La Transfiguration du Seigneur

Deuxième dimanche du Carême. Année A

metamorfosis

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17,1-9. 

Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne. 
Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.
Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. »
Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ; et, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! »
Entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d’une grande frayeur.
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et n’ayez pas peur ! »
Levant les yeux, ils ne virent plus que lui, Jésus seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

COMMENTAIRE

C’est le théologien Karl Rahner qui dit de Jésus qu’il est « la parole ultime de Dieu et la plus belle. » Le récit de la Transfiguration met cette affirmation en évidence comme aucun autre récit évangélique. Aucune des manifestations de Jésus après sa résurrection n’atteint une telle intensité, un tel éblouissement. Aussi, il n’est pas surprenant que la Transfiguration soit l’un des événements les plus commenté du Nouveau Testament avec la passion et la résurrection du Christ.

Même s’il ne parle pas de l’épisode de la Transfiguration, l’évangéliste Jean y fait sans doute référence quand il écrit : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire » (Jean 1:14). Ailleurs, dans sa première épître, Jean écrira encore : « ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie… nous vous l’annonçons. » Comment ne pas voir là un rappel de ce que ce disciple a vécu avec Jésus.

L’apôtre Pierre lui, dans sa deuxième épître, fait explicitement référence à l’événement de la Transfiguration en affirmant avec emphase : nous l’avons « vu de nos yeux dans tout son éclat… Et cette voix, nous-mêmes nous l’avons entendue venant du ciel quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. »

Par ailleurs, les évangélistes peinent à trouver les mots pour nous décrire ce qui s’est réellement passé sur la montagne. Luc, Matthieu et Marc ne trouvent pas de meilleur comparaison que celle d’une « lumière éclatante » pour parler de la Transfiguration. Saint Luc raconte que le visage de Jésus « devint autre, et ses vêtements d’une blancheur fulgurante. » « Son visage resplendit comme le soleil », écrit saint Matthieu. Saint Marc lui, nous dit que ses vêtements devinrent resplendissants, très blancs, comme aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte. » Les évangélistes et les témoins de la Transfiguration de Jésus sont à court de mots pour tenter de décrire l’indicible, l’insaisissable. Mais ce qui est certain, c’est que la Transfiguration est la manifestation de la divinité du Christ, de sa gloire tenue cachée et, pour un instant, dévoilée devant les yeux stupéfaits des trois apôtres.

Mais que vient faire ce récit, au coeur de ce Carême, dans notre montée vers Jérusalem? Il est bon de se rappeler que la Transfiguration de Jésus survient après la première annonce de sa passion. Les disciples sont effrayés. Ils ne comprennent pas et, surtout, ils n’acceptent pas l’éventualité de la fin tragique de leur maître. C’est alors que Jésus amène avec lui trois de ses disciples et leur donne de contempler sa gloire de Fils de Dieu avec Moïse et Élie, les grands témoins de la foi d’Israël.

Certains commentateurs ont vu dans la Transfiguration une démarche pédagogique de la part de Jésus afin de préparer les disciples à l’éventualité de sa mort, et ainsi leur redonner courage devant l’épreuve à venir. Mais il faut bien reconnaître que cela n’a pas suffit. Comme les autres Apôtres, Pierre, Jacques et Jean vont abandonner Jésus devant le spectacle insoutenable de sa crucifixion, confrontés au souvenir de celui-là même qu’ils ont vu transfiguré, et qui est maintenant défiguré sous leurs yeux, méprisé, livré à l’hostilité de la foule. Il faudra que le Christ ressuscite et que sa gloire les enveloppent à nouveau de sa présence pour que ces disciples trouvent le courage de le suivre, et ce, jusqu’au don même de leur vie. C’est donc après la résurrection que l’événement de la Transfiguration va dévoiler tout son sens.

Les Apôtres se rappelleront que lors de la montée de Jésus à Jérusalem, sa vie était en parfaite communion avec le Père, sa gloire et sa passion ne pouvant être dissociés l’une de l’autre. Il s’agit d’un même mouvement chez Jésus. C’est à la lumière de ce mystère incroyable, que saint Paul pourra encourager son fidèle Timothée à prendre sa part de souffrance pour l’annonce de l’Évangile. Car la passion du Christ ne peut s’arrêter avec sa mort en croix. Elle se poursuit pour tous ceux et celles qui mettent leur foi en lui et qui ont cette conviction que la bonne nouvelle de l’Évangile est le seul chemin proposé à notre humanité dans sa quête du bonheur.

Le récit de la Transfiguration en ce deuxième dimanche du Carême, vient nous rappeler à la fois la grandeur, mais aussi l’exigence de notre foi en Jésus-Christ. Non seulement il nous dévoile sa divinité; non seulement il nous donne d’entendre la voix du Père, mais il nous engage à marcher courageusement avec lui dans un monde qui cherche toujours à le crucifier. Allons-nous partir nous aussi quand les vents contraires semblent menacer l’Église? Est-ce que notre foi est capable de contempler le Christ aujourd’hui alors qu’il est souvent rejeté?

Faut-il le rappeler, nous n’avons pas mis notre foi dans des fables sophistiquées, comme l’affirme l’Apôtre Pierre. Nous le savons, il n’est pas facile de rester au pied de la croix de Jésus quand la foule se moque de lui. Et pourtant, c’est cette croix elle-même qui nous incite à croire et qui vient authentifier la foi des premiers disciples. Car, comment penser que les évangélistes aient pu inventer une telle histoire, qui ne pouvait que les humilier et les discréditer, et qui aurait dû même empêcher la naissance du christianisme? Ils ont voulu rapporter les faits, aussi improbables qu’ils étaient, tels qu’ils les ont vécus, soit la victoire glorieuse du Christ alors qu’il était crucifié au coeur de la mort.

Dans le récit de la Transfiguration, l’apôtre Pierre, ce cher Pierre, veut s’arrêter sur cette montagne en y plantant trois tentes, perdu qu’il est dans la contemplation de cette vision merveilleuse du Père avec le Fils. Mais Jésus nous invite à redescendre dans la plaine avec lui. C’est pourquoi la figure d’Abraham nous est proposée comme modèle en ce dimanche, lui qui quitte son pays et qui part dans la foi vers l’inconnu à la demande de Dieu, et qui se voit promettre une postérité aussi nombreuse que le sable de la mer. Tout semble contredire les promesses de Dieu dans la vie d’Abraham, et pourtant il avance dans la foi et la confiance. C’est à cette audace que nous sommes invités en ce dimanche de la Transfiguration.

Frères et soeurs, aujourd’hui encore, le Christ s’offre à notre contemplation, en nous rassemblant tout comme les Apôtres Pierre, Jacques et Jean, afin de nous partager sa vie dans cette eucharistie que nous célébrons. C’est la grâce qui nous est faite de pouvoir nous arrêter avec lui sur ce sommet de notre foi, et d’être les témoins éblouis de la gloire de Dieu. Au terme de notre célébration, nous pourrons retourner dans la plaine de nos occupations et de nos engagements, sûrs de sa présence et de sa force au coeur de nos vies. Amen.

Yves Bériault, o.p.

Les plus beaux gestes du pape François

La prière est la lumière de l’âme (Homélie du Ve siècle)

Le bien suprême, c’est la prière, l’entretien familier avec Dieu. Elle est communication avec Dieu et union avec lui. De même que les yeux du corps sont éclairés quand ils voient la lumière, ainsi l’âme tendue vers Dieu est illuminée par son inexprimable lumière. La prière n’est donc pas l’effet d’une attitude extérieure, mais elle vient du cœur. Elle ne se limite pas à des heures ou à des moments déterminés, mais elle déploie son activité sans relâche, nuit et jour.En effet, il ne convient pas seulement que la pensée se porte rapidement vers Dieu lorsqu’elle s’applique à la prière ; il faut aussi, même lorsqu’elle est absorbée par d’autres occupations — comme le soin des pauvres ou d’autres soucis de bienfaisance —, y mêler le désir et le souvenir de Dieu, afin que tout demeure comme une nourriture très savoureuse, assaisonnée par l’amour de Dieu, à offrir au Seigneur de l’univers. Et nous pouvons en retirer un grand avantage, tout au long de notre vie, si nous y consacrons une bonne part de notre temps.La prière est la lumière de l’âme, la vraie connaissance de Dieu, la médiatrice entre Dieu et les hommes.

Par elle, l’âme s’élève vers le ciel, et embrasse Dieu dans une étreinte inexprimable ; assoiffée du lait divin, comme un nourrisson, elle crie avec larmes vers sa mère. Elle exprime ses volontés profondes et elle reçoit des présents qui dépassent toute la nature visible.

Car la prière se présente comme une puissante ambassadrice, elle réjouit, elle apaise l’âme.

Lorsque je parle de prière, ne t’imagine pas qu’il s’agisse de paroles. Elle est un élan vers Dieu, un amour indicible qui ne vient pas des hommes et dont l’Apôtre parle ainsi : Nous ne savons pas prier comme il faut, mais l’Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables.

Une telle prière, si Dieu en fait la grâce à quelqu’un, est pour lui une richesse inaliénable, un aliment céleste qui rassasie l’âme. Celui qui l’a goûté est saisi pour le Seigneur d’un désir éternel, comme d’un feu dévorant qui embrase son cœur.

Lorsque tu la pratiques dans sa pureté originelle, orne ta maison de douceur et d’humilité, illumine-la par la justice ; orne-la de bonnes actions comme d’un revêtement précieux ; décore ta maison, au lieu de pierres de taille et de mosaïques, par la foi et la patience. Au-dessus de tout cela, place la prière au sommet de l’édifice pour porter ta maison à son achèvement. Ainsi tu te prépareras pour le Seigneur comme une demeure parfaite. Tu pourras l’y accueillir comme dans un palais royal et resplendissant, toi qui, par la grâce, le possède déjà dans le temple de ton âme.

Mercredi des Cendres : Entrons en Carême

En entrant en Carême, nous sommes invités à aller au désert. Ce désert pour le peuple hébreu va devenir le lieu de l’épreuve et de la tentation, mais avant tout le lieu de la présence de Dieu. Un temps de passage où Dieu accompagne, nourrit, désaltère, conduit. Le désert est un lieu où l’on vit l’expérience de se situer devant Dieu comme seul guide, c’est le temps de la confiance et de la fidélité, c’est un retour à l’essentiel.

Entrer au désert, c’est se rappeler chaque année que l’essence même de la vie de foi se vit dans une sorte d’abandon entre les mains de Dieu, dans cette attitude du Fils, qu’est Jésus, et qui se laisse conduire par l’Esprit Saint. Ce désert évoque aussi la tentation, la présence de forces adverses en nous qui veulent nous faire renoncer à notre vie d’enfant de Dieu. Et souvent nous tombons, nous cédons… C’est pourquoi le désert est aussi une expérience de conversion, un appel à renoncer à nos façons de faire qui sont parfois un refus de l’amour de Dieu et un refus de l’autre.

Le Carême est un appel à la conversion, mais avons-nous besoin de conversion? Nous convertir de quoi? Tant que nous n’aurons pas saisi l’enjeu de cette conversion, nos prières, nos célébrations, nos eucharisties demeureront stériles. Si la grâce de Dieu nous est donnée, il faut coopérer à la grâce afin d’être des signes lumineux dans le monde. Un incroyant disait à Henri Grouès, l’abbé Pierre : « Monsieur le curé, je ne sais pas si le Bon Dieu existe, mais je suis sûr que s’il existe il est ce que vous faites ».

Mais l’on se sent tellement démuni devant ce monde qui constamment nous glisse entre les mains, comme un enfant turbulent que l’on voudrait retenir, mais qui nous échappe constamment, et qui est capable du meilleur et du pire. Non pas que l’homme soit mauvais, mais il y a la contagion du mal, comme il y a la contagion de l’amour.

Non pas que nous soyons méchants, mais nous aussi, nous laissons parfois dominer le mal sur nos vies. À petite échelle, ça semble avoir bien peu de conséquences. Petite parole désobligeante, envie et jalousie, un certain plaisir à s’en prendre à des personnes parce qu’elles ne nous plaisent pas. Un petit geste malhonnête, surtout quand c’est le gouvernement. Refuser de pardonner, alimenter la haine… une foule de petits massacres en puissance que l’on sème sur notre passage, tandis que les enfants épient nos paroles et nos gestes. Et l’on a pas besoin de conversion me dites-vous ! « Revenez à moi de tout votre cœur », nous dit le Seigneur. (Joël 2, 12).

Homélie pour le huitième dimanche du temps ordinaire. Année A.

« Ne vous inquiétez pas du lendemain! »

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 6,24-34. 
Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Aucun homme ne peut servir deux maîtres : ou bien il détestera l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent.
C’est pourquoi je vous dis : Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ?
Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?
D’ailleurs, qui d’entre vous, à force de souci, peut prolonger tant soit peu son existence ?
Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas.
Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’eux.
Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ?
Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : ‘Qu’allons-nous manger ? ‘ ou bien : ‘Qu’allons-nous boire ? ‘ ou encore : ‘Avec quoi nous habiller ? ‘
Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus le marché.
Ne vous faites pas tant de souci pour demain : demain se souciera de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine.

COMMENTAIRE

Il est bon de se rappeler que les textes de l’Ancien Testament sont les témoins de la longue pérégrination d’un peuple à la recherche d’une terre et de son identité. Un peuple esclave qui découvre à travers ses sages et ses prophètes les promesses inouïes d’un Dieu qui se présente à lui non seulement comme son protecteur, mais aussi comme son créateur, le Dieu unique, le seul vrai Dieu.

Alors que les dieux des peuples environnants demandent des sacrifices humains, Israël découvre le visage d’un Dieu qui aime son peuple comme une mère aime son enfant et qui jamais ne saurait l’oublier. Israël fait l’expérience que sa vie, son existence même, est entre les mains de Dieu, qu’Il veille sur lui comme sur son bien le plus précieux. « Même si une femme pouvait en arriver à oublier son enfant, dit le Seigneur, moi je ne t’oublierai jamais. »

Le texte d’Isaïe que nous avons entendu dans la première lecture, survient pendant l’exil à Babylone, bien des années après la destruction du Temple et le saccage de Jérusalem en l’an 587 avant Jésus Christ. Le peuple est en exil depuis près de cinquante ans. La lignée royale a disparu, ainsi que les premières générations qui avaient été envoyées en exil. Les années passent. Certains se demandent ce qu’il restera de la foi au Dieu vivant dans la Babylone des idoles où Israël a été déporté ? Qu’en est-il des promesses de Dieu, se demandent-ils ? Et où est-il ce Dieu ? C’est dans ce contexte que le prophète Isaïe, rappelle la fidélité de Dieu à son peuple et l’assure de son amour indéfectible.

En écho à cette promesse, le psalmiste répond par cette prière confiante : « Je n’ai de repos qu’en Dieu seul, mon salut vient de lui. Lui seul est mon rocher, mon salut, ma citadelle : je suis inébranlable… Comptez sur lui en tout temps, vous, le peuple. » C’est sur cet arrière-fond de la foi d’Israël que la liturgie nous propose de comprendre l’enseignement de Jésus aujourd’hui quand il nous dit : « Ne vous faites donc pas tant de soucis ». Mettez votre confiance en Dieu. N’ayez pas peur du lendemain.

Cet enseignement de Jésus va à l’encontre des réflexes les plus élémentaires chez les hommes et les femmes de ce monde. La crainte, la peur, le repli défensif, sont souvent des réflexes de survie. La prudence n’est-elle pas le début de la sagesse ? Comment survivre et préparer l’avenir si l’on vit de manière insouciante ? En quoi est-ce que l’inquiétude et la peur du lendemain peuvent-ils être mauvais pour nous ?

Car nous connaissons tous l’épreuve, le deuil, la maladie, la peine, la peur, la souffrance. Ce sont là des obstacles inévitables dans nos vies. Il ne faudrait donc pas s’en inquiéter quand ils surviennent ?

Jésus, lui, nous enseigne que l’inquiétude constante du lendemain est contre-productive, car nous ne laissons plus Dieu être Dieu dans nos vies. La foi est supplantée par la peur et le doute qui nous submergent, au point d’étouffer la vie en nous. Jésus nous rappelle avec sagesse que nos vies sont entre les mains de Dieu, et que l’on ne peut allonger d’une seul journée sa vie en s’inquiétant.

Mais à quoi Jésus nous invite-t-il véritablement ? À l’insouciance ? À vivre comme des Roger-bon-temps ? Comme des personnes qui ne voient jamais venir les difficultés ou les épreuves ?

On le sait, Jésus est le maître du paradoxe, et souvent il nous déstabilise avec ses exemples, afin de nous provoquer et ainsi nous amener plus loin dans notre réflexion. En fait, dans son enseignement aujourd’hui, Jésus nous invite à vivre dans la confiance en Dieu, ce qui est le contraire d’un optimisme béat. Jésus nous dit de ne pas avoir peur d’espérer, car Dieu est notre Père, il est bon et il nous aime. C’est sur ce fondement solide qu’il nous invite à asseoir nos vies.

Jésus nous invite à convertir notre regard, et à demander au Seigneur de guérir notre coeur malade d’inquiétude, afin que nous puissions véritablement nous reposer en Dieu. Afin que nous puissions vivre nos vies en sachant que la vie éternelle est à nous, que Dieu marche avec nous sur cette terre, comme notre ami le plus proche et le plus cher, et que nous sommes en sécurité entre ses mains. Pourquoi alors laisser les inquiétudes nous désespérer? Rappelez-vous qui vous êtes, nous dit Jésus, et combien vous avez du prix aux yeux de Dieu! On ne peut avoir un coeur divisé. Si l’on a confiance en Dieu, il faut l’avoir jusqu’au bout et tout lui remettre de nos vies.

Car les inquiétudes sont trompeuses, comme la mort elle-même qui cherche à nous faire croire qu’il ne reste plus rien de l’être aimé. Comme vous le savez, j’ai perdu ma mère, il y a trois semaines. Elle avait 96 ans. Elle m’appelait encore « mon petit gars ». Il m’est difficile de réaliser qu’elle n’est plus là. Et, par ailleurs, je sens toujours sa présence dans l’absence. Comme celle de l’être aimé parti en voyage et dont on vit du souvenir. Il est absent bien sûr, mais jamais loin du coeur. C’est là que l’on touche au grand mystère de la vie à la lumière de notre foi. C’est à cette foi et à cette confiance que Jésus nous convie quand nous sommes confrontés à l’épreuve et à la peur du lendemain.

Il nous appelle à entrer dans le grand mystère de la vie, qui est plus fort que toutes nos morts, malgré les apparences, malgré les menaces, les lendemains incertains, malgré les nuits obscures, malgré le doute et la peine. Jésus nous invite à lui faire confiance.

Et pourquoi le ferions-nous ? Parce que nous avons remis nos vies entre ses mains. Parce qu’il est Dieu et qu’il ne saurait nous tromper. Parce que la voie qu’il nous propose est celle de la véritable sagesse, du vrai bonheur, où il nous est demandé de vivre nos vies avec cette conviction que nous sommes déjà vainqueurs quoiqu’il arrive, et que prendre la parole du Christ au sérieux est la meilleure façon pour nous de lui montrer que nous l’aimons et que nous avons confiance en lui.

En retour, il nous donne la force de relever le défi quotidien de nos vies sur terre. Il met en nous cette confiance profonde comme la mer où, en dépit des flots déchaînés parfois, les profondeurs gardent toujours leur calme et leur sérénité.

J’aimerais citer, en conclusion, ce qu’une correspondante m’écrivait un jour, en me parlant de son quotidien vécu à la lumière de la foi, de l’espérance et de la charité. Elle m’écrivait ceci :

« La foi : Jésus toujours à mes côtés pour me soutenir et me redonner courage quand j’ai envie de baisser les bras. La charité : c’est elle qui me permet de servir et accompagner la fin de vie de mon époux de 86 ans atteint de la maladie d’Alzheimer, avec amour après plus de 56 ans de vie commune. L’espérance! elle me fait espérer l’accueil miséricordieux de ce Dieu plein d’amour, auquel je crois, où nous serons définitivement réunis dans la paix. »

Oui, frères et soeurs, la présence de Dieu dans nos vies à ce pouvoir de nous donner la paix, la paix véritable, celle qui vient d’en haut, et qui nous fait tenir fermes et confiants au coeur des tempêtes de la vie, et de chacune des journées qui nous est donnée, car, nous le savons maintenant en Jésus Christ, combien nous avons du prix aux yeux de Dieu. Nous valons plus que tous les oiseaux du ciel, et que la somme de toutes nos épreuves, car nous sommes ses enfants. Amen.

Yves Bériault, o.p.

 

Savoir enraciner son espérance

Une animatrice à la télévision française nous a bien fait rire ici au Québec, lorsque parlant du froid qui s’abattait sur la France, avec un – 4 Celsius, elle avait parlé d’un « froid Arctique! »

Actuellement, nous connaissons une vague de froid exceptionnelle un peu partout au Canada. Le thermomètre indiquait – 32 Celsius la nuit dernière à notre couvent! Notre hiver est long, très long même, comme une longue traversée de désert, et il y a là des leçons à retenir pour nous chrétiens.

Imperceptiblement, la vie se fraie un chemin au coeur du long hiver que connaît l’église d’ici. Il nous faut retenir la leçon des saisons et de l’histoire afin de mieux enraciner notre espérance. L’hiver est trompeur.

Il y a plusieurs années, une communauté chrétienne à laquelle j’appartenais, avait accueilli deux familles de réfugiés cambodgiens. J’étais allé chercher l’une de ces familles en plein mois de janvier, les ramenant de leur « hôtel refuge » de Montréal à ma petite vallée des Laurentides. Pour la première fois, ils voyaient nos vastes forêts et je lisais une pointe d’inquiétude dans leurs yeux. Le père, devant le regard insistant de sa femme, osa enfin me questionner. Il me demanda ce qui avait bien pu arriver aux arbres pour qu’ils soient tous morts, dénudés de leurs feuilles. Je lui expliquai alors que nos arbres perdaient tous leurs feuilles en automne pour s’endormir dans un profond sommeil. Mais le printemps venu, je l’assurai qu’ils retrouveraient leur vitalité et leurs feuilles. Cette explication sembla le satisfaire et nous poursuivîmes notre route jusqu’à l’Annonciation.

Après les affres de la guerre au Cambodge, une nouvelle vie commençait pour cette famille. Les mois passèrent, et l’été venu mes nouveaux amis m’avouèrent, mi-amusés, mi-confus, qu’ils n’avaient pas vraiment cru mon explication au sujet des arbres. Ce n’est qu’en expérimentant eux-mêmes cette réalité complexe, et combien mystérieuse de nos saisons, qu’ils purent comprendre à leur tour ce que signifie cette attente du renouveau au coeur de la vie! Chaque année maintenant ils entendent eux aussi cet appel des saisons qui leur dit : osez espérer !

Quand l’épreuve se présente

« On voudrait se cacher dans l’ombre d’une prière silencieuse. »

Maurize Zundel. L’Évangile intérieur. Saint-Augustin, 1998, p. 49.

Renaître des pertes de la vie de Jean-Paul Simard

Renaître des pertes de la vie

Éditeur : MÉDIASPAUL CANADA
ISBN : 9782894209363
Pages : 158
Collection : Hors collection
Section : Livres
Catégorie : PSYCHOLOGIE
Sous-Catégorie : Généralités
Parution : 2014-01-31
24,95 $ 

Description

Toute personne connaît un jour la souffrance, les deuils, l’échec, le malheur. Pourtant, chaque perte ou chaque mort porte son potentiel de résurrection, car la vie est intelligente et généreuse, prévoyant des mécanismes de défense et d’adaptation et couronnant de bienfaits les épreuves bien surmontées. Ce livre nous propose de lui faire confiance et d’avoir foi en notre propre chemin. Écrit sous forme de variations sur le thème de la renaissance, il en décline toutes les harmoniques en une invitation à laisser s’élever en nous, même dans l’adversité, le merveilleux chant de la vie.

Jean-Paul Simard est spécialiste en anthropologie spirituelle. Il s’intéresse particulièrement à la personne dans son ques¬tionnement intérieur et aux rapports entre la spiritualité, la santé et la guérison.

Prière de sainte Catherine de Sienne

sienna-apotreCatarina Benincasa, plus connue sous le nom de Catherine de Sienne (née le 25 mars 1347 à Sienne, en Toscane, et morte le 29 avril 1380 à Rome), est une tertiaire dominicaine mystique, qui a exercé une grande influence sur l’Église catholique. Elle est déclarée sainte et docteur de l’Église.

« O Trinité éternelle! ô Déité! … vous êtes une mer sans fond où plus je me plonge, plus je vous trouve, et plus je vous trouve, plus je vous cherche encore. De vous, jamais on ne peut dire : c’est assez ! L’âme qui se rassasie dans vos profondeurs vous désire sans cesse, parce que toujours elle est affamée de vous, Trinité éternelle… Car j’ai goûté et j’ai vu, avec la lumière de mon intelligence dans votre lumière, votre abîme, ô Trinité éternelle, et la beauté de la créature. En me contemplant en vous, j’ai vu que j’étais votre image, et que vous m’avez donné votre puissance à vous, Père éternel, avec dans mon intelligence la sagesse, qui est votre Fils unique, en même temps que l’Esprit-Saint qui procède de vous et de votre Fils, faisait ma volonté capable de vous aimer… O abîme, ô Divinité éternelle! Océan sans fond! »

Catherine de Sienne (Oraison 22, 10)

Homélie pour la Semaine de l’unité des chrétiens

3e dimanche du temps ordinaire. Année A.

Je garde un souvenir douloureux de mon enfance, alors que j’avais huit ou neuf ans. C’était un dimanche et la rumeur avait vite circulé dans mon petit quartier tout neuf de banlieue que des témoins de Jéhovah faisaient du porte-à-porte. C’était du jamais vu à cette époque des années cinquante. De bons pères de famille, trois ou quatre, je crois, s’étaient rapidement mobilisés afin de chasser ces intrus. J’ignorais tout des témoins de Jéhovah et j’avais peur. Pourtant en les voyant entourés par ces hommes en colère et hostiles, je me souviens aussi d’avoir éprouvé un sentiment indéfinissable de honte. Sentiment que je n’ai jamais oublié en lien avec cette scène de violence pour le jeune enfant que j’étais.

Pourquoi vous partager ce souvenir? C’est que chaque année, partout dans le monde, la semaine qui vient de passer, et qui se termine avec ce dimanche, est consacrée à l’unité des chrétiens. C’est une semaine de prière, de rencontres et de réflexion visant à permettre un rapprochement entre les chrétiens et les chrétiennes de différentes confessions.

Parfois, je serais tenté d’appeler cette semaine la Semaine de prière pour l’unité des théologiens, des chefs d’Église. Car d’une certaine manière, on pourrait très bien dire que nous n’y sommes pour rien si les Églises sont séparées; c’est en haut lieu que ces questions se sont décidées, entre chefs d’Églises, entre les rois, entre les chefs de guerre. Les peuples n’ont eu d’autre choix que de les suivre. Nous ressemblons un peu aux enfants du divorce qui sans être responsables du divorce de leurs parents se retrouvent à vivre avec l’un des deux, et nous sommes invités à prier afin qu’ils se rapprochent et se réconcilient.

Je fais un peu d’humour ici et vous conviendrez avec moi qu’en rester à une telle vision serait un peu simpliste, car nous avons nous aussi notre part de responsabilité face à l’avenir; et les germes de divisions qui déchirent l’Église sont aussi présents en nous.

Cette semaine de l’unité des chrétiens qui s’achève n’est pas vraiment une fête : division avec l’Église orthodoxe, division avec les Églises de la Réforme protestante, division avec l’Église anglicane, divisions à l’intérieur même de ces Églises et de la nôtre. On ne peut quand même pas célébrer une blessure, surtout lorsqu’elle atteint le Corps du Christ et qu’elle devient un scandale pour plusieurs, que l’on soit chrétiens, incroyants ou d’une autre religion.

Tout cela est bien humain, et il n’y a pas de quoi se réjouir. C’est pourquoi cette semaine de l’unité des chrétiens n’a de sens que si elle est vécue en quelque sorte comme un mini-carême, un temps de pénitence et de réconciliation, une semaine où les chrétiens et les chrétiennes prennent le temps de se reconnaître pécheurs, et qui, en tant que membres solidaires de leurs Églises respectives, reconnaissent aussi qu’ils sont blessés par cette situation. La semaine de l’unité des chrétiens vient nous rappeler que nous sommes divisés, que c’est là une situation intolérable et scandaleuse, une situation qui devrait nous faire souffrir si nous aimons l’Église de Dieu.

Mais par où commencer ce travail de guérison? Jean-Paul II avait fait cette remarque étonnante, un jour, au sujet de nos différends avec les protestants. Il avait affirmé qu’il y avait aussi des sources d’enrichissement réciproque suite à ces divisions. L’Esprit Saint ne se laisse pas arrêter par nos différends. Seuls le dialogue et l’amitié peuvent nous amener à la rencontre de nos frères et sœurs chrétiens séparés, mais disciples du Christ eux aussi. Et ensemble nous pouvons enrichir et approfondir notre connaissance de Dieu, malgré nos divisions. À preuve, les liens d’amitié des papes récents avec des pasteurs ou des rabbins.

Par ailleurs, c’est le pape Paul VI qui affirmait : « On ne peut aimer le Christ si l’on n’aime pas l’Église ». Et il me semble que cette semaine de l’unité est un temps idéal pour réfléchir aussi à notre propre appartenance à l’Église. Nous demander comment nous faisons Église en tant que catholiques. Car les divisions prennent leur source au coeur même de l’Église, lorsque nous oublions que nous sommes appelés à vivre ensemble l’évangile dans l’unité.

Comme le demande saint Paul aujourd’hui dans sa lettre aux Corinthiens : « Le Christ est-il donc divisé? » Il ne peut y avoir de divisions entre nous, car nul n’est croyant pour lui-même. Ce n’est pas uniquement à titre d’individus que nous sommes venus à la foi, mais avant tout à titre de membres du peuple de Dieu.

C’est pourquoi la semaine de l’unité des chrétiens nous invite aussi à réfléchir à notre rapport à l’Église, et qui ne peut être dissocié de l’Église visible, et de tout ce qu’elle porte avec son pape, ses évêques, ses instituts religieux, ses théologiens, ses communautés chrétiennes, ses fidèles, ses missionnaires, ses forces, ses faiblesses et même ses scandales. Est-ce que par notre attitude les gens qui nous entourent reconnaissent chez nous cet amour de l’Église dont parle Paul VI, un attachement véritable à sa Tradition, un souci affectueux pour ses difficultés, une solidarité réelle avec les défis auxquels elle doit répondre et qui sont aussi les nôtres? Ou encore donnons-nous l’impression d’adolescents en guerre perpétuelle avec leurs parents et qui à la moindre occasion en profitent pour les dénigrer.

Comme plusieurs d’entre vous, je dois avouer que je souffre de voir tant de chrétiens et de chrétiennes s’en prendre à l’Église, au pape et aux évêques, sous prétexte qu’ils ne sont pas d’accord avec eux, sous prétexte qu’ils n’agissent pas comme eux le feraient, ou parce qu’ils ne prennent pas les décisions qu’eux-mêmes prendraient s’ils étaient en position d’autorité. À partir du moment où on ne les reconnaît plus comme des frères qui ont la responsabilité de conduire le peuple de Dieu, l’on s’engage déjà sur la pente des divisions.

Mais il faut bien nuancer ici. Nous avons le droit d’avoir des opinions et d’être en désaccord. Le droit de critique est essentiel dans l’Église. Les institutions et leurs traditions sont des outils qu’il faut savoir remettre en question, à l’écoute des signes des temps comme le soulignait le concile Vatican II. Mais là où le bât blesse, c’est le manque d’amour que l’on constate souvent dans ces critiques, l’aigreur, sinon l’hostilité, l’esprit de division et de moquerie. Ce ne sont pas là des attitudes inspirées par l’Esprit Saint, car l’Esprit de Dieu n’est pas un esprit de rancune, de jalousie ou de haine. Et souvent c’est par de telles attitudes que commencent les schismes qui déchirent le Corps du Christ.

C’est saint Jean qui écrit dans sa première lettre : « Puisque Dieu nous a tant aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres… car si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour atteint en nous la perfection ». Cette semaine de l’unité nous rappelle que ce défi est aussi à vivre entre nous, dans notre paroisse, dans notre diocèse, dans notre Église universelle, car comme l’affirme le pape François en cette semaine de l’unité : « il y a un espace pour grandir dans la communion et l’unité entre nous, […] qui vient directement du commandement de l’amour laissé par Jésus à ses disciples ».

Nous le savons, l’amour de Dieu est loin d’avoir atteint sa perfection en nous. C’est un long travail en chantier, et cet idéal nous échappera toujours un peu, car nous sommes pécheurs, et nous marchons sur un chemin de conversion. Mais il ne faut pas nous décourager, car nous ne sommes pas seuls ni laissés à nous-mêmes, et la victoire du Christ nous le savons est assurée.

C’est pourquoi au terme de cette semaine de l’unité des chrétiens, nous nous tournons vers Dieu avec nos frères et nos soeurs de toutes les Églises, afin de nous rappeler que c’est par Lui que se fera notre unité définitive, et que tout ce qu’Il nous demande, c’est d’avoir un cœur volontaire, de devenir des instruments dociles entre ses mains au service de la paix, de la réconciliation et de l’unité. Amen.

Yves Bériault, o.p.

J’existe ! (Maurice Zundel)

L’enfant qui arrive à faire cette découverte extraordinaire qui s’exprime en un mot : j’existe, pourrait ajouter aussitôt : mais je n’y suis pour rien. Le pronom personnel auquel il recourt, le « je » qui précède ici le verbe exister, n’est cautionné par aucune initiative qui lui  serait propre. Il ne tient rien de soi, en effet, il est entièrement préfabriqué et il ne subsiste que par la vertu des énergies fournies par l’univers qui le porte.

Selon le cours ordinaire des choses, il en restera là. Il continuera à dire je et moi sur un être qu’il subit et avec lequel il s’identifie par une complicité inconsciente, dont les racines sont affectives et passionnelles. Il deviendra homme au sens zoologique d’appartenance à l’espèce humaine, en s’attachant âprement à soi, comme font tous les vivants à quelque espèce qu’ils appartiennent. Sa complexité physique et psychique ne suffira pas à le faire émerger d’un monde instinctif et à lui assurer une situation transcendante.

Et cependant, si l’on tente de l’asservir, si l’on prétend le réduire à un rôle de pur instrument, s’il est soumis à un régime concentrationnaire, s’il est condamné à subir tous les raffinements d’un lavage de cerveau, il prendra conscience de sa dignité comme de son bien le plus précieux, à travers l’indignité même des traitements dont il est l’objet.

C’est par là que commencera à se faire jour en lui sa dimension proprement humaine et sa vocation d’en réaliser toute l’exigence.

Une dignité inviolable, c’est bien ce qui fonde les droits de l’homme. Mais cette dignité n’est pas donnée avec sa naissance charnelle : il s’agit pour lui de la conquérir dans un continuel dépassement de ses préfabrications. L’homme authentique est toujours en avant de lui-même, dans ce sens qu’il n’atteint réellement à soi qu’en actualisant les possibilités d’une grandeur qui doit être son œuvre.

Dans cette perspective on peut résumer la condition humaine dans cette formule, qui est pour moi la suprême évidence : je ne suis pas mais je puis être.

Zundel, Maurice. JE est un autre. Anne Sigier, 1986. p. 7-8

Bonne et Heureuse année 2014

theotokos2À tous les fidèles lecteurs et lectrices du blogue du Moine ruminant je tiens à souhaiter une année 2014 marquée du sceau de la paix et de la joie de l’Emmanuel, du Dieu-parmi-nous. Avec les images de guerres et d’horreur que nous lègue 2013 et qui nous poursuivent, avec les dérives climatiques et écologiques qui se profilent à l’horizon et dont nous sommes déjà témoins, dans un contexte mondial de globalisation et de capitalisme sauvage au service des élites, il est difficile de poser un regard optimiste sur l’avenir de notre planète. Comme nous avons besoin de cette paix et de cette joie du Christ, que promettait déjà le prophète Isaïe et que nous avons proclamé hier à l’occasion de la belle fête de l’Épiphanie :

Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.
Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi.
Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore.
Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras.
Alors tu verras, tu seras radieuse, ton coeur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations.
Des foules de chameaux t’envahiront, des dromadaires de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges du Seigneur.

Homélie pour la Nativité du Seigneur. Année A

Joie de Noël, joie de croire

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre — ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. —
Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David.
Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter.
Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte,
mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple :
Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur.
Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »

COMMENTAIRE

Ce soir, nos églises, nos cathédrales et nos basiliques, de la Baie James à lac Mégantic, de Kuujjuaq à l’Abitibi, se remplissent comme à aucun autre moment de l’année, en cette nuit où nous célébrons la naissance de Jésus de Nazareth, il y a deux mille ans. Nous appelons cette fête la Nativité du Seigneur, c.-à-d. la venue de Dieu parmi nous. Quant au mot Noël, c’est l’expression populaire pour désigner la fête, un mot dérivé du latin natale qui veut dire naissance. Cette fête fait maintenant partie du patrimoine de l’humanité et aucune fête chrétienne n’a connu une telle popularité, bien que la fête de Pâques soit la plus grande de toutes les fêtes.

Le temps de Noël évoque à la fois une ambiance festive et familiale, où on se surprend à vouloir décorer nos villes et nos villages. Cette joie du temps des fêtes semble indissociable d’une fête de la lumière, comme si au coeur de nos nuits, on attendait la venue de quelqu’un, de quelque chose d’extrêmement précieux. Les gens aiment se mettre le coeur en fête en ce temps de l’année, comme si un appel lointain retentissait même dans les coeurs les plus indifférents. Noël est une fête qui éveille le goût de donner, surtout le goût de se donner, ce qui explique sans doute pourquoi Noël est l’un des temps de l’année où les bénévoles se font les plus nombreux aux portes des organismes d’entraide, et où les réunions de familles et d’amis deviennent l’occasion de revoir tous ceux et celles qui comptent beaucoup dans nos vies. C’est avec raison que nous parlons de Noël comme d’une fête de l’amour.

Tout comme les bergers répondant à l’appel de l’ange, nous voici rassemblés autour de la crèche. Bien des raisons nous ont sans doute amené ici ce soir : les amis, la famille, le hasard, la tradition, l’appartenance et la foi, le goût de célébrer. Mais quelques soient les chemins qui nous ont amenés ici, nous témoignons par notre rassemblement d’une recherche commune, malgré tout ce qui peu nous différencier les uns des autres, d’où que nous soyons.

Bien plus que par tradition ou par amour des cantiques de Noël, il est bon de reconnaître que la décision de venir à la messe de la nuit de Noël relève aussi d’une quête spirituelle, d’un profond désir de se rapprocher du mystère de la vie. Comment expliquer sinon qu’en pleine nuit, au cœur de l’hiver, autant de gens se déplacent et convergent vers une église comme d’un commun accord? Les églises demeurent les lieux privilégiés de cette recherche spirituelle, avec tout ce qu’elles portent de tradition et de la vie de prière de tous ceux et celles qui nous ont précédés dans la foi.

Cette nuit de Noël, nous fait communier à une longue histoire, qui se perpétue au fil des siècles, et tout comme l’ont fait nos ancêtres, nous somme privilégiés d’être ici ce soir avec ceux et celles que nous aimons, en communion avec ceux et celles qui sont absents, portant chacun et chacune de nous des rêves, des personnes, des besoins, que nous présentons à l’Enfant-Dieu de la crèche. En fait, nous sommes engagés ensemble dans une démarche de foi alors que nous fêtons la naissance du Sauveur.

Mais que célébrons-nous au juste? Quel est le sens profond de cette fête qui rassemble des millions de croyants en cette nuit bénie, de la Terre de Feu jusqu’au Pôle Nord; de l’Europe occidentale jusqu’au cœur de la Chine, en passant par l’Afrique et les îles du Pacifique? Il nous suffit de réentendre l’annonce de l’ange aux bergers : « Voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui vous est né un Sauveur… Il est le Messie, le Seigneur. »

Un Sauveur nous est né, nous dit l’ange, mais de quoi vient-il nous sauver au juste? À cette question que posait un journaliste à une jeune femme dans la vingtaine, cette dernière avait répondu : « Jésus vient nous sauver de l’insignifiance ». C’est-à-dire qu’il vient offrir son message de paix et d’amour à tous ceux et celles qui veulent donner une véritable direction à leur vie, qui cherche un but dans la nuit de ce monde, un bonheur qui dure, la joie qui vient d’en haut. Cet enfant qui naît, c’est Dieu lui-même qui nous visite, qui se fait l’un des nôtres, qui se donne à nous afin de nous apprendre à vivre et à être heureux. De quoi Jésus vient-il nous sauver? Jésus est venu libérer l’amour en nous et ainsi il nous sauve de nous-mêmes.  Il nous sauve de nos égoïsmes, de nos duretés de cœur, de nos violences, car lui seul est capable de transformer nos cœurs puisqu’il est Dieu.

Dans sa catéchèse de l’Avent sur la Nativité du Seigneur, le pape François affirmait ce qui suit : « Noël est une fête de la foi et de l’espérance, qui surpasse l’incertitude et le pessimisme. Notre espérance réside dans le fait que Dieu est avec nous et qu’il a encore confiance en nous. Il vient parmi les hommes, et choisit la terre comme demeure pour vivre parmi nous et partager nos joies et nos peines. »

Frères et sœurs, nous voulons aimer et être aimés, nous voulons de tout cœur être heureux et réussir nos vies. Mais pour cela, il nous faut construire sur du solide, bâtir la maison de nos vies sur celui qui est l’auteur de la vie, par qui tout l’univers a été créé et qui avec un infini respect s’approche de nous avec l’humilité d’un enfant, l’enfant de Bethléem.

Oui, réjouissons-nous en cette nuit, car c’est une grande nouvelle qui nous est annoncée. Elle a changé la face du monde et de l’histoire, et elle poursuit sa course jour après jour au cœur de nos vies, et tout particulièrement en cette nuit bénie. Alors, n’hésitons pas à faire nôtre la louange des anges devant la crèche en cette nuit de Noël : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes et aux femmes qu’il aime. »

Chers amis, je vous souhaite un très joyeux Noël, à vous et à tous vos proches!

Yves Bériault, o.p.

Petit coup de coeur musical : Sting – The shape of my heart

Quatrième dimanche du temps ordinaire. Année A

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 1,18-24. 

Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ. Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint. 
Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret. 
Il avait formé ce projet, lorsque l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; 
elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » 
Tout cela arriva pour que s’accomplît la parole du Seigneur prononcée par le prophète : 
Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils, auquel on donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ». 
Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse.

COMMENTAIRE

Au livre d’Isaïe, celui que la longue tradition de l’Église appelle le cinquième évangéliste, nous avons entendu cette promesse extraordinaire faite au roi Achaz qui règne dans Jérusalem menacée par l’ennemi : « Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). »

Ce passage énigmatique du premier Testament a fait couler beaucoup d’encre. Est-il possible que près de huit cents ans avant Jésus-Christ on ait déjà annoncé sa mystérieuse naissance, alors même que la notion de Messie n’était pas encore apparue dans la tradition d’Israël? Aucune explication historique de ce passage n’est tout à fait satisfaisante pour les exégètes quant à sa signification à l’époque d’Isaïe. Mais les premières générations chrétiennes ont vite fait d’en saisir le sens à la lumière de l’avènement du Christ. Benoît XVI écrit : « Ce signe de Dieu chez Isaïe n’est pas offert pour une situation politique déterminée, mais concerne l’humanité et son histoire dans son ensemble[1] ». Et c’est ainsi qu’une Parole de l’an 733 avant Jésus-Christ, dévoile tout son sens et sa richesse avec la venue du Messie. Dieu est venu parmi nous et il a pris chair de la Vierge Marie. 

C’est ce grand mystère qui est annoncé en songe à Joseph, l’époux de Marie. L’Ange du Seigneur lui annonce que « l’enfant qui est engendré en Marie vient de l’Esprit Saint », et qu’il vient sauver son peuple de ses péchés.

L’évangéliste Matthieu nous fait contempler le mystère d’un couple humble et caché qui a pourtant changé le cours de l’histoire. À travers son récit, Dieu nous redit que l’avenir appartient aux pauvres de Dieu, c’est-à-dire à ceux et celles qui se laissent façonner par Lui, qui l’accueillent dans le secret de leur vie, et qui en font leur plus grande richesse, leur plus beau trésor. Dans le premier Testament on les appelait les justes; dans le Nouveau Testament ils ont pour nom les fidèles.

Joseph, l’époux promis à Marie, n’a pas d’âge et il a tous les âges. Aucun indice dans les évangiles ne nous permet de lui en donner un. Quant à Marie, puisqu’elle est promise en mariage, on sait qu’habituellement cet engagement était pris par les parents de la mariée, alors que la jeune fille avait environ quinze ans. Donc, une toute jeune fille que cette Marie de Nazareth, et l’on est encore fragile à quinze ans. 

Joseph est déçu de Marie. Bien qu’engagés l’un à l’autre, ils ne vivent pas encore ensemble et pourtant la voilà enceinte. Comment peut-elle affirmer que l’enfant qu’elle porte vient de Dieu et, de plus, que cet enfant va sauver son peuple? C’est insensé. Mieux vaut la répudier en secret, se dit Joseph, car il est un homme bon, il cherche néanmoins à lui épargner la honte. Mais un songe vient changer le cours de sa vie. Nous connaissons tous cette belle histoire qui se transmet siècle après siècle, de génération en génération dans une foule d’écrits, de poèmes et de chansons.

En voici un exemple. J’entendais ces jours-ci un cantique de Noël traditionnel du XVe siècle, appelé le cantique du cerisier (The Cherry Tree Carol). Voici la belle histoire qui est racontée. Marie et Joseph sont en route pour le recensement à Bethléem. Marie, voyant un cerisier, demande à Joseph d’aller lui chercher des cerises. Joseph, qui n’a pas encore accepté ni compris ce qui se passe en Marie, lui répond en colère : « Pourquoi ne demandes-tu pas au père de ton enfant de te donner des cerises? » Soudain, la voix de l’enfant se fait entendre dans le sein de Marie et commande à l’arbre de donner de ses fruits à sa mère. Le cerisier se penche alors vers elle et lui touche la main pour lui offrir de ses fruits. Et Joseph, conclut le cantique, épousa la Vierge Marie, la Reine de Galilée.

C’est le mystère de Noël qui se joue sous nos yeux chaque année; un mystère enrobé de merveilleux, comme un conte trop beau pour être vrai. Et pourtant… chaque année, nous avons besoin de réentendre la belle histoire de Marie et de Joseph, de nous laisser toucher au cœur à nouveau, tellement cette histoire est incroyable. C’est l’histoire de notre foi, où nous est dévoilé le mystère de l’Église.

En Joseph, nous avons l’image du croyant. Comme lui, chacun et chacune de nous est appelé à accueillir la promesse de Dieu dans sa vie. 

La jeune Marie symbolise l’Église, la jeune fiancée, en qui habite un grand mystère d’amour et à travers lequel Dieu veut se donne sans cesse au monde. 

L’Ange du Seigneur, c’est Dieu lui-même, qui invite le croyant à prendre l’Église chez lui, à l’aimer de tout son coeur, sans nécessairement tout comprendre. « Fais confiance », nous dit l’Ange. « Sois une femme de foi; sois un homme de foi. N’aie pas peur de prendre chez toi cette Église pour laquelle l’enfant de la crèche donnera sa vie. » 

Car voici la Bonne Nouvelle : l’Église est grosse de Dieu! Elle est enceinte de Dieu. Elle le porte en elle et, en même temps, elle le propose sans cesse à travers la Parole de Dieu, à travers les sacrements, sa vie de prière, sa vie missionnaire, son engagement pour les plus pauvres, son souci quotidien pour le monde. Et tout cela ne peut se réaliser qu’à travers vous et moi. L’amour qui sera annoncé et chanté par les anges la nuit de Noël, c’est à nous qu’il est confié, comme il fut confié à Marie et à Joseph.

Au début, Joseph ne comprend ce que vit sa jeune épouse. Comment est-ce possible? Mais il avance dans la foi, car l’Ange l’y invite, et Joseph fait confiance. C’est à cette confiance que nous sommes invités à quelques jours de la fête de Noël. Sommes-nous prêts à faire confiance à Dieu dans nos vies? À tout lui remettre? À jouer notre vie sur lui? N’est-ce pas là la plus belle et la plus grande des aventures où Dieu ne saurait nous décevoir. C’est ce qu’ont fait Joseph et Marie. Ils ont joué leur vie sur une promesse de Dieu.

Comme pour Joseph, la voix de l’Ange nous invite à avancer dans la foi. « N’aie pas peur d’accueillir chez toi ce mystère. » Parce que nous sommes tous appelés à être porteurs de Dieu. Nous portons enfoui au cœur de nos vies la vie même du Fils de Dieu incarné, qui veut se donner au monde à travers nous.

Comme l’écrit saint Paul aux chrétiens de Rome, « nous les fidèles qui sommes, par appel de Dieu, le peuple saint », nous sommes invités à veiller sur le mystère de Noël, comme sur un trésor des plus précieux, comme on veille sur un enfant dans son berceau.

A chaque eucharistie nous proclamons qu’il est grand mystère de la foi !! Et Dieu n’a pas fini de nous étonner, car la naissance de Jésus a inauguré un monde nouveau. Ne l’entendez-vous pas? L’enfant de Bethléem est là, enfoui au plus secret de nos vies. Il est à l’oeuvre en notre monde où des millions et des millions de témoins portent avec nous cette même joie de croire au Christ, cette même joie de croire en la venue du Fils de Dieu, l’Emmanuel, Dieu-parmi-nous! Que ce soit notre joie! 

Yves Bériault, o.p.


[1] Ratzinger, Joseph (Benoît XVI). L’enfance de Jésus, Flammarion, 2012, p. 76. 189 p.

 

Dieu et nos déserts intérieurs

Comme le soulignait le pape François dans l’une de ses catéchèses sur le temps de l’Avent : « Noël est une fête de la foi et de l’espérance, qui surpasse l’incertitude et le pessimisme. » Et la liturgie de la Parole de ce jour nous présente deux épisodes des livres saints où des femmes stériles reçoivent le don de porter la vie, la mère de Samson et la mère de Jean-Baptiste.

Les femmes stériles occupent une dernière place dans la société d’Israël, puisqu’elles ne peuvent engendrer. Pourtant, la Bible nous montre que Dieu agit de manière extraordinaire chez certaines de ces femmes afin de nous montrer qu’il a ce pouvoir de faire refleurir nos déserts, de susciter la vie là où nous ne l’attendions plus. Comme si Dieu voulait ainsi nous faire comprendre que ses voies ne sont pas les nôtres et qu’il y a urgence à convertir nos manières de voir où trop souvent le péché nous enferme dans la domination ou l’exclusion de l’autre. 

Rien n’est impossible à Dieu. Il est le maître de l’histoire et cette vérité s’affirme de façon éclatante quand d’une vierge naît le messie. Tout en faisant appel à la collaboration de notre humanité à son œuvre de salut, Dieu en choisissant une vierge pour porter son Fils, vient déjouer toute logique humaine et nous rappelle ainsi notre impuissance à nous donner nous-mêmes le salut. C’est un don qui vient de Dieu et qui est pour tous sans exception. Aucun désert intérieur n’est condamné à demeurer inchangé. Notre Dieu est le Dieu de l’impossible, il est le Maître de la vie.

Et Jésus est venu affirmer cette paternité de Dieu, le créateur de toutes choses. C’est au nom de cette paternité qu’il revendique le droit d’agir en faveur des petits, des pauvres et des pécheurs. Il est le porteur de la passion de Dieu pour notre humanité, de cet amour fou de Dieu qui ne ménage aucun moyen pour nous sauver et qui est capable de transformer nos vies.

Yves Bériault, o.p.

La joie chrétienne

Le temps de Noël nous sollicite de bien des manières, comme aucune autre période de l’année. Noël a marqué l’imaginaire des peuples, partout où le christianisme est passé, même là où la foi au Christ ne semble être qu’un vague souvenir. Les gens aiment se mettre le coeur en fête en ce temps de l’année, comme si un appel lointain retentissait même dans les coeurs les plus endurcis, comme si le temps de Noël nous appelait à nous ouvrir à un don venant du ciel.

Le temps de Noël évoque à la fois une ambiance festive et joyeuse, où l’on se surprend à vouloir décorer nos villes et nos villages. Cette joie des fêtes semble indissociable d’une fête de la lumière, comme si au coeur de nos nuits, l’on attendait la venue de quelqu’un, de quelque chose d’extrêmement précieux.

Le temps de Noël évoque aussi un sentiment assez unanime d’entraide à l’endroit des plus démunis. Comme si la joie et la charité se donnaient rendez-vous à l’occasion de la naissance du sauveur. Il ne faut pas avoir peur de ce mot charité, qui vient du mot latin caritas qui désigne ce qui est « cher », ce qui coûte. La charité c’est l’amour parfait qui vient de Dieu et que nous sommes appelés à imiter, à faire preuve d’un amour qui coûte. Et cela nous le constatons autour de nous, en  tout temps de l’année, mais le temps de Noël semble susciter encore plus cet élan du coeur qui se veut sensible au prochain.

Pour nous chrétiens-nes, que joie et charité se conjuguent n’est pas quelque chose de surprenant. Bien sûr, l’on pourrait reprendre la parole de Jésus qui dit qu’il y a beaucoup plus de joie à donner qu’à recevoir. Mais la joie chrétienne qui est intimement liée à la fête de Noël nous entraîne infiniment plus loin.

Par ailleurs, il est difficile de parler de joie à ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme, et pourtant voilà ce que nous apporte l’Emmanuel. Nous sommes invités à entrer dans sa joie. Jésus est venu parmi nous afin que l’amour de Dieu habite en nous. N’a-t-il pas dit : « Père, je leur ai révélé ton nom… afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux. » Jésus nous engage sur le sentier de la joie évangélique en mettant l’amour de Dieu au coeur de nos vies par le don de l’Esprit Saint. Et cette joie qui nous fait demeurer dans l’amour de Dieu commence dès ici-bas.

Rappelons-nous ces promesses de Jésus :

Heureux les coeurs purs
Heureux les affamés de justice
Heureux les humbles

« Soyez dans la joie et l’allégresse, réjouissez-vous! » Et la Vierge Marie répond à manière à la bonne nouvelle de l’Ange en s’écriant : « J’exulte de joie en Dieu mon Sauveur! »

Oui, la joie est au rendez-vous dans l’Évangile. Elle frappe à la porte de nos souffrances physiques, morales et spirituelles et elle nous invite au rendez-vous de Dieu : c.-à-d. accueillir  le Christ dans nos vies. Il n’y a pas plus grande joie que l’amour de Dieu. Cette joie transforme toute vie qui l’accueille. Cette joie c’est la foi en Dieu qui nous fait goûter à l’amour du Père pour nous, qui vient nous redire combien notre vie est précieuse, combien elle a du sens, qu’elle a du prix à ses yeux et qu’elle est appelée à vivre avec lui pour toujours.

Comment cacher cette joie alors que Noël approche? Il faut nous la redire, la chanter, la célébrer, la proclamer et surtout la rendre active, la transmettre à tous ceux et celles qui souffrent, qui sont accablées parce qu’ils ne trouvent aucun sens à la vie, parce que le silence de Dieu leur pèse. Cette joie qui nous habite doit se faire charité, entraide et témoignage de cette réalité beaucoup plus grande que nous qui nous habite.

J’aimerais terminer par un poème et l’adresser à chacun et chacune de vous personnellement. Ce sera là mon souhait pour vous à l’approche de la fête de Noël :

I1 y a la joie qui vient du dedans et il y a celle qui vient du dehors.
Je voudrais que les deux soient tiennes,
Qu’elles remplissent les heures de ton jour, et les jours de ta vie;
Car lorsque les deux se rencontrent et s’unissent, il y a un tel chant d’allégresse que ni le chant de l’alouette ni celui du rossignol ne peuvent s’y comparer.
Mais si une seule devait t’appartenir,
Si pour toi je devais choisir,
Je choisirais la joie qui vient du dedans.

Parce que la joie qui vient du dehors est comme le soleil qui se lève le matin et qui, le soir, se couche. Comme l’arc-en-ciel qui paraît et disparaît;
Comme la chaleur de l’été qui vient et se retire;
Comme le vent qui souffle et passe;
Comme le feu qui brûle puis s’éteint…
Trop éphémère, trop fugitive…

J’aime les joies du dehors. Je n’en renie aucune. Toutes, elles sont venues dans ma vie quand il fallait…
Mais j’ai besoin de quelque chose qui dure; De quelque chose qui n’a pas de fin; Qui ne peut pas finir.
Et la joie qui vient du dedans ne peut finir.

Elle est comme une rivière tranquille, toujours la même; toujours présente.
Elle est comme le rocher,
Comme le ciel et la terre qui ne peuvent ni changer ni passer. Je la trouve aux heures de silence, aux heures d’abandon.

Son chant m’arrive au travers de ma tristesse et de ma fatigue; Elle ne m’a jamais quitté.
C’est Dieu; c’est le chant de Dieu en moi,
Cette force tranquille qui dirige les mondes et qui conduit Les hommes; et qui n’a pas de fin, qui ne peut pas finir.

II y a la joie qui vient du dedans et il y a celle qui vient du dehors.
Je voudrais que les deux soient tiennes.
Qu’elles remplissent les heures de ton jour et les jours de ta vie…
Mais si une seule devait t’appartenir
Si pour toi je devais choisir,
Je choisirais la joie qui vient du dedans.

Pourquoi le réquisitoire du pape François contre le capitalisme agace les libéraux

Parce qu’en dénonçant la perversité de la finance mondiale, «la loi du plus fort» au nom de la compétitivité, il bouscule la «doctrine sociale» de l’Eglise vieille de plus d’un siècle. 

Dans un document appelé «exhortation apostolique», qu’il a rendu public le 26 novembre à Rome sous le titre «La joie d’évangéliser» [PDF], le pape François se livre à une féroce dénonciation du capitalisme et du libéralisme économique.

Preuve d’un changement de priorité dans l’Eglise, il ne consacre que quelques lignes au mariage homosexuel, alors qu’il trace, en quelques pages serrées et bien senties, un bilan implacable de la situation économique mondiale.

Suite de l’article par Henri Tinck sur Slate.fr

Homélie pour le 2e dimanche de l’Avent. Année A

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 3,1-12. 

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée :
« Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »
Jean est celui que désignait la parole transmise par le prophète Isaïe : A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.
Jean portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.
Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui,
et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés.
Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?
Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion,
et n’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.
Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
Moi, je vous baptise dans l’eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu ;
il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. »

Commentaire

Je voudrais tout d’abord faire mémoire de Nelson Mandela, cet homme courageux et hors du commun, qui après 27 années d’emprisonnement, a su conduire son peuple, noirs et blancs, dans une dynamique de réconciliation sans précédent pour l’Afrique du Sud et pour le monde. Il est décédé le 5 décembre dernier et la nouvelle de sa mort, tel un arbre géant qui s’abat, s’est répercutée aux quatre coins du globe.

Dans un message au président sud-africain Jacob Zuma, le pape François lui-même écrit : « Je salue l’engagement tenace montré par Nelson Mandela pour promouvoir la dignité humaine de tous les citoyens de la nation et forger une nouvelle Afrique du Sud basée sur les fermes fondations de la non-violence, de la réconciliation et de la vérité. »

Nelson Mandela était un homme de convictions qui a su gagner l’estime de tous. Il aurait affirmé ce qui suit lors d’un discours :

« Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur. Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toutes limites. Et pourquoi pas, vous êtes un enfant de Dieu. […] Nous sommes tous appelés à briller, comme le font les enfants. Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous.[1] »

« Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous. » Cette vérité vaut pour toutes les époques, et pour tous les continents, puisque nous sommes tous créés à l’image de Dieu. Notre vocation d’hommes et de femmes relève vraiment de « l’extra-ordinaire », et il peut arriver que nous ayons peur de nous réaliser pleinement, que nous doutions de nous-mêmes, enfouissant ce trésor qui est le nôtre et, par le fait même, nous détournant ainsi de Dieu, du prochain et de nous-mêmes. D’où l’appel que nous fait entendre le prophète Jean-Baptiste : « Convertissez-vous, préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. »

Ces consignes évangéliques ne sont pas nouvelles pour nous. Chaque année elles sont proclamées afin de nous rappeler les exigences de la suite du Christ, de peur que nous nous arrêtions en chemin, que nous oublions quelle espérance doit être la nôtre dans notre vie de foi, car notre foi est une foi qui espère, en dépit des obstacles qui parfois peuvent sembler insurmontables ! Il faut donc éviter de s’arrêter en chemin, et persévérer avec courage afin de posséder cette espérance, à laquelle nous invite saint Paul dans sa lettre aux Romains aujourd’hui.

En ce 2e dimanche de l’Avent, nous écoutons aussi le prophète Isaïe qui est un témoin privilégié de cette espérance. Dimanche dernier, il annonçait que lors de la venue du Messie, les lances seraient transformées en faucilles, et les épées en socs de charrue, c.-à-d. en instruments de paix et de progrès. En ce dimanche, il annonce la venue d’un roi pacifique sur lequel va reposer l’esprit du Seigneur, et qui va inaugurer un règne de paix où « le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble… et le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra. »

Ce Messie, c’est Jésus Christ. Il a planté sa tente sur cette terre. Mais un observateur extérieur à l’Église pourrait nous dire qu’on l’attend toujours ce règne de paix, en dépit des victoires trop peu nombreuses, dont nous sommes parfois les témoins. Le monde a-t-il vraiment changé depuis cette nuit de Bethléem? Est-ce que la venue du Christ a véritablement transformé le cours de l’histoire? Et nous répondons : Oui, nous le croyons! Nous ne savons pas comment aurait évolué notre monde sans cette présence du christianisme, mais nous savons que la suite du Christ a transformé radicalement la vie d’une multitude d’hommes et de femmes au cours des siècles. Au nom de leur amour de Dieu et du prochain, ils ont pris sur eux-mêmes de transformer cette terre, d’inaugurer des relations de paix, de justice et de miséricorde, partout où ils vivaient, et ce parfois, jusqu’au don de leur vie.

On pourrait nommer ici les grandes figures de l’Église, ces saints et ces saintes qui nous sont si chers. Mais je veux nommer surtout tous ces fidèles anonymes qui se consacrent jours et nuits au service des plus pauvres, qui luttent pour la justice et la dignité humaine. Je pense à toutes ces mères et ces pères de famille qui aiment leurs enfants, qui leurs transmettent les valeurs de l’évangile, qui leur apprennent la grandeur du don de soi et du partage, de l’importance d’être bon, d’être juste, et qui éveillent leurs enfants à la présence de Dieu dans leur vie. Je pense à tous ces couples qui se soutiennent, jusque dans la vieillesse, jusque dans la maladie, fidèles à leur amour. Je pense à tous ces consacrés, à tous ces prêtres, à tous ces religieux et religieuses de par le monde, qui ont voué leur vie au Christ, qui persévèrent et qui souvent oeuvrent dans les marges des sociétés, auprès des exclus et des laissés pour compte, qui se consacrent sans relâche au service de l’Évangile.

Ces disciples du Christ n’ont pas tous la notoriété d’un Nelson Mandela, mais fondamentalement, c’est une même conviction qui les anime : que nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous. De telles personnes, je peux vous affirmer que j’en rencontre toutes les semaines. Regardez bien autour de vous. Ils sont parmi vos voisins, dans vos familles, ils sont ici dans notre communauté, dans toutes les Églises de par le vaste monde jusqu’en Afrique du Sud.

Des germes de paix et de justice sont nés dans le sillage de ces millions de témoins à travers les siècles. Ils ont cru à la venue du Fils de Dieu en notre monde, ils ont accueilli son Esprit Saint et, par leur vie engagée, ils ont préparé la route au Seigneur, comme nous y invite l’Évangile. Ils n’ont pas eu peur des jours sombres et des lendemains qui déchantent, car ils savaient qu’ils n’étaient pas seuls et que Jésus est le grand vainqueur.

C’est à cette espérance que le temps de l’Avent nous invite, en nous faisant entendre la voix du Baptiste : « Convertissez-vous! » Conformez votre vie à cette espérance qui est en vous, qui seule est capable de soulever le monde, qui a pour nom Jésus Christ, et qui ne cesse de toucher et transformer les cœurs qui acceptent son règne de paix et de justice!

Toutefois, il nous faut être bien conscients que Dieu ne nous propose pas une espérance à la petite semaine, une espérance facile et béate où l’on pourrait rester les bras croisés. Elle est profonde comme la mer cette espérance, et nous croyons que Dieu nous y accompagne, en dépit des vents contraires ou même des échecs, parce qu’Il est fidèle Celui qui nous a appelés. C’est Lui qui nous rend capables de nous engager, de ne pas nous décourager, de pardonner, de changer nos cœurs, et de recommencer quand tout s’écroule. Mais pour cela, il nous faut sans cesse aplanir le chemin qui mène jusqu’à notre cœur, afin d’y accueillir le Roi pacifique, le Prince de la paix.

Frères et soeurs, c’est cette espérance têtue et obstinée que nous demandons au Seigneur de l’Univers. Nous lui demandons de la renouveler en nous en ce temps de l’Avent, afin qu’il nous trouve fidèles et en tenues de service quand Il viendra, car nous le croyons, nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous. Amen.

Yves Bériault, o.p.


[1] « Notre plus grande peur » – Citation de Marianne Williamson, citée par Nelson Mandela lors d’un discours. Il possible que cette citation n’ait jamais été employée par Nelson Mandela. Les sources à ce sujet son contradictoires, mais il est certain que cette citation n’a pas été utilisée par Nelson Mandela lors de son discours inaugural en 1994.

C’était le 6 décembre à l’École Polytechnique

bildeLe 6 décembre 1989, j’étais sur le campus de l’Université de Montréal quand a eu lieu la tuerie de l’école polytechnique. Quatorze étudiantes furent sauvagement assassinées. Je me souviens du deuil qui est alors tombé sur la ville de Montréal, comme une chape de plomb. Je revois cette marche de nuit vers l’Oratoire Saint-Joseph, les cierges, les pleurs… C’est moi qui présidais l’eucharistie de la communauté universitaire le dimanche suivant. Que dire à tous ces jeunes? Plusieurs me demandaient : « Où est Dieu dans tout cela? » Ce que j’ai dit alors demeure tout aussi vrai pour moi aujourd’hui :

« Ces jours-ci, notre espérance se tient comme au-dessus d’un abîme. L’horreur quotidienne qui défile sur le petit écran tout à coup nous rejoint. Nous nous pensions à l’abri et nous en somme victimes à notre tour, victimes du mal. Bien sûr, nous voulons comprendre, mais qu’y a-t-il à comprendre, sinon que la vie semble mise en échec. Et pour nous s’élève ici une question fondamentale, une question aussi fondamentale que le sens de la vie elle-même: « Où est Dieu dans tout cela? » Comme le dit un psaume : « Ça ne te fait donc rien de voir mourir tes enfants? »

Nous pouvons comprendre que la douleur puisse éveiller de telles questions chez plusieurs personnes. Mais la vision d’un Dieu indifférent et insensible est incompatible avec notre foi. Nous sommes créés à son image, Lui source de tout amour. Et la douleur qui nous habite ne peut provenir que de sa douleur de Père, de Mère.

Je n’ai pas honte de mon Dieu, même si je ne comprends pas tous les enjeux du mystère du mal. J’ai confiance en Lui. Et si l’on nous demande: « Où est-il ton Dieu? Quel est son visage?» La seule image que nous puissions offrir de Lui est celle d’un homme crucifié, exécuté, assassiné.

Notre Dieu ne cherche pas à se justifier. Il nous invite tout simplement à le regarder sur la croix. »