Homélie pour le dimanche de la Croix glorieuse

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 3,13-17.
Nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme.
De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé,
afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle.
Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Marc Chagall. Jésus en croix

COMMENTAIRE

« Celui qui croit n’est jamais seul » affirmait Benoît XVI dans une homélie. La fête de la Croix Glorieuse vient nous rappeler que Jésus-Christ, en montant sur la croix, a pris à bras-le-corps la solitude dans laquelle nous plongent le péché et la mort, afin que nous ne soyons plus jamais seuls dans notre combat avec le mal. Comme l’affirme saint Paul dans sa lettre aux Philippiens : « Dieu l’a élevé au-dessus de tout nom » ce Jésus, à cause de sa victoire sur la mort. C’est pourquoi sa croix est glorieuse. Elle est devenue notre étendard, le signe par lequel se reconnaissent les disciples du Christ.

Malgré toute l’horreur qu’elle évoque, la croix est source de vie pour les croyants, car en elle c’est la mort qui est crucifiée, qui est mise à mort. C’est elle qui est vaincue et non Jésus. « Ô mort, où donc est ta victoire », s’écrie saint Paul en contemplant la croix du Christ. Il ne voit plus que Jésus dans son offrande, dans son amour qui va jusqu’au bout de lui-même, et qui le fait s’exclamer : « notre fierté c’est la Croix du Christ! »

Jésus l’a acceptée courageusement, sans qu’on puisse dire de lui qu’il l’ait recherchée. Son oui est un oui à l’exigence de l’Amour dont il ne saurait s’esquiver. Il sait que ce don de lui-même ne peut que nous apporter la vie. Jésus est venu pour cette heure-là, et c’est sur la croix qu’il va affronter le Mal jusque dans ses derniers retranchements. C’est le grand mystère de la foi chrétienne, « scandale pour les Juifs, folie pour les païens ».

Il est important de se rappeler, par ailleurs, que c’est nous qui avons cloué Jésus sur cette croix, cette humanité dont nous sommes solidaires dans le péché. Et pourtant, Dieu dans son amour de Père, en a fait le lieu de notre réconciliation, de notre guérison. C’est sur ce bois rugueux de la croix que l’amour de l’Homme-Dieu s’est livré jusqu’au bout, au point de saisir dans son offrande toute l’humanité, toutes les générations à venir, de toutes races, langues, peuples et nations.

Tout comme pour nous aujourd’hui, le côté rebutant de la croix n’allait pas de soi pour les premières générations chrétiennes, car vous en conviendrez avec moi,  la prédication d’un messie crucifié n’était pas de nature à séduire les foules. Ces premiers témoins rapportaient ce qui aurait dû empêcher la naissance et l’expansion du christianisme. Mais ils se devaient de témoigner de la foi ardente qu’ils avaient en Jésus ressuscité, puisqu’il s’était manifesté à eux après sa résurrection.

À la suite de ces premiers témoins, nous aussi nous proclamons un Messie crucifié. Paradoxalement, la croix est notre honte, parce que cette croix est l’expression même de notre péché, de nos violences, mais elle est avant tout notre fierté, puisqu’elle est le lieu de notre relèvement, le lieu de tous les pardons, de toutes les guérisons.

C’est pourquoi l’Église en cette fête nous invite à nous rappeler combien il est important de contempler Jésus en croix. On peut avoir passé toute sa vie à prier le Seigneur sans vraiment l’avoir regardé sur sa croix; je veux dire sans l’avoir contemplé de ce regard qui va jusqu’au fond de sa blessure, de son amour pour nous.

La contemplation de la croix nous donne de comprendre combien nous sommes présents dans la prière de Jésus. Nous sommes crucifiés avec lui, aimés de lui, offerts par lui comme son bien le plus précieux : « Père, ceux que tu m’as donnés je te les offre, et je m’offre avec eux, pour eux. »

La croix est véritablement le lieu par excellence de notre adoption par le Père, puisqu’elle fait de nous des frères et des soeurs de Jésus. C’est sur la croix qu’il nous saisit dans son mystère d’amour, pour ne plus faire qu’un avec nous. Il est là à cause de nous, mais il est là surtout pour nous. Il prend sur lui nos péchés, nos détresses, et il s’associe pour l’éternité à notre pauvre humanité blessée, afin de la racheter et de la relever. Sa vie de ressuscité devient notre vie.

Frères et soeurs, comme elle est belle cette croix quand c’est Jésus qui la recouvre de sa présence. C’est la vie même qui est clouée au coeur de la mort et notre humanité peut enfin refleurir. Elle n’est plus orpheline, elle n’est plus seule dans son combat, car elle peut désormais appeler Dieu « notre Père ». Voilà la beauté et le mystère de l’Église, Corps du Christ, à jamais crucifié avec lui dans l’offrande de sa vie pour le monde.

Seigneur, donne-nous de toujours savoir contempler ta Croix glorieuse. C’est la grâce que nous te demandons Ô notre Seigneur crucifié. Amen.

fr. Yves Bériault, o.p.

La position des Mgr Rouet au sujet des divorcés remariés en Église.

Sur certaines questions de morale, l’Église ne doit-elle pas aussi d’urgence bouger ? Le sort réservé aux divorcés, notamment « remariés », est-il tenable ?

C’est une question qui est cause de douleurs infinies. Commençons par relire l’Écriture : il y a cette phrase de Jésus relatée au chapitre 19 de l’évangile selon Matthieu : « Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer. » La position actuelle de l’Église repose en grande partie sur ce texte. Or, la question posée par les Pharisiens à Jésus concerne la répudiation. Et il se prononce clairement contre la répudiation, acte qui consiste à rejeter son conjoint comme une chose pour en choisir un autre. Peut-on totalement assimiler répudiation et divorce ?

On utilise ce mot de « divorcé » à la fois pour désigner celui ou celle qui s’en va pour un ou une autre et pour désigner celle ou celui qui se trouve abandonné, rejeté. Bien sûr, il y a des cas où les torts sont partagés, mais le plus souvent pas à égalité ! Enfermer toutes les situations dans ce seul mot de « divorcé » ne semble pas juste. La faute n’est pas la même pour celui ou celle qui s’en va et qui laisse l’autre désemparé avec deux ou trois enfants à élever…

On ne peut pas aborder ces questions difficiles sans avoir un authentique souci pastoral, parce qu’on ne peut pas, d’un côté, affirmer que les sacrements font la vie chrétienne et, de l’autre, continuer à demander aux hommes et aux femmes blessés dans leur amour de vivre leur foi sans sacrement ! Comment un homme ou une femme peut-il être ainsi laissé au cœur d’un péché sans pardon possible ? Il me semble urgent de se poser la question, sans brader le sacrement de mariage, sans faire l’impasse sur la nécessaire reconnaissance de ses torts, sans oublier le respect dû au premier conjoint.

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(Source : Bertrand Révillion. Conversations spirituelles. Tome 2. Médiaspaul, 2014, p. 98)

Homélie pour le 23e dimanche du temps ordinaire. Année A

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 18,15-20.

Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère.
S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins.
S’il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain.
Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
Encore une fois, je vous le dis : si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux.
Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »

COMMENTAIRE

Les trois lectures de ce dimanche ont comme préoccupation commune la vie fraternelle, la vie ensemble avec nos proches, avec nos amis, avec nos voisins. Les conflits ont souvent comme point de départ les blessures en manque de guérison, les refus de pardon, les injustices commises. Alors la rancoeur et la haine s’emparent progressivement des coeurs. Il suffit de constater combien la paix est fragile dans le monde et autour de nous pour nous en convaincre.

La Parole de Dieu en ce dimanche nous invite à examiner sérieusement nos relations les uns avec les autres. Elle vient nous rappeler combien le dialogue est un premier pas vers la réconciliation et la paix. Elle vient nous redire combien le prochain, et nous sommes tous et toutes le prochain d’un autre, combien le prochain, le frère ou la soeur, a du prix aux yeux de Dieu, et combien il devrait en avoir pour nous aussi. Jésus nous rappelle dans l’évangile d’aujourd’hui que nous ne pouvons pas laisser le prochain se perdre sans dire un mot, le laisser se noyer dans sa misère en gardant les bras croisés.

Vous connaissez sans doute la loi de l’assistance aux personnes en danger. Dans beaucoup de nos sociétés contemporaines, c’est un crime que de ne pas porter secours à une personne en danger, sous prétexte que nous ne la connaissons pas ou que ça ne nous regarde pas. Que dire alors de l’invitation que nous fait Jésus dans l’évangile de veiller les uns sur les autres, de nous entraider, de nous pardonner mutuellement? Cette prescription évangélique s’applique non seulement au cadre de nos communautés chrétiennes, mais elle s’étend aussi à nos familles, à nos amis, à nos milieux de travail. Jésus nous enseigne que nous avons la responsabilité les uns des autres, d’autant plus s’il s’agit des plus petits et des plus faibles.

A la question de Caïn au livre de la Genèse, après qu’il eût assassiné Abel : « Suis-je le gardien de mon frère? » (Gn 4, 9), Jésus répond sans hésiter : « Bien sûr, puisque je te l’ai confié ; comment pourrais-tu prétendre m’aimer, sans porter le souci de ceux que j’aime ? » (Thabut)

Par notre foi en Jésus Christ, nous sommes introduits dans une expérience de Dieu qui est celle-là même que Jésus avait du Père. C’est là une des originalités du christianisme et sa richesse insurpassable. Notre foi nous configure au Christ.

Mais notre foi en Jésus-Christ implique aussi un nouveau rapport à l’autre. Cet autre devient un prochain, un tout proche de moi dont j’ai la garde.

Car le prochain est non seulement un chemin vers Dieu, mais il est le seul chemin. Aller au ciel, ce n’est pas un voyage en solitaire, loin des routes humaines; c’est plutôt un voyage de groupe, un voyage organisé, où nul ne doit être laissé derrière. C’est pourquoi le prochain nous est confié; c’est pourquoi il nous faut demander au Seigneur le courage de nous interpeller mutuellement quand c’est nécessaire, le courage de pardonner ou de demander pardon, sans jamais oublier qu’avant de corriger une personne, il faut tout d’abord l’aimer. Inutile de la corriger s’il n’y a pas l’amour. D’où l’importance de porter cette personne dans la prière.

Il est bon aussi de nous rappeler que les personnes qui semblent se perdre, comme celles dont parle Jésus dans l’évangile, attendent parfois sans le savoir, que quelqu’un enfin se lève, se manifeste auprès d’eux, leur signifiant ainsi qu’elles ne sont pas seules, laissées à la dérive dans l’indifférence générale. Mais ce sont là des pas qui coûtent bien évidemment et qu’il faut confier au Seigneur afin de trouver les bons mots, la manière d’aborder l’autre, le courage et souvent la patience de bien faire les choses. 

Vivre l’évangile est coûteux, inutile de nous le cacher. L’évangile, j’oserais dire, n’est pas fait pour les mauviettes! C’est une voie exigeante dans laquelle Jésus nous entraîne. Mais on peut compter sur lui pour nous donner son courage et surtout nous donner son amour, puisqu’il nous appelle à servir comme lui et avec lui.

En terminant, voici une histoire qui pourrait nous aider à mieux comprendre l’actualité de cet évangile. Il s’agit d’un court récit composé par l’écrivain Ernest Hemingway. 

Dans cette histoire, un père Espagnol fait mettre une annonce dans le journal local en espérant que son fils, qui a fui la maison paternelle après un méfait, puisse entendre son appel. Il fait mettre son texte en gros caractères sur une pleine page du journal. On peut y lire ce qui suit : « Cher Paco. Je t’en prie. Viens me rencontrer demain à midi devant les bureaux du journal. Tout est pardonné. Ton papa qui t’aime. » Le lendemain, le père se présente à l’endroit convenu espérant y voir son fils, mais il y a là une foule rassemblée devant les bureaux du journal.  Ils sont près de huit cents jeunes hommes, qui s’appellent tous Paco, et ils sont là dans l’espoir de voir leur père dont ils ont entendu l’appel.

Qui sait. À travers nos mains tendues, notre écoute attentive, nos conseils empreints de tendresse, si nous ne permettrons pas à un Paco de retrouver le chemin de la maison et sa dignité d’enfant de Dieu, et ainsi nous affirmer comme de véritables disciples de Jésus. Amen.

Yves Bériault, o.p.

 

Homélie pour le 22e dimanche du temps ordinaire. Année A

SAVOIR PORTER SA CROIX

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 16, 21-27)

Pierre avait dit à Jésus : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. »
À partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. »
Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il le paye de sa vie ? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »

COMMENTAIRE

À partir du moment où l’Apôtre Pierre semble avoir saisi mystérieusement, sans vraiment comprendre, qu’elle est la vraie nature de Jésus, il est incapable d’accueillir ce qu’implique la mission de ce dernier, et jusqu’où va le don que Jésus veut faire de lui-même. À travers cette annonce de sa passion et de sa mort, non seulement Jésus suscite l’indignation de Pierre, mais il invite ses disciples à porter leur croix eux aussi.

Nous connaissons bien cette expression « porter sa croix ». Elle dépasse largement le cercle des chrétiens. La croix elle-même est sans contredit le symbole le plus connu au monde. On la porte comme un bijou, on la retrouve encore en bordure de nos routes ou devant nos maisons. La croix est omniprésente sur tous les bâtiments religieux et dans nos églises. On la retrouve encore sur plusieurs montagnes du Québec. C’est avec ce signe que nous catholiques nous nous marquons ou sommes marqués quand nous entrons en célébration ou lorsque nous recevons la plupart des sacrements.

La croix est un signe puissant et terrible à la fois avec lequel tous ne sont pas à l’aise. La preuve en est que même l’Église a mis du temps à adopter la croix comme signe visible de son attachement au Christ. Le premier symbole du Christ qui apparaît chez les chrétiens n’a pas été la croix, mais le poisson au IIe siècle. Voilà un symbole discret et peu compromettant. Pourquoi le poisson? C’est qu’en grec « poisson » s’écrit : IXΘYΣ, ou ichthus, et chacune des lettres grecques de ce mot forme un acronyme ou un sigle où les initiés peuvent y lire : « Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur ». On retrouve aussi à la même époque, dans les catacombes, des fresques représentant la Dernière Cène.

Plus tard au troisième siècle, sur les premières tombes sculptées, Jésus est représenté sous les traits du bon berger, mais la croix est toujours absente. Ce n’est qu’au quatrième siècle, que les chrétiens commenceront à utiliser le symbole de la croix. Le plus vieil exemplaire se retrouvant sur la porte de la basilique Sainte-Sabine à notre couvent dominicain de Rome. Un fait s’impose donc à nous : ce n’est que très lentement dans l’histoire de l’Église que la croix apparaît comme signe des chrétiens et des chrétiennes.

Pourtant les évangiles ne sont pas aussi discrets au sujet de la croix. Elle est au coeur même de la bonne nouvelle du Christ, en dépit du scandale qu’elle évoque, et elle demeure pour nous chrétiens et chrétiennes une image de référence lorsque nous évoquons nos souffrances et nos épreuves. Je suis certain que si je demandais de lever la main à tous ceux et celles ici qui ont déjà eu à porter une croix, ou qui en portent une, tous et toutes lèveraient la main, sans exception. Alors, comment comprendre l’invitation de Jésus à prendre courageusement notre croix en ce dimanche?

C’est Stéphane Laporte, chroniqueur au journal La Presse, qui écrivait ce qui suit au sujet de la croix dans l’une de ses chroniques : « J’ai vu mon père rendre l’âme dans un lit de l’Hôtel-Dieu et il avait l’air du gars sur la croix. On a tous l’air du gars sur la croix, aux derniers moments. Le crucifix, pour moi, c’est la condition humaine… Ça replace les valeurs. C’est comme l’homme qui apprend de son médecin qu’il ne lui en reste plus pour longtemps: ses priorités changent. Le crucifix a cet effet-là, sur moi. Ça me ramène à l’essentiel. »

Ce témoignage est touchant, bien sûr, mais il ne fait qu’effleurer le sujet, à savoir quel est cet essentiel et pourquoi la croix? Il faut donc revenir au texte de notre évangile si nous voulons comprendre. Car l’invitation que nous fait Jésus aujourd’hui n’est pas simplement de porter courageusement la croix de nos épreuves. Même des incroyants font de même. Jésus nous invite à porter cette croix avec lui et à marcher dans la confiance avec lui. Jésus le dit bien : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » Nous sommes ici dans la suite du Christ et porter sa croix comme lui c’est accepter notre vocation d’hommes et de femmes aimés de Dieu, en dépit des obstacles et des souffrances.

Jésus nous rappelle que nous ne sommes pas seuls quand nous portons nos croix, que nous sommes invités à marcher avec lui. Il y a ici l’expression d’une volonté ferme d’affronter l’épreuve, sans se laisser emporter par elle, en mettant nos pas dans ceux du Christ, lui qui a marché courageusement vers son destin pour nous sauver, car nous croyons qu’il est le pilote d’expérience sur les grands fleuves de la vie et que lui seul peut nous mener à bon port.

Porter sa croix avec le Christ, c’est entrer dans un long compagnonnage avec lui tout au long de notre vie, c’est aller à son école, c’est apprendre à prier avec lui, à tenir bon avec lui, à veiller avec lui quand nous sommes confrontés à nos propres Gethsémani.

Porter sa croix avec le Christ, c’est lui demander de nous guider et de nous soutenir à travers nos épreuves, afin que l’obscurité ne l’emporte pas sur la lumière. Et quand nous marchons avec le Christ dans la confiance, portant courageusement nos croix, Dieu peut alors vraiment être Dieu dans nos vies et réaliser peu à peu en nous toutes ses promesses. La lumière du matin de Pâques peut alors illuminer nos ténèbres, en dépit des épreuves.

Voilà ce que Jésus nous propose lorsqu’il nous invite à porter nos croix avec lui. Notre suite du Christ nous permet d’avancer dans la vie avec confiance et d’être vainqueurs avec lui, car sa croix est avant tout une croix glorieuse. Elle est le symbole de notre victoire ultime sur la mort. Et c’est cela l’essentiel auquel la croix nous renvoie.

En terminant, j’aimerais vous lire un message que j’ai reçu d’un couple d’amis il y a quelques jours à peine et qui illustre bien, il me semble, cette suite du Christ où nous portons nos croix. Agnès, jeune maman de trois enfants, écrit ce qui suit :

Chers ami(e)s,

Nous venons vous demander votre soutien dans la prière, car nous venons d’apprendre que notre petit Cyrille est atteint d’une anomalie génétique rare, qui peut expliquer les retards de développement qu’il présente actuellement. Nous nous préparons à devoir faire subir toute une panoplie d’examens médicaux à notre « Petit Lou ». Sa joie de vivre et notre foi en Dieu nous aident, dans le moment, à affronter cette épreuve, mais nous passons par toutes les émotions, d’autant plus que nous faisons face à beaucoup d’inconnu… Nous vivons la phrase de l’Évangile : « À chaque jour suffit sa peine. » Et nous remplissons nos coeurs de parents des sourires et de l’amour redonné par Cyrille et ses grands frères. Malgré cela, sachez que nous vous portons dans nos prières, particulièrement ceux et celles qui vivent également des choses difficiles.

Voilà un couple bien courageux. Prions pour leur famille et pour le petit Cyrille.

Yves Bériault, o.p.

 

Retour de voyage – Sur les pas d’Etty Hillesum (8 – Fin)

Place du marché - Deventer

Place du marché – Deventer

À Deventer c’est le jour du marché, une coutume très européenne, et la place centrale de la ville est inondée des comptoirs des marchands ambulants, alors qu’une foule nombreuse se faufile parmi toutes les denrées offertes. Y passe même une procession funéraire, précédée par une femme habillée de noire et qui bat lentement une grosse caisse. Les gens se recueillent un peu alors que passe le cercueil et l’animation reprend tout de suite après. La vie poursuit son cours. Il fait un temps splendide, les terrasses sont bondées. Je suis impressionné par la beauté de cette ville, qui semble préservée des touristes et qui a un caractère très médiéval dans sa vieille partie.

Etty Hillesum Centrum

Etty Hillesum Centrum

Le but de notre visite est le « Etty Hillesum Centrum » consacré à la paix. Beaucoup de lycéens viennent visiter ce centre afin d’échanger sur ce que cela signifie vivre dans une société pluraliste. On y traite de thèmes tels que la paix, le dialogue interreligieux, du racisme, etc. Deux responsables nous attendaient, car nous avions pris contact avec eux préalablement.

Etty Hillesum Centrum

Etty Hillesum Centrum

Nous visitons le seul centre de ce genre consacré à Etty Hillesum, bien que l’Université de Gand ait un programme d’études consacré à Etty Hillesum. Nous y passons près de deux heures à recueillir une foule d’information, et nous terminons par un documentaire préparé par des lycéens de Deventer à propos d’Etty Hillesum. Une visite des plus satisfaisantes qui marque la fin de notre périple sur les traces d’Etty Hillesum. Ce voyage m’a donné des idées pour d’éventuelles publications sur Etty Hillesum. Il faudra revenir en Hollande avant longtemps…

15 septembre 1942 :Pourquoi ne m’as-tu pas faite poète, mon Dieu? Mais si, je suis poète, je n’ai qu’à attendre patiemment que lèvent en moi les mots qui porteront le témoignage que je crois devoir porter, mon Dieu : qu’il est beau et bon de vivre dans ton monde, en dépit de ce que nous autres humains nous ingligeons mutuellement.

Retour de voyage – Sur les pas d’Etty Hillesum (7)

Cette ville est vraiment fascinante avec ses milliers sinon millions (!), de bicyclettes, et ses canaux qui la parcourent en tout sens, où les bateaux de toutes sortes semblent aussi présents que les autos. C’est l’automne, les couleurs me font penser à mon pays. Ça sent bon et le beau temps est de la partie. Je pensais manquer l’été indien, il m’attendait à Amsterdam.

Un canal d'Amsterdam

Un canal d’Amsterdam

En tout nous avons trois jours pour réaliser le programme que je me suis fixé. Le jeudi, en plus de visiter les lieux où Etty a vécu, je me proposais de faire un saut au Musée juif d’Amsterdam. Manque de chance, c’est la fête du Yom Kippour, une des rares fêtes juives où le musée est fermé. Nous passons donc la journée à sillonner les rues dont Etty parle dans son journal, nous retrouvons sa maison près du Concertgebouw (salle de concert) et je sens alors que je touche le pourquoi de ce voyage.

Maison de Etty Hillesum

Maison de Etty Hillesum

Sentir son quartier, les lieux qu’elle fréquentait, le chemin qu’elle empruntait pour aller chez Julius Spier. Nous nous sommes même rendus devant l’appartement qu’habitait Julius. Tout prend maintenant des proportions plus réalistes, la ville dont parle Etty dans son journal me semble plus familière, je connais maintenant son quartier, ce qui lui plaisait, les lieux où elle aimait marcher et, surtout, certains des lieux où elle nous a livré ses pensées les plus profondes. Nous terminons cette journée fatiguée, mais satisfaits. Une visite très fructueuse.

Vendredi nous quittons la pension pour la gare à 6h30. Destination : Westerbork. Il faut changer de trains à deux reprises, prendre un bus, un taxi et nous voilà finalement au centre d’accueil. Un peu décevant, d’autant plus que l’on nous apprend que les lieux du camp lui-même sont à trois kilomètres et que l’on ne peut s’y rendre qu’en marchant à travers une forêt publique. Autre déception : nous apprenons qu’il ne reste rien d’original du camp de Westerbork.

Camp de Westerbork

Camp de Westerbork

Celui-ci a entièrement été détruit au début des années 70, et transformé en parc-musée dans les années 80. L’on a reconstitué les lieux des baraques, avec quelques monuments, mais ce n’est pas très évocateur. Il faut faire un effort d’imagination pour s’y représenter la vie qu’on y menait ainsi que la présence d’Etty sur ces lieux. Bref, cette courte visite du camp d’une demi-heure au plus, nous fait revenir à Amsterdam qu’en fin d’après-midi, trop tard pour aller au musée juif.

Samedi, visite à Deventer, la ville où Etty a vécue de 10 à 18 ans. Nous arrivons à Deventer. Le fleuve Isjel coule tout près de la gare, ce fleuve dont Etty parle dans son journal, qui a marqué son adolescence, et où elle écrit :

4 juillet 1941 : A Deventer (chez les parents d’Etty), les journées étaient de grandes plaines ensoleillées, chaque jour formait un tout sans rupture, j’étais en contact avec Dieu et avec tous les hommes, probablement parce que je ne voyais personne. Il y avait des champs de blé que je n’oublierai jamais, auprès desquels je me serais presque agenouillée, il y avait L’Ijsel bordé de parasols aux couleurs vives, le toit de chaume et les chevaux placides. Et ce soleil que j’accueillais par tous les pores. Ici, le jour s’éparpille en mille fragments, la grande plaine a disparu et Dieu lui-même s’en est allé; si cela continue, je vais recommencer à m’interroger sur le sens de tout et de rien, ce qui, loin d’être le signe de profondes méditations philosophiques, prouve seulement que je ne vais pas très bien. (p. 41-42)

Le fleuve Isjel

Le fleuve Isjel

Mgr Albert Rouet : L’Esprit continue à travailler secrètement ce monde

Albert Jean-Marie Rouet, né le 28 janvier 1936 à Thenay dans l’Indre, est un évêque catholique français, archevêque émérite de Poitiers depuis février 2011.

À un journaliste qui l’Interrogeait quant à l’action de l’Esprit Saint dans le monde, Mgr Rouet a répondu ce qui suit :

Comment en douter? Il y a tant de signes d’espérance. Il nous faut juste des yeux pour voir. Évidemment, si nous restons focalisés sur le pauvre grain de blé que nous avons planté et qui ne lève pas là exactement où nous l’attendons, nous sommes désespérés. Mais regardez les iris : vous les plantez là et ils surgissent deux mètres plus loin avec leurs rhizomes souterrains. Ce que Karl Rahner appelait « les canaux souterrains de la grâce ». Dieu est un planteur d’iris ! Et ça lève, ça pousse à plein. Mais souvent à côté de nos pauvres pots de fleurs. Soyons confiants : c’est un printemps que nous sommes en train de vivre! (Source : Bertrand Révillion. Conversations spirituelles. Tome 2. Médiaspaul, 2014, pp.99-100)

Retour de voyage – Sur les pas d’Etty Hillesum (6)

Déjà, le bus nous amène hors de la ville. Une vaste praire s’étend devant nous avec ses barbelés, ses tours de garde et un nombre impressionnant de baraques. C’est ici que l’on retrouve le lieu d’une des photos les plus connues d’Auschwitz, la photo des rails d’un chemin de fer qui passent sous le porche d’entrée. Nous visitons une baraque, un lieu dans lequel on n’aurait même pas songé à garder des animaux l’hiver. Non seulement les murs n’ont qu’une planche de bois d’épaisseur, mais des ouvertures de plusieurs centimètres courent tout le long du toit. L’hiver le thermomètre pouvait descendre jusqu’à moins 20 Celsius.

Barraques d'Auschwitz-Birkenau

Barraques d’Auschwitz-Birkenau

Les baraques semblent s’étendre à perte de vue, bien que bon nombre d’entre elles aient été détruites. Difficile d’imaginer, par cette tranquille après-midi d’automne, ce qu’à pu être ce lieu pendant la guerre. Les travaux forcés, les SS et leurs chiens, les clôtures électrifiées, les cheminées des crématoires crachant leurs victimes, les trains déversant tous les jours leur butin de guerre.

Près des crématoires, dont il ne reste plus que des ruines, se trouve le monument aux victimes d’Auschwitz. Plusieurs personnes s’y recueillent, chantent, y méditent un instant, lisent les plaques commémoratives écrites en plusieurs langues. Le silence est la seule attitude qui convient en un tel endroit. On n’a qu’envie de se taire et de pleurer.

L'intérieur d'une barraque

L’intérieure d’une barraque

Nous quittons Cracovie par un matin pluvieux. Petit saut vers Paris pour ensuite repartir vers Amsterdam. Après cette visite à Auschwitz, j’ai encore plus hâte de découvrir le pays d’Etty, la ville où elle a écrit son journal : Amsterdam.

Retour de voyage – Sur les pas d’Etty Hillesum (5)

La cours des exécutions par balles

La cours des exécutions par balles

Le véritable musée est plutôt du côté du camp Auschwitz, alors que le second camp, Auschwitz-Birkenau, présente les vastes étendues de baraques, avec les longs barbelés, ainsi que les ruines des crématoires détruits par les SS allemands avant d’abandonner le camp en 1945. Les fours ont alors été démantelés et renvoyés en Allemagne, histoire de laisser le moins de traces possible. Une grande partie des archives ont aussi été détruites.

A la mi-janvier 1945, comme l’armée soviétique approchait du complexe de camps d’Auschwitz, les SS commencèrent à évacuer Auschwitz et ses camps satellites. 60 000 prisonniers furent contraints de marcher vers l’Ouest. Des milliers d’autres furent tués dans les camps quelques jours avant que ces marches de la mort ne commencent. Des dizaines de milliers de prisonniers, juifs pour la plupart, furent contraints de marcher jusqu’à la ville de Wodzislaw, dans la partie occidentale de la Haute-Silésie. Les gardes SS abattaient ceux qui ne pouvaient plus avancer. Lors de ces marches, les prisonniers souffrirent également du froid et de la faim. Plus de 15 000 d’entre eux périrent pendant le voyage. (Source : Internet)

Ma surprise fut de trouver les deux camps en très bon état malgré les années, surtout celui d’Auschwitz, alors qu’Auschwitz-Birkenau a peut-être conservé le tiers de ses baraques, qui pouvaient loger jusqu’à 90, 000 prisonniers. L’ensemble et son étendue sont impressionnants. Le premier camp, Auschwitz, était prévu pour environ 19, 000 prisonniers et lui aussi semble assez bien conservé. Ses bâtiments sont tous faits de briques rougeâtres, bâtiments qui ont été transformés en salles d’expositions.

Plus l’on progresse dans cette visite et plus mon cœur se serre et je retiens mes larmes. Je ne suis pas le seul… Un silence s’empare peu à peu d’une foule que je trouvais un peu trop dissipée au début, car je voulais y entrer un peu comme on entre dans une église, silencieux devant une certaine présence, la mémoire de toutes ces victimes à qui il faut savoir rendre hommage. Il faut dire que beaucoup de jeunes étudiants visitent ce « musée » et qu’ils ne saisissent pas immédiatement ce qu’il représente vraiment. Mais impossible de ne pas se laisser émouvoir.

Successivement, nous voyons défiler devant nous la première chambre à gaz et le premier crématoire, où l’on nous explique avec quelle duplicité les nazis convainquaient les gens d’y entrer afin de se doucher. « Nous avons besoin de bons ouvriers » disaient-ils. « Y a-t-il des menuisiers parmi vous? Oui? Mais c’est très bien! Nous avons besoin de vous tous. Mais avant il faut vous laver. Déshabillez-vous, accrochez vos vêtements à ces crochets numérotés, retenez bien le numéro, et maintenant à la douche. Vous retrouverez vos vêtements à la sortie ». Les victimes se sentaient rassurées puisqu’on leur octroyait un numéro. Elles entraient dans la salle des « douches » et alors on verrouillait les portes. Quinze minutes plus tard, d’autres prisonniers juifs, les Sonderkommandos, les mêmes qui aidaient et encouragaient les prisonniers à se dévêtir, étaient chargés de sortir les corps inertes entassés les uns contre les autres, et de les brûler dans les fours crématoires; les cendres mises dans des camions qui allaient les jeter dans la rivière tout près ou jetées dans un étang. Pas de traces.

Ensuite, l’on nous présente les salles d’interrogatoires, la salle d’un tribunal fictif où les condamnations étaient presque toujours la peine de mort. Les causes jugées : mal tenir son rang, avoir volé un morceau de pain, un bouton détaché… Nous voyons la cellule où est mort le Père Maximilien Kolbe, le mur des exécutions, les salles où sont consignées les montagnes de valises, de cheveux, de lunettes, de souliers, de vêtements pour bébés… Il y a surtout cette scène qui me revient en mémoire : une petite vitrine au milieu de laquelle se trouve une poupée de porcelaine en miettes, quelques bottines de bébés, des petites vestes… C’était donc cela Auschwitz! On ressort avec le besoin de reprendre son souffle. Plus beaucoup d’entre nous parlent à haute voix. L’heure est venue de prendre le bus pour le camp d’Auschwitz-Birkenau.

Retour de voyage – Sur les pas d’Etty Hillesum (4)

Entrée du camp d'Auschwitz

Entrée du camp d’Auschwitz

Nous prenons l’autobus de 8h30 pour Oświęcim. Pourtant, j’avais bien demandé d’aller à Auschwitz, mais sur place notre guide nous expliquera que les armées allemandes, lors de l’invasion de la Pologne, avaient commencé à donner des noms allemands aux différents lieux qu’ils occupaient, et c’était le cas pour ce petit village d’ Oświęcim, aujourd’hui une ville de 43, 000 habitants.

À l’époque, les Allemands qui cherchaient à établir leurs camps d’extermination en des lieux isolés, loin des populations locales, avaient fait évacuer les maisons proches de l’enceinte du camp. Ils feront ainsi à trois reprises, repoussant au loin la population polonaise afin qu’elle ignore ce qui s’y passait. Mais cette fumée des fours crématoires qui fonctionnent souvent jour et nuit, l’odeur de cheveux et de chair brûlée, ne réussiront pas à tromper la population locale.

Si ce camp était aussi isolé, il n’en est plus le cas aujourd’hui et le visiteur est donc surpris de constater que l’on annonce le musée d’Auschwitz à 500 mètres, alors que l’on est au milieu d’une ville avec beaucoup de circulation, des restaurants et des commerces. J’espère ne pas être déçu de ma visite, mais déjà une certaine appréhension s’empare de moi au moment d’arriver enconstatant que nous sommes en pleine ville.

Auschwitz s’annonce tout d’abord comme un musée, et c’est là la seconde surprise. Ce qui reste des camps de la mort en Europe se nomme désormais « musée ». Il en sera de même pour le camp de Westerbork. Le stationnement compte sans doute une vingtaine d’autobus nolisés lorsque nous arrivons et les visiteurs forment une longue file pour entrer « au musée ». Autre surprise, cela ne coûte rien, et j’apprécie. Non pas à cause du fait d’économiser des sous, mais n’y aurait-il pas une inconséquence à vouloir faire payer la visite d’un lieu qui se veut un mémorial à toutes les victimes d’Auschwitz, et elles se comptent par million.

Nous nous procurons des écouteurs et l’on nous présente un court film sur l’histoire du camp d’Auschwitz. Ce film n’insiste pas trop sur les scènes d’horreur, contrairement à un film comme « Nuits et brouillard » d’Alain Resnais. Nous ressortons après 15 minutes et là nous suivons un guide, elle se nomme Edita, une Polonaise de 40 ans environ, qui travaille aux archives d’Auschwitz et qui s’improvise guide cette journée-là à cause d’un manque de personnel. C’est note chance, car elle est très au fait de l’histoire du camp et a un visage empreint d’une grande humanité. Je sens bien qu’elle ne fait pas que travailler au musée d’Auschwitz, mais qu’il s’agit aussi pour elle d’une mission.

Notre groupe est composé d’une vingtaine de visiteurs et nous passerons deux heures et demie avec elle, entrant progressivement dans l’horreur de ce lieu, qui semble calme en cette journée grise d’octobre. Nous visiterons les deux parties du musée d’Auschwitz, soit le camp d’Auschwitz et le camp d’Auschwitz-Birkenau. Trois kilomètres séparent les deux camps. Il faudra prendre l’autobus pour aller de l’un à l’autre.

"Le travail vous rendra libre"

« Le travail vous rendra libre »

Pour une histoire détaillée de l’établissement de ces deux camps, cliquez ici.

Retour de voyage – Sur les pas d’Etty Hillesum (3)

8 octobre. Journée de répit et de planification. Magdalena m’amène voir les lieux les plus intéressants de Cracovie, sa ville natale, et nous terminons la journée au sanctuaire de sœur Faustina, canonisée par le pape Jean-Paul II.

Il s’agit du sanctuaire de la Miséricorde, énorme complexe moderne où affluent sans cesse les pèlerins. Nous sommes dans le fief de Jean-Paul II, puisque Cracovie faisait partie de son diocèse avant son élection comme pape.

Cracovie était sa ville et partout des photos, des statues, des vitraux même, viennent nous le rappeler. L’amour des Polonais pour ce pape ne m’a jamais apparu aussi impressionnant maintenant que je sillonne les rues de sa ville, et où son influence semble encore si palpable.

La ferveur des Polonais est impressionnante. Dans cette ville de 800, 000 habitant, dont cent milles sont des étudiants universitaires, les églises semblent toujours prises d’assaut, tant par les jeunes que les moins jeunes.

La veille, j’ai voulu participer à la messe des jeunes à l’église des dominicains de Cracovie, une église construite en 1257, et où l’on trouve le tombeau du dominicain saint Hyacinthe. Impossible d’y entrer tellement l’assistance y était dense, et ce, jusqu’à l’extérieur de l’église.

Intérieur de l'église des dominicains

Intérieur de l’église de la Sainte-Trinité

Mais toutes ces visites ne me font pas oublier le côté plus tragique et sérieux de ce voyage, notre destination première, qui est le camp d’extermination d’Auschwitz, là où Etty a été assassinée.

À SUIVRE…

Retour de voyage – Sur les pas d’Etty Hillesum (2)

Sans le vouloir, histoire d’horaires d’avions et d’économie, ce voyage se fait à rebours, en commençant par la Pologne, par cette destination dont Etty ne se faisait aucune illusion et dont elle écrivait :

1 juillet 1942 : « En ce vingtième siècle, on peut très bien croire encore aux miracles. Et je crois en Dieu, même si avant peu, en Pologne, je dois être dévorée par les poux. » (p. 141)

29 juin 1942 : « Aux dernières nouvelles, tous les Juifs de Hollande vont être déportés en Pologne, en transitant par la Drenthe. La radio anglaise a révélé que depuis avril de l’année dernière, sept cent mille juifs ont été tués en Allemagne et dans les territoires occupés. » (p. 139)

7 octobre. Après un vol de deux heures quinze de Paris, nous arrivons à Cracovie, cité millénaire aux mille éclats, et à l’architecture incomparable. Une vraie découverte pour moi, sans parler de ce contact avec une langue slave où les points de recoupement avec le français ou l’anglais sont quasi inexistants. Un dépaysement total. Ci-dessous, « la Place du marché », le plus grand square public d’Europe.

Cracovie - La place du marché

Cracovie – La place du marché

Église Sainte-Marie sur la Place du marché

Église Sainte-Marie sur la Place du marché

C’est mon premier contact avec l’Europe de l’Est, avec cette Pologne bien des fois martyre au cours de sa longue histoire, et où les nazis, inspirés par leur idéologie meurtrière, avaient décidé d’y établir leur réseau d’extermination, afin d’y accomplir leurs massacres et leur génocide loin des regards du monde.

Magdalena et son conjoint Filip, des amis polonais, nous attendent à l’aéroport. Nous passons la journée avec eux et prenons ensemble deux succulents repas polonais qu’ils ont préparés spécialement pour nous. C’est dimanche et nous restons longuement à table, passant d’un repas à l’autre… Nous parlons de leur travail, de leur pays et de leurs ambitions en tant que jeune famille polonaise. Nous faisons la connaissance de Kuba, leur petit garçon de 18 mois. Un temps de retrouvailles et d’amitié qui déjà nous rend cette Pologne un peu plus familière.

À la fin de cette première journée, déjà bien remplie, l’on vient me conduire chez les frères dominicains du couvent d’études de Cracovie, qui vont m’héberger pendant mon court séjour dans leur ville. Quatre-vingt-dix frères y habitent, dont près d’une cinquantaine de frères-étudiants. Tous assez jeunes et qui, à mon étonnement, parlent presque tous l’anglais. C’est une ruche bourdonnante d’activités et, tout au long de notre séjour, j’y vois des groupes de jeunes, des couples et des familles y entrer et en sortir sans cesse. Les frères font beaucoup de ministères. Dans ce couvent on se lève tôt et on se couche tard! En semaine, neuf messes quotidiennes sont célébrées dans l’église, alors que le dimanche on en célèbre dix!

Église de la Sainte-Trinité

Église de la Sainte-Trinité

À SUIVRE…

Retour de voyage – Sur les pas d’Etty Hillesum (1)

Comme promis, me voici avec ce compte-rendu de voyage que j’aurais bien aimé publier comme un carnet de voyage, au jour le jour, photo à l’appui. Mais cela n’était pas possible.

Je vous présente plutôt mes réflexions, suite à ce périple européen, où j’ai voulu retracer l’itinéraire d’Etty Hillesum, en visitant les lieux où elle a vécue et où elle est morte, victime de la Shoah.

Ce voyage a commencé par une retraite que j’ai prêchée aux moniales dominicaines de Beaufort, une communauté jeune et dynamique établie depuis près de 50 ans dans un cadre champêtre de Bretagne.

On y trouve aussi une liturgie originale et d’une grande beauté. Les sœurs ont déjà quatre albums à leur actif. Un monastère à découvrir!

Monastère Notre-Dame-de-Beaufort (France)

Monastère Notre-Dame-de-Beaufort (France)

Pendant ce voyage, j’ai aussi revu plusieurs couples connus à l’université alors que j’étais aumônier. Des rencontres extraordinaires dans l’ordinaire de leur vie, avec leurs enfants, leurs préoccupations, et cette amitié qui s’approfondie d’année en année. Un grand ressourcement!

Etty Hillesum - 1938

Etty Hillesum – 1938

La deuxième partie du voyage, soit neuf jours en tout, a été consacrée à la recherche d’Etty Hillesum, recherche dans laquelle m’accompagnait une journaliste japonaise, une amie, fascinée elle aussi par le message et la vie d’Etty Hillesum, qui sont consignés dans son journal et ses lettres (Hillesum, Etty. Une vie bouleversée suivi de Lettres de Westerbork. Seuil, 1995), elle qui voulait être le témoin des valeurs ultimes, au milieu de l’angoisse et de l’horreur où, à partir de 1941, la nombreuse communauté juive des Pays-Bas se trouva plongée par la mise en œuvre systématique de ce que les nazis appelaient la « solution finale ».

4 juillet 1941 : « Il y a de l’agitation en moi, une agitation bizarre et diabolique, qui serait productive si je savais qu’en faire. Une agitation « créatrice ». Ce n’est pas celle du corps, une douzaine de nuits d’amour torrides ne suffiraient pas à l’apaiser. C’est une agitation presque « sacrée ». Ô Dieu, prends-moi dans ta grande main et fais de moi ton instrument, fais-moi écrire. » (p. 41)

À SUIVRE…

Sur les traces de Etty Hillesum

Etty Hillesum 1943

Etty Hillesum 1943

Aux lecteurs et lectrices du Moine ruminant. 

Pendant cette période des vacances je vous propose une relecture de cette chronique que j’avais publiée en 2008 lors d’un voyage sur les traces de Etty Hillesum. Bonne lecture!

Dans une recension du journal et des lettres de Etty Hillesum, Elizabeth O’Connor (professeure et écrivaine américaine, décédée en 1998) affirme que l’œuvre d’Etty Hillesum est « le document spirituel le plus signifiant de notre époque ». L’Écrivain néerlandais Abe Herzberg, qui a contribué à la publication de l’œuvre d’Etty, affirme quant à lui : « Je n’hésite pas à dire qu’à mon sens, nous nous trouvons ici en présence d’un des sommets de la littérature néerlandaise. » Paul Lebeau parle du Journal d’Etty comme l’un des « événements spirituels et littéraires les plus marquants du milieu du XXe siècle ».

J’aimerais bien la faire connaître aux lecteurs et lectrices de ce blogue. Dans quelques heures je m’envolerai vers la France, où je dois donner une retraite d’une semaine à des moniales dominicaines. Par la suite. je compte me rendre en Hollande, où est né Etty Hillesum et, ensuite à Auschwitz, en Pologne, là où elle a été assassinée. J’espère pouvoir vouis donner un compte-rendu de ce voyage à mon retour. D’ici là, je vous posterai quelques extraits de son journal.

Excellente biographie d’Etty Hillesum par Anne Ducrocq

Pentecôte : Lumière de feu jaillit du matin de Pâques!

Vous êtes-vous déjà demandé ce que serait la fête de Pâques sans la Pentecôte, sans le don de l’Esprit Saint? Pâques serait alors la fête de Jésus seul, grand vainqueur de la mort. Car comme le dit saint Paul dans l’épître aux Romains, c’est l’Esprit du Christ qui nous donne d’avoir part à sa vie de ressuscité. Sans l’Esprit Saint il ne peut y avoir de résurrection. Sans la Pentecôte, Pâques ne serait plus une victoire pour notre humanité. Mais il y a eu Pentecôte et c’est un événement capital dans l’histoire du salut, tout autant que la fête de Pâques.

Giotto. La Pentecôte

Quand Jésus parle du don de l’Esprit Saint, il évoque une vie intérieure nouvelle pour les disciples. Une vie qui est faite de communion, de participation à l’amour de Dieu, et qui est aussi une forme de connaissance nouvelle et plus profonde de qui est Dieu. L’Esprit de Vérité, dont parle Jésus, l’Esprit qui enseigne, qui fait se souvenir le disciple des enseignements du Maître, cet Esprit poursuit en nous l’action du Christ enseignant. Le disciple devient une terre d’accueil à l’action et à la présence du Christ en lui comme jamais cela n’a été possible auparavant, même pour les Apôtres avant la résurrection. Il y a là une nouveauté sans précédent dans l’histoire spirituelle de l’humanité. De ce lieu historique et temporel où Dieu s’est révélé en Jésus-Christ, jaillit une grâce surabondante pour tous les hommes et les femmes de tous les temps, de toutes races, langues et nations : le don de l’Esprit Saint étend au monde entier la mission de Jésus Christ!

Car quel est le but de Dieu, sa volonté à notre endroit? De quoi Dieu rêve-t-il pour nous, si ce n’est que nous apprenions à le connaître et à l’aimer. Cette connaissance progressive du Dieu créateur et Père de l’humanité est un processus qui s’étale sur des milliers d’années de l’histoire humaine, mais la connaissance que Dieu nous donne d’avoir de lui dans l’histoire va atteindre un point culminant et de non-retour en Jésus Christ : Dieu lui-même nous visite en son Fils. Et le but de cette Incarnation est de nous permettre d’entrer plus avant, comme jamais auparavant, dans cette union intime qui lie le Père au Fils et le fils au Père. Le Fils de Dieu vient nous révéler l’amour qui l’unit au Père afin de nous donner de connaître toute la largeur, la hauteur, la profondeur de l’amour de Dieu. Mais seul le don de l’Esprit Saint pouvait nous donner d’entrer dans cette intimité qui unit le Père et le Fils.

Désormais le Christ n’est plus confiné à un territoire, à une époque, aux limites d’un corps humain, mais il peut enfin se donner à tous par le don de son Esprit, l’Esprit d’amour et de Vérité qui nous rend capables d’aimer Dieu comme lui.

La Pentecôte, c’est l’Esprit Saint qui nous donne de devenir véritablement des disciples du Christ tout autant que les Apôtres, qui nous rend capables de reconnaître Jésus Christ comme Seigneur et Fils de Dieu.

C’est l’Esprit Saint qui met dans notre bouche la parole de vérité et de réconciliation et qui nous rend capables de professer notre foi en ce Dieu Père, Fils et Esprit Saint.

C’est lui qui met en nous des langues de feu capables d’annoncer avec force et courage la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, car la présence de l’Esprit Saint en nos vies c’est la présence même du Christ ressuscité, présent à son église jusqu’à la fin des temps!

Voilà l’extraordinaire mystère que nous célébrons en cette fête de la Pentecôte!
Bonne fête de la Pentecôte!

L’Ascension, une fête triste?

Ascension du Christ

L’Ascension du Christ
Pietro Perugino

Comme j’ai trouvé touchante cette remarque que m’a faite une amie un jour, me disant que depuis qu’elle était petite, elle avait toujours trouvé que la fête de l’Ascension était une fête triste! « Mais pourquoi? », lui ai-je demandé? « Parce que Jésus est parti », m’a-t-elle répondu. Jésus est parti! Elle avait oublié, comme il nous arrive tous de le faire, que Jésus avait dit à ses disciples : « Et moi je suis avec vous jusqu’à la fin des temps ».

Il n’en reste pas moins que la fête de l’Ascension a quelque chose d’énigmatique, son sens nous échappe parfois, un peu comme Jésus qui se dérobe aux yeux de ses disciples. Cette fête est parfois vécue comme le parent pauvre du cycle pascal, alors qu’elle est sans doute la fête qui exprime le mieux le sens de notre destinée humaine, de la portée incroyable de la victoire du Christ pour nous. Car l’Ascension, avec le don de l’Esprit Saint, c’est l’achèvement du mystère de l’Incarnation.

D’ailleurs, Jésus a laissé des indices pour nous aider à comprendre l’extraordinaire mystère qui se joue sous nos yeux avec son Ascension. Rappelez-vous le matin de Pâques, Jésus ressuscité avait dit à Marie-Madeleine :

« Je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 17). Déjà, Jésus avait dit à ses Apôtres : « Je pars vous préparer une place ? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi. » (Jn 14, 2-3). Ce départ est donc d’une importance capitale dans la mission de Jésus. Il doit retourner vers le Père, afin d’accomplir l’inimaginable, le jamais vu auparavant : « Personne, dit Jésus, n’est jamais monté aux cieux sinon le Fils de l’Homme qui est descendu des cieux » (Jn 3, 13 ; cf. Ep 4, 8-10). Et devant les yeux de ses disciples Jésus est « emporté au ciel ».

Tout cela, j’en conviens, n’est pas simple à comprendre. C’est pourquoi, pour entrebâiller la porte de ce mystère, il nous faut retourner loin loin dans le temps, en reprenant cette histoire première que nous raconte la Bible au sujet de nos origines et qui nous aide à comprendre pourquoi Dieu nous a envoyé son Fils. Il s’agit bien sûr d’un langage imagé, mais qui raconte une histoire vraie.

Il y avait une fois un jardin extraordinaire où vivaient nos premiers parents. Ils s’appelaient Adam et Ève. Ils vivaient dans une parfaite harmonie, ne formant qu’un seul coeur avec Dieu. Mais un jour, ils lui désobéir, ils voulurent devenir leur propre maître, faire à leur tête. Dieu les avait bien mis en garde de ne pas manger d’un fruit qui était défendu. « Faites attention, leur avait-il dit, vous allez vous faire du mal si vous désobéissez, et il ne vous sera plus possible de vivre ici dans ce jardin avec moi si vous mangez de ce fruit ». Mais Adam et Ève n’ont pas écouté. Ils se sont égarés comme lorsqu’on se perd en forêt, aveuglés par leur curiosité, et ils durent quitter ce jardin merveilleux où ils habitaient. La vie est alors devenue très difficile pour eux, et tous leurs descendants. Ils sont devenus mortels et le mal est entré dans le monde avec son cortège de guerres, de haine, de souffrances et de malheurs.

Dieu ne pouvait forcer ses enfants à l’aimer ou à lui obéir, mais il ne pouvait supporter non plus ce malheur dans lequel ils s’étaient eux-mêmes enfermés. C’est pourquoi Dieu dans sa bonté est venu à notre secours, afin de nous apprendre la vraie liberté, qui est d’aimer comme Dieu nous aime. Mais l’apprentissage de l’amour est quelque chose qui prend beaucoup de temps, un peu comme lorsque l’on commence à aller à l’école et où il nous faut apprendre à lire, à écrire et à compter. Dieu, comme un bon professeur, s’est choisi un peuple, qui deviendrait son messager. Il lui a enseigné comment il fallait vivre en lui envoyant des prophètes. Et il lui fit cette promesse incroyable : un jour il viendrait sauver tous les humains et leur ouvrir le chemin vers ce paradis perdu.

Cette promesse extraordinaire a commencé à se réaliser quand un ange fut envoyé à la jeune Marie de Nazareth, lui demandant si elle acceptait d’accueillir un enfant qui sauverait le monde. Marie a dit oui et Jésus est né. Le Fils de Dieu est venu vivre parmi nous afin de nous montrer comment vivre en enfant de Dieu, et en nous offrant de vivre de sa vie à lui. Ce qu’il nous propose c’est de le prendre comme notre meilleur ami, et de nous laisser guider par lui.

Il fait tout cela afin que nous puissions vivre pour toujours avec lui et avec tous ceux et celles que nous aimons. Dieu vient nous proposer la vie éternelle, c’est-à-dire de vivre ensemble pour toujours dans le jardin de son amour. Mais il fallait que l’un d’entre nous nous ouvre le chemin qui mène vers ce jardin. C’est ce que Jésus est venu accomplir en donnant sa vie pour nous. Cet acte d’amour est tellement grand, qu’il est plus fort que la haine, il est plus fort que la mort, et c’est pourquoi au matin de Pâques, la mort n’a pu retenir Jésus dans ses chaînes. Jésus ressuscite avec son corps. Mais ce corps est un corps transformé. Il est glorifié parce qu’il appartient désormais au monde de Dieu.

Et c’est avec ce corps que Jésus va monter au ciel vers son Père, où il va s’asseoir à la droite du Père, et où il va régner avec Lui, avec un corps comme le nôtre. C’est cela le mystère de l’Ascension, et ce mystère est très grand, car il nous dévoile cette vie qui nous attend nous aussi.

Tout comme nous sommes passés du ventre de notre mère à la vie sur la terre, un jour nous passerons du ventre de la terre, à la vie en plénitude auprès de Dieu. Par son Ascension, Jésus vient achever la longue histoire de notre salut, qui est de nous ramener à Dieu.

L’Ascension nous renvoie au mystère que nous affirmons dans notre Credo quand nous disons : « Je crois à la résurrection de la chair ». Car c’est avec ce corps, avec cette humanité qu’il a reçue de sa mère, que Jésus retourne là d’où il était venu et inaugure ainsi la destinée de tous les humains, qui est de ressusciter un jour avec un corps glorifié, réalisant ainsi cette folle espérance du vieux Job qui disait dans son malheur : « Je sais, moi, que mon libérateur est vivant, et qu’à la fin il se dressera sur la poussière des morts; avec mon corps, je me tiendrai debout, et de mes yeux de chair, je verrai Dieu. »

« De l’éternité tout entière, il ne s’éloignera pas. Il a créé l’univers non pas pour l’anéantir, mais pour qu’il soit… Dieu a créé l’univers une fois pour toutes et pour toujours. Il a créé la matière pour toujours. Cela, nous seuls chrétiens, nous osons l’affirmer; nous savons, de foi divine, que les corps ressusciteront, qu’éternellement les hommes seront des hommes et non pas des anges; nous savons, de foi divine, qu’éternellement Jésus sera le Verbe fait chair. Si la matière n’avait pas été voulue par Dieu, si cette terre, parmi les milliards d’étoiles, n’avait pas été fondée, si l’homme n’avait pas été créé – il faudrait même dire : si l’homme n’avait pas péché, s’il n’avait pas appelé, par la profondeur de sa catastrophe, une si prodigieuse rédemption – il n’y aurait jamais eu l’Incarnation, l’Esprit de Dieu jamais n’aurait couvert la Vierge de son ombre (Lc 1, 32), jamais le Verbe ne se serait fait chair, jamais nous n’aurions su quel poids de spiritualité, quel poids de transparence, quel poids de transfiguration et de gloire, une nature humaine corporelle était capable de soutenir, sans céder, sans s’évanouir, sans se volatiliser. »[1]

Par son Ascension, Jésus se fait encore plus proche de nous. Non seulement introduit-il notre corps auprès de Dieu, mais il nous envoie son Esprit afin de nous entraîner à sa suite, afin que nous vivions éternellement avec lui. Voilà, frères et sœurs, la Bonne Nouvelle que l’Église proclame en ce dimanche de l’Ascension. Amen.

Yves Bériault, o.p.


[1]      Ch. Journet. Entretiens sur Dieu le Père. Parole et Silence. 1998.

La Parabole du Vitrail de Maurice Zundel

Un vitrail dans la nuit est un mur opaque,
aussi sombre que la pierre
dans laquelle il est enchâssé.

Il faut la lumière
pour faire chanter la symphonie des couleurs
dont les rapports constituent sa musique.

C’est en vain que l’on décrirait ses couleurs,
c’est en vain que l’on décrirait le soleil
qui les fait vivre.

On ne connaît l’enchantement du vitrail
qu’en l’exposant à la lumière qui le révèle
en transparaissant à travers sa mosaïque de verre.

Notre nature est le vitrail enseveli dans la nuit.
Notre personnalité est le jour qui l’éclaire
et qui allume en elle un foyer de lumière.

Mais ce jour n’a pas sa source en nous.
Il émane du Soleil,
du Soleil vivant qui est la Vérité en personne.

C’est ce Soleil vivant que les hommes cherchent
dans leurs ténèbres.

Ne leur parlons pas du Soleil,
cela ne leur servira de rien.

Communiquons-leur sa présence
en effaçant en nous tout ce qui n’est pas de lui.

Maurice Zundel

Homélie pour le troisième dimanche de Pâques. Année A

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L’apparition de Jésus aux disciples d’Emmaüs

Les deux disciples dont il est question dans cet évangile ne font pas partie du groupe des Apôtres. Ce sont de simples disciples, comme vous et moi, et dont l’évangéliste Luc nous rappelle la merveilleuse histoire. Une histoire actuelle puisque nous sommes aussi des disciples d’Emmaüs. Nous sommes en marche avec eux avec nos doutes, nos manques de foi. Dans ce récit, le Ressuscité semble nous prendre par la main afin de nous amener à une meilleure intelligence du mystère de sa mort et de sa résurrection. Il nous faut toujours reprendre le chemin d’Emmaüs là où le Christ nous attend.

Quand je prêche à une assemblée comme la nôtre, je suis toujours animé de ce désir d’approfondir avec vous cet extraordinaire mystère de notre foi. Certains me diront que c’est là mon métier, mais je répondrais que je suis avant tout disciple du Christ avec vous et que c’est ensemble que nous cherchons à mieux comprendre et à mieux vivre cette foi qui est la nôtre.

Les prédications sont comme des variations sur un même thème, soit l’amour de Dieu pour nous et ses conséquences dans nos vies. Je vous vois de dimanche en dimanche venir en Église célébrer votre foi, et pour moi c’est toujours un privilège que de pouvoir méditer avec vous les Écritures, contempler et accueillir ensemble celui qui se donne à nous dans l’Eucharistie. Quand on a la foi, on ne peut qu’acquiescer à cette affirmation de Maurice Zundel : « Le bonheur, c’est Dieu. Dieu c’est le bonheur. » C’est ainsi que nos deux disciples d’Emmaüs, après leur rencontre avec le Ressuscité, peuvent s’exclamer : « Notre coeur n’était-il pas tout brûlant en nous tandis qu’Il nous parlait sur la route. »

Chaque dimanche, partout dans le monde, les chrétiens et les chrétiennes se rassemblent afin de se laisser rejoindre sur la route par le Ressuscité, pour se mettre à nouveau à l’écoute des Écritures, qui nous parlent de Lui, et qui nous préparent à communier à sa vie donnée, à recevoir ce supplément de grâce à chacune de nos eucharisties, afin que nous puissions repartir avec cette paix et cette joie du Christ, et que nous avons pour mission de porter au monde.

Mais pour être habité par cette passion qui change véritablement une vie, il faut rencontrer le Christ, et surtout vouloir le rencontrer sans cesse; ne jamais hésiter à lui dire, quand le jour baisse et que le soir approche :  « Reste avec nous! »

Remarquez que nos deux disciples d’Emmaüs ne reconnaissent pas le Ressuscité quand il se fait voir à leurs yeux. Ce n’est que lorsqu’il disparaît, à la fraction du pain, qu’ils le reconnaissent. Nous ne croyons pas au Christ à cause d’une preuve extérieure évidente ou parce que son tombeau a été trouvé vide le matin de Pâques, ou même parce que des témoins nous disent l’avoir vu après sa mort. Bien sûr, ce sont là des éléments de preuve qui peuvent nous mettre sur le chemin de la foi, mais comme l’écrivait Maurice Zundel : « Je ne crois pas en Dieu, disait-il, je le vis. » Dieu ne se réduit pas à une formule ou un credo, il est une rencontre. Il n’est pas une simple connaissance, il est une re-connaissance au plus intime de nos vies.

La foi chrétienne, c’est le coeur qui s’ouvre à plus grand que lui, à la source même de sa vie, qui expérimente cette rencontre du Christ dont parlait l’Apôtre Pierre dans sa première lettre aux chrétiens de Rome et qui leur disait : « Vous qui l’aimez sans l’avoir vu. » Est-ce possible d’aimer le Christ sans l’avoir vu? Certainement, nous en sommes convaincus. L’Église vit de cette réalité depuis près de deux mille ans. Il suffit de regarder la vie de cette foule de témoins qui nous ont précédés pour s’en convaincre, jusqu’au coeur même de norte communauté chrétienne.

Pour prendre une image que nous comprenons bien au Québec, cette présence du Ressuscité à nos vies est comparable à l’irruption du printemps au coeur de nos hivers. Nous le savons, et c’est même une certitude, la vie est plus forte que tout. Plus forte que ces glaces qui nous emmurent en janvier, plus forte que ce froid qui trop souvent nous paralyse en février. Cette expérience des saisons dans notre pays nordique est à la fois exigeante, mais aussi exaltante. La nature se fait pédagogue dans notre pays et elle nous enseigne à lire les signes des temps, qui ne sauraient nous tromper. À quiconque sait tendre l’oreille, en ce temps de l’année, la nature semble murmurer ces paroles qui sont au coeur même de l’acte de création : Osez espérer! Osez croire! Ne soyez pas incrédules. Tout va changer. C’est l’invitation que nous fait le Ressuscité à travers ce récit des disciples d’Emmaüs.

Petite anecdote personnelle pour concrétiser mon propos. Il y a plusieurs années, la communauté chrétienne de l’Annonciation, à laquelle j’appartenais, avait accueilli deux familles de réfugiés cambodgiens. J’étais allé chercher l’une de ces familles, les ramenant de leur « hôtel refuge » de Montréal à ma petite vallée des Laurentides. Nous étions en plein mois de janvier et pour la première fois, ils voyaient nos vastes forêts et je lisais une pointe d’inquiétude dans leurs yeux.

Le père, devant le regard insistant de son épouse, osa enfin me questionner. Il me demanda ce qui avait bien pu arriver à notre forêt pour que les arbres soient tous morts. Je lui expliquai alors que nos arbres perdaient toutes leurs feuilles en automne pour ensuite s’endormir dans un profond sommeil. Mais le printemps venu, je l’assurai qu’ils retrouveraient leur vitalité et leurs feuilles. Cette explication sembla le satisfaire et nous avons poursuivi notre route.

Après les affres de la guerre au Cambodge, une nouvelle vie commençait pour cette famille. Les mois passèrent et, le printemps venu, mes nouveaux amis m’avouèrent, mi-amusés, mi-confus, qu’ils n’avaient pas vraiment cru en mon explication au sujet des arbres. Ce n’est qu’en expérimentant eux même cette réalité complexe, et combien mystérieuse de nos saisons, qu’ils purent comprendre à leur tour ce que signifie cette attente du renouveau au coeur de la vie.

Frères et soeurs, la  fête de Pâques est le lieu par excellence où les chrétiens et les chrétiennes enracinent leur espérance, au-delà des saisons  qui passent, au-delà des échecs apparents de l’Église, au-delà des déceptions et des découragements. L’Évangile de ce dimanche nous invite à passer de nos désillusions à une foi ferme et convaincue, à une foi persévérante. Nous espérons et nous croyons parce que Dieu le premier a cru en nous en nous donnant la vie. Nous espérons et nous croyons en Dieu parce que dans un élan d’amour sans égal, Il nous a donné son Fils unique en partage. Nous espérons  et nous croyons parce que Jésus a vaincu la mort et que sa vie s’offre à nous, sans cesse, comme un printemps toujours renouvelé. N’en sommes-nous pas les témoins?

Que le Ressuscité ouvre nos esprits et nos cœurs en cette eucharistie, comme il le fit autrefois pour ses disciples, pour que nous puissions aujourd’hui le reconnaître à la fraction du pain et dans le quotidien de nos vies. Amen.

Yves Bériault, o.p.

 

Comme s’ils voyaient l’invisible

A un moment ou l’autre de son existence, tout être humain prend conscience en lui d’un mouvement qui le porte à invoquer plus grand que lui, qui l’incite à se tourner vers un ailleurs. Cette recherche est alors vécue comme un élan, un quasi-réflexe qui fait s’écrier d’admiration devant la beauté ou supplier de toutes ses forces devant la menace et la peur. C’est là une forme bien primaire de la prière et, quand elle se manifeste, on n’a encore rien dit sur ce qui incite l’être humain à prier, sinon que l’on reconnaît en ce mouvement une quête spirituelle qui vise à élever le regard et à contempler ce qui se cache derrière la « réalité ». Il y a là une recherche d’un dieu inconnu, d’une force capable de changer notre destinée. Mais l’on n’a encore rien dit sur Dieu.

On affirme souvent des grands spirituels qu’ils prient comme s’ils voyaient l’invisible. Expérience qui semble hors de portée pour le commun des mortels. Pas évident de jeter un regard sur l’invisible ! Les chemins proposés pour y arriver semblent parfois tellement abrupts que plusieurs refusent de s’y engager. Comment alors nommer Dieu ? Comment se représenter l’Absolu ?

La foi chrétienne a ceci de particulier lorsqu’elle aborde la question de l’Absolu. Pour elle « l’Absolu s’est incarné et porte un visage, le visage de Jésus-Christ ! » (Jacques de Bourbon-Busset). C’est pourquoi l’expérience de prière que privilégie la spiritualité chrétienne en est une qui situe l’Homme au coeur de la réalité humaine, là où l’évasion n’est plus possible, puisque c’est dans cette réalité que Dieu s’est manifesté en Jésus-Christ. Il s’y est même incarné !

L’Absolu, c’est un visage ! Cette révélation qui implique un acte de foi, invite à ne plus voir la réalité de la même manière, car pour la foi chrétienne, tout être humain porte en lui le reflet de la présence de Dieu à notre monde. Il devient un lieu où Dieu se dit et mérite d’être écouté et accueilli.

La prière devient alors un engagement de tout l’être qui, loin de détacher du monde, nous insère dans ses replis les plus cachés. Vie fraternelle, prière et engagement ne sont plus qu’une seule et même action.

Yves Bériault, o.p.

Vigile pascale : Les deux Marie au tombeau

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Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Après le sabbat, à l’heure où commençait le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l’autre Marie vinrent faire leur visite au tombeau de Jésus.
Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ; l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus.
Il avait l’aspect de l’éclair et son vêtement était blanc comme la neige.
Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, furent bouleversés, et devinrent comme morts.
Or l’ange, s’adressant aux femmes, leur dit : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié.
Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait.
Puis, vite, allez dire à ses disciples : ‘Il est ressuscité d’entre les morts ; il vous précède en Galilée : là, vous le verrez !’ Voilà ce que j’avais à vous dire. »
Vite, elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples.
Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent et, lui saisissant les pieds, elles se prosternèrent devant lui.
Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »

COMMENTAIRE

Alors que Jérusalem sommeille encore, deux femmes se présentent au tombeau où l’on a déposé le corps de Jésus. Il s’agit de Marie Madeleine et de l’autre Marie, la mère de Jacques. La nouvelle va se répandre comme une traînée de poudre : le Seigneur leur est apparu, Il est vivant, Il est ressuscité. En moins d’un siècle, cette nouvelle va embraser toute la Méditerranée. Jésus est ressuscité!

Il n’est pas simplement revenu à la vie comme Lazare. Non, il s’est relevé d’entre les morts et il est désormais auprès du Père avec son corps glorifié. Même ses disciples n’avaient pas vraiment compris qui il était. Non seulement est-il un prophète et un sage, le Messie envoyé par Dieu, mais il est le Fils de Dieu, Dieu lui-même.

Maintenant, dans l’évangile que nous venons de proclamer, à la fois l’ange et Jésus lui-même invitent les deux Marie à aller annoncer la bonne nouvelle aux disciples : « Il est ressuscité d’entre les morts. Il vous précède en Galilée. C’est là que vous le verrez! »

Au Moyen-Âge, le frère dominicain André de Voragine, dans sa Légende dorée, un ouvrage racontant la vie d’un grand nombre de saints et de saintes, raconte comment la joie du matin de Pâques irradiait tellement de Marie Madeleine que les Apôtres devinèrent avant même qu’elle ne parle que le Seigneur était ressuscité. Tout son corps rayonnait de la joie de la résurrection. Saint Paul dira plus tard : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal 2, 20).

C’est cette réalité que nous célébrons en cette sainte nuit de Pâque et que nous vivons ensemble tout au long de l’année liturgique. Nous formons une communauté chrétienne, nous sommes les membres vivants du Corps du Christ. Et c’est là notre joie. En cette sainte Vigile nous nous rassemblons afin de laisser de fêter notre foi au Christ ressuscité. Nous affirmons à la face du monde qu’il est le sauveur du monde et nous laissons monter de vibrants alléluias vers Celui qui nous appelés des ténèbres à son admirable lumière. Et nous ne sommes pas seuls dans cette extraordinaire aventure.

Je rencontrais ce matin une jeune femme et son mari après notre office de Laudes à l’église Saint-Jean-Baptiste de La Salle. Elle tenait à nous exprimer , à moi et mes frères, son bonheur d’avoir pu prier avec nous. Elle m’avouait avoir même pleuré pendant le beau Cantique de Zacharie. Elle était belle à voir cette mère de six enfants, convertis depuis treize années. Elle s’exclama tout à coup pendant notre conversation, emportée par son enthousiasme : « Je ne comprends pas que des gens ne croient pas en Dieu ». Et elle se ravisa, se rappelant qu’elle-même avait jadis été loin de Dieu, et elle ajouta : « Pourquoi moi? Pourquoi nous? Je ne comprends pas. C’est une grâce, dit-elle, c’est un don, jamais je ne voudrais perde ce don et comme j’aimerais le partager.

Elle était là avec son conjoint, tout aussi engagé qu’elle, tout aussi croyant qu’elle, et j’avais vraiment le sentiment qu’un ange venait de m’apparaître pour me parler de la joie du matin de Pâque. Et je suis encore tout émerveillé de cette rencontre, de cette délicatesse de Dieu.

On ne peut pas se donner la foi, mais ce qui est en notre pouvoir, c’est de la désirer et de la demander à Dieu. Voilà ce que nous pouvons dire à tous ceux et celles qui cherchent une direction à leur vie et qui ne connaissent pas Dieu. Dieu se tient à la porte, à chacune de nos portes. Il l’a bien dit aux deux Marie : « Vous me verrez en Galilée ». C’est la Galilée des nations. Jésus nous fait cette promesse extraordinaire qu’il sera là sur nos routes, à tous les carrefours, de toutes nos rencontres, présent dans nos nuits les plus obscures, présent jusque dans nos morts.

Il est important de nous faire ce rappel en cette nuit de Pâque. Pourtant me direz-vous, nous sommes chrétiens et chrétiennes. Nous avons déjà la foi au Christ. Nous savons tout cela. Et je n’en doute pas. Mais la quête de Dieu et de sa volonté en nos vies doit se vivre jusqu’à notre dernier souffle. Cette recherche nous entraînera toujours de profondeur en profondeur à l’intérieur d’un mystère d’amour que nous n’aurons jamais fini de scruter et que nous célébrons ce soir en contemplant le Christ ressuscité. « C’est parce que Dieu est infini, dira saint Augustin, que l’on doit continuer à le chercher après l’avoir trouvé ». Saint Bernard de Clairvaux, lui, dira : « Cherchons le Seigneur de telle sorte que nous le cherchions toujours ».

Soyons un peu mystique ce soir et écoutons Catherine de Sienne, dans l’une de ses oraisons : « O Trinité éternelle! ô Déité! … Vous êtes une mer sans fond où plus je me plonge, plus je vous trouve, et plus je vous trouve, plus je vous cherche encore. De vous, jamais on ne peut dire : c’est assez ! L’âme qui se rassasie dans vos profondeurs vous désire sans cesse, parce que toujours elle est affamée de vous, Trinité éternelle. »

Mais revenons à notre évangile. Un détail important du récit précise que la pierre était roulée de devant le tombeau. Ce soir nous proclamons qu’il y a une seule tombe parmi toutes les tombes du monde qui soit vide. C’est de là que Dieu vient accomplir sa promesse de salut. C’est de ce tombeau vide que jaillit la lumière de Pâques. Une semence de vie éternelle y est plantée.

L’histoire des deux Marie le matin de Pâques est une invitation à réentendre quotidiennement à travers nos engagements, l’appel que Dieu nous fait en Jésus-Christ qu’il ressuscite des morts. Désormais, le Christ nous marque du sceau de sa présence par le don de l’Esprit Saint. Ce don que notre amie Janvière va recevoir ce soir. Le ressuscité se fait l’intime de tous ceux et celles qui acceptent d’être porteur de la Bonne Nouvelle de Pâques, qui plus qu’un message, est le don de sa vie même. Le Christ ne meurt plus, comme le dit saint Paul, la mort n’a plus aucun pouvoir sur lui. Oui, la pierre a été roulée et, grâce à lui, nos vies sont appelées à fleurir éternellement puisque le Christ vient nous libérer du péché et de la mort. Alléluia! Amen!

Yves Bériault, o.p.