Irena Sendler, la mère des enfants de la Shoah, est décédée

Irena Sendler« La figure d’Oscar Schindler a été acclamée dans le monde entier grâce à Steven Spielberg qui s’en est inspiré pour faire le film aux sept Oscars en 1993 et qui racontait la vie de cet industriel allemand qui a évité la mort dans les camps de concentration à 1000 juifs.

Pendant ce temps, Irena Sendler était une héroïne inconnue hors de la Pologne et à peine reconnue dans son pays de quelques historiens. De plus, elle n’a jamais rien raconté à personne de sa vie durant ces années.

C’est en 1999 que, curieusement, son histoire a commencé à être connue grâce à un groupe d’élèves d’un institut au Kansas et à leur travail de fin d’études sur les héros de la Shoah. Lors de leurs recherches ils ne trouvèrent que peu d’éléments sur Irena. Mais il y avait un chiffre surprenant : Elle avait sauvé la vie de 2,500 enfants. Iréna Sendler âgée de 95 ans

À leur grande surprise, quand il s’agit de rechercher sa tombe, ils découvrirent qu’il n’y en avait pas car elle était encore en vie. Elle est décédée le 12 mai 2008 à l’âge de 98 ans. » (Source: http://cursillos.ca/action/modeles/m21-irena-sendler.htm)

Née le 15 février 1910, Irena Sendler est longtemps restée peu connue en Pologne. Il fallut attendre mars 2007 pour que la Pologne lui rende un hommage solennel et propose son nom pour le Prix Nobel de la Paix. Cependant, le mémorial israélien de l’Holocauste, le Yad Vashem, lui avait décerné dès 1965 le titre de Juste parmi les Nations, réservé aux non-juifs qui ont sauvé des juifs (un peu plus de 22.000 à ce jour).

« Lorsqu’elle marchait dans les rues du ghetto, Sendler portait un brassard avec l’Etoile de David, à la fois par solidarité avec les juifs et par souci de ne pas attirer l’attention sur elle », souligne le mémorial du Yad Vashem. A la fin de l’été 1942, elle a rejoint le mouvement de résistance Zegota, (Conseil d’aide aux juifs).

Elle a alors fait sortir clandestinement des enfants du ghetto qu’elle hébergeait dans des familles catholiques et des couvents.

Les enfants étaient cachés dans des valises, transportés par des pompiers ou des camions à ordures, ou simplement dissimulés sous les manteaux des personnes qui avaient le droit d’accès au ghetto, comme Irena Sendler et son équipe d’assistantes sociales. Par précaution, elle notait soigneusement les noms des enfants et des familles sur des papiers qu’elle enterrait dans des bouteilles.

Elle fut arrêtée chez elle le 20 octobre 1943. Au quartier général de la Gestapo, ses tortionnaires lui brisèrent les pieds et les jambes. Mais elle ne parla pas. Condamnée à mort, elle fut miraculeusement libérée sur le chemin de l’exécution par un officier allemand que la résistance polonaise avait réussi à corrompre.
Elle continua son combat clandestin sous une autre identité jusqu’à la libération. Après la guerre, elle travailla dans la supervision des orphelinats et des maisons de retraite.

Elle a toujours pensé qu’elle n’était pas une héroïne. « Je continue d’avoir mauvaise conscience d’avoir fait si peu », disait-elle. De santé fragile, Irena Sendler était restée l’an dernier à l’écart des cérémonies qui lui rendirent hommage. Mais elle avait fait lire une lettre par une survivante, Elzbieta Ficowska, qu’elle avait sauvée tout bébé en 1942 : « J’appelle tous les gens de bonne volonté à l’amour, la tolérance et la paix, pas seulement en temps de la guerre, mais aussi en temps de paix », avait-elle dit.

(Source : Le Nouvel Observateur)

Saint Joseph travailleur

La foi n’est pas quelque chose de désincarné, elle se fraie un chemin à travers notre quotidien, un quotidien qui est béni, voulu par Dieu et qui est le lieu de tous nos engagements et de tous nos amours. C’est ce que vient nous rappeler cette fête de saint Joseph travailleur. Jésus lui-même a vécu notre réalité humaine à l’école de Joseph et de Marie. On l’appelait le fils du charpentier, celui qui oeuvrait avec son père Joseph. On le voit à travers les paraboles de Jésus et ses enseignements, combien il avait appris à fouler la terre et à se salir les mains.

Il savait qu’une maison ne pouvait se construire que sur une base solide, sur le roc; qu’une vigne avait besoin d’être émondée et entourée de fumier pour porter du fruit; qu’une semence devait être jetée sur une bonne terre; que le bon vin était fait pour la fête; que le pain rassasiait la faim des hommes; que l’on pouvait prévoir le temps qu’il ferait demain en regardant l’horizon. Jésus savait aussi jeter le filet pour la pêche, il savait jeter son regard dans les coeurs meurtris, il savait combien la peine pouvait nous peser, combien le pardon et l’amitié pouvaient être bienfaisants dans nos vies. Il savait surtout combien nous avions besoin de nous ouvrir à l’amour de Dieu.

C’est tout cela que Jésus a vécu et appris à l’école de Joseph et de Marie, dans l’apprentissage de son humanité. Et c’est à cette école du travail, de la famille et de la solidarité humaine que le Fils de l’Homme nous invite à marcher avec lui.

La communion des mains

Depuis que je suis prêtre, j’ai toujours été fasciné par ces mains qui se tendent vers moi lors de la communion. Elles me dévoilent un peu la personne qui les tend et elles font de moi le témoin privilégié du mystère d’une rencontre. Depuis que je suis prêtre, je ne compte plus les milliers de mains qui se sont tendues vers cette petite hostie entre mes doigts. J’en suis encore émerveillé.

À chaque eucharistie défilent devant moi des mains de toutes sortes, minuscules ou trapues, douces ou décharnées. Mains fermées et mains ouvertes, mains qui dévoilent leurs faims, leurs désirs ou leur indifférence. Voilà longtemps que je souhaitais parler de ces mains.

Il y a les mains pressées, peut-être est-ce de la timidité, souvent elles sont brusques et enlèvent littéralement le Corps du Christ. Des mains promptes à prendre et promptes à se retirer, emportant avec elles leur hâte.

Il y les mains timides, des mains qui semblent quémander le Corps du Christ tout en s’excusant d’être là. Elles sont malhabiles et semblent dire : « Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir… », oubliant la finale de la formule : « mais dis seulement une parole et je serai guéri. »

Il y les mains fières qui reçoivent l’hostie comme un dû, qui prennent et s’en vont, sans rien dire. Ou encore les mains distraites, le regard ailleurs, ou, est-ce le coeur?

Mais il y a aussi les mains qui adorent, qui contemplent déjà en s’avançant. Ce sont des mains sereines, des mains de foi, tout ouvertes au mystère. Comme il y a aussi ces mains pieuses, toutes recueillies, mais parfois à l’excès, et qui me laissent alors un étrange malaise, comme si elles voulaient ne garder que pour elle le Christ qui s’offre à tous.

Et que dire de ces mains usées, tannées par le travail, mains rugueuses, sales parfois. Je revois ces mains de cultivateurs ayant passé toute la journée aux champs. Ce sont des mains impressionnantes qui parlent de l’Homme et de son labeur sur la terre.

Il y a aussi les mains usées et ridées des vieillards. Ce sont des mains fidèles et persévérantes, on voudrait les baiser, comme si elles portaient les plaies du Christ. Bien qu’elles tremblent un peu en offrant leur faiblesse, elles respirent la confiance en Dieu et la foi têtue. Ce sont les plus belles mains avec les mains des enfants.

Les mains d’enfants sont des mains confiantes, toutes données. Elles sont encore toutes petites et elles sourient au mystère de Dieu qui se dépose en elles. Ce sont des mains pleines de joie et de fraîcheur, ce sont les mains de la jeunesse et de l’avenir de l’Église. Elles me rendent heureux d’être prêtre.

Enfin, les mains qui m’émeuvent tout particulièrement, ce sont les mains des itinérants (SDF). On en voit peu, mais lorsqu’elles se présentent on les remarque tout de suite. Ce sont des mains abîmées, cicatrisées, noircies, parce que laissées à elles-mêmes, solitaires et abandonnées. Elles hésitent souvent lorsqu’elles se tendent, comme gênées d’être là, et pourtant si habituées à quémander… En les voyant, je me dis: “Que voilà des mains qui souffrent.” Elles ressemblent aux mains du Christ.
La communion des mains c’est tout cela, mais c’est avant tout recevoir le Corps du Christ. C’est prendre entre ses doigts ce qu’il y a de plus précieux dans la création. Pour Simone Weil, l’hostie nous place au degré le plus infime de la Création, et parce que justement ce degré est le plus bas, il est le plus capable de recevoir l’infini.

Et c’est là qu’intervient la main du prêtre. Quelle conscience elle doit avoir de l’honneur qui lui échoit, car dans cette main qui tend l’hostie, il y a la main du Christ qui dispense en toute gratuité le grand mystère de l’Amour fait chair.
N’ayons donc pas peur d’ouvrir bien grand les mains et de dire AMEN!

Notre passé

« Pour juger du passé, il aurait fallu y vivre; pour le condamner, il faudrait ne rien lui devoir. »

Montalembert. Discours de Maline (21 août 1863).

Qui a jamais vu Dieu?

La grandeur de Dieu, ce qui le rend fascinant, c’est qu’il est un Dieu qui veut se faire connaître de nous et qui prend l’initiative. Comme si Dieu avait besoin de se faire connaître! Est-ce possible? Il nous est difficile de parler de Dieu comme d’un être de besoin, et sans doute le terme n’est-il pas juste, mais en même temps Dieu ne joue pas à « avoir besoin de nous ». Il ne fait pas semblant. Dieu ne triche pas. Ce que la Révélation nous apprend, du livre de la Genèse jusqu’au dernier livre de la Bible, c’est qu’il est dans la nature même de Dieu de créer et d’appeler sa création à participer à sa gloire. Quand Dieu donne, il ne donne pas à moitié. Quand Dieu appelle à la vie, c’est à une vie en plénitude qu’il appelle. C’est tout lui-même que Dieu donne quand il crée.

C’est Saint-Exupéry, dans son Petit Prince, qui fait dire au renard : l’on est responsable de ce que l’on apprivoise. Que dire alors lorsque l’on crée, lorsque l’on donne la vie à des créatures. Dieu s’intéresse passionnément à notre réalité. Il vient s’y insérer avec tout le respect et la tendresse de celui qui aime. Il nous invite, il n’impose pas, il invite avec une infinie discrétion à le connaître et à l’aimer. Et ceci va déterminer de manière bien singulière l’expérience du croire en Dieu et le sens de la promesse de mettre en nous son Esprit. Car la véritable expérience de foi est celle où l’on ne croit pas simplement en Dieu, où l’on ne fait pas que professer ou même défendre un Credo. La véritable expérience de foi que propose le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, est une invitation à l’aimer et à faire l’expérience de son amour.

Christ Pantocrathore

C’est pourquoi au coeur de notre histoire humaine survient l’événement Jésus-Christ et son achèvement, qui est le don de l’Esprit Saint. Dieu nous anime d’un mouvement et d’un désir qui sont en nous l’écho de son propre désir. L’Esprit Saint vient rendre possible en nous le rêve fou de Dieu pour nous, qui est de le connaître d’une manière nouvelle, telle que l’a connu Jésus, tel que le connaît le Fils de Dieu.

« Qui m’a vu a vu le Père », nous dit Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui. La foi chrétienne a ceci de particulier lorsqu’elle aborde la question de l’Absolu, pour elle « l’Absolu s’est incarné et porte un visage, le visage de Jésus-Christ ! » (Jacques de Bourbon-Busset). Dieu s’est fait voir. En Jésus, nous dit saint Jean, « nous avons contemplé sa gloire! »

Humour

Humour

Humour

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Prière et silence

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« On pense ne pas savoir prier. C’est dans le fond sans importance, car Dieu entend nos soupirs, connaît nos silences. Le silence est le tout de la prière et Dieu nous parle dans un souffle de silence, il nous atteint dans cette part de solitude intérieure qu’aucun être humain ne peut combler. »

Frère Roger Schutz (Taizé)

Le silence

Maurice Zundel

« Le silence est forme d’ouverture, de démission, de pauvreté. S’il est impossible de rencontrer la beauté et l’amour en dehors du silence, c’est que Dieu est silence, comme Il est pauvreté. »

Maurice Zundel. Dialogue avec la Vérité. DDB, Paris, 1964. p. 167

Solidarité avec le peuple tibétain

Après presque 50 ans de règne chinois, les tibétains lancent un appel mondial pour le changement. Le régime chinois est en ce moment même en train de faire un choix crucial entre une répression encore plus dure et le dialogue. Le Président Hu Jintao a besoin d’entendre que le « Made in China » et les Jeux Olympiques de Pékin n’auront le soutien des peuples du monde que s’il choisit le dialogue. Mais il faudra une avalanche de pouvoir populaire mondial pour obtenir son attention.

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Cliquez ci-dessous pour signer la pétition. En seulement 3 jours, la campagne est déjà à mi-parcours de son but d’1 million de signatures!

http://www.avaaz.org/fr/tibet_end_the_violence/

« Un esprit n’a pas de chair ni d’os » (Lc 24, 35-48)

Les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain.
Comme ils en parlaient encore, lui-même était là au milieu d’eux, et il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. » Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement.
Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux. Puis il déclara : « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures. Il conclut : « C’est bien ce qui était annoncé par l’Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d’entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C’est vous qui en êtes les témoins. »

Copyright AELF – Paris – 1980 – Tous droits réservés

Comme cette réalité du Christ ressuscité est fascinante. Contrairement à un esprit, il se laisse voir après sa résurrection avec sa chair et ses os. Devant les apôtres se tient un corps ressuscité, réalité eschatologique (à venir) pour tous les enfants de Dieu. Jésus ressuscité apparaît en tant que Seigneur, et toute la création est remise entre ses mains. En son nom, les péchés sont pardonnés, la vie dans l’Esprit est donnée à profusion à tous ceux et celles qui croiront en Lui. C’est le grand mystère de la résurrection et c’est le plus grand don jamais fait par Dieu à l’humanité, car en jésus nous avons la vie éternelle.

C’est comme si, à l’inverse d’une éclipse du soleil, la splendeur éternelle de Dieu s’était révélée aux disciples après la résurrection. Jésus leur apparaît et il en fait des témoins, afin que leur annonce puisse ensuite retentir aux quatre coins de l’univers. Et jusqu’à ce jour, nous en entendons encore l’écho bien vivant et sonore.

C’est Urs von Balthazar qui affirme au sujet des apparitions de Jésus après sa mort :

« Dieu se fait voir. Il a pris une figure et s’est laissé voir, entendre, toucher. C’est ce qu’on voit le mieux à la manière dont sont décrites les apparitions du Ressuscité: Jésus apparaît d’une façon si réellement incarnée qu’elle va contre toutes les éventuelles prises de postion, attentes, espérances, ou craintes des disciples et les force à s’incliner; quand leurs yeux et leurs oreilles ne suffisent pas, ils doivent encore le toucher; quand celui-ci non plus ne suffit pas pour réveiller leur foi, ils doivent présenter à Jésus nourriture et boisson qu’il consomme devant leurs yeux. »

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Balthasar, Urs von. La gloire et la croix. Tome 1 : Apparition. no. 61. Aubier,1965. p. 263

Baptême au Vatican

Sans doute avez-vous lu ou entendu la nouvelle au sujet du baptême d’un journaliste italien par le pape Benoît XVI. Bien que non-pratiquant depuis son adolescence, ce journaliste était musulman. Après le discours de Ratisbonne, après la rencontre du pape avec des représentants des 137 intellectuels musulmans qui lui avaient adressé une lettre ouverte militant en faveur d’un dialogue islamo-chrétien, comment réagissez-vous devant cette initiative du Vatican?

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Christ est ressuscité! Il est vraiment ressuscité!

JOYEUSES PÂQUES

« La Résurrection du Christ fait penser à la première éruption d’un volcan, signe du feu qui dévore les entrailles de la Terre. C’est bien de cela dont il s’agit, et dont Pâques est le signe. Déjà dans les profondeurs les plus secrètes du monde, brûle le feu de Dieu, dont la flamme portera toutes choses à l’incandescence bienheureuse. Déjà à partir du coeur intime du monde où sa mort l’avait fait descendre, des forces nouvelles, les énergies du monde transfiguré, sont au travail. Déjà, au plus profond de toute réalité, la vanité, le péché et la mort sont vaincus. Et il ne doit plus s’écouler que ce petit intervalle de temps que nous appelons l’Histoire après Jésus Christ pour que partout, et non pas seulement dans le corps du Christ, se manifeste ce qui est vraiment arrivé. »

(Rahner, Karl. Une foi qui aime. Salvator, 1966.)

Une rencontre inoubliable

En lien avec cette session que je dois donner sur Etty Hillesum, j’ai rencontré ce matin un survivant de l’holocauste. Un homme qui a connu les camps d’Auschwitz et de Bergen-Belsen. Un homme de 80 ans, un juif roumain, dont toute la famille a été décimée. Nous nous étions donné rendez-vous dans un centre commercial, sans nous être jamais rencontrés auparavant. Il m’a tout simplement été recommandé par le Centre commémoratif de l’Holocauste de Montréal, afin de donner un conférence dans le cadre de la session que je dois donner.

Quelle rencontre! Immédiatement, nous nous sommes liés d’amité. Il m’a parlé pendant une heure et demie, sans interruption, pleurant parfois devant l’intensité des souvenirs. Très vite un climat de confiance et d’intimité s’est tissé entre nous, nous prenant parfois les mains en signe de soutien, une façon de porter ensemble la douleur qu’il me partageait. Je me suis retrouvé avec un frère en humanité qui ne comprend toujours pas pourquoi son peuple est sans cesse persécuté et je ne comprends pas moi non plus, même si je connais les tenants et aboutissants de cette tragique histoire des juifs et des chrétiens.

Comme prêtre catholique, je me sentais mal à l’aise à écouter les humiliations subies par cet homme de la part de bons catholiques du Québec, par exemple, dans les années cinquante, le refus d’une religieuse de le soigner parce qu’il était Juif, ou encore un hôtel des Laurentides affichant « Pas de chiens, pas de Juifs ». Ce n’est pas que je me sentais coupable de ces faits en l’écoutant, mais j’éprouvais de la honte devant ce qu’il avait dû subir dans sa vie de la part de personnes portant le nom de « chrétien », et ce, même au Canada.

Pourtant, rien dans son récit n’était porteur de rancœur ou de reproches. Il voulait surtout se dire et tenter encore une fois de comprendre l’incompréhensible. En écoutant son récit, je touchais surtout sa peine et je pleurais avec lui. Il m’avoua qu’il n’avait jamais voulu raconter son histoire à ses enfants afin de ne pas mettre la haine des Allemands dans leur coeur.

Ce matin, j’ai rencontré un homme bon, un homme qui porte une grande blessure et pour qui il faut prier sans doute, mais peut-être est-ce nous qui avons surtout besoin de sa prière.

Difficile anonymat

J’ai réfléchit à la demande que me faisait une lectrice au sujet de mon identité, il y a de ça quelques mois. Il est évident que le fait de garder l’anonymat m’empêche d’aborder certains sujets ou certaines situations, car alors certaines personnes me reconnaîtrait immédiatement. Par ailleurs, cela complique énormément la tâche d’un blogueur. J’ai donc décidé de passer aux aveux et de révéler mon identité.Oui le Moine ruminant c’est moi! Voilà, c’est fait. Désormais, j’espère pouvoir partager davantage de choses reliées à mon quotidien. Par exemple, le fait que je sois maître des novices, ou que je me prépare à donner une session sur Etty Hillesum.

J’aime l’hiver!

Inévitable! On ne peut y échapper, nous aimons parler de nos hivers ici au Québec. Cette année nous avions déjà reçu plus de 400 cm de neige dans la région de Québec et voilà, qu’hier et toute la nuit, nous est tombé dessus cinquante centimètre de plus, sans compter les vents de 90 km/h. Un véritable ouragan d’hiver. Quelle puissance de la nature.Extraordinaire! J’en ai profité pour marcher dans les rues, au risque de me faire emporter. Que voulez-vous, j’aime l’hiver! Certains diraient « contre mauvaise fortune il faut faire bon coeur », mais ce n’est pas mon cas, non, pas du tout. Je plains tous ceux et celles qui de par le monde n’ont jamais connu l’hiver, le véritable hiver comme nous avons la chance del’avoir ici au Canada. Quelle blancheur, quelle lumière et quelle fraîcheur! L’hiver, c’est un hymne à la vie!

Ce matin, la neige à la porte de notre couvent nous allait sous les aisselles. Sérieux! Six frères du couvent, en plus d’un bon samaritain qui n’a jamais voulu nous dire son nom, se sont mis à la tâche avec des pelles de toutes sortes et, une heure plus tard, le déblaiement terminé, nous allions chez notre voisine afin de déneiger son entrée de maison, elle qui ne pouvait plus sortir depuis 24 heures à cause de la neige accumulée. De plus, elle habite sur la rue des Dominicains. Il fallait bien faire honneur à ce nom. Elle pleurait tellement elle était émue de notre visite surprise. Ah! que c’est bon l’hiver!

Voici en terminant un poème bien connu ici au Québec, dont les premiers versets nous viennent aux lèvres dès qu’il se met à neiger. Il a été écrit par un grand poète de chez nous, Émile Nelligan :

Soir d’hiver

Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j’ai, que j’ai!

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire: Où vis-je? Où vais-je?
Tous ses espoirs gisent gelés:
Je suis la nouvelle Norvège
D’où les blonds ciels s’en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À tout l’ennui que j’ai, que j’ai!…

Dialoguer avec l’Islam

Lors d’une entrevue avec le journal La Croix, le P. Étienne Renaud, directeur des études de l’Institut pontifical d’études arabes et islamiques (Pisai) à Rome, est interviewé au sujet de la rencontre de Benoît XVI avec quatre représentants musulmans. Interrogé au sujet de la pertinence du dialogue entre le christianisme et l’Islam, il rappelle les difficultés d’un dialogue théologique avec l’Islam, puisque le Coran ne reconnaît ni la divinité du Christ, ni sa crucifixion et encore moins le grand mystère de la Rédemption. Ce qui distingue entre autres l’Islam et le christianisme, dit -il, c’est que dans l’Islam « Dieu donne » et dans le christianisme « il se donne ».Où alors trouver un terrain de dialogue? Le P. Renaud répond :

« … pour moi, le vrai dialogue, c’est ce que l’on a coutume d’appeler dialogue spirituel, lorsque chacun peut rendre compte, dans une grande liberté mutuelle, de son expérience de Dieu. Alors, on ne se trouve plus face à face, mais on regarde ensemble vers Dieu. »

Abraham Lincoln : « Ne soyons pas pressés de dire que Dieu est de notre côté. Prions pour être du côté de Dieu. »

Jésus vient accomplir la Loi

L’évangile du jour nous interpelle car il y est question de loi et de l’affirmation provocante de Jésus : « Je ne suis pas venu abolir la loi, mais l’accomplir » (Mat 5, 17-19). Le dominicain Yves Congar a livré une belle réflexion sur le sujet. Écoutons-le :congar.jpg« L’homme libre est celui qui s’appartient à soi-même; l’esclave, lui, appartient à son maître. Ainsi quiconque agit spontanément agit librement; mais qui reçoit son impulsion d’un autre, n’agit pas librement. Celui-là donc qui évite le mal, non parce que c’est un mal, mais en raison d’un précepte du Seigneur, n’est pas libre. En revanche, celui qui évite le mal parce que c’est un mal, celui-là est libre. Or c’est là ce qu’opère le Saint Esprit qui perfectionne intérieurement notre esprit en lui communiquant un dynamisme nouveau, si bien qu’il s’abstient du mal par amour, comme si la loi divine le lui commandait; et de la sorte, il est libre, non qu’il ne soit pas soumis à la loi divine, mais parce que son dynamisme intérieur le porte à faire ce que prescrit la loi divine. » (CONGAR, Yves. Je crois en l’Esprit saint. Tome II. Cerf, 1979, p. 166).

Quel paradoxe que cette liberté dans l’Esprit Saint ! Guidé par une loi d’amour, le baptisé devient vraiment libre pour assumer toutes les exigences de la suite du Christ. Comme le rappelait le Père Yves Congar, o.p. : « Le christianisme n’est pas une loi, mais il en comporte une, il n’est pas une morale, bien qu’il en comporte une. Il est, par le don de l’Esprit du Christ… un mouvement de la grâce qui entraîne en nous, comme son produit ou son fruit, certains comportements appelés, exigés même par ce que nous sommes. C’est à la fois extrêmement fort et extrêmement fragile. » (p.167)

L’avantage d’une loi bien codifié peut donner des résultats efficaces; l’on sait ce que l’on doit faire et ce que l’on ne doit pas faire. Mais la loi de l’Esprit Saint en nous est une loi non par pression mais par appel : « C’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement que cette liberté ne donne aucune prise à la chair ! » (Ga 5,13-14).

L’impossible pardon

pardon.jpgJésus dans son évangile nous propose une voie inédite dans la lutte contre le mal et la violence, une arme insoupçonnée dans la rencontre du frère ou de la soeur qui se dresse en ennemi. C’est la force du pardon. Non pas le pardon qui est démission ou qui fait fi de la justice et de la vérité, mais le pardon évangélique qui est capable de porter un regard lucide à la fois sur soi et sur l’autre, qui est capable de voir en cet autre, en dépit de ses fautes, le frère ou la soeur qui s’est égaré.Utopique? Bien sûr! Comme tout l’Évangile d’ailleurs. Mais parce que notre Dieu est le Dieu de l’impossible, ses paroles deviennent promesses pour nous. S’il nous invite à nous pardonner, s’il nous commande de nous aimer les uns les autres jusqu’à aimer nos ennemis, c’est qu’il nous sait capables d’un tel dépassement. Puisque nous sommes capables de Dieu, nous sommes capables d’aimer et de pardonner, sinon Jésus ne nous inviterait pas à le faire.

Après la liquidation d’un des camps par des troupes américaines, dans une des baraques, un morceau de papier d’emballage a été trouvé, sur lequel un homme avait inscrit une prière:

« Seigneur, lorsque Tu viendras dans ta gloire, ne Te souviens pas seulement des hommes de bonne volonté, souviens-Toi également des hommes de mauvaise volonté. Mais ne Te souviens pas alors de leurs cruautés, de leurs sévices et de leurs violences. Souviens-toi des fruits que nous avons portés à cause de ce qu’ils ont fait. Souviens-Toi de la patience des uns, du courage des autres, de la camaraderie, de l’humilité, de la grandeur d’âme, de la fidélité qu’ils ont réveillé en nous. Et fais, Seigneur, que les fruits que nous avons portés soient un jour leur rédemption. » (La Vie spirituelle . mars-avril 1988, n° 678, pp. 222-223)

Jésus nous enseigne une voie de perfection pour accueillir le Règne de Dieu : le don réciproque les uns aux autres de cet amour prodigué si généreusement par Dieu et qui, dans sa pointe extrême, devient pardon, ce pardon total et inconditionnel dont témoigne Jésus sur la croix. Et sur cette croix, Jésus n’attend pas que ses bourreaux viennent lui demander pardon pour pardonner : « Pardonne-leur Père, car ils ne savent ce qu’ils font. » Jésus fait le premier pas. Il pardonne. Et c’est lorsque l’on peut faire ce premier pas que l’Évangile devient véritablement Bonne Nouvelle dans nos vies et que nous devenons vraiment disciples du Christ.

Testament spirituel du frère Christian

QUAND UN A-DIEU S’ENVISAGE…

S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Eglise, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNEE à Dieu et à ce pays.

Qu’ils acceptent que le Maître unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu’ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d’une telle offrande ? Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes laissées dans l’indifférence de l’anonymat. Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui- là qui me frapperait aveuglément.

J’aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cour à qui m’aurait atteint.

Je ne saurais souhaiter une telle mort ; il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.

C’est trop cher payé ce qu’on appellera, peut- être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu’il soit, surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l’islam qu’encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.

L’Algérie et l’islam, pour moi, c’est autre chose, c’est un corps et une âme. Je l’ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j’en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit-fil conducteur de l’Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Eglise, précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf, ou d’idéaliste : « Qu’il dise maintenant ce qu’il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec lui ses enfants de l’islam tels qu’il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de sa Passion, investis par le don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.

Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d’hier et d’aujourd’hui, et vous, ô amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sours et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis !

Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux, ce MERCI, et cet « A-DIEU » envisagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. AMEN !

Incha Allah !

Frère Christian de Chergé
Alger, l décembre 1993.
Tibhirine. l janvier 1994.

Nuits de la foi en agonie…

Le doute est là, et la folie
d’aimer tout seul un Dieu absent et captivant.
« Mais la souffrance que je préfère,
dit Dieu, c’est quand la femme attend
avant la joie d’enfantement.
Car ces douleurs où l’on espère,
Mon Fils les prend dans sa Passion,
et les soumet à ma Patience. »

Il prie encore dans mon silence
le Bien-Aimé abandonné
dont la détresse et l’espérance ont pris ma voix.
Ce que j’espère, je ne le vois…
C’est mon tourment, tourné vers Lui.
Toute souffrance y prend son sens,
caché en Dieu comme une naissance,
ma joie déjà, mais c’est de nuit !

Christian de Chergé (prieur de Tibhirine), L’invincible espérance.