels, à être proches de ceux qui souffrent. Tels sont les facteurs qui aident et qui conduisent à des progrès visibles. Je dirais donc cette double force de renouveler l’homme intérieurement, de donner une force spirituelle et humaine pour un juste comportement à l’égard de son propre corps et de celui de l’autre, et cette capacité de souffrir avec ceux qui souffrent, de rester présents dans les situations d’épreuve. Il me semble que c’est la juste réponse, et c’est ce que fait l’Eglise, offrant ainsi une contribution très grande et importante. Nous remercions tous ceux qui le font.

Comment réagissez-vous à cette déclaration?

Jésus et la loi

Voici une réflexion intéressante de Dietrich Bonhoeffer qui aide à mieux comprendre l’évangile de ce jour (Mt 5, 17-19), où Jésus rappelle à ses disciples que nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il n’accomplit la loi. Jésus ne leur laisse aucune illusion à ce sujet lorsqu’il déclare : « je ne suis pas venu abolir la loi, mais l’accomplir. »

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Dietrich Bonhoeffer

Le péché d’Israël était la déification de la loi et la légalisation de Dieu. Inversement, dédiviniser la loi et séparer Dieu de sa loi eût constitué la méprise pécheresse des disciples. Dieu et la loi, dans l’un et l’autre cas, étaient soit séparés l’un de l’autre, soit identifiés l’un a l’autre, ce qui revient au même.

Face à ces deux méprises, Jésus remet en vigueur la loi comme loi de Dieu. Dieu est le donateur et il est le maître de la loi, et ce n’est que dans la communion personnelle avec Dieu que la loi est accomplie. Il n’y a pas d’accomplissement de la loi sans communion avec Dieu; il n’y a pas non plus de communion avec Dieu sans accomplissement de la loi. Le premier point vise les Juifs, le second vise la menaçante méprise des disciples. (Dietrich Bonhoeffer. Prix de la grâce. p. 83-84)

L’Église en question

C’est Jacques de Bourbon-Busset qui affirme que la foi chrétienne a ceci de particulier lorsqu’elle aborde la question de l’Absolu : pour elle l’Absolu s’est incarné et porte un visage, celui de Jésus-Christ ! Dans mon expérience de foi, j’ai été amené à reconnaître que ce Jésus annonçait vraiment le Dieu que je cherchais ou, plus justement, le Dieu qui me cherchait!

Pourtant, la partie n’était pas gagnée pour le jeune croyant que j’étais. Car pour vivre en chrétien il ne suffit pas de croire en Dieu, ni de croire que Jésus est le Fils de Dieu. Bien sûr, c’est déjà extraordinaire, mais la foi nous entraîne encore plus loin, sur des terrains encore plus exigeants, où la foi se vit dans la rencontre des autres. C’est comme l’amour, quoi. Pour vivre l’amour, il ne suffit pas d’y tomber, « de tomber en amour », mais il faut y rester ! C’est pourquoi l’expérience de la foi s’enracine dans le temps, dans la durée, dans la persévérance avec les autres.

Peu à peu, j’ai découvert que la foi chrétienne nous engage dans une longue suite de témoins, dans une communion qui traverse le temps et qui nous unit dans ce qu’on appelle l’Église, qui est l’assemblée des croyants et des croyantes en Jésus-Christ. Et cet aspect de la foi n’est pas facile à vivre, car souvent l’Église donne l’image d’un vaisseau amiral lourd et malhabile, avec son cortège de dogmes, de traditions, de structures d’autorité, de morale. Les événements de la semaine dernière entourant cette jeune brésilienne de neuf ans et sa mère ont été très révélateurs à cet égard.

Au début de ma démarche de foi, je puis dire que j’ai livré un combat avec l’Église, un combat qui refait surface encore aujourd’hui et qui transforme parfois le moine ruminant que je suis en un moine rugissant! Jeune adulte, l’Église me séduisait en même temps qu’elle me faisait peur. J’étais fasciné par son histoire, par ses récits héroïques d’hommes et de femmes donnant des témoignages de vie et d’engagements des plus impressionnants. Ces témoins m’ont profondément marqué et avec eux j’ai mieux compris la grandeur de cette vie en Église.

J’étais émerveillé aussi, et je le suis toujours, par l’universalité de l’Église. C’est toujours une fête pour moi de rencontrer des chrétiens et des chrétiennes venus d’ailleurs, portant en eux-mêmes cette même joie de croire au Christ que moi. Je trouve là une confirmation que la vie spirituelle dépasse les questions de langue, de culture, de races et de frontières; que Dieu se donne à tous, de la même manière que le soleil brille pour tout le monde où que l’on soit sur la planète.

Par ailleurs, dans mon expérience de l’Église, j’ai été surpris, parfois déçu, par son côté plus souvent humain que spirituel. J’ai connu à la fois des pasteurs et des évêques admirables, d’une simplicité et d’une sainteté désarmante. J’ai connu et je connais des chrétiens et des chrétiennes dont j’envie le don de soi et la générosité à toute épreuve. Et tout comme vous, j’ai été blessé, scandalisé parfois par les mesquineries qui peuvent exister entre chrétiens, par des comportements qui ne sont pas dignes de l’Évangile. Souvent, ceux qu’il faut bien appeler nos frères et sœurs dans la foi, d’ici ou d’ailleurs, nous font souffrir. Comme vous les scandales qui parfois ébranlent l’Église me blessent.

Je n’aime pas que l’on défigure le Christ, que les hommes, et encore moins ceux et celles qui se disent chrétiens, exploitent les pauvres et les opprimés; que des dictatures se revêtent de la bénédiction d’autorités ecclésiales dans certains pays; que des chrétiens et des chrétiennes prônent le racisme, la purification ethnique, qu’ils mènent des guerres de conquête… Et ce n’est que la pointe de l’iceberg des forces du mal avec lesquelles sans cesse l’Église est aux prises dans son combat pour faire triompher l’amour. Elle ne gagne pas toujours puisque ce sont des hommes et des femmes comme vous et moi qui la composent.

Bien sûr, il serait tentant de vouloir séparer le bon grain de l’ivraie, faire de l’Église un refuge de purs « comme nous », mais le Christ lui-même y a renoncé… C’est pourquoi en dépit de ses forces et de ses faiblesses, mon expérience de foi m’a amené à aimer l’Église, à voir au-delà des apparences et à avancer en eau profonde. Car j’aime cette communion des disciples du Christ qui, avec leurs forces et leurs pauvretés, veulent vivre de la bonne nouvelle de Jésus.

C’est le théologien Karl Rahner qui écrivait que Dieu, en son fils Jésus Christ, nous a donné son ultime parole et sa plus belle… Puissions-nous toujours entendre cette Parole et nous y attacher. C’est là l’unique mission de l’Église. Et sans cesse, elle a besoin qu’on le lui rappelle.

Enfin, un évêque du Québec se mêle au débat

Moi qui désespérais de ne jamais entendre un évêque québécois se prononcer sur le scandale brésilien, voilà que le Cardinal Mgr Marc Ouellette, archevêque de Québec et primat de l’Église canadienne, prend la parole et appui ses confrères ayant condamné l’évêque de Recife.

Brésil – Le cardinal Ouellet condamne à son tour les excommunications

Texte complet de l’intervention du Cardinal Ouellette

Autres échos épiscopaux

En plus de la désapprobation de l’épiscopat brésilien à l’endroit de leur confrère qui avait excommunié la mère de cette jeune fille de neuf ans qui avait subi un avortement après un viol, un évêque suisse fait entendre sa voix :

Excommunication : l’Église ne doit plus utiliser cette sanction, estime Mgr Farine

Mgr di FALCO, évêque de Gap, sur l’excommunication au Brésil

Mgr Rino Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la vie (ZENIT NEWS)

Texte complet de Mgr Fisichella

J’attends toujours une réaction des évêques du Québec. En attendant, voici la méditation du jour tirée du livre de l’Apocalypse et qui se rapporte au message de l’ange à l’église de Laodicée :

« Mais parce que tu es tiède, et ni froid ni chaud, je te vomirai de ma bouche ».
Ap 3, 16

Excommunication au Brésil : plusieurs évêques français élèvent la voix

Enfin, des voix s’élèvent chez les évêques de France, et les évêques d’ailleurs, au Brésil en particulier, en réaction à cette histoire d’excommunication de la mère d’une fillette de neuf ans. Je lève mon chapeau à l’épiscopat français, et je tiens à rappeler que la bêtise d’un prélat romain ou d’un évêque ne peut servir de prétexte à jeter le discrédit sur toute l’Église.

J’aimerais voir s’élever des voix aussi courageuses chez nos évêques du Québec.

Voir l’article dans le journal La Croix.

Voir aussi :

Communiqués des évêques de Nevers, Cahors et de la Mission de France

Lettre ouverte de Mgr Daucourt, évêque de Nanterre

Le visage de l’Église

Pour plusieurs, avec l’affaiblissement, sinon l’affaissement de l’Église du Québec, une époque est passée à l’histoire. On parle de l’Église au passé, à travers ses musées, ses monuments et ses églises vides. Un certain révisionnisme historique se manifeste sans cesse lorsque l’on parle de l’Église au Québec, comme si tout n’avait été que ténèbres et soumission, comme si notre histoire s’était faite sans elle ou malgré elle. La cause est entendue et jugée, et avec les années qui passent, le jugement de l’Histoire se fait de plus en plus sévère, il me semble. Quand verrons-nous le travail d’historiens capables d’une véritable distance critique?

Une série télévisée à Télé-Québec se propose de faire l’analyse de ce passage de l’Église vers l’oubli au Québec, série dont je n’ai vu que la première heure, mais qui est bien déprimante pour un catholique. Comme si l’on assistait à l’autopsie d’un être cher. Le réalisateur se présente comme un non-croyant et il faudra voir s’il sera capable d’aller au-delà du visage folklorique de l’Église que certains aiment bien entretenir. Néanmoins, je me propose d’écouter l’ensemble de cette série, car il est important d’être à l’écoute de ceux et celles qui nous regardent et qui nous jugent de l’extérieur.

L’analyse d’Alexis de Tocqueville sur l’univers de la politique, et qui date de 1856, pourrait fort bien s’appliquer au Québec et son divorce avec l’Église :

« Un peuple qui a supporté les lois les plus écrasantes, les repousse avec violence justement quand leur poids commence à s’alléger. Le moment le plus dangereux pour un gouvernement despotique est celui où il commence à se réformer. Seul un grand génie pourrait sauver un prince qui se prépare à libérer ses sujets après une longue oppression. Le mal, patiemment supporté tout le temps qu’il semble inévitable, devient intolérable dès que leur traverse l’esprit, l’idée qu’ils peuvent s’en libérer. Tout abus en moins souligne ceux qui restent encore. Le mal, c’est vrai, est diminué, mais la sensibilité grandit. »

Qu’en est-il de l’Église dans votre pays, chers lecteurs et lectrices?

La Transfiguration. Une méditation (2)

Le versant nord est celui de l’ascension de la montagne. C’est le côté abrupt et aride, ne jouissant jamais de la lumière du soleil. C’est une montée qui se fait dans l’obscurité. L’obscurité de la fragilité humaine, de nos vies aux prises avec le mal et le péché. C’est un lieu de doute et de combat pour nous, comme pour les disciples qui ont entrepris cette montée. Mais ils ne sont pas seuls. Jésus monte avec eux. Il en est ainsi pour nous.Cette montée du versant nord se compare à un temps de conversion, un temps de retour vers Dieu afin de retrouver l’intimité perdue au fil du quotidien. L’enjeu, c’est le rapprochement avec le Christ et il n’y a pas de rapprochement possible si l’on ne prend pas la pleine mesure de notre pauvreté et de notre besoin infini de Dieu. Voilà pourquoi il faut s’engager avec Jésus dans cette ascension.

C’est seulement après un tel parcours que l’on parvient au sommet, où le spectacle se déploie alors devant nos yeux, l’horizon est sans fin. Nous contemplons le mystère trinitaire. Le peintre Roublev s’inspire sûrement de cette scène de la Transfiguration lorsqu’il peint son icône de la Trinité. Au sommet, les disciples entrent dans la pleine lumière, une lumière éblouissante où ils deviennent témoins de la prière de Jésus. Une prière qui a ses racines dans la grande histoire de la révélation de l’amour de Dieu pour nous et qui se dit dans la Loi et les Prophètes, et dont Moïse et Élie sont les témoins. Cette révélation trouve désormais son expression parfaite dans le Verbe incarné. Comme le dira saint Jean : « Nous avons vu sa gloire! »

Sur cette montagne se retrouve le Fils, déjà annoncé par la figure d’Isaac offert en sacrifice. Le Fils qui ne dit pas un mot, soumis et obéissant, faisant en tout la volonté de son Père. Il s’offre pour le sacrifice, c.-à-d. le don de lui-même qui rétablira l’humanité dans sa pleine dignité. Fernand Ouellette dira :

« Quelle sorte d’hommes serions-nous si le Christ n’était pas venu? Que devenons-nous en le perdant de vue, en croyant que nous nous connaissons mieux, en tant qu’humains, que lui-même nous connaît? Jésus Christ est le seul vrai homme, le Fils de l’homme qui n’occulte pas le Mystère de Dieu en s’incarnant, mais nous achemine vers Lui, à travers le Mystère.» p. 65 (Ouellette, Fernand. Le danger du divin. Fides, 2002.)

Alors que la gloire de Jésus se manifeste aux disciples, l’icône devient trinitaire. Le Père s’entretient avec le Fils alors que les disciples, eux, entrent dans la nuée, symbole de l’Esprit Saint, lui qui fait toute chose nouvelle et qui a le pouvoir de nous transformer, en nous faisant participants de ce dialogue intime où le Père se dit au Fils et où le Fils se donne au Père dans le feu de l’amour.

Les disciples sont alors saisis de crainte, la crainte sacrée devant le divin. Ils n’ont pas encore reçu l’Esprit Saint, le pédagogue, qui les guidera dans cette vie nouvelle à laquelle ils sont appelés. À l’exemple de David, qui voulut construire un temple pour le Seigneur, Pierre offre de monter trois tentes : une pour Élie, l’une pour Moïse et une pour Jésus. « Il ne savait pas ce qu’il disait », commente laconiquement l’évangéliste. Car c’est Dieu lui-même qui va nous donner le Temple nouveau : le Fils de Dieu est venu planter sa tente parmi les hommes. Voilà ce qu’annonce cette rencontre au sommet. La voix du Père l’annonce : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le! »

Cette écoute du Fils n’est possible que dans cette contemplation du mystère de la personne de Jésus. Si l’ascension du versant nord nous a rappelé l’importance de la conversion continuelle dans la vie du baptisé, elle a pour but cette contemplation du mystère lumineux qu’est Jésus Christ, le Fils bien-aimé. Nous contemplons son mystère afin d’entrer dans cette lumière inaccessible qu’est Dieu, mystère qui façonne notre être croyant, qui nous conforme de plus en plus à la figure du Fils et qui nous fait entrer dans son obéissance au Père.

Et voici le troisième versant. Si nous poursuivons notre périple spirituel, nous nous engageons dans la descente du mont de la Transfiguration. C’est le versant sud de la montagne, celui qui est le plus ensoleillé. Les disciples baignent dans la lumière de sa résurrection, de sa victoire sur la mort, de sa divinité. Les ténèbres ont disparu! À la Vigile pascale et au matin de Pâques, nous chantons aux nouveaux baptisés : « Resplendis! Sois illuminé! » C’est cette réalité profonde qui anime ceux et celles qui font la rencontre de Christ ressuscité.

Ce versant sud, alors que nous sommes passés par la conversion et la contemplation, est celui de la mission joyeuse avec le Christ en Église. Comme le dit saint Paul, dans sa lettre aux Romains : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Il n’a pas refusé son propre Fils, il l’a livré pour nous : comment pourrait-il avec lui ne pas donner tout? » (Rm. 8, 31b).

Désormais, ce ne sont plus seulement les trois disciples privilégiés, mais tous les croyants qui peuvent et doivent être des témoins éblouis de la gloire de Dieu. Car il nous incombe de partager le don le plus extraordinaire que Dieu puisse nous faire : celui de son Fils bien-aimé. « Écoutez-le! » Écoutons-le, alors qu’il se donne à nous dans sa Parole et dans son Eucharistie.

La Transfiguration. Une méditation (1)

Dans la Bible Dieu est décrit comme « lumière inaccessible », et c’est ce mystère lumineux, comme l’appelle Jean-Paul II, qui se présente à nous dans notre méditation du récit de la transfiguration. Cette scène de l’Évangile est une allégorie extraordinaire de la suite du Christ, un véritable chemin initiatique, symbolisé par cette montagne qui se dresse devant nous ce matin.Nous parlons beaucoup de conversion dans la vie chrétienne, mais cette conversion est de tous les instants, car elle demande beaucoup de vigilance de notre part. Nous serons toujours tentés de réduire cette conversion à de simples changements d’habitudes ou manières de faire, mais c’est trop peu. Car alors les lois et les règles remplacent la foi, la morale se substitue peu à peu à la mystique. Jésus est alors perdu de vue, oublié. Non pas le Jésus historique de la belle histoire de notre foi chrétienne, mais le Christ personnel et vivant qui nous est plus proche que nous ne le sommes de nous-mêmes, lui qui ne cesse de nous chercher, de nous attendre sur la margelle du puits, lui l’ami silencieux mais combien présent au coeur de l’épreuve.

Je nous invite donc à entreprendre ce matin l’ascension de cette « montagne sainte », qui se dresse devant nous. La montagne n’est-elle pas le lieu par excellence dans la Bible où l’homme fait la rencontre de Dieu ?

Mais avant de commencer cette ascension il nous faut situer notre récit. Nous le savons, le récit de la Transfiguration est d’une importance capitale dans les évangiles. Les trois évangélistes en font mention et l’Apôtre Pierre en parle lui aussi dans sa deuxième lettre (1:16-18) :

« Car ce n’est pas en suivant des fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la puissance et l’Avènement de notre Seigneur Jésus Christ, mais après avoir été témoins oculaires de sa majesté.

Il reçut en effet de Dieu le Père honneur et gloire, lorsque la Gloire pleine de majesté lui transmit une telle parole: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. » Cette voix, nous, nous l’avons entendue; elle venait du Ciel, nous étions avec lui sur la montagne sainte. »

Le récit survient après la profession de foi de Pierre : « Tu es le Christ, le Messie ! » Cette profession de foi fait passer les disciples à un nouveau mode de relation avec Jésus. Il y a là une avancée importante quant à la relation d’intimité et de confiance qui se nouent entre eux. Jésus va les inviter à entrer plus avant dans le mystère de sa personne et de son identité profonde, encore secrète.

Il est important aussi de souligner que l’événement de la Transfiguration survient après la première de trois annonces que fait Jésus de sa passion à venir:

« Puis il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. » (Mc 8, 31)

C’est déjà la montée vers Jérusalem qui se profile et la confiance des disciples en Jésus est mise à l’épreuve. C’est dans ce contexte que Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les amène sur la montagne. Certains Pères de l’Église ont affirmé que cette ascension avait pour but d’affermir la foi des disciples, de leur redonner confiance, et ainsi de les préparer à vivre la passion/résurrection à venir. Mais au-delà de cette visée anticipatrice, le récit nous dévoile aussi, à la manière d’une icône qu’il faut contempler longuement, toute la grandeur du mystère de l’être chrétien, de la vocation à laquelle nous engage notre baptême.

Entreprenons maintenant notre montée de la montagne de la transfiguration, qui se fera en trois étapes. Le versant nord, le sommet et le versant sud. (suite dimanche prochain)